Moniteur du 29 juillet
changer la face de l’Europe. Dans tout ce qu’il avait fait, disait-il, il n’avait eu en vue que le bonheur de ses ; peuples , plus cher à ses yeux que sa propre gloire. Il s’adressait ensuite à la nation elle-même pour lui témoigner sa satisfaction : « Français, disait-il, votre conduite dans ces derniers temps où votre empereur était éloigné de plus de 500 lieues, a augmenté mon estime et V opinion que j'avais conçue de votre caractère. Je me suis senti fier d’être le premier parmi vous, vous êtes un bon et grand peuple ! » Ce qui prouvait péremptoirement qu’il jugeait surtout ce peuple bon , c’est que pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui annonçait « qu' afin cl' empêcher le retour cle tout titre féodal incompatible avec les constitutions de l’ Empire, » il venait de créer différents titres impériaux pour donner un nouvel éclat aux principaux de ses sujets. Instituer une nouvelle noblesse afin d’empêcher le retour de la féodalité ! il fallait, en effet, bien compter sur la bonté des Français pour leur octroyer un pareil bienfait dans des termes si pleins de franchise î C’est par un trait tout semblable de cette phraséologie ingénieuse, que dans le décret qui rétablit les prisons d’État, Napoléon fit introduire un considérant fondé sur la nécessité de « garantir la liberté et l’égalité. » Ce don si précieux était accompagné d’une promesse beaucoup moins facile à réaliser : « Je veux, disait Napoléon, que dans toutes les parties de mon empire, meme dans le plus petit hameau, l’aisance des citoyens et la valeur des terres se trouvent augmentées par l’effet du système général d’améliorations que j’ai conçu. » L’Empereur se résumait enfin en annonçant à ses fidèles sujets « qu’il avait médité diverses dispo-
sitions pour simplifier et perfectionner les institutions. » Le perfectionnement, c’était la noblesse; la simplification, c’était la suppression duTribunat.
La création des grands fiefs et de quelques-unes des opulentes dotations qui y étaient jointes datait déjà de l’année 1806. Napoléon voulut l’étendre et la généraliser par un système complet, et bien que le statut relatif à la noblesse impériale n’ait été promulgué que le 1 1 mars 1808, j’en parlerai maintenant parce que la plupart des mesures préparatoires de ce statut en devancèrent de plusieurs mois la promulgation. Le rétablissement de la noblesse est un des actes sur lesquels Napoléon à Sainte-Hélène passait le plus volontiers condamnation. Il découvrait il est vrai après coup dans cette institution une foule d’avantages auxquels il n’avait jamais songé, entre autres celui de réconcilier la France avec V Europe* , objet qui ne semble pas l’avoir beaucoup préoccupé pendant son règne. Mais il reconnaissait qu’en définitive elle avait choqué les goûts égalitaires de la nation, et lui avait à lui-même nui plutôt que profité. Considérée au point de vue du succès, la mesure ne fut en effet jamais populaire, même auprès de beaucoup de ceux dont elle était censée combler tous les vœux. Elle n’était ni dans les idées, ni dans les intérêts, ni dans les mœurs. Les privilégiés d’avant la Révolution regrettaient leurs anciens titres ; personne ne songeait à en réclamer de nouveaux. On voit par la correspondance de Napoléon qu’il était par exemple forcé d’intimer l’ordre à Bernadotte de