Cette letti't^ était adressée au dii’ecteur Barthélémy
concernait les i^évélations de d’Antraigues. Il ne les avait communiquées au Directoire que peu de temps avant le coup d’État, lors du voyage à Paris de Bernadette, et par Pentremise de ce général. Mais Moreau eut le tort plus grave de ne se décider à sa révélation qu’après avoir reçu avis officieusement de l’imminence du coup d’État; les motifs qui lui avaient dicté sa conduite durent céder devant l’impossibilité de garder un secret qui était connu de tout son état-major. Il fut I>uni de sa tardive complaisance par une mise en disponibilité, et son commandement fut donné à Hoche, qui eut sous ses ordres les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin. Mais Hoche ne jouit pas longtemps d’une position qui lui eût donné une influenceprépondérante sur les affaires de la République, et qui peut-être eût changé le destin. Il mourut, à j:)eu de temps de là, d’un mal inconnu qui laissa planer sur cette fin prématurée des bruits d’empoisonnement qui n’ont été depuis ni confirmés ni démentis. Par sa haute intelligence, par son ambition qui n’avait rien de vulgaire, par ses talents militaires, parles rares aptitudes politiques qu’il avait déployées dans la difficile pacification de la Vendée, par l’estime et la popularité qui s’attachaient à son nom. Hoche était le seul homme qui eût pu, à un moment donné, balancer la fortune de Bonaparte. Bien qu’il eût appuyé le 18 fructidor, il était sincèrement dévoué aux grands principes delà Révolution ; et il serait bientôt revenu de son erreur, car il possédait, sons un air d’impatience, un esprit maître de ses propres entraînements. Il eût été amené, par une inévital)le rivalité, à s’opposer aux projets de Bonaparte, et, i’nn de ces deux hommes contenant et iieutrali-
sant l'autre, peut-être la France fût-elle parvenue à éviter les terribles épreuves qu’elle a subies.
Tel fut ce coup d’État célèbre qui acheva de démoraliser une nation déjà fatiguée de tant de changements et dégoûtée des partis qui l’avaient si souvent trompée. Ceux qui aiment à rechercher dans l’histoire des choses humaines les exemples trop rares des sanctions de la justice, peuvent s’en donner ici le spectacle. Le 18 fructidor fut en effet le contre-coup presque immédiat des violations du droit que nous venions de commettre à Venise. Les protestations législatives amenèrent les manifestations menaçantes de Bonaparte et de ses soldats; l’irritation des armées fournit au Directoire l’arme sans laquelle il n’eût peut-être jamais réussi à triompher des Conseils ; et, par une juste expiation, la France vit sa liberté frappée du même coup qui avait détruit l’indépendance de Venise.
La principale force du régime républicain avait été, jusque-là, dans la sincérité même de son fanatisme. Du jour où il laissa voir qu’il ne croyait plus en lui-même, et tourna en dérision ses propres maximes en foulant ouvertement aux pieds la volonté nationale, il perdit toute sa valeur comme principe, et ne subsista plus que par les intérêts qu’il représentait et protégeait. Tout pouvoir qui apporterait une sauvegarde suffisante à ces intérêts était dès lors assuré d’être bien accueilli. Si, au lieu de proscrire tant d’innocents et de se mettre au-dessus des lois, le Directoire s’était borné à frapper la conspiration royaliste en jetant sur elle l’odieux de sa complicité avec *’étranger, s’il s’était en même temps montré disposé