‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 56 sur 124 · Voir sur ce point les Mémoires du roi Joseph · texte numérisé non relu

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NAPOLÉON EN ITALIE

cïen « à sa disposition, » et Lucien consentit à l’envoyer à Paris : « Lucien, écrivit Napoléon à Joseph, m’a paru être combattu par divers sentiments et n’avoir pas assez de force pour prendre un parti. J’ai épuisé tous les moyens qui sont en mon pouvoir de le rappeler à l’emploi de ses talents pour moi et pour la patrie. S’il veut m’envoyer sa fille, il faut qu’elle parte sans délai, et qu’en réponse il m’envoie une déclaration par laquelle il la met entièrement à ma disposition, car il n’y a pas un moment à perdre, les événements se pressent et il faut que mes destinées s'accomplissent. » (17 décembre.) La fille de Lucien partit en effet pour Paris; mais Lucien persistant à refuser une couronne qui devait lui coûter son bonheur domestique, cette enfant n’était plus que le pis-aller et le jouet d’une fantaisie désordonnée. Elle n’avait pas encore atteint Paris, que Napoléon avait déjà renoncé à son projet de mariage.

L’Empereur quitta l’Italie, après avoir visité Milan, Venise, Turin, qui lui offrirent des fêtes splendides. Voulant donner un gage aux espérances patriotiques des Italiens, il adopta solennellement Eugène et le désigna comme son successeur à la couronne d’Italie. Les peuples furent invités à se réjouir d’une cérémonie qui était censée être le symbole de la future indépendance de la nation. En attendant cet avenir fort problématique il ne leur rendit pas même l’ombre de Corps législatif qu’il leur avait retirée depuis l’année 1805. Il se contenta de la remplacer par une assemblée de commis instituée sous le nom de Sénat consultant. Il laissa sur son passage divers plans de travaux d’utilité publique dont les uns étaient une

vaine fantasmagorie destinée à frapper les imaginations, et les autres une réelle amélioration des routes, des canaux et surtoutdes fortifications des places, objet qu’ii ne perdait jamais de vue. Il consacra quelques millions au port de Venise, mais il n’était plus en son pouvoir de réparer les ruines qu’il y avait faites. Venise était une ville morte, et celui qui l’avait tuée n’était pas en état de la ressusciter. Les travaux qu’il y commanda restèrent inachevés1. Il décréta la création d’une commune sur le plateau inhabitable du mont Cenis, et promit toute espèce de faveurs et d’immunités aux malheureux qui consentiraient à s’y fixer. Un hospice, une caserne, une prison, tel était le centre d’attraction de la future colonie, qui devait être traitée sur le pied d’une commune au-dessus de cinq mille cîmes 2. Malgré le fiat lux de cette volonté toute-puissante, la nature osa désobéir. La caserne est restée, la prison est restée, l’hospice est resté, mais la vie n’est pas descendue sur ces cimes inhospitalières. Du fastueux décret de Napoléon, rien n’c survécu, si ce n’est les petites maisons de refuge établies pour abriter les cantonniers.

Napoléon data également de Milan un décret qui vint aggraver encore les rigueurs du blocus continental et qui était le digne complément des extravagances du décret de Berlin. Cet acte avait d’ailleurs pour excuse un ordre du Conseil de l’amirauté qui n’était guère moins arbitraire et moins inique que les

1. Comte Sclopis : la Domination française en Italie de 1800 à 1815.

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