Mémoires de Marraont
LE DIX-HUIT BRUMAIRE
Tart d’augmenter leur sécurité à mesure que l’instant décisif approchait, en sorte que, lorsqu’on fut à la veille du 18 brumaire, leur confiance en lui ne connaissait plus de bornes. Tout Paris savait déjà ce qui se préparait, on en parlait tout haut d»ans les réunions, et ils n’avaient pas conçu le moindre soupçon. Si l’on y faisait allusion en leur présence, ils ne répondaient que par un sourire de pitié et en haussant les épaules. Ils se moquaient à outrance de ce pauvre Sieyès qui depuis quelque temps apprenait à monter à cheval. Moulins continuait à venir tous les matins consulter le général, qui se faisait un plaisir de le mettre au courant des choses de la guerre ; et celui-ci ne pouvait décidément plus se passer de la société de Gohier. Il l’accablait d’amitiés, de caresses d’autant plus flatteuses qu’il n’en était guère prodigue d’ordinaire ; il lui faisait écrire i^ar Joséphine les plus aimables petits billets, s’invitait de lui-même à dîner chez lui; il s’y était engagé sans façon à l’avance pour le jour même où l’on devait frapper le grand coup
Le 15 brumaire (6 novembre 1799) eut lieu à l’église Saint-Sulpice un banquet donné au général par les Conseils pour fêter son retour. Ce banquet, offert spontanément par les Anciens, avait rencontré une très-vive opposition chez les Ginq-Gents en raison des bruits qui couraient au sujet des intentions de Bonaparte, et on avait dû. l’organiser par souscrqDtion afin d’éviter des débats fâcheux pour la gloire qu’on voulait honorer. Gohier présidait à la fête. Moreau y figurait tout près de son rival, mais il semblait être là pour