Napoléon à Murat, 5 avril
ments dormaient plus de poids à l’avis du général en chef qui devait seul décider puisqu’il était seul responsable.
Dans un tel état de choses, les incidents nécessaires pour changer les démonstrations menaçantes en hostilités déclarées, ne se font jamais attendre ; ils se produisirent presque au même instant des deux côtés. Un officier français, porteur des dépêches de l’ambassade de Tienne pour la légation de Munich, mais, sans caractère officiel, fut arrêté à Braunau et tous ses papiers furent saisis et décachetés. A peu de jours de !à, dans une marche de Würtzbourg sur Ratisbonne, les avant-postes de Davout violaient le territoire de l’empire autrichien1. Napoléon n’eut pas plutôt appris l’arrestation de l’officier français, que, par mesure de représailles, il fit saisir sur toutes les routes les courriers du cabinet autrichien. Il n’en fallait pas tant pour consommer une rupture dont tous les actes préparatoires étaient depuis longtemps épuisés. Metternich demanda ses passe-ports, et le 10 avril au matin l’archiduc Charles franchit l’Inn avec son armée, pendant que le Tyrol, prenant feu avec la rapidité d’une traînée de poudre, s’insurgeait tout entier pourchasser les garnisons bavaroises.
Napoléon s’attendait à être attaqué, mais il ne pensait pas l’être avant le 15 avril, époque à laquelle il se proposait de rejoindre son armée sur le Danube. Mais le 10 avril, à la demande que l’ambassadeur autrichien fit de ses passe-ports, il comprit que l’entrée
1. Ce fait est constaté par une lettre de Napoléon à Clarke, à la date du 5 avril.
506 HISTOIRE DE NAPOLÉON 1er.
en campagne était imminente et télégraphia aussitôt à Berthier qui, selon ses suppositions, devait être encore à Strasbourg, d’opérer sur-le-champ la concentration de l’armée, non plus sur Ratisbonne mais sur Augsbourg et Donauwœrth. Dans une lettre du même jour, qui est devenue la base de toutes les accusations qui ont été formulées depuis contre le major général, il expliquait à Berthier sa dépêche et lui recommandait de nouveau « de tout reployer sur le Lech, c’est-à-dire d’ Augsbourg à Donauwœrth, si les Autrichiens attaquaient avant le 15 avril. » Si l’ennemi ne faisait aucun mouvement, mais dans ce cas seulement1, Davout devait se maintenir à Ratisbonne pendant que Masséna opérerait son mouvement d’Ulm sur Augsbourg. Mais en recevant l’avis du passage de l’Inn , Berthier avait quitté Strasbourg dès le 1 1 pour se rendre à l’armée, en sorte que la lettre et la dépêche de Napoléon ne lui parvinrent que le 16 avril à Augsbourg, alors que l’empereur lui-même était sur le point d’arriver au quartier-général. Berthier n’avait donc d’autre guide que ses instructions du 30 mars, écrites en vue d’un débouché des Autrichiens, non par l’Inn mais par la Bohême, et ces instructions prévoyaient bien l’éventualité d’une concentration sur le Lech, mais, « dans le cas où l’ennemi nous préviendrait », prescription un peu vague
1. L’auteur de l 'Histoire du Consulat et de l’Empire, commet ici une méprise en supposant que la dépêche était ambiguë et prescrivait à Berthier de laisser Davout à Ratisbonne dans tous les cas - La lettre et la dépêche sont d’une parfaite clarté. On y dit à la vérité que Davout restera à Ratisbonne « dans tous les événements * ; mais la phrase qui précède : « Si l’ennemi ne fait aucun mouvement », ne laisse aucune place à l’équivoque.
et susceptible de plusieurs interprétations différentes.
On pouvait dire, en un certain sens, qu’il ne nous avait pas prévenus, puisqu’après avoir dépassé l’Inn, il s’avançait lentement et péniblement sur l’Isar et n’avait pas encore atteint cette rivière derrière laquelle notre armée était déjà en partie concentrée. Davout occupait en effet Ratisbonne avec un corps qui allait monter à 60,000 hommes lorsqu’il aurait été rejoint parla division Friant encore en arrière, et les Bavarois étaient réunis au nombre de 40,000, partie à Landshut, partie à Neustadt. Cette position était toutefois dangereuse parce qu’on ne pouvait défendre efficacement la ligne del’Isar, et que cette ligne, une fois forcée, Davout pouvait se trouver coupé du gros de l’armée encore à Augsbourg. Livré à ses propres inspirations, Berthier fit peu de chose pour prévenir ce danger ; il rappela même à Ratisbonne Davout qui l’avait déjà quitté pour se rabattre sur notre centre, et envoya à son secours les divisions d’Oudinot. Mais bien qu’il ait montré en cette occasion l’indécision ordinaire des hommes habitués à n’agir jamais par eux-mêmes, Berthier ne mérita pas tous les reproches qui lui furent prodigués, puisqu’il reçut les ordres de Napoléon trop tard pour les mettre à exécution.
Il était temps que l’empereur arrivât sur le théâtre des événements pour réparer les fautes de son lieutenant. Déjà un maréchal était allé jusqu’à accuser Berthier de méditer une défection1. Averti par le télégraphe du passage de l’Inn, le 12 avril à huit heures