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LE DIX-HUIT BRUMAIRE
néral à venir prêter serment au sein du Conseil.
Cornet, chargé de porter à Bonaparte les décrets du conseil des Anciens, les lui remit vers dix heures du matin en présence du nombreux cortège qui l’entourait. Le général descendit sur le perron de l’hôtel, les lut à ses compagnons d’armes si près alors de devenir ses sujets, et leur demanda s’il pouvait compter sur eux dans ce danger de la patrie. Ils lui répondirent en brandissant leurs épées. Bonaparte monta à cheval et se mit en marche à la tête de son escorte.
Partout sur son passage il put constater l’exécution des mesures qu’il avait ordonnées. Sur le boulevard il fut salué par un régiment posté là par ses ordres et qui ne connaissait déjà plus d’autre autorité que la sienne. Un autre régiment, désigné par lui, occupait les Tuileries et à chaque instant de nouvelles troupes venaient déboucher soit dans le jardin, soit sur la place Louis XV, pour prendre part à la revue annoncée, manifestation qui avait pour but de frapper les esprits par un grand appareil militaire. Paris était tranquille. La population était étonnée mais nullement inquiète ni émue; les généraux et les soldats étaient la plus grande popularité du moment et on les regardait faire avec confiance. Dès neuf heures du matin on distribuait dans Paris une petite brochure composée sous forme de dialogue par Bœderer, et dans laquelle un Ancien discutait avec un Cinq-Cents la légalité de la translation des Conseils à Saint-Cloud, et démontrait la nécessité d’une restauration de la Constitution. Le public était ainsi informé de la mesure et trompé sur sa portée avant môme que le décret eût été promulgué. Aux objections du membre des Cinq-Cents contre
Tambition supposée de Bonaparte celui des Anciens répondait :
« Un César, un Cromwell!... Mauvais rôles, rôles usés, indignes d’un homme de sens quand ils ne le seraient pas d’un homme de bien. C’est ainsi que Bonaparte lui-même s’en est expliqué dans plusieurs occasions. Ce serait une pensée sacrilège, disait-il une autre fois, que d’attenter au gouvernement représentatif dans le siècle des lumières et de la liberté. Il n’y aurait qu’un fou qui voulût de gaieté de cœur faire perdre la gageure de la République contre les royautés de l’Europe, après l’avoir soutenue avec quelque gloire et quelque péril. »
Rœderer, continuant sur ce ton par la bouche de l’Ancien, s’effrayait à l’idée que Bonaparte pourrait refuser d’accepter le commandement qui venait de lui être décerné au nom du Corps législatif, et disait que dans ce cas, et dans ce cas seulement, il n’hésiterait pas « à appeler sur lui le poignard de Brutus ^ ! »
Cependant le général était introduit avec son étatmajor dans la salle du conseil des Anciens, afin de prêter serment à cette constitution qu’il s’agissait de détruire. « Citoyens représentants, dit-il, la République périssait, vous l’avez su, votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre! je les arrêterai aidé du général Lefebvre, du général Berthier et de tous mes compagnons d’armes. Qu’on ne cherche pas dans le passé des exemples qui pourraient retarder votre marche. Rien dans l’histoire ne ressemble à la fin du dix-hui-