Au même, 23 avril
fense commune et pour la reconstitution de l’Europe ; ils s’engageaient particulièrement à ne faire aucune conquête 'pour leur propre compte pendant toute la durée de la guerre (art. 13). Cet engagement, à coup sûr désintéressé, mais un peu prématuré peut-être, témoignait assez des illusions qu’avait fait naître dans leur esprit l’indécision de la bataille d’Eylau.
Pendant que ces démonstrations pacifiques s’échangeaient de part et d’autre, semblables à ces contremarches savantes et à ces mouvements simulés par lesquels les généraux s’étudient à découvrir le côté faible d’un adversaire. Napoléon, établi à Osterode puis au château de Finkenstein (1er avril), s’occupait activement à relever le moral et le matériel de son armée, à assurer ses approvisionnements d’abord si défectueux, à presser l’arrivée de ses renforts, et l’organisation de ses conscrits. Le 4 avril, Cambacérès et Régnault de Saint-Jean d’Angély se présentèrent en son nom devant le Sénat consterné pour obtenir de lui l’appel de la conscription de 1808. Cambacérès jura ses grands dieux que ces jeunes gens ne seraient employés qu’à l’intérieur. Il insista sur la « la bonté paternelle de Sa Majesté qui n’avait pas voulu que les nouveaux conscrits affrontassent les grands travaux de la guerre avant de s’être par degrés familiarisés avec eux. » On lut ensuite un rapport de Berthier qui établissait « que jamais les armées de Sa Majesté n’avaient été aussi nombreuses, aussi bien exercées et mieux organisées; » mais qu’il fallait subvenir aux pertes subies dans les batailles et « à la consommation des maladies , » parole terrible dans son laconisme, et qui exprimait bien le déchet prévu de cette immense
coupe réglée. Régnault parla le dernier. Il s’attendrit sur l’Empereur « qui avait tout fait pour avoir la paix » et dont le cœur saignait en réclamant cette nouvelle conscription.il s’attendrit aussi sur les conscrits : «Ce ne seront, dit-il, à proprement parler que des gardes nationales , des corps où les enfants obéissant à la voix de la nature , remplaceront pour ainsi dire leurs pères sous les aigles départementales.... il en coûte à Sa Majesté, témoin ce bulletin d’Eylau où respirait le regret plutôt que la joie de la victoire1 ! »
Cette pastorale larmoyante émut les sénateurs qui étaient trop sensibles pour refuser leur vote à ce Tibulle de la conscription. Conscrire et proscrire, tel était déjà selon l’expression d’un contemporain 2 le premier et le dernier mot du régime impérial. Napoléon était bien loin de la sentimentalité que lui prêtait Régnault. Sa bonté paternelle en était à rétablir, par des rigueurs inexorables, la discipline fort compromise dans ces derniers temps : « J’ai vu avec peine, écrivait-il à Soult, qu’un paysan était venu d’Elditten à Liebstadt. Ne saurons nous donc jamais servir? pas môme un lièvre ne doit passer la ligne. Le premier qui passera, faites-le fusiller, innocent ou coupable 3. » C’est par de tels moyens, paraît-il, qu’on fait à la guerre ce qu’on est convenu d’appeler de grandes choses. Il profita des loisirs que lui laissait Bennigsen pour pousser énergiquement le siège des places qui tenaient encore soit en Silésie, comme Neiss et Glatz, soit dans la Prusse supérieure, comme Graudenz