‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 122 sur 124 · Au même, 26 avril · texte numérisé non relu

Au même, 26 avril

les rendre en effet méprisables, et de diminuer les obstacles en les dédaignant. De là, ce ton de jactance et de présomption qu’il mit à la mode parmi ses généraux et qui, par la suite, ne contribua pas peu à leurs revers en leur inspirant une confiance aveugle en leur supériorité. Le mépris de l’ennemi encourage les coups d’audace, mais il engendre aussi des négligences et des illusions funestes, et l’on peut dire qu’il a fait perdre plus de batailles qu’il n’en a fait gagner. En imitant la gasconnade par laquelle on cherchait à le stimuler, et en réglant ses calculs sur ceux qui établissaient que l’empereur avait combattu un contre sept , Eugène aurait pu facilement transformer ses deux défaites en victoires éclatantes. Il est incontestable en effet que si, au début de cette série de combats, les positions de notre armée avaient été des plus défavorables, son nombre avait tout au moins éga'é celui des troupes de l’archiduc Charles. On voit par toutes les lettres de Napoléon que Davout avait 60,000 hommes, les Bavarois unis aux Wurtembergeois n’en formaient guère moins de 50,000, le corps de Masséna, la cavalerie de Bessières, les divisions Oudinot en comptaient au moins autant, et leur nombre croissait d’heure en heure, tandis que l’archiduc n’avait pas eu plus de 130,000 hommes disséminés sur ces divers champs de bataille.

Napoléon songea un instant à donner à Murat le commandement de l’armée d’Eugène , mais l’arrivée de Macdonald au quartier général du vice-roi ne tarda pas à le faire renoncer à ce projet. Il était, d’ailleurs, évident que la retraite de l’archiduc Charles allait

forcer l’archiduc Jean à rétrograder sur les Alpes

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Noriques. Eugène ayant désormais pour conseiller un général d’un mérite si éminent, pouvait suffire à la tâche de poursuivre et de harceler son antagoniste. En 1809, comme en 1805, l’impulsion de l’armée qui opérait sur le Danube, entraînait tous les corps qui cherchaient à agir sur ses ailes, et l’action principale dominait tous les événements épisodiques. L’archiduc Jean était irrésistiblement entraîné dans la déroute de son frère ; l’insurrection tyrolienne n’était plus elle-même qu’un hors-d’œuvre, malgré son brillant succès. Gomme elle n’était ni placée sur la ligne directe de nos communications, ni capable de se mobiliser sous forme de force régulière, comme elle pouvait en outre être facilement circonscrite , sinon réprimée, on n’avait qu’à la laisser s’user sur place, en attendant que son isolement croissant et le contrecoup des grands événements de la guerre permissent de l'attaquer avec avantage. Lefebvre fut envoyé à Salzburg avec les Bavarois, pour empêcher les Tyroliens de déborder sur nos flancs. En Pologne, l’archiduc Ferdinand avait occupé Varsovie et refoulé Poniatowski au delà de la Vistule ; mais son succès même l’entraînait plus loin qu’il n’aurait dû aller et ne pouvait avoir qu’une influence très-secondaire sur l’issue de la campagne.

Après avoir repassé le Danube à Ratisbonne, l’archiduc Charles avait repris le chemin de la Bohême, pour venir, selon toute apparence, se rabattre à Linz ou à Krems, s’il pouvait y arriver à temps pour nous y devancer. Mais il était obligé de faire un long et pénible détour par Budweiss, tandis que marchant tout droit par la chaussée qui longeait la rive droite

du Danube, nous avions mille chances d’occuper ces positions avant lui. Le corps de Hiller était, en effet, hors d’état de nous arrêter sur les divers affluents du Danube, parce que nous menacions, en les abordant sur toute leur étendue, plus de points qu’il ne pouvait en défendre. On ne doit pas chercher ailleurs les motifs qui décidèrent Napoléon à ne pas suivre l’archiduc en Bohême. Il y eût trouvé une route longue et difficile, des positions dont les gorges du Bœhmer- Wald rendaient l’accès dangereux, et il eût, en outre, été contraint de diviser ses forces. En suivant la chaussée du Danube, il allait plus vite par des chemins qui lui étaient mieux connus; il gardait l’avantage de sa concentration, il avait la presque certitude d’atteindre Vienne avant son adversaire et de pouvoir exploiter ce grand effet moral que produit toujours l’occupation d’une capitale ennemie.

Déjà il avait lancé à toute vitesse son armée sur la route de Vienne. S’adressant à ses soldats, après la prise de Ratisbonne, pour les remercier de leur ferme attitude, il les félicitait « d’avoir glorieusement marqué la différence qui existait entre les soldats de César et les cohortes de Xerxès. » Rapprochement contestable s’il en fut, car l’Autriche était seule contre nous, et Napoléon avait réuni pour l’accabler les forces de plusieurs nations. Il avait pour lui le nombre et la masse; et si quelqu’un rappelait Xerxès par l’orgueil et la démence de l’ambition, ce n’était pas, à coup sûr, le modeste archiduc. Malheureusement pour tout le monde, le nouveau Xerxès était doublé d’un autre Alexandre. L’ordre du jour impérial se terminait par cette prédiction hautaine : « Avant un

mois nous serons à Vienne. » Il n’y avait plus, en effet, entre cette ville et nous, qu’une trentaine de mille hommes, à peine en état de retarder notre marche.

Ililler, après un retour offensif assez heureux sur Flnn, avait en toute hâte repassé cette rivière, dont il n’essaya pas même de nous disputer le passage. Il résolut de nous arrêter quelque temps sur la Traun à Ebelsberg, dont les hauteurs couronnées par un vieux château, lui offraient des positions très-fortes. A peu de distance de là se trouvait le pont de Mauthausen sur le Danube, par lequel on supposait à tort que l’archiduc avait l’intention de déboucher pour rejoindre Hiîler. Aussi Masséna, qui formait l’avant-garde avec son corps d’armée et la cavalerie de Bessières, donna -t- il sur-le-champ l’ordre d’attaquer, bien qu’on eût la certitude de faire tomber les positions autrichiennes en les tournant par Lambach. Le général Cohorn emporte successivement le pont et la ville d’Ebelsberg, sous un feu épouvantable. Chaque maison est plusieurs fois prise et reprise au milieu de l’incendie qui consume la ville. Cohorn était sur le point de succomber, lorsque la division Legrand s’élance à son tour au milieu des cadavres calcinés. Nous enlevons alors le château et nous en restons définitivement les maîtres à la suite d’un des combats les plus sanglants et les plus acharnés dont il soit fait mention dans l’histoire de ce temps. Les Autrichiens se voyant tournés par Lambach où avait passé le corps de Lannes, se retirent après avoir détruit le pont de Mauthausen (3 mai).

L’armée continua son mouvement sur Vienne, lais-

sant derrière elle dans les principales places, à Ratisbonne, à Passau, à Linz, de forts détachements destinés à protéger nos communications et à défendre le Danube contre un retour possible de l’archiduc. Le soin de surveiller le cours du fleuve avait été confié

à Davout. Après avoir suivi l’archiduc jusqu’au pied du Bœhmer-Wald, ce maréchal s’était rabattu sur Straubing et fermait la marche de l’armée. L’arrivée attendue de Rernadotte à Ratisbonne allait avant peu permettre à Napoléon d’appeler à lui le corps de Davout.

L’archiduc Charles avait espéré nous devancer à Krems et s’y joindre à Hiller pour couvrir Vienne. Il ne tarda pas à renoncer à cette illusion. Elle lui était d’autant moins permise qu’il avait perdu beaucoup de temps à Budweiss en Bohême dans une complète inaction. Il ordonna donc à son lieutenant de repasser sur la rive gauche du Danube, ce que Hiller, serré de près par notre avant-garde, s’empressa de faire en détruisant le pont de Krems. Hiller laissa derrière lui un détachement chargé d’aller renforcer les milices viennoises qui se préparaient à défendre la capitale.

Le 10 mai 1809, l’armée française parut devant Vienne. La vieille ville avait encore l’enceinte bastionnée qui avait jadis résisté aux efforts des Turcs, mais elle contenait à peine un tiers de la population de la capitale, et ses vastes faubourgs étaient sans moyens de défense. L’arcliiduc Maximilien, chargé du commandement de la place, avait sous ses ordres une quinzaine de mille hommes de troupes régulières, indépendamment de la milice. Il sacrifia les faubourgs,

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se retrancha derrière les vieux remparts et rejeta fièrement les propositions qu’on lui fit de se rendre. Mais après un court bombardement, Napoléon ayant fait jeter quelques compagnies de voltigeurs dans l’île où est situé le Prater, l’archiduc, menacé de perdre ses communications , évacua la ville en toute hâte pour éviter d’être fait prisonnier avec son détachement ; et nos troupes firent pour la seconde fois leur entrée victorieuse dans Vienne.

Fidèle à sa vieille tactique d’exciter les populations contre les souverains, l’empereur recommanda, avec affectation, les habitants à l’humanité de ses soldats. 11 déclara a prendre sous sa protection spéciale ce bon 'peuple de Vienne délaissé , abandonné , veuf, cette capitale que les princes de la maison de Lorraine avaient désertée, non comme des soldats d’honneur qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre, mais comme des parjures que poursuivaient leurs propres remords. En fuyant de Vienne, disait-il, leurs adieux à ses habitants ont été le meurtre et l’incendie; comme Mèdèe , ils ont de leurs propres mains égorgé leurs enfants* ! »

Cette mauvaise déclamation de tragédie à propos d’une tentative honorable et patriotique pour défendre la ville, ne pouvait plus tromper personne, mais plus les accusations devenaient insoutenables, plus on forçait le ton pour les faire accepter. On s’imaginait imposer aux autres, à force de violence, une conviction qu’on n’avait pas soi-même. Les épithètes d’ingrat, de lâche et de parjure revenaient à chaque ligne

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