‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 41 sur 124 · Annexe : article VI · texte numérisé non relu

Annexe : article VI

FEspagne peut envoyer si facilement des renforts, vont se trouver mis en péril par un débarquement fort hypothétique des Anglais et seront insuffisants pour le repousser ?

Après tout pourtant Fhypothèse n'est pas abolument inadmissible, bien que le chiffre de 40,000 hommes soit exorbitant, et que le renfort se trouve ainsi plus nombreux que le corps d'expédition. Le négociateur espagnol a d’ailleurs pris la précaution de faire ajouter à l'article « que le nouveau corps n’entrera en Espagne que du consentement des deux parties contractantes. » Il ne lui vient pas à l’esprit que ce corps d’armée une fois sur cette frontière dégarnie, pourra bien entrer sans demander la permission. Napoléon est sans doute incapable d’une pareille infraction à sa parole ; on sait quel respect lui inspirent les frontières ! Si le ministre inconsidéré du roi d’Espagne pouvait lire certains passages des nouvelles instructions que Napoléon adresse à Junot le 31 octobre, trois jours après la signature du traité de Fontainebleau, il serait moins convaincu de ses bonnes intentions et commencerait même à concevoir quelques soupçons. Dans cette lettre il recommande à son lieutenant de se présenter en ami, « d’entrer sur le territoire du Portugal comme sur le territoire espagnol , » assimilation qui n’a rien de rassurant pour ce dernier, puis il ajoute un peu plus bas : « Je vous ai déjà fait connaître qu’en vous autorisant à entrer comme auxiliaire, c’était pour que vous puissiez vous rendre maître de

la flotte, MAIS QUE MON PARTI ÉTAIT DEJA PRIS DE m’EM-

parer du Portugal. » De s’en emparer pour l’Espagne, dira- t-on sans doute? Nullement, car il termine

en lui disant : « Aussitôt que vous aurez en vos mains les différentes places fortes , vous y mettrez des commandants français, et vous vous assurerez de ces places. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il ne faut mettre au pouvoir des Espagnols aucune place forte , surtout du pays qui doit rester dans mes mains. » (D’après les termes du traité).

Ces prescriptions si explicites, envoyées à Junot aussitôt après la conclusion du traité, rapprochées de la recommandation relative à la levée de plans dans les localités espagnoles par les officiers du génie, et de la concentration du corps de quarante mille hommes sur la frontière d’Espagne, ces trois circonstances, disons-nous, indiquent suffisamment que le traité de Fontainebleau, loin d’avoir été un seul instant pris au sérieux par son auteur, ainsi qu’on l’a prétendu, n’a été à ses yeux qu’un moyen de tromper plus aisément l’Espagne, un prétexte pour s’introduire sur son territoire, et une entrée en matière pour des projets plus vastes. Un dernier indice non moins significatif des projets de Napoléon, c’est le secret absolu qu’il impose au roi Charles vis-à-vis de tous ceux qui pourraient l’éclairer. Le traité de Fontainebleau reste un mystère pour tous les ministres1. Entre ce faible d’esprit et l’Empereur, il n’y aura plus d’intermédiaire. Un traité à interpréter, des dépouilles à partager, une occupation militaire à entretenir de concert, que d’accidents, que de conflits, que d’opportunités

1. Ce fait avancé d’abord par M. de Cevallos dans son célèbre Exposé (1808), contesté ensuite par Escoiquiz, a été confirmé d’une façon irrécusable par les Mémoires d’Azanza et d’O-Farrill, tous deux anciens ministres du roi Charles comme Cevallos lui-même.

imprévues peuvent sortir de là, surtout dans un pays affaibli , dévoré par les factions, et pour un homme si habile à faire naître et à exploiter l’occasion ! G’ est tout ce qu’il lui faut quant à présent, tous les éléments d’un immense incendie sont rassemblés, il n’y manque plus que l’étincelle ; il n’a donc qu’à attendre, son astuce et sa fortune feront le reste !

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