Instructions pour le général Bertrand, 13 février
Napoléon, naguère si enflammé pour cette idée, n'en voyait plus aujourd'hui que les inconvénients. Il rappela au roi de Prusse « que le congrès de Westphalie avait duré dix-huit ans, » il persista à exiger un traité séparé, en se déclarant toutefois prêt à accepter un accommodement avec la Russie et l’Angleterre si elles le voulaient véritablement , ce qu'il niait. « J’aurais horreur de moi, ajoutait-il, d’être la cause de l’effusion de tant de sang; mais si l’Angleterre croit cette effusion de sang utile à ses projets et à son monopole, qu’y puis-je1? »
Cette mauvaise défaite déguisait mal sa véritable pensée. Trois mois auparavant, la condition misérable à laquelle il avait réduit la Prusse lui offrait un moyen sûr d’intimider et d’influencer les puissances coalisées ; aussi demandait-il un congrès général. Aujourd’hui au contraire, la situation de ces puissances s’était assez améliorée pour leur permettre d’agir efficacement en faveur de leur alliée; voilà pourquoi il ne voulait plus avoir affaire qu’au roi Frédéric-Guillaume seul. La contradiction n’était donc qu’apparente, et cette ostentation de générosité n’était qu’un piège.