Cornet , Notice sur le 48 brumaire
LE DIX-HUIT BRUMAIRE. 4M
maire (9 novembre 1799), à six heures du matin, a son hôtel de la rue de la Victoire.
Le lendemain matin, à l’heure indiquée, une foule d’officiers de tout grade, en grand uniforme, encombrait les abords de la demeure du général. Parmi eux on distinguait les quarante adjudants de la garde nationale convoqués comme pour l’accomplissement d’un grand devoir civique. Moreau figurait au premier rang dans le cortège, et avec lui Macdonald, Sérurier, Murat, Lannes, Andréossy, Berthier* Lefebvre avait été prévenu à minuit. Il avait rencontré sur son chemin beaucoup de cavalerie et s’étonnant de voir ces troupes en mouvement sans son ordre, il avait interrogé à ce sujet leur commandant, le colonel Sébastian!, qui pour toute explication l’avait renvoyé à Bonaparte. Il était donc assez mal disposé. « Eh bien ! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous l’un des soutiens de la Réi)ublique, la laisserez-vous périr entre les mains de ces avocats? tenez, voilà le sabre que je portais aux Pyramides, je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma confiance. — Jetons les avocats à la rivière I répondit Lefebvre. »
Bonaparte essaya du même moyen auprès de Bernadette, que Joseph venait d’amener, et dont l’habit bourgeois semblait une protestation au milieu de tous ces brillants uniformes. Mais Bernadette était un autre homme que Lefebvre, et ne se laissa entraîner ni par les instances, ni par les intimidations. Le général ne réussit pas même à lui arracher la ivromesse de rester neutre. Bernadette voulait bien s’engager à ne rien entreprendre par lui-même contre la conspiration, mais s’il recevait un ordre du gouvernement
il marcherait. Ce fut tout ce qu’on put obtenir de luî. On remarqua l’absence de Jourdan et d’Augereau; ni l’un ni l’autre n’avaient été avertis.
Pendant que les généraux accouraient au rendezvous que leur avait donné Bonaparte, les Anciens se réunissaient dans la salle de leurs séances. Cornet, l’un des principaux affiliés du complot, sorte de personnage ridicule qui fut connu plus tard sous le nom de comte Cornet, monta à la tribune pour dénoncer en termes lamentables les dangers qui menaçaient les Conseils; il dépeignit les conjurés « n’attendant plus qu’un signal pour lever leurs poignards sur les représentants de la nation, » en s’abstenant toutefois de prononcer un seul nom ou de préciser un seul fait, fx Vous pouvez, ajouta-t-il, prévenir encore l’incendie ; un instant suffit; mais si vous ne le saisissez pas, la république aura existé, et son squelette sera entre les mains de vautours, qui s’en disputeront les membres décharnés » Un autre comparse, Régnier, lui succéda alors et proposa à l’assemblée les projets de décret qui avaient été élaborés au sein de la commission des inspecteurs. Les Anciens les adoptèrent sans discussion, grâce à l’élimination préliminaire qui avait empêché les membres indépendants d’assister à la séance. Ils votèrent coup sur coup la translation des Conseils à Saint-Cloud, le décret inconstitutionnel qui investissait Bonaparte du commandement de toutes les forces militaires, enfin une proclamation au peuple pour lui recommander de rester calme. Un article du décret invitait le gé-