Mémoires de Lavalette
LE DIX-HUIT BRUMAIRE
semblées, avaient investi le conseil des Anciens du droit de décréter cette mesure. On décida que les Anciens, dont Sieyès disposait, décréteraient la translation des Conseils à Saint-Cloud. Le motif invoqué à l’appui de la mesure serait la conspiration jacobine que Sieyès dénonçait à grand bruit depuis plusieurs mois; prétexte d’un succès infaillible même de nos jours, grâce aux souvenirs laissés par la Terreur. Par le même décret Bonaparte serait nommé commandant de la division de Paris, de la gai’de nationale, et de la garde du Corps législatif, ce qui mettrait dans ses mains toutes les forces militaires. Une fois les Conseils réunis à Saint-Cloud, on leur apporterait les démissions de Sieyès et de Roger-Ducos, puis celles Barras, de Gohier et de Moulins, qu’on obtiendrait de gré ou de force. Le Directoire se trouvant ainsi désorganisé, on arracherait aux Conseils Pinstitution d’un consulat provisoire composé de Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos, qui seraient investis d’une sorte de dictature et chargés de faire une constitution.
Que serait- elle cette constitution dans laquelle devait se résumer toute la portée politique du grand changement qui allait s’accomplir? cette question resta à peu près dans le vague. A part la division du pouvoir entre les trois consuls provisoires, qui se réservaient de régler entre eux les formes essentielles du régime à établir, on ne voit pas qu’il y ait rien eu de statué à cet égard. Ni Sieyès, ni Rœderer qui accepta de lui la difficile mission d’endoctriner le général, et qui avait iDresque tous les soirs avec Bonaparte des conférences politiques au sujet du futur gouverne-