Mémoii’es de Lavalette
mais, en réalité, parce qu’il sentait toute la force que ce changement dans la température donnerait à ses représentations auprès du Directoire; puis il s’écria : (c C’est fini, je fais la paix; Venise payera les frais de la guerre et la limite du Rhin. Le Directoire et les avocats diront ce qu’ils voudront. »
' Mais maintenant qu’il voulait à tout prix et dans le plus bref délai arracher la paix à M. de Cohentzel, c’était le moment de feindre l’emportement et le désir de recommencer la guerre, selon une méthode que personne n’a jamais su pratiquer comme lui. Tous les corps reçurent ses ordres et se mirent en mouvement - pour occuper leurs j)ositions de guerre, les x:)réparatifs d’une nouvelle camiDagne furent ï)artout poussés avec une activité menaçante, et le ton du général avec les négociateurs impériaux devint sensiblement plus hautain ep x^lus cassant. M. de Cohentzel sou|>çonna d’ahord que ces démonstrations n’étaient qu’une feinte. Il maintint iinj^assiblement son programme : l’Italie jusqu’à l’Adda. Il annonçait lui- même son prochain départ et faisait préparer à grand bruit ses voitures. 11 menaçait Bonaparte de l’opinion j)uhlique en France, d’uii^ alliance austro-russe en Europe. Mais de simulée qu’elle était, l’irritation du général jpouvait à chaque instant devenir réelle en [)résence de la froide obstination de son adversaire ; et le i^lus faible dans ce jeu était nécessairement celui qui avait le plus envie et le plus besoin de la paix. O^ielque répugnance qu’éprouvât Bonaparte x^our une rex:)rise des hostilités, il avait la certitude que ce qui n’était qu’une réx^ugnance x^our lui était un véritable sujet de terreur pour l’Autriche. Cette crainte, sur laquelle
il spécula hardiment, montre assez le peu de fondement des prétextes qu’il avait allégués pour justifier sa politique. Le 16 octobre, ne pouvant venir à bout de la résistance de M. de Gobentzel, et voulant en finir à tout prix avant que de nouvelles injonctions du Directoire ne vinssent l’arrêter dans ses projets, il se leva brusquement au milieu de la conférence, saisit sur un guéridon un cabaret de porcelaine que le comte tenait de l’impératrice Catherine, et le brisa sur le parquet en s’écriant : « C’est ainsi qu’avant un mois j’aurai brisé votre monarchie t » Puis il déclara la trêve rompue et sortit après avoir salué les négociateurs.
Bonaparte avait à peine quitté Udine, où s’était passée cette scène tragi-comique, que M. de Gobentzel, sérieusement alarmé cette fois, courut après lui et lui porta à Passeriano l’adhésion des iDlénipotentiaires autrichiens à l’ultimatum proposé au nom de la France.
Le lendemain, 17 octobre 1797, les articles furent rédigés, les copies transcrites, et, vers dix heures du soir, on apposa les signatures au traité. On le data de Campo-Formio, petit village neutralisé, à peu de distance de là, mais il fut écrit et signé à Passeriano. Le général montra, pendant toute la journée, un contentement inaccoutumé. On passa une partie de la soirée à imaginer des facéties et à faire dés contes de revenants. A minuit, Monge et Berthier partirent pour porter le traité au Directoire^.
Douze heures après arrivait à Passeriano un cour-