Talleyrand à Joseph, 9 janvier
Prusse étant entrée dans la ligue, et Paul étant de plus en plus irrité contre la Cour de Vienne, l’Autriche se trouvait maintenant isolée sur le continent et à la merci du vainqueur. Talleyrand ne crut pas nécessaire de prendre la peine de dissimuler la cause du revirement; il alléguait dans sa lettre du 24 janvier l'état « de nos nouvelles relations avec la Russie et les sentiments connus de la Prusse, ces deux puissances manifestant un intérêt égal à ce que l’Empereur ne soit pas trop puissant en Italie; » mais Joseph, qui, en sa qualité de diplomate novice, avait la faiblesse de tenir à la parole donnée éprouva vis-à-vis de son collègue de mortels embarras ; il s’efforça de convaincre le Premier Consul de la nécessité d’indemniser le grand-duc, il lui rappela les promesses solennelles qu’il avait faites à cet égard et a vous savez, lui écrivait-il naïvement, que je ne l’ai pas fait cle ma tête , j’en avais l’ordre précis » (29 janvier 1801). Tout fut inutile, il reçut l’intimation de ne pas céder. Et M. de Cobentzel faisant attendre sa soumission à un tel abus delà force, Talleyrand le menaça de nouveau de la Russie encore plus que de nos armées : * Telle est l’animosité de l’Empereur de Russie, écrivait-il, qu’il pourrait bien entrer dans ses vues de rendre à V État vénitien son ancienne organisation » (6 février 1801).
Ces arguments furent enfin les plus forts et la paix fut signée. Le traité de Lunéville n’était guère qu’une seconde édition de celui de Campo-Formio, sauf en ce qui concernait la Toscane, érigée en royaum -, en faveur du jeune infant de Parme. 11 consacrait la servitude de Venise sous l’Autriche et la conquête de la haute Italie pour laFr^^e, conquête déguisée encore, mais non pour
HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er .
longtemps, sous le nom de république Cisalpine. Enfin il laissait entre les deux parties contractantes quelque chose de plus que le regret de ce que l’une d’elles avait perdu : il laissait le souvenir d’une sorte de guet-apens diplomatique. Malgré la grandeur et l’éclat de nos succès, il n’y avait donc là en réalité qu’une paix sur le papier»