‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 1)Chapitre 34 sur 48 · En arabe, le Doucher · texte numérisé non relu

En arabe, le Doucher

n’avait ni fossé ni contrescarpe. Le x^remier assaut nous fit durement exx^ier cette erreur. Il fallut avoir recours à la mine, cxui ne* joua qu’imx^arfaitement, et un second assaut donné le 28 mars nous causa des pertes encore plus sensibles que le x^remier. La garnison se défendit avec une vigueur qui étonna nos troupes, peu accoutumées à rencontrer chez les Turcs une résistance aussi vive, et la plupart des soldats qui pénétrèrent dans la brèche furent tués. Le tir de la place, dirigé en partie par des artilleurs eurox^éens, était d’une redoutable justesse: les ouvrages que nous attaquions étaient réparés et soutenus par de nouveaux travaux faits dans toutes les règles. Le plan en était tracé par Phélippeaux, officier du génie français qui avait été le camarade de Bonaparte à l’école militaire, et qui tout récemment avait contribué à l’évasion de Sidney Smith de la prison du Temple, où il était détenu comme prisonnier de guerre.

Ces succès avaient relevé le moral de la garnison, qui reçut par mer de nombreux renforts ainsi qu’une immense quantité d’approvisionnements. Bonaparte s’était flatté do soulever contre les Turcs les x^opulations du pays dont une partie nous était favorable. Elles ne lui ax^x^ortaient aucun ax^pui efficace, et restaient incertaines entre leurs anciens et leurs nouveaux dominateurs. Des deux côtés on leur adressait de pressants appels auxquels elles se montraient peu disxDosées à se rendre. A la proclamation x^lehie de magnifiques promesses qu’elles avaient reçues de Boiicaparte, Sidney Smith répondait par un manifeste dans lequel il les adjurait « de se fier à la parole d’un clievalier chrétien plutôt qu’à celle d’un renégat sans

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honneur , » faisant allusion aux professions de foi musulmanes que le général axait publiées en Égypte. Sir Sidney Smith essaya de ce moyen de persuasion sur nos soldats eux-mêmes qu’il invitait ouvertement à la désertion ; et un échange d’injures personnelles s’en étant suivi entre lui et le général, il s’emporta jusqu’à lui adresser un cartel. Bonaparte se contenta de lui faire proposer ironiquement de neutraliser un terrain sur le rivage et de s’y faire représenter par un des bravaches de l’armée : seule réponse que méritât en effet un défi aussi puéril adressé à un homme tel que lui.

On apprit bientôt qu’une armée dé vingt-cinq mille hommes, en partie accourue de Damas, sous les ordres d’Abdallah-Pacha, en partie recrutée parmi les belliqueuses populations de Naplouse, marchait au secours de Djezzar. Kléber se porta à la rencontre de l’ennemi avec sa division, et les deux avant-gardes vinrent se heurter à Nazareth. Celle de Kléber^ commandée par Junot et composée de quelques centaines d’hommes, attaquée par des forces décuples, leur tint tête pendant huit heures et se replia en bon ordre sur la division dont elle faisait partie. Celle-ci se trouvait ainsi menacée d’être assaillie par toute l’armée turque ; il était urgent de lui porter secours. Laissant le reste de ses troupes pour tenir en respect la place assiégée, Bonaparte s’avança à marche forcée avec la division Bon et huit pièces d’artillerie afin de dégager Kléber. Arrivée sur les hauteurs qui dominent la vallée dont l’extrémité est fermée par le mont Thabor, l’armée aperçut au loin dans la plaine les faibles carrés de Kléber débordés de tous côtés par une masse

énorme de cavalerie sous laquelle ils semblaient, par moments, comme submergés et anéantis. Alors leur front s’illuminait de flamme et de fumée, et le flot reculait pour revenir bientôt avec une nouvelle furie. Bonaparte prit ses dispositions de façon à tourner les Turcs et à masquer sa marche; il jeta sa cavalerie sur leurs flancs et lorsqu’il ne fut plus qu’à une demi-lieue, un coup de canon avertit Kléber. Aussitôt ses carrés s’ébranlent i>our charger l’ennemi que surprend et déconcerte la vue de ce secours inattendu. L’armée turque, cernée de toutes parts dans une sorte de triangle de fer et écrasée par nos feux croisés, trouve à grand’peine une issue du côté des montagnes et du Jourdain, et s’y précipite dans une complète déroute, laissant le champ de bataille couvert de se^ morts (16 avril)*

Pendant ce temps, les opérations du siège avaient été poussées avec plus de persévérance que de succès, contrariées qu’elles étaient par d’incessantes sorties et par des travaux de contre-approche très-habilement dirigés, qui éventaient et faisaient avorter toutes nos mines. Cependant le contre-amiral Ferrée étant x>arvenu à tromper la vigilance de la croisière anglaise et à amener quelques pièces de siège, on réussit à ouvrir une nouvelle brèche et à faire sauter en partie la tour qui protégeait le principal point d’attaque. Une iDoignée de braves s’y logea et s’y maintint j)endant deux jours, mais ils y furent presque tous tués, et il fallut l’évacuer, sans pouvoir empêcher l’ennemi de réparer cette brèche par de nouveaux ouvrages. L’armée, exaspérée de cette résistance, livra à la place, dans les premiers jours de mai, plusieurs

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assauts consécutifs. Lancés avec une impétuosité irrésistible, nos soldats arrivèrent plus d’une fois jusqu’au cœur de la ville; mais là tout était pris ou tué. Le 7 mai, la division Kléber fut rappelée au camp pour prendre parta un assaut général, et tous les soldats se portèrent à sa rencontre la félicitant et lui iDrésageanl l’honneur de la prise de la ville Les grenadiers de Kléber franchissent la première enceinte sous le double feu de la place et des vaisseaux de Sidney Smith ; ils forcent ensuite la seconde et pénètrent dans la ville ; mais là leur élan vient expirer au pied du palais de Djezzar et devant chaque maison convertie en forteresse. Ils sont ramenés dans les tranchées, et

la garnison , d’heure en heure renforcée par des troupes fraîches, sort par toutes les portes et vient insulter notre camp. Le 10 mai, un nouvel assaut fut donné plutôt pour satisfaire le soldat irrité que dans l’espoir d’enlever la place. Il eut encore moins de succès que les précédents; c’était le quatorzième. Pendant les soixante jours qu’avait duré le siège, la garnison avait fait vingt-six sorties ; nous avions perdu plusieurs généraux et une foule d’ofûciers du plus grand mérite, Caffarelli, esprit des plus distingués en même temi)s que militaire excellent, Rambeaud , Groisier , Bon : Lannes et Duroc étaient dangereusement blessés. Plus de quatre mille hommes avaient été mis hors de combat ; la peste que nous avions apportée de Jaffa était dans le camp ; enfin on avait reçu la nouvelle que les Turcs se préparaient à embarquer à Rhodes une armée d’expédition pour la

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