‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 1)Chapitre 23 sur 48 · SIC · texte numérisé non relu

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à adopter, dans ce qu’elle avait de conforme à la Constitution, une politique qui était évidemment le vœu de la majorité des citoyens, son autorité morale et les libertés publiques se seraient fortifiées dans cette crise, au lieu d’y périr.

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Bonaparte fît attendre au Directoire ses félicitations au sujet du couj) d’État, dont il avait été le premier instigateur. Les directeurs étaient inquiets de cette attitude énigmatique. Barras lui écrivait : « Ton silence est bien étrange, mon cher général. » Augereau lui faisait part du meme étonnement et des mêmes inquiétudes. Le général ne leur témoigna d’abord qu’une approbation pour ainsi dire indirecte, soit qu’il ne crût pas encore à la durée de leur succès, soit qu’il sentît la convenance de ménager la transition entre une longue réserve et une adhésion sans limites : « Qu’importe, leur écrivit-il, que nous remportions des victoires si nous sommes honnis dans notre patrie ? On i:)eut dire de Paris ce que Gassius disait de Borne : Qu’importe qu’on l’appelle reine lorsqu’elle est sur les bords de la Seine esclave de l’or de Pitt? » Le même jour il écrivait à Talleyrand : « Je vous le répète, que la République ne soit pas chan-

celante, que cette nuée de journaux qui corrompent l’esprit i>ublic et font avoir une très-mauvaise opinion de nous chez l’étranger, soit étouffée, que le Corps legislatif soit pur et ne soit pas ambitieux, que l’on chasse de France les émigrés et qu’on ôte de toutes les administrations les partisans de Louis XVIII, que solde l’or de l’Angleterre, et la grande nation aura la paix comme elle le voudra. Tant que tout cela n’existera pas, ne comptez sur rien. » Dans une i^roclamation adressée à la 8® division militaire, formée des départements du Midi et qui venait d’être placée sous scs ordres , il récriminait également contre « les agents de Louis XVIII et les hommes couverts de crimes qui avaient livré Toulon aux Anglais », mais il n’y faisait aucune allusion au 18 fructidor.

Il ne pouvait, toutefois, s’en tenir à ces assurances d’une t)ortée toute générale, et comprit la nécessité de se iDrononcer plus nettement. Le 22 septembre (1797) il s’adressa donc à ses soldats pour rendre pu blique une adhésion que démentaient ses sentiments intimes, mais ce fut en revendiquant pour eux la victoire que le Directoire venait de remporter ; il ne lui en laissait que les excès, la honte et les embarras ;

« Éloignés de votre patrie et triomjihant de l’Europe , on vous préparait des chaînes ; vous l’avez su, vous avez parlé, le peuple s’est réveillé, a fixé ces traîtres et déjà ils sont aux fers. Vous apprendrez, par la proclamation du Directoire exécutif, ce que tramaient les ennemis de la patrie, les ennemis particuliers du soldat et spécialement de l’armée d’Italie. Cette préférence nous honore. La haine des traîtres, des tyrans, sera dans l’histoire notre plus beau titre à la gloire

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et à l’immortalité. Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la République, aux armées de Sambre-et-Meuse et de l’intérieur, aux j)atriotes, aux représentants restés fidèles aux destins de la France. Ils viennent de nous rendre d’un seul coup ce que nous avons fait depuis six ans pour la patrie. »

En même temps il écrivait aux deux nouveaux directeurs. Merlin et Neufchâteau, pour les féliciter de leur avènement, puis à Augereau pour le louer « de la sagesse et de l’énergie » qu’il avait déployées dans le coup d’État. Il insistait dans ces trois lettres sur la modération qui était désormais indispensable au Directoire pour se faire respecter et pour rendre à la France la stabilité dont elle avait besoin, vœu qui indiquait la ligne politique qu’il croyait devoir adopter lui-même pour l’avenir. « Il est à souhaiter actuellement, disait-il à Augereau, qu’on ne fasse pas la bascule et qu’on ne se jette pas dans le parti contraire ». Il avait bien consenti, en ce qui le concernait, à reprendre pour quelques jours le ton et le langage du jacobinisme, mais il tenait à faire savoir que cette attitude ne lui convenait plus désormais.

Sa froideur et sa lenteur à se prononcer n’avaient point échappé aux directeurs, à qui l’intérêt tenait lieu ici de clairvoyance. Ils savaient aussi, à n’en pas douter, que dans ses conversations particulières le général se vengeait de la contrainte qu’il s’imposait dans ses déclarations publiques, et blâmait sans ménagement la violence, la rigueur dont ils avaient usé d’après ses propres conseils, la condamnation sans jugement de tant d’hommes connus par leur pureté civique. Ils résolurent de lui faire sentir leur

mécontentement. On avait trouvé dans la correspondance de (Carnot avec Clarke des pièces qui attestaient, delà part de ce dernier, des sentiments hostiles au parti qui avait fait Fructidor. On savait que Bonaparte tenait à Clarke, instrument docile et dévoué. Un aide de camp d’Augereau lui ai^joorta la destitution de Clarke et lui signifia en même temps plusieurs mesures peu compatibles avec l’autorité illimitée qu’il s’arrogeait en Italie. Le coup était indirect, mais de nature à faire sentir au général qu’il était en suspicion auprès du Directoire.

Il répondit sur-le-champ en se plaignant avec amertume de « l’horrible ingratitude du gouvernement » et en offrant de nouveau sa démission. Il alléguait une nouvelle fois sa mauvaise santé et « la situation de son âme, qui avait besoin de se retremper dans la masse des citoyens » ; il parlait enfin avec l’accent d’une vertu outragée : « Il s’était servi de son pouvoir dans toutes les circonstances i>our le bien de la patrie-, tant \ns pour ceux qui ne croyaient pas à la vertu et qui pouvaient avoir suspecté la sienne ! Sa récompense était dans sa conscience et dans l’opinion de la postérité ! Aujourd’hui que la patrie était tranquille et à l’abri des dangers qui l’avaient menacée, il pouvait quitter sans inconvénients le poste où on l’avait placé-, mais qu’ils crussent bien que s’il y avait un moment de péril, il serait au premier rang pour défendre la liberté et la Constitution de l’an III. » (25 septembre.)

En feignant de s’abandonner lui -môme sous le coup de son émotion, il savait mieux que personne que dans un moment où un si grand ébranlement

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venait d’être communiqué au pays tout entier et où toutes les négociations reposaient sur lui seul, sa démission serait un embarras mortel pour le Directoire Les directeurs le sentirent aussi, et, désavouant une colère qu’ils n’avaient ni la dignité de soutenir, ni l’habileté de dissimuler jusqu’au moment opportun, tout en maudissant i3lus que jamais cet ascendant qui prenait sur eux un empire de jour en jour i)lus absolu, ils se décidèrent à faire amende honorable. Ils s’humilièrent devant Bonaparte ; ils le supplièrent de garder un poste qu’il n’avait jamais eu l’intention de quitter ; ils alléguèrent un malentendu, des ordres mal compris : « Craignez, lui disaient-ils, que les conspirateurs royaux, au moment où, peut-être, ils empoisonnaient Hoche, n’aient essayé de jeter dans votre âme des dégoûts et des défiances capables de f)river la patrie des efforts de votre génie. » Ils le remerciaient d’avoir bien voulu les prémunir contre la tentation du gouvernement militaire et leur rappeler la sainte maxime : Cedant arma togæ, recommandation assurément remarquable dans sa bouche et digne de tout éloge si elle eût été désintéressée! (22 oct.) Enfin ils lui donnèrent satisfaction sur tous les objets de ses réclamations, et lui firent écrire par Bottot, le secrétaire de Barras, une lettre pleine de caresses et de flatteries : « Avec quelle intéressante sollicitude ils s’iuformaient à l’envi de votre santé et de tout ce qui vous intéresse et vous environne! combien la cruelle lettre dont vous m’aviez chargé contrastait avec ces doux épanchements de l’amitié! Je suis franc et sincère, citoyen général, vous êtes trompé sur le Directoire. Peut-être le gouvernement commet-il beaucoup de

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