‹ Histoire de Napoléon Ier (tome 4)Chapitre 89 sur 124 · L’EUROPE APRÈS BAYLEN · texte numérisé non relu

L’EUROPE APRÈS BAYLEN

commune. L'armée autrichienne avait été réorganisée au grand complet par l’archiduc Charles qui l’exerçait sans relâche. A cette armée active de 300,000 hommes on avait joint une réserve qui en comptait près de 100,000. Stadion avait fait décréter en outre, dans toute l’étendue de l’empire, l’institution de milices nationales. La population valide presque tout entière s’y était enrôlée avec un enthousiasme extraordinaire, sans distinction de classes. Les dons volontaires affluaient dans les caisses du gouvernement. Pour la première fois enfin un mouvement patriotique se produisait dans cet empire artificiel qui n’a jamais été une patrie. L’Autriche devenant une nation par haine et par peur de la domination étrangère, l’Autriche faisant appel à l’opinion publique par la plume éloquente de Gentz, l’Autriche devenue le champion du droit des gens et de la liberté européenne, ce phénomène à lui seul jugeait la politique de Napoléon. Il disait combien les rôles étaient intervertis en Europe depuis les grands jours de la Révolution française, et combien le prétendu héritier des hommes de 89 était loin des principes qui les avaient inspirés!

Les armements de l’Autriche ne pouvaient manquer d’attirer l’attention de l’empereur des Français; car en s’attribuant le droit d’avoir 800,000 hommes sous les armes, Napoléon n’était nullement disposé à tolérer rien de semblable de la part d’une puissance étrangère. Dès le 16 juillet Champagny interpellait M. de Metternich sur les intentions de son gouvernement, en prenant occasion de prétendues violences exercées contre les sujets français. Peu de jours après

il revenait avec une insistance des plus aigres sur la

question des armements ; « Que veut votre gouvernement ? pourquoi trouble-t-il la paix du continent? Vos princes parcourent vos provinces; ils appellent le peuple à la défense de la patrie. Toute la population depuis dix-huit ans jusqu’à quarante-cinq est mise sous les armes... votre peuple est dans l’épouvante, vos voisins s’alarment. Partout on dit : « Que veut l’Autriche? quel danger la menace? etc. 1. » La réponse de Metternich (en date du 22 juillet 1808) est aussi nette qu’irréfutable. Tous les États voisins de l’Autriche, l’Italie, la Bavière, la Westphaiie et jusqu’au grand-duché de Varsovie, ont transformé leurs institutions militaires et adopté la conscription française. L’Autriche ne peut demeurer en arrière de ce mouvement sans compromettre la sécurité de ses peuples ; elle imite donc ses voisins en opérant une transformation analogue à celle qu’ils ont réalisée. Sa réserve et ses gardes nationales sont une institution qu’elle ne fait qu’emprunter à la France, afin de se mettre sur le pied d’égalité avec les autres États de l’Europe. Ce qu’on appelle ses armements n’a pas d’autre sens 2.

A cette réplique embarrassante Champagny riposte en battant la campagne au sujet de propos tenus aux bains de Tœplitz et de Garlsbad. Il allègue l’arrestation de deux courriers qui se rendaient en Dalmatie, arrestation qui se transformera plus tard en assassinai dans les manifestes de Napoléon; enfin il offre de

1. Pièces communiquées au Sénat dans la séance du 14 avril 1809,

n° 111, Arch. pari.

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lever les camps de la Silésie, mesure que le gouver nement français était décidé à j>rendre dans tous, les cas par suite des événements d’Espagne. Mais il n’offre pas la seule mesure qui eût été concluante, c està-dire une réduction des armées françaises et alliées proportionnelle à celle qu’il prétend obtenir de 1 Autriche 4. Dès lors les exigences de Napoléon ne pouvaient avoir d’autre caractère que celui d une violence diplomatique.

C’était bien là au reste la portée qu’il voulait leur donner. Il comprit vite qu’au point de vue du droit, international il ne pouvait forcer l’Autriche dans la position toute défensive qu’elle avait choisie, et, résolu dès ce moment à l’en faire sortir par la guerre, mais ne voulant faire cette guerre qu’après avoir dompté l’Espagne, il se détermina à gagner du temps par la menace et l’intimidation, moyens encore efficaces envers une puissance dont les préparatifs étaient loin d’être achevés. A peine de retour à Paris de son voyage dans les provinces du midi et de l’ouest (14 août 1808), Napoléon reprend avec Metternicli le dialogue au point où l’a laissé Champagny. Le 15 août, au milieu d’une audience solennelle donnée aux grands corps de l’État et aux membres du corps diplomatique, l’Empereur interpelle personnellement l’ambassadeur d’Autriche. Il s’abandonne en présence de l’assemblée interdite à une de ces divagations vio lentes qui sont devenues célèbres depuis l’entrevue avec lord Whitworth. Il met à profit la réserve forcée du diplomate pour l’accabler à son aise d’mvec-

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