Napoléon à Jérôme, 7 sept.; à Soult, 10 sept
ENTREVUE D’eRFURT.
le nom d’armée du Rhin. L’armée d’Espagne fut divisée d’abord en six, puis définitivement en huit corps d’armée, dont il donna le commandement à ses meilleurs lieutenants, Ney, Lannes, Soult, Victor, Saint-Cyr, Lefebvre, Mortier, Junot. Il y incorpora parmi ses propres troupes de nombreux régiments formés d’Italiens, de Polonais, de Hollandais et d’Allemands, contraignant tous ces peuples qui regrettaient leur liberté perdue à combattre pour l’asservissement de la seule nation dont ils eussent dû imiter l’exemple.
Tous ces soldats à qui l’on avait tant de fois répété qu’ils avaient conquis la paix sur le Niémen, et que l’on appelait si tôt à la conquérir de nouveau sur le Guadalquivir, allaient s’aviser peut-être qu’on abusait quelque peu de leur crédulité, ils pouvaient se fatiguer de ces promenades glorieuses, mais effroyablement meurtrières, de ces promesses toujours éludées, de cette tâche si péniblement accomplie et toujours à recommencer. Il fallait donc prévenir de leur part ces réflexions dangereuses, il fallait les étourdir, leur ôter le sentiment de leur situation, les mener au coupegorge espagnol comme à une fête. Napoléon leur fit préparer une réception magnifique dans les villes qu’ils devaient traverser du Rhin aux Pyrénées ; et comme les municipalités n’étaient pas assez riches pour en faire les frais, il leur fit allouer une indemnité de trois francs par homme : « Des harangues, des couplets, des spectacles gratis, des dîners, voilà, écrivait-il au ministre de l’intérieur, ce que j’attends des citoyens pour les soldats qui rentrent vainqueurs *. »