Napoléon à Cretet, 3 sept
A Metz, à Nancy, à Reims, à Paris, à Tours, à Bourges, à Bordeaux les héros de la grande armée furent accueillis par des fêtes bruyantes, qui ne parvinrent pas toutefois à leur faire oublier entièrement qu’ils étaient comme ces hôtes de passage qu’on fait entrer par une porte et sortir immédiatement par l’autre. Napoléon du moins semblait en juger ainsi, car nos soldats n’étaient pas à mi-chemin de leur itinéraire qu’il écrivait de nouveau à Gretet pour lui recommander « de faire faire à Paris des chansons » destinées à réchauffer l’enthousiasme. Mais sur quel sujet écrire ces chansons? Les tyrans? il n’en fallait plus dire de mal. La patrie? tout le monde savait de reste qu’elle n’était pas en danger. La perfide Albion était fort usée. On y parlera, disait l’Empereur, de la liberté . . . des mers 1 î La liberté des mers, quel stimulant irrésistible pour l’imagination du poète et pour l’héroïsme du soldat ! « Vous ferez faire, ajoutait-il, trois sortes de chansons, afin que le soldat n’entende pas chanter les mêmes deux fois. » Dans la vie réelle comme au théâtre, on ne doit pas, nous le savons, regarder de trop près à ces ressorts cachés, au moyen desquels s’opèrent les grands changements de scène, de peur de s’en exagérer l’importance; mais cette réserve faite on est forcé de convenir que jamais plus piteuses machines ne mirent en jeu un plus lamentable scénario.
L’empereur Alexandre était déjà parti pour Erfurt sans autre cortège que quelques-uns des grands personnages de sa cour, parmi lesquels son frère le grandduc Constantin et son ministre le vieux Romanzoff, le