‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 2)Chapitre 103 sur 107 · Lord Whitwortb. à Hawkesbuyy, 27 janvier 1SQ · texte numérisé non relu

Lord Whitwortb. à Hawkesbuyy, 27 janvier 1SQ

• Li Mil

i il

■i vl

vier, le rapport de Sébastiani au sujet de la mission que le Premier Consul lui avait confiée en Orient.

Ce rapport rempli d’imputations injurieuses contre l’Angleterre et contre son armée, était une sorte d’évaluation très-claire et très-complète des ressources et des éléments de tout genre que l’Orient offrait pour une seconde conquête de l’Égypte. Il occupait huit colonnes du Moniteur. Dispositions des populations à notre égard, état des ports, des arsenaux, des fortifications, des places fortes, des ponts, et même des • poudrières , situation économique du pays, sentiments des cheiks à l’égard de la France, assurances et promesses du Premier Consul, rien ne manquait au tableau. Il n’était pas une ligne de ce rapport qui n’impliquât l’intention de recommencer l’expédition d'Égypte. Sébastiani allait jusqu’à insinuer que le général Stuart avait voulu le faire assassiner, parce qu’en présence de ses menées le général avait communiqué au Pacha une ancienne proclamation de Bonaparte en complète contradiction avec les sentiments qu’il s’attribuait aujourd’hui. «Je fus indigné, disait-il à ce sujet, qu’un militaire d’une des nations les plus policées de l’Europe se dégradât au point de chercher à faire assassiner par de pareils moyens. » Il donnait le chiffre exact des forces anglaises et leur état nominatif; il y joignait celui des forces turques; il évaluait cette double armée à un peu plus de seize mille hommes et après avoir assuré que «ce n’était pas là une armée mais un ramassis d’hommes mal armés, sans discipline, usés par les excès de débaucha » ; il disait en forme de conclusion : « Six mille

RUPTURE DU TRAITÉ d’ÀMIENS. 497

français suffiraient aujourd'hui pour reconquérir l'Égypte'»

Telle est la pièce que depuis ce temps-là on est convenu chez nous d'appeler le rapport commercial de Sébastiani. Ce manifeste menaçant, publié dansun moment où les deux nations étaient profondément irritées l’une contre l’autre, eut le retentissement d’un cri de guerre. Il produisit sur le peuple anglais tout entier un effet extraordinaire, et le ministère Àddington entraîné par le sentiment public, renonça dès lors et résolûment à son système de paix à tout prix. On lui demandait des explications, et il en réclama lui- même au sujet de cette publication si provoquante et si insolite. Il ne chercha plus à s’excuser de n’avoir pas encore évacué Malte. C’était au gouvernement français à dire lui-même pourquoi il n’évacuait ni la Hollande, ni le Piémont, ni la Suisse. Le traité d’Amiens avait pour base l’état des possessions de chaque pays au moment où on l’avait signé; il était fondé sur le principe des compensations et tout accroissement de territoire d’une part en impliquait un aussi de l’autre1.

Le Premier Consul aurait pu juger d’après ce changement de ton significatif qu’en s’efforçant d’intimider il atteignait un but tout contraire. Cependant il n’y avait point renoncé ; mais il résolut d’y joindre le langage de la persuasion et voulut avoir avec lord Yihitworth une entrevue personnelle, dans laquelle il emploierait pour le convaincre toute la puissance et toute la séduction de son esprit. 11 fit venir l’ambassadeur aux Tuileries dans la soirée du 18 février, le reçut avec

Page 1