Mon'teur du 20 novembre
ment; dans l’armée ce fut le dédain, dans les assemblées politiques un froid mécontentement ou une indifférence affectée. Lorsque Bonaparte notifia la nouvelle à ses fidèles du conseil d’État, un silence glacial fut leur seule réponse; et lorsque peu après on leur lut le bref par lequel Pie A;II rendait à la vie civile « son très-cher fils Talleyrcind , » des rires étouffés se firent entendre, et le plus grand nombre dédaigna de voter. Cette restauration de l’autorité ecclésiastique formait un tel contraste avec les mœurs et les opinions que la Révolution avait fait triompher en France qu’on ne pouvait en croire ses yeux : on refusait de la prendre au sérieux, tant son invraisemblance était criante.
Bonaparte lui-même eut parfois quelque peine à conserver toute sa gravité. Le jour où Consalvi, revêtu de la pourpre romaine, lui présenta la copie du traité dans une audience publique, le Premier Consul fut pris d’une telle convulsion de rire que l’assistance en demeura interdite. La grande préoccupation des hommes officiels dans les cérémonies du culte était alors de garder leur sérieux jusqu’au bout. « Si un seul rire eût donné le signal, a écrit l’un d’eux au sujet du sacre, nous courions le risque de tomber dans le rire inextinguible des dieux d’Homère. » Celui que poursuivait cette crainte n’était pas un laïque, mais un des principaux dignitaires de l'Église1.
Le Premier Consul attendait avec une vive impatience l’envoi de la bulle relative aux circonscriptions diocésaines et de celle qui devait pourvoir les évêchés ;