Général Foy : Hist. des guerres de la Péninsule
lui qu'une seule chose, c’était son royaume. Le 27 novembre, par une journée froide et pluvieuse, il sortit du palais d’Ajuda, entouré de sa famille, au milieu d’une foule émue qui le saluait tour à tour de ses bénédictions et de ses sanglots. On voyait auprès de lui, comme une image vivante du malheur, la reine sa mère qui, frappée d’aliénation mentale depuis de longues années et ramenée tout à coup au milieu du bruit, du mouvement et du grand jour, semblait chercher autour d’elle, de ses yeux égarés, l’explication de cette scène de désolation. L’embarquement se fit au milieu de la plus morne tristesse , sous la protection de l’escadre anglaise que commandait sir Sidney Smith. La flotte s’éloigna au moment où nos boulets allaient l’atteindre. Ces milliers d’innocents, dont le seul crime était d’avoir tenté la cupidité d’un conquérant impitoyable, allèrent, à travers mille dangers, chercher au delà des mers un asile incertain et précaire , abandonnant leurs biens, leurs foyers, leurs parents, leurs amis, rompant, la plupart pour toujours, ces mille liens sacrés qui sont la patrie. Jamais depuis les proscriptions romaines la grande image de Tacite n’avait paru plus vraie : mare exiliis plénum . Et l’homme qui, pour satisfaire une convoitise, réduisait à cette condition misérable un si grand nombre d’infortunés dont il n’avait jamais eu à se plaindre, était satisfait, il était tranquille, il était glorieux, on l’appelait Grandi
Junot s’établit paisiblement à Lisbonne où il rallia peu à peu le reste de son armée, puis il prit sans coup férir possession de tout le Portugal, ne laissant aux deux corps auxiliaires de Solano et de Taranco
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que le rôle de spectateurs. D’un naturel turbulent, mais bon et généreux, Junot n’eût pas mieux demandé que de faire oublier insensiblement aux Portugais les disgrâces de leur patrie par la douceur de son administration , mais il avait à exécuter les ordres d un maître inexorable qui ne croyait qu’au pouvoir de la crainte. Napoléon lui reprochait ses ménagements comme une trahison, il était impatient de s empaier des dépouilles de ce malheureux petit peuple sans défense. « L’espoir que vous concevez du commerce et de la prospérité, lui écrivait l’Empereur, est unç chimere avec laquelle on s’endort. Quel commerce faire dans un pays qui est bloqué et dans des circonstances de guerre aussi incertaines que celles où se trouve le Portugal? » Il fallut donc confisquer, emprisonner, exiler, frapper des contributions extraordinaires. Il reçut l’ordre de désarmer et de déporter en France toutes les troupes portugaises, et avec elles toutes les personnes suspectes d’avoir conservé quelque attachement à la famille royale *. Junot espérait en être quitte pour ces mesures impitoyables, lorsque Napoléon lui expédia tout rédigé un décret, daté de Milan, qui allait compléter pour de longues années la ruine et la détresse des populations portugaises. Ce décret imposait au Portugal une nouvelle contribution montant à cent millions de francs , pour servir , disait Napoléon, au rachat cle toutes les propriétés sous quelque dénomination qu’elles soient appartenant à des particuliers-, Après ce début, qui présentait toutes les pro-