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Napoléon à Gretet, 17 sept

ENTREVUE d’ERFURT.

partisan à peu près unique que Faîliance française eût encore en Russie. Alexandre avait quitté Pétersbourg au grand déplaisir de ses sujets toujours trèshostiles à sa nouvelle politique, et malgré les supplications de sa mère à qui ce voyage inspirait les plus vives alarmes. Il est certain que le dénoûment de l’entrevue de Bayonne n’était pas fait pour inspirer à Alexandre une confiance sans mélange-, mais sa situation était loin d’être la même que celle du roi d’Espagne. En s’emparant de la personne de Ferdinand, Napoléon avait pu croire avec une certaine vraisemblance qu’il s’emparait du même coup de son royaume; une telle illusion était impossible avec la Russie. Cet essai lui avait d’ailleurs trop mal réussi pour qu’il songeât à le recommencer.

II est toujours dangereux et souvent puéril de vouloir interpréter les sentiments secrets des personnages historiques. Mais si l’expérience des hommes et la force des situations avaient produit sur Alexandre leur effet ordinaire, il est permis de dire qu’il apportait à cette entrevue une très-médiocre sympathie pour son auguste allié. Séduit par les promesses de Tilsit, il avait sacrifié à Napoléon ses généreuses illusions de jeunesse, sa popularité en Europe, l’amour presque superstitieux de ses sujets ; il lui avait sacrifié sa propre estime ; et une fois tous ces sacrifices accomplis, les promesses n’avaient pas été tenues. 11 n’avait reçu de lui qu’un de ces présents pour lesquels on est toujours ingrat, parce qu’on ne les accepte que la rougeur au front, la Finlande, dépouille d’un parent. Et si Napoléon se montrait aujourd’hui plus disposé h remplir ses engagements, Alexandre savait à quel

accident il était redevable de cette complaisance inespérée ; ses courtisans eux-mêmes ne se gênaient pas pour le dire autour de lui : « L’empereur Alexandre /ait bâtir beaucoup d’églises , disait l’ambassadeur Tolstoï au comte Nicolas son frère; conseillez-lui d’en faire bâtir une à Notre-Dame del soccorro d’Espagne M »

C’était bien en Espagne, en effet, que se trouvait la seule cause de cette recrudescence d’amitié que Napoléon montrait pour le Gzar. Les affaires qu’il avait à régler avec Alexandre pouvaient se traiter aussi bien à Paris qu’à Erfurt, et par voie de correspondance aussi bien que par une entrevue. Les choses que les deux souverains avaient à se dire n’avaient rien qui nécessitât un rapprochement personnel ; leurs épanchements ne pouvaient pas être d’une nature bien vive après tant de mécomptes réciproques. Napoléon était décidé d’avance à satisfaire son allié, à lui céder ces deux principautés de Moldavie et de Valachie, qui avaient été la cause de leur mutuel refroidissement; il n’était pas homme à modifier ses plans sous l’impression d’une causerie. Il ne pouvait se dissimuler en outre que sa situation vis-à-vis d’Alexandre était loin d’être aussi avantageuse qu’à Tilsit. Son prestige alors intact avait depuis singulièrement diminué. Ses armées jusque-là réputées invincibles avaient subi des échecs aussi humiliants que désastreux. C’étaient là des raisons bien fortes pour lui d’éviter une entrevue qui évoquait inévitablement de pareils retours sur le passé.

Mais la nécessité parlait encore plus haut que l’or-

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