‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 42 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

INSl ITUTION DE LA NOBLESSE ET SUPPRÉSSION U TRIBUNAT ( A O U T - O C T O B R E 1807).

Pendant que Napoléon prépare tout sur tant de points différents, pour rallumer la guerre, la France, confiante en ses promesses, célèbre à l’envi les douceurs de la paix. C’en est fait, il l’a dit, on le sait, il va donner enfin quelque repos à ce pays épuisé; il va s’occuper de la prospérité intérieure. Il veut être à lui-même son premier ministre et renouveler dans l’ordre économique toutes les merveilles qui ont fait sa gloire militaire. Il a assez fait le général, il va maintenant appliquer son génie à développer les richesses de la France; il veut centupler ses ressources industrielles et commerciales. L’Angleterre résiste encore, il est vrai, mais qu’importe, depuis que le continent tout entier est soumis ? On n’a pour la réduire qu’à la laisser dépérir dans son isolement. Tels sont les rêves que Napoléon encourage par des déclarations qu’on recueille avec avidité.

Il avait été reçu, lors de son retour à Paris, par des adulations dont la bassesse dépassait encore tout ce

qu’on avait entendu jusque-là, et qui seront citées dans la postérité la plus reculée, toutes les fois qu’on voudra marquer le point extrême de l’abaissement où peuvent descendre des âmes flétries par la servitude. « Sire, lui dit le président du sénat, Lacépède, après avoir épuisé îe vocabulaire de l’hyperbole en rappelant les exploits de la dernière campagne, tels sont les prodiges pour lesquels la vraisemblance aurait exigé des siècles, et pour lesquels peu de mois ont

suffi à Votre Majesté On ne peut louer dignement

Votre Majesté. Votre gloire est trop haute, tl faudrait être placé à la distance de la postérité pour découvrir son immense élévation! » Et Séguier au nom de la cour d’appel : « Napoléon est au-delà de l’histoire humaine. Il est au-dessus de l’admiration; il n'y a que l'amour qui puisse s’élever jusqu'ci luil » L’archevêque de Paris essaya, mais vainement, de lutter contre Séguier; il déclara « que les annales du monde n’offraient aucun exemple aussi merveilleux et aussi mémorable », ce qui parut pâle et d’une froideur presque suspecte. Mais Frochot, préfet de la Seine, mérita la palme par la façon ingénieuse dont il sut humilier ses concurrents tout en exaltant le maître : « Toutes ces choses , s’écria-t-il abimé dans une sorte d’extase, sont véritablement au-dessus de notre portée. Le silence d’étonnement que l’admiration impose semble être le seul moyen de les exprimer1 ! »

La session du Corps législatif fut ouverte le 16 août par un discours dans lequel Napoléon exposait luiqoême à grands traits les événements qui venaient de

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