‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 27 sur 124 · Mémoires de Constant, etc · texte numérisé non relu

Mémoires de Constant, etc

HISTOIRE DE NAPOLÉON rr.

a Sois gaie, contente, vis heureuse, ne sois pas triste. Je t’aime, je pense à toi, je te désire. — Mais ne viens pas. » Cette aventure est commune, et nous estimons qu'il y a peu d’observations intéressantes à recueillir dans ces chroniques d’alcôve, principalement à une époque où les amours étaient menées tambour battant comme tout le reste ; mais n’est-il pas caractéristique que ce soit au moment même où il vivait dans un double adultère avec la femme d’un autre, que Napoléon ait songé à se proposer à son frère comme le modèle des époux?

Parmi les faits reprochés à Louis figurait son refus d’accorder aux catholiques l’influence que Napoléon réclamait pour eux. En cela, il faut le dire, l’empereur ne s’inspirait pas d’un projet de restauration impossible, mais il croyait se faire des partisans et s’exagérait l’importance relative de l’élément catholique en Hollande. Il voulait bien avoir les catholiques pour instruments mais il n’entendait pas leur céder une seule parcelle de son pouvoir. Depuis ses démêlés avec la cour de Rome particulièrement, il surveillait de près le clergé et avait l’œil ouvert sur ses envahissements. On a de lui, à la date du 5 mars de la même année, une décision motivée en réponse à une requête des évêques de l’empire au sujet de la célébration du dimanche qui est de tous points excellente. Ces vénérables prélats avaient cru pouvoir profiter de son éloignement pour consommer une usurpation qui leur a toujours beaucoup tenu à cœur. Il fait très-bien ressortir toute l’iniquité de leur prétention :

« Tl est contraire au droit divin, dit-il, d’empêcher l’homme qui a des besoins le dimanche comme les

autres jours de la semaine, de travailler pour gagner son pain. Le gouvernement ne pourrait imposer une telle loi que s’il donnait gratis du pain à ceux qui n’en ont pas N’est ce pas Bossuet qui disait : Man-

gez un bœuf et soyez chrétien ! » Il veut avec beaucoup de raison qu'on distingue, entre les lois vraiment religieuses et les obligations qui n’ont été imanées qu’en vue d’étendre l’autorité des ministres du culte. « La société, ajoute-t-il excellemment, ne compose pas un ordre contemplatif. Quelques législateurs ont voulu en faire un couvent de moines , et lui appliquer des règles qui ne conviennent que dans le cloître.... Il faut prendre garde que cette concession une fois obtenue on ne manquera pas d’en exiger d’autres. Ayant une fois fait intervenir la force du gouvernement dans des choses qui sont hors de son ressort, on nous ramènera à ces misérables époques où le curé croyait avoir le droit de gourmander un citoyen qui n’allait pas à la messe. » Quel dommage qu’en formulant ces critiques d’une si admirable justesse contre l’absolutisme catholique, il n’ait pas voulu voir à quel point elles s’appliquaient à son propre gouvernement ! Non, pouvait-on lui répondre, la société n’est pas faite pour être un couvent, mais elle n’est pas faite non plus pour être une caserne. Cette force du gouvernement, qui, selon lui, n’avait pas le droit d’intervenir dans la célébration du dimanche, ne voulait-il pas lui soumettre non-seulement les intérêts, mais jusqu’aux opinions des citoyens? N’est-ce pas elle qu’il voulait charger d’agir, de penser, et même de sentir pour eux? Ne rêvait-il pas de faire de l’état une autorité infailhble, de l’Institut une

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sorte d’inquisition laïque qui eût porté l’orthodoxie jusque dans la critique littéraire? Entre' le césarisme religieux qui est l’idéal des doctrines romaines, et le césarisme politique, qui formait le fond de son système, il n’y avait que des différences nominales. C’étaient deux aspects de la même idée, deux émanations d’un même esprit; et s’il se défiait du premier c’est uniquement parce qu’il y avait découvert un danger pour le second.

ÏM

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