Ibid. Champagny à Metternich, 30 juillet
tives sans dignité et d’interrogations auxquelles il ne lui laisse pas le loisir de répondre :
« 1/ Autr iche veut donc nous faire la guerre, ou elle veut nous faire peur?... Qui vous attaque pour songer à vous défendre?... Tout n’est-il pas paisible autour de vous? Depuis la paix de Presbourg, y a-t-il eu entre vous et moi le plus léger différend? Vous appelez le peuple à la défense de la patrie ; vous augmentez vos régiments de 1300 hommes. Vous avez 14,000 chevaux d’artillerie, vous armez vos places, et cependant votre change déjà si bas a encore baissé! Ne dites pas que vous avez été obligés de pourvoir à votre sûreté, vous savez que je ne vous demande rien. J’ai fait camper mes troupes pour les tenir en haleine; elles campent à V étranger , non en France, parce que cela est moins dispendieux . Mais si vous armez, j’armerai. Je lèverai s’il le faut 200,000 hommes.Vous n’aurez pour vous aucune puissance du continent. L’empereur de Russie lui-même vous engagera à res ter tranquilles. Votre empereur ne peut pas avoir de ressentiment contre moi. J’ai occupé sa capitale, la plupart de ses provinces, presque tout lui a été rendu Je n'ai meme conservé Venise que pour laisser moins de sujets de discorde ! Mais la guerre aura lieu maigre vous et malgré moi. Votre peuple s’est indigné, il s’est porté à des excès, parce qu’il a cru à vos mesures plutôt qu’à vos proclamations en faveur de la paix De là V assassinat de trois de mes courriers qui se rendaient en Dalmatie . Encore des insultes semblables et la guerre est inévitable, car on peut nous tuer , mais non
nous insulter impunément Vous dites que vous avez
une armée de 400,000 hommes. Vous voulez la dou*
bler. A suivre votre exemple bientôt il faudra armer jusqu'aux femmes! Dans un tel état de choses, la guerre deviendra désirable pour amener un dénoûment. Un mal vif mais court vaut mieux qu'une souffrance prolongée »
Telle fut en résumé, selon le compte rendu que Champagny adressa au général Andréossy après en avoir soigneusement retranché les violences de langage, cette sortie incohérente et inconvenante. Elle laissait de côté toutes les difficultés réelles de la situation des deux pays, elle éludait toute discussion sérieuse de la part de Metternich, elle était pleine d’aveux compromettants, d’allégations fausses ou blessantes, mais elle avait au plus haut point le caractère qu’elle voulait avoir, c’est-à-dire celui d’une menace publique. Le trait le plus étonnant de cette longue diatribe était sans contredit le reproche d’ingratitude adressé à l’empereur d’Autriche I Napoléon y ajouta pour conclusion la demande que l’Autriche contremandât ses armements et qu’elle reconnût Joseph comme roi d’Espagne. Dans l’impossibilité de relever immédiatement le défi, le cabinet de Vienne temporisa et répondit par de vagues promesses, mais il ne suspendit pas un instant ses préparatifs, en sorte que Napoléon ne réussit que très-imparfaitement dans sa tentative d’intimüation.
L’Empereur ne fut pas plus heureux auprès d’une autre cour qu’il avait réduite à la dernière humiliation et qu’il avait jusque-là toujours subjuguée parla crainte* Le saint-siège, d’ordinaire si hostile aux insurrections
L Ghampagoy à Andréossy, 16 août 1808.
histoire DE NAPOLÉON 1er.
les plus légitimes, fut peut-être plus sensible qu’aucune autre cour européenne aux succès de l’insurrection d’Espagne. Il est vrai de dire qu’il avait à lui seul plus de griefs contre Napoléon que tous les autres cabinets réunis. A la suite de l’inutile mission du cardinal de Bayanne, l’Empereur s’était emparé des provinces du ^ape en les déguisant sous les noms étranges de départements du Metauro , du Musone , du Tronto , désignation choisie à dessein pour dérouter les souvenirs et sous laquelle personne ne s’avisait de voir les États romains. 11 avait ensuite pris possession à petit bruit de la ville de Rome elle-même (2 février 1808). Le général Miollis avait mis la main sur tous les services publics ; il gouvernait la ville éternelle comme une simple préfecture. Le pape avait protesté contre cette occupation de sa capitale; mais, bien que cette protestation fût d’une douceur tout évangélique. Napoléon y avait répondu en débarrassant le pape des conseillers pervers qui l’égaraient. Il fit enlever de Rome par ses gendarmes et reconduire à la frontière tous les cardinaux qui n’étaient pas nés sujets romains. Il incorpora dans ses troupes les soldats de l’armée du pape en leur faisant promettre « qu’ils ne seraient plus a f avenir commandés par des prêtres1,3» honneur que ces malheureux devaient payer cher. Toutes ces violences f urent couronnées par l’occupation du Quirinal, et Pie VII se vit non-seulement dépouillé de toutes les prérogatives de la souveraineté, mais gardé à vue comme un prisonnier dans sa propre demeure. (7 avril 1808.)
1, Ordre du jour du général Miollis, 27 mai 1808,
l’europe après baylen. 391
Cependant, an moment d'engager la lutte avec l'Espagne, Napoléon s’aperçut un peu tard, selon son habitude, qu’il avait entrepris trop de choses à la fois, et que ses démêlés avec la cour de Rome pouvaient compromettre gravement ses projets sur la nation espagnole. Le 18 avril 1808, il écrivait au prince Eugène: « Mon fils, je suis immensément occupé; c’est pour cela que je désire que les affaires de Rome soient remises au 10 mai. En attendant faites gouverner temporellement les quatre légations comme je l’ai ordonné. Il ne faut pas se mettre tout sur les bras à la fois1. » L’objet de l’ajournement proposé par l’Empereur était la publication du décret dans lequel Napoléon déclarait révoquer « la donation de Charlemagne, son illustre prédécesseur , » en ce qui concernait les provinces d’Urbin, Ancône, Macerata et Camerino ; mais ce contre-ordre arriva trop tard. Miollis avait non-seulement publié le décret, mais fait enlever dans le propre palais du saint-père son secrétaire d’État, Gabrielli. Entre la papauté et l’empire c’était désormais une guerre à mort. On pouvait en prévenir les éclats, en étouffer le bruit à force d’intimidation, de silence, de mystère, mais on ne pouvait plus en arrêter la marche, et elle allait se poursuivre sans trêve et sans relâche jusqu’à la chute de l’un des deux combattants.
Il est facile d’imaginer quelle dut être dans un tel état de choses l’impression de la Cour romaine à la nouvelle de nos revers en Espagne. Ils produisirent au Vatican l’effet d’une véritable rosée céleste. Les protestationsjusque-là si timides du saint-siège prirent