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foutes, peut-être ne voit-il pas toujours aussi juste que TOUS dans les affaires , mais avec quelle docilité républicaine il a reçu vos observations ! » ^
Ce dernier mot était bien nouveau dans le vocabulaire de l’époque, mais il était surtout inouï pour qualifier l’attitude du gouvernement vis-à-vis d’un général. Gomment ne pas éprouver tôt ou tard la tentation de refaire des courtisans avec des hommes qui en avaient si peu désappris le langage ? Quant à Bonaparte, que pouvait-il demander de plus? Cette dictature, toute morale et volontairement acceptée, n’avaitelle pas plus de douceur secrète que celle dont il devait plus tard épuiser les jouissances ?
Jusqu’au 18 fructidor, les négociations pour la paix, dont nous avons vu le point de départ dans les conditions formulées au mois de mai par Bonaparte , d’une part, et MM. de Gallo et de Merfeldt, de l’autre, avaient marché avec une lenteur calculée. On connaissait à Vienne la révolution qui se préparait à Paris, on y croyait à la défaite jiossible du Directoire ; on esi^érait que, dans tous les cas, la situation précaire et menacée du pouvoir qui sortirait de ce conflit, permettrait d’exiger des conditions encore meilleures que celles qui avaient été consenties par le général Bonaparte, et peut-être même de recommencer avec avantage une guerre terminée sans honneur au moment où elle eût pu devenir périlleuse pour le vainqueur.
On avait donc repoussé à Vienne les stipulations par lesquelles nous cédions Venise à Tempereur. On exigeait de plus Mantoue et le Brescian ; on insistait surtout sur la nécessité d’un congrès qui eût à la fois
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fait gagner du temps à nos ennemis et tout remis en auestion. A Paris, le Directoire avait aussi refusé son consentement malgré les conseils de son général. Carnot et Barthélemy exceptés, qui considéraient la paix comme le premier besoin de la France, et ne regardaient pas aux sacrifices dont il fallait la payer, les directeurs ne voulaient pas livrer Venise. « Si vos conditions sont trop oppressives pour l'empereur, disait Carnot, il vaut mieux déclarer franchement que vous voulez une guerre d'extermination, n Dilemme peu exact, qu’il eût pu fonnuler avec plus de justice en faveur des droits d’un j)euple ami, et que ses collègues rejetaient encore avec indignation, surtout Barras, dont l’àme i^leine d’infamies recélait pourtant une étincelle de patriotisme. Et quant au congrès, ils en repoussaient énergiquement l’idée, alléguant, non sans raison, que l’Angleterre avait consenti à traiter à part aux conférences de Lille. (1®^ juillet). Ces conférences, dont des exigences impolitiques compromirent si fâcheusement l’issue , étaient en effet à la veille de s’ouvrir. Toute cette première phase des négociations entre la France et l’Autriche, entravée par des obstacles créés à plaisir, dominée par des questions d’existence auxquelles la diplomatie était nécessairement subordonnée, n’eut d’autre résultat que la délivrance de Lafayette et de ses compagnons, enfermés depuis plusieurs années dans les prisons d’Olmutz, au mépris du droit des gens.
Vers la fin d’août, Bonaparte quitta Montebello pour aller s’établir à Passariano ou Passeriano, en Frioul, dans une villa appartenant au doge Man in.
Les négociations, que de part et d’autre on commençait à délaisser X30ur des préparatifs de guerre, furent reprises à Udine, dans le voisinage de la résidence du général. Les directeurs, désireux de se délivrer au moins d’une i^artie de leurs embarras, avaient fini j3ar se mettre d’accord ax^rès des discussions entremêlées d’invectives. Mais la crise de Fructidor était alors imminente, et l’empereur, qui en épiait du regard les signes avant-coureurs, se sentait moins disx^osé que jamais à signer la x^aix. Le succès éclatant des Fructidoriens changea brusquement la face des choses. Délivré à si bon marché de ses ennemis intérieurs, enflé' d’une victoire dont la facilité suiq^assait son attente, le Directoire reprit ses répugnances x^our une paix dont les conditions étaient loin de repondre à ses espérances, et qui allait rendre disx^onible un homme dont l’ambition et la popularité l’éxDOuvantaient; l’empereur reprit ses craintes ; Bonaparte, un instant presque décidé à recommencer les hostilités, voyant maintenant le commandement de l’armée du Rhin donné à Augereau qu’il méprisait, le ministère de la guerre promis à Bernadotte qu’il n’aimait x^as, une si grande influence aux mains de deux hommes qu’il savait assez mal disx)osés x>our lui et décidés à agir i’ après leurs propres insx^irations, assuré d’ailleurs ‘.{ue l’idée de la x^aix était de plus en plus pox^ulaire en France, voulant x^iRS que jamais qu’elle fût son ouvrage à lui seul, pour être seul à en recueillir le bénéfice, résolut de tout faire pour en précipiter la conclusion.
Négligeant donc ce que Barras appelait u le vœu du Directoire épuré » (8 septembre) et formulait en ces
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termes : « Que le Rhin soit notre limite, que Mantoue soit à la Cisalpine, que Venise ne soit pas à la maison d’Autriche, » conditions honorables, bien qu’elles sortissent de cette bouche souillée, conditions qu’il eût été maintenant si facile à Bonaparte d’imposer à l’empereur avec le concours des armées du Rhin, si son ambition ne l’en avait pas détourné, ici comme à Léoben; ii rédigea, de concert avec M. de Gallo, un projet d’articles que M. de Merfeldt porta à Vienne, et que, de son côté, le général communiqua en ces termes au Directoire :
(( Il serait x^ossible qu’avant le 1®'' octobre x^I. de Merfeldt retournât avec des instructions de signer la paix aux conditions suivantes :
« 1° La ligne de l’Adige à l’empereur, y compris la ville de Venise ;
« 2° La ligne de l’Adige et Mantoue à la Cisalpine. »
Quant à la France, elle devait avoir la Belgique, Mayence, la ligne du Rhin, enfin Gorfou et les îles Ioniennes. (19 septembre.)
Dans le cas où le Directoire n’accepterait pas cet ultimatum, le général déclarait considérer la reprise de la guerre comme inévitable, et il énumérait, en prévision de cette éventualité et avec une exagératior évidente, les désavantages, les difficultés, les dangers de tout genre auxquels l’exposerait une nouvelle guerre avec rAutriche ; il dénombrait les secours hommes et en chevaux qui lui seraient nécessaires pour la recommencer avec succès. Cette énumération, dans la bouche d’un général dont les paroles avaient tant de poids, équivalait presque â un refus dans le cas où roii n^i pourrait pas satisfaire sur-le-cliamp à
ses exigences, et il savait combien le Directeire était peu en mesure de le faire.
Mais ce n’est pas là ce qu’il y a de plus impoîSrant ni de plus significatif dans cette lettre mémorable du 19 septembre 1797. Il s’y trouve un aveu qui a un immense intérêt historique, et qui est le plus irréfutable des témoignages. Ce trait de lumière, qu’on ne peut attribuer qu’à la force de la vérité, éclaire d’un jour inattendu la politique de Bonaparte envers Venise, et montre quel compte on doit tenir de toutes les accusations qu’il avait accumulées, dans un intérêt facile à pénétrer, contre la malheureuse république qu’il était à la veille de sacrifier définitivement.
a II faut que je sache, disait-il au Directoire, si votre intention est d’accepter ou non ces propositions. Si votre ultimatum était de ne pas comprendre la ville de Venise dans la part de l’empereur, je doute que là paix se fasse {cependant Venise est la ville la plus digne de la liberté de toute l’Italie)^ et les hostilités recommence-
raient dans le courant d’octobre. »
La déclaration contenue dans cette courte parenthèse aura plus de valeur aux yeux de l’histoire que les récriminations sans nombre qui ont paru nécessaires à Bonaparte pour légitimer une politique qui, sans ces fausses apparences, eût soulevé une réprobation universelle. Mais, à côté des témoignages de toute nature qui s’élèvent pour condamner sa conduite en cette circonstance, il faudra désormais placer le sien propre, qui parle plus haut que tous les autres.
C’est à ce moment qu’éclata contre Bonaparte \a mécontentement que sa conduite équivoque, lors du
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1 8 Fructidor, avait inspiré au Directoire. Il sut, à n’en pas douter, par le retour de Lavalette et i^ar le voyage de Bottot, secrétaire de Barras, qu’il était l’objet d’une défiance très-décidée, et que les dispositions du Directoire envers l’Autriche étaient de moins en moins i^acifiques. En même temps donc qu’il donnait sa démission, comme nous l’avons rapporté, avec une indignation trop exagérée x>our ne pas être feinte, il s’adressait à Talleyrand, dont il connaissait la supériorité et la réelle et active influence, pour le gagner à ses propres vues. Il insistait de nouveau sur les difficultés d’une nouvelle guerre avec l’Autriche , sur la nécessité de faire commencer la campagne par les armées du Rhin au moins quinze jours d’avance, afin d’attirer en Allemagne une partie des forces écrasantes qui lui étaient opposées, il appuyait surtout sur les av^antages d’un traité avec la Sardaigne, et déclarait ne rien comprendre aux scrupules du Directoire. « Le Directoire était-il arrêté par le désir de révolutionner le Piémont et de l’incorporer à la Cisalpine? Mais le moyen d’y ivarvenir sans choc, sa?is manquer au traité, sans même manquer à la bienséance, n’était-ce pas de mêler à nos troupes et d’allier à nos succès un corps de dix mille Piémontais qui étaient la tête de la nation? Six mois après, le roi de Piémont se trouverait détrôné. C’est un géant qui embrasse un j)ygmée et le serre dans ses bras : il l’étoutfe sans qu’il puisse être accusé de crime. C’est le résultat de la différence extrême de leur organisation. » (26 septembre.)
Personne n’était mieux fait que Talleyrand pour comprendre une pareille morale politique. Le géné-
ral s’aUaquait ensuite aux illusions que montrait le Directoire au sujet de la solidité de notre œuvre en Italie, illusions qu’il avait, plus que personne, contribué à faire naître et à entretenir, mais qu’il ne lui convenait plus de laisser subsister, depuis .que son ambition avait entrevu un rôle bien plus grand à jouer à Paris, que celui qu’il avait d’abord rêvé à Milan : (( Que l’on ne s’exagère pas, disait-il, l’influence des prétendus patriotes i)iémonlais, cisalpins et génois, et que l’on se convainque bien que, si nous retirions d’un coup de sifflet notre influence morale et militaire, tous ces prétendus patriotes seraient égorgés par le peuple. ». Quoi! c’était donc là cette œuvre dont il était si fier? c’était là le résultat qu’il avait préparé à force de diplomatie et d’habileté ? quelle critique plus accablante du système qu’il avait suivi? Il intercédait ensuite en faveur de Clarke, dont la complaisance lui avait été si commode, et qui était tombé en disgrâce auprès des directeurs depuis qu’ils avaient pu lire sa correspondance avec Carnot.
Au reste, l’événement devait montrer avant peu que Bonaparte était beaucoup plus dans le vrai lors- (îu’il dépeignait la situation de l’Italie sous ces som- ]>res couleurs, qu’il ne l’avait été dans ses premières appréciations, dictées par un optimisme intéressé. -Mais i)ouvait-il se condamner plus sévèrement luimême de nous avoir mis sur les bras la responsabilité que nous imposait le maintien d’une telle œuvre, quelle qu’elle fût, conquête ou affranchissement? De fait, il n’avait i)as i)lutôt terminé son organisation de la Cisalpine, qu’en présence de l’incapacité évidente des Italiens à supporter nos institutions il était ré-
cküt à écrire à Talleyrand pour lui demander une commission de publicistes destinée à réorganiser sur un nouveau plan sa république italienne, et cette confidence, dans laquelle il exposait ses propres idées en matière de gouvernement, est curieuse en ce qu’elle le montre arrivé dès lors au système qu’il ap- I>liquera plus tard. Elle est un singulier témoignage de la fixité de cet esprit absolu. On y trouve l’essence même de la constitution impériale. Toute la réalité du 23ouvoir y est transportée à l’exécutif, qui est considéré (( comme le vrai représentant de la nation. » A côté de lui et sous sa dépendance est un conseil d’État qui hérite des attributions les plus efficaces de l’autorité législative. Quant au Corps législatif, il n'en reste plus qu’une ombre effacée : « Sans rang dans la République, impassible, sans yeux et sans oreilles pour ce qui l’entoure, il n’aurait j^as d’ambition et ne nous inonderait plus de mille lois de circonstance. » N’est-ce pas déjà là cette assemblée de muets que devait réaliser le premier consul ?
Telles étaient dès lors les vues de Bonaparte en matière de gouvernement, et telles elles devaient rester, car le temps ne les a que fort peu modifiées. Cette conception i)olitique était une sorte d’amalgame de souvenirs mal digérés de l’antiquité classique, et de procédés emi)runtés soit à la pratique révolutionnaire, soit aux habitudes du commandement militaire. On s’étonne qu’un esprit aussi puissant à tant d’égards
saut, conçu entre deux batailles, à une é2)oqiie où il n’avait ni rex]3érience ni les connaissances qu’exigeait la solution d’un si difficile problème; on est