Napoléon à nuroe, 9 février
EYLAU
de faire mettre au Moniteur « que l’armée russe avait été mise clans une déroute complète ; qu’elle avait perdu dix à douze mille prisonniers, quatorze mille tués ou blessés. » Quant à nous, nous n’avions perdu que quinze cents morts et quatre mille blessés i. Dans son bulletin, il eût pour ainsi dire insulté aux souffrances du soldat en accusant des pertes aussi minimes; il avoua donc mille neuf cents morts, et cinq mille sept cents blessés, chiffre qui toutefois était encore infiniment au-dessous de la vérité2. Bientôt les funèbres impressions du premier moment s’étant tout à fait dissipées, il ne craignit pas d’évaluer les pertes des Russes à trente mille hommes et à quinze ou seize généraux; puis, lorsqu'arrivé à Landsberg, il n’eut plus sous les yeux le champ de bataille témoin de la destruction de tout un corps d’armée, il lui échappa d’écrire dans son soixante-unième bulletin qu’il était heureux pour Kœnigsberg qu’il ne fût pas entré dans les calculs du général français de forcer l’armée russe dans cette position! Bravade puérile et surtout maladroite, car elle évoquait inévitablement dans les esprits une question à laquelle il ne pouvait y avoir qu’une seule réponse. Le dernier des soldats était en état de comprendre, que s’il n’était pas entré dans les calculs de Bonaparte de frapper un coup si extraordinaire et si décisif, c’est uniquement parce qu’il en avait reconnu l’impossibilité.
Pour donner une idée de la cynique impudence qui caractérisait cet homme et du peu de foi que méritent ses comptes rendus militaires, je me contenterai de