‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 105 sur 124 · En date du 4 décembre · texte numérisé non relu

En date du 4 décembre

tribunal de l’inquisition; un troisième, les douanes existant entre provinces. Un quatrième décret réduisait au tiers le nombre des couvents. Excellentes en ellesmêmes, ces mesures devinrent odieuses à ceux qui les avaient le plus ardemment désirées, par cela seul qu’elles étaient imposées par un despotisme étranger; et loin de remplir leur but, elles n’eurent d’autre effet que de rendre une popularité passagère à des classes et à des institutions qui, depuis le règne de Charles III, avaient perdu presque toute leur influence.

Napoléon s’était établi à Chamartin, dans la maison de campagne du duc de l’Infantado, un de ceux dont il avait confisqué les biens. Il avait fait à Madrid une courte apparition, mais au lieu de l’effet de curiosité qu’il était habitué à produire partout sur son passage, il n’y avait trouvé, pour tout accueil, à son grand déplaisir, qu’une attitude froidement hostile. Au lieu d’accourir pour contempler le héros, les Espagnols s’étaient enfermés dans leurs maisons. Dans cette excursion il visita le palais des rois d’Espagne. On dit que de tous les objets précieux que contenait la demeure royale, le portrait de Philippe II, par Vélasquez, fut celui qui fixa le plus son attention. Il le considéra longtemps en silence; il semblait ne pouvoir en détacher ses insatiables regards, soit qu’il cherchât à pénétrer le secret de cette vivante énigme, soit plutôt qu’il fût saisi d’une admiration mêlée d’envie pour ce roi inquisiteur qui avait exercé un pouvoir encore plus absolu et plus redouté que le sien. Quelques jours après il offrit aux habitants de Madrid le spectacle d’une de ces revues militaires qui attirent toujours les foules; cette parade s’exécuta

NAPOLÉON EN ESPAGNE

dans une complète solitude. Cette indifférence haineuse et ]Dersistante dénotait une population intraitable. Madrid était décidément un séjour malsain, et toujours très-attentif au soin de sa sûreté personnelle l’empereur préféra le voisinage de son camp au contact d’une capitale qui renfermait tant de fanatiques.

Joseph avait suivi son frère à la remorque dans les bagages de l’armée. Bien qu’il fût profondément humilié du rôle effacé qu’on lui faisait jouer, il avait accompagné Napoléon à Chamartin ; mais là , leurs dissentiments prirent un tel caractère d’aigreur qu’il dut aller s’établir au Pardo. Joseph se considérait toujours comme le roi d’Espagne, et, à ce titre, il prétendait, non sans quelque apparence de raison, avoir voix au chapitre sur la conduite à suivre pour faire rentrer ses sujets dans le devoir, donner son avis sur des mesures dont il devait porter la responsabilité. Napoléon, au contraire, ne reconnaissait plus d’autres droits que ceux de la conquête; il dépendait de lui de les garder ou de les transmettre de nouveau ; il disait même publiquement dans ses manifestes « que si les Espagnols ne répondaient pas à sa confiance, il ne lui resterait qu’à placer son frère sur un autre trône. Il mettrait alors la couronne d'Espagne sur sa tête, et saurait la faire respecter des méchants , car Dieu lui avait donné la force et la volonté de surmonter tous les obstacles1. »

Sous cette question personnelle, dont Joseph eût pu faire bon marché, se cachaient des dissidences d’une

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