Soumnirs de Mathieu Dumas
toire résolut d’agir. Le 18 ft*uctidor, vers une heure du matin (4 se^itembre 1797), Augereau investit avec douze mille hommes le palais des Tuileries, où siégeait le Corps législatif, et en occupa toutes les issues. Le palais n’était gardé que par une troupe d’environ mille hommes, les uns gagnés à l’avance, les autres irrésolus, incapables d’opposer une résistance sérieuse. A trois heures un coup de canon qui brisa toutes les vitres du quartier et épouvanta la iiopulation encore endormie, donna le signal, et Augereau s’empara du palais sans coup férir, malgré les courageuses protestations de Ramel, le commandant de la garde du Corps législatif, et de quelques représentants qui furent conduits au Temple. En même temps, au Luxembourg, une autre troupe envahissait les appartements de Barthélemy, qui fut mis en arrestation, et de Carnot, qui, prévenu à temps, put s’échapper. A huit heures du matin tout était terminé.
Cependant les citoyens sortent de leurs maisons ; le peuple remi)lit les rues, il apprend qu’une révolution vient de s’opérer, où, lui absent, on a disposé de la nation, et il reste immobile. Les députés les plus fermes des deux Conseils se rassemblent; ils veulent éprouver si la représentation nationale n’aura pas gardé quelque chose de son ancien prestige ; ils marchent, leurs présidents en tête, ils traversent une foule indifférente et ne recueillent sur leur passage que des témoignages de curiosité. Arrivés à la porte du palais, où se tenaient leurs séances, ils sont reçus à la pointe des baïonnettes ; on les repousse, on les disperse, on arrête ceux qui sont portés sur les listes de proscription.
Les débris de cette représentation nationale, ainsi mutilée et avilie, furent ensuite réunis à TOdéon et à l’École de médecine pour ratifier les volontés des triumvirs et enregistrer les décrets qui consacraient leur propre anéantissement politique et l’asservissement de la France. Après avoir entendu la lecture d’un message qui enveloppait tous les adversaires du Directoire dans la conspiration de Pichegru, ils votèrent coup sur coup la déportation d’un grand nombre de leurs collègues, parmi lesquels les citoyens les plus irréprocbables de ce temps et trois royalistes seulement, la déportation des « auteurs, propriétaires, entrepreneurs, directeurs et rédacteurs^ » de quarante-deux journaux, l’annulation des élections de quarante - huit départements qui avaient osé nommer des députés o]pposés aux directeurs, le rétablissement des lois contre les i)rôtres et les émigrés qui avaient été abolies par les Conseils. Ils anéantirent toute liberté de la presse en accordant au Directoire le droit de supprimer à volonté les journaux ; ils détruisirent toute ombre du pouvoir judiciaire dans les quarante-huit départements déclarés factieux, en y attribuant aux directeurs la nomination de tous les juges et magistrats municipaux, qui furent destitués en masse ; ils leur reconnurent également la faculté d’organiser et de dissoudre à leur gré les sociétés politiques, de proclamer l’état de siège, d’ajourner indéfiniment toute organisation de la garde nationale, enfin ils donnèrent aux triumvirs deux nouveaux collègues, d’avance désignés à leur