‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 19 sur 54 · îeÉDIT · texte numérisé non relu

îeÉDIT

le fleuve le premier avec Tavant-garde sur des bateaux , et Laharpe s^est établi avec les grenadiers à Emetri , entre le Pô et la rive de Fombk). Le 9 , toute l'armée , qui est arrivée la veille , franchit le fleuve , dont la largeur à Plaisance est de deux cent cinquante toises.

Le même jour Bonaparte écrit de son quartier général de Plaisance au directeur Carnot : « Nous « avons passé le Pô ; la seconde campagne est « commencée : Beaulieu est déconcerté ; il donne « constamment dans les pièges qu'on lui tend : « peut-être voudra-t-il donner une bataille. Cet <x homme a Taudace de la fureur et non celle du « génie. — Encore une victoire , et nous sommes « maîtres de Tltalie. — Je vous fais passer vingt « tableaux des premiers maîtres, de Corrége et « de Michel-Ange. — J'espère que les choses vont « bien, pouvant vous envoyer une douzaine de « millions à Paris. Cela ne voasjera pas de mal a pour r aimée du Rhin, » Le général ne perd pas de vue les opérations de cette armée, dont il a parlé avec tant de chaleur dans sa dépêche de Cherasco. Une suspension d'armes est signée le même jour à Plaisance avec le duc de Parme, qui achète ce traité avec les tableaux et les millions que le général fait passer à Paris. Dès ce moment , l'armée d'Italie aura à distribuer trois sortes de

trophées : les trésors des yaincus pour la solde des autres armées , les objets d'art pour Tembellissement de la capitale , et pour elle les approvisîonnemens et tout le matériel de guerre de ses emiemis. C'est ainsi que Farmistice conclu avec le duc de Parme nous donna seize cents chevaux , des magasins de blé et de fourrages , et défraya le service des hôpitaux. Quatre cents chevaux d'artillerie furent levés aussi dans la ville de Plaisance. Le duc de Modène s'empressait également d'envoyer un plénipotentiaire au général Bonaparte. Le commandeur d'Est, frère naturel du duc, se rendit au quartier général pour demander la suspension d'armes; elle eut lieu moyennant dix millions, dont deux millions cinq cent mille livres en denrées et munitions de guerre , et vingt tableaux de grands maîtres.

Aussitôt que Beaulieu avait appris le départ de Tortone, il s'était mis en marché avec son armée , pour couvrir Plaisance et camper derrière Fombîo , petite place d^'à occupée le 8 par huit mille Autrichiens partis de Pavie, sous les ordres du général Liptay. Bonaparte ne veut pas laisser le temps k cette division de s'y établir, ni de servir de point d'appui au général Beaulieu. Il fait enlever brusquement Fombio par les généraux Lannes , Dallemagne et Lanusse. Les Autri-

chiens perdent deux mille cinq cents prisonniei-s, leur artillerie, leurs drapeaux, et se jettent dans Pizzighettone , dont ils ont le temps de lever les ponts. Le général Laharpe s'était avancé en avant de Codogno, sur les routes de Pavie et de Lodi. Un régiment de la cavalerie de Beaulieu , venant de la première route , tomba la nuit dans les avantpostes de Laharpe, et vivement repoussé, disparut par la route de Lodi , au premier mouvement de défense que Grent les troupes . Le général Laharpe, accouru au bruit de la mousqueterie de ses avantpostes , retournait dans son camp par un autre chemin , quand il tomba blessé à mort par le feu de fîle d'un de ses pelotons, qui crut tirer sur l'ennemi. Toute l'armée pleura comme un Français ce brave et habile général, que la tyrannie de Berne et l'amour de la liberté avaioit amené dans nos rangs.

Le 10 , nous marchons sur Lodi à la recherche de Beaulieu. A une lieue de Casai, une forte arrière-garde de grenadiers autrichiens défend la chaussée de Lodi. Elle est culbutée , malgré une résistance opiniâtre , et poursuivie jusque dans la ville, où les Français entrent pèle-mèle avec l'ennemi. Ici a lieu la fameuse attaque du pont de l'Adda. Beaulieu a sa ligne de bataille sur la rive gauche; les fuyards s'y rallient; les Français les

poursuivent. Beaulieu démasque vingt-cinq pièces êb canon pour la défense du pont ; le général Bonaparte en oppose autant. Cependant il a conçu l'audacieux projet de forcer le pont, dans l'espoir de couper le corps de dix mille hommes qui , sous les ordres de Colli et de Wukassowich, se portent sur Cassaiio pour y passer l'Adda. Il fait franchir la rivière par la cavalerie, à une demilieue au-dessus du pont, et, avec une batterie d'artillerie légère , il engage la canonnade sur le flanc droit des Autrichiens. Dans le même instant il place toute son artillerie sur la rive droite , au débouché du pont , contre les batteries opposées , forme les grenadiers en colonne serrée , les dirige derrière le rempart qui borde la rivière ; puis , aussitôt que la cavalerie a commencé son attaque , les grenadiers se précipitent sur le pont , le franchissent au pas de course, et s'emparent du canon de l'ennemi. La ligne autrichienne , enfoncée par cette charge impétueuse, se réftigie k Crema, après avoir laissé sur le champ de bataille près de trois mille prisonniers , des drapeaux et son artillerie. Ce beau fait d'armes jette une profonde consternation dans le camp ennemi. Mais le corps de Colli a pu passer l'Adda k Cassano : Bonaparte le sait , et soudain il conçoit et exécute le projet de la prise de Pizzighettone , qu'il est si important

de ne pas laisser fortifier. Beaulieu n'a pu empêcher le passage du Pô, de la Trebia, de TAdd^^ il abandonne la capitale du Milanais sans défense, à plusieurs journées sur les derrières de Tannée conquérante* Aussi Bonaparte reçoit à Lodi la l'eddiUon de Milan ; elle est apportée par une députation des Etals et de la municipalité , que coaduisait M* de Melzi. Quelques années plus tard, afin de i^ppeler son* triomphe et la soumission des Lombards, le vainqueur, devenu roî d'Italie, accordera au chef de la députation de Milan le nom de duc de Lodi, titre qui cimsacrora à lui seul deux grands faits historiques.

La victoire de Lodi donnait toute la Lombordie h la république. Du théâtre même de la bataille, Bonaparte , toujours dominé de l'importante idée d'une invasion en Allemagne par le Tyrol, combinée avec l'action des deux armées du Rhin , écrivit, le U , au directeur Camot : a Bientôt il est « possible que j'attaque Mantoue. Si j'enlève cette u place , rien ne m'arrête plus pour pénétrer dans CI la Bavière ; dans deux décades , je puis être dans « le cœur de l'Allemagne. Ne pourriez- vous pas n combiner mes mouvemens avec l'opération de « vos deux armées? Je m'imagine qu'à i'heui*e « qu'il est on se bat sur le Rhin. Si l'armistice 0 continuait, l'armée d'Italie serait écrasée. Si les

a deux armées da Rhin entrent en campagne , je « vous prie de me faire part de leur position et a de ce que vous espérez qu'elles puissent faire , « afin que cela puisse me servir de règle pour « entrer dans le Tyrol , ou me borner à l'Adige. « II serait digne de la république d'aller signer « le tr^té de paix , les trois armées réunies , dans « le ecEur de la Bavière ou de l'Autriche étonnée. « Quant à moi , s'il entre dans vos projets que !es « deux armées du Rhin fessent des mouvemens « en avant , je franchirai le Tyrol avant que l'em- « pereur ne s'en soit sérieusement douté. »

Toutefois , dans une dépêche du 7 , que Bonaparte reçut k Lodi , le Directoire paraissait peutêtre tout aussi surpris du tangage de son gêné* rai que de ses victoires. Aussi, après avoir loué la conquête du Piémont , et avoir approuvé le brillant et uf ile armistice qui en fut la suite , il témoignait , avec tme affectation très prononcée , sa satisfaction de ce que le général avait pris conseil du commissaire civil Salicetti avant la conclusion de cet armistice. « Ces sortes de transactions , di- « sait la dépêche, dans des cas urgens où le Dî- « rectoire ne peut être consulté lui-même, sont « particulièrement du ressort du commissaire du « gouvernement près les armées. » Quant au projet de l'invasion du Tyrol, il était combattu

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comme pàïlleiu. dans l'hypothèse d'une défaite, et le Directoire avertissait le vainqueur de songer à hûre rentrer la Corse sous le pouvoir de la république. C'àaît répondre d'une manière peu héroïque aux vues du grand capitaine. Dans le même moment , le Directoire portait à son général une atteinte plus dangereusemoit hostile que les mouvemens des Autrichiens; car il annonçait la volonté de partager l'armée d'Italie en deux : Kellermaun devait conunander celle qui gard«:ait le Milanais, et Bonaparte celle qui serait destinée à agir sui' les côtes de la Méditerranée , à Livoume , h Rome et à Naples. Le Directoire ajoutait que son intention était de laisser subsister, dans ce nouvel ordre de choses, l'arrêté du 9 floréal, qui conférait aux commissaires Garrau et Salicetti le droit de requérir des moavemens de troupes; il prescrivait la prompte occupation de Livoume, et ^^o^mait après cette expédition les débats que la république avait avec l'État de Gênes, s Si Rome « fait des avances , disait le Directoire , la première Il chose à exiger est que le pape ordonne imme- « diatemenl des prières publiques pour la pros- « péritéet les succès de la république française. » 11 était déjà assez absurde de demander des prirâ-es iiu pape pour une république qui, loin de le reconnaître comme son chef spirituel , ne l'appelait

que le prince de Rome ; mais il était d'une véritable dérision d'ajouter :

« Quelques uns de ses beaux monumens , ses « statues , ses tableaux , ses médailles , ses bibUo- « thèques , ses bronzes , ses madones d'argent , et « même ses cloches , nous dédommageront des « frais que nous coûtera la visite que vous lui a aurez faite. »

Bonaparte a bien jugé ceux qui lui donnent de tels ordres, et, se plaçant vis-à-yis d'eux dans la sphère de supériorité qui lui appartient, il leur répond de Lodi, le 14 mai suivant : « Je tt crois très impolitique de diviser en deux l'armée « d'Italie ; il est également contraire aux intérêts a de la république d'y mettre deux généraux a différens. L'expédition de Livoume, Rome et « Naples , est très peu de chose ; elle doit être faite « par des divisions en échelons, de sorte que a l'on puisse, par une marche rétrograde, se « trouver en force contre les Autrichiens , et me- « nacer de les envelopper au moindre mouvement a qu'ils feraient. Il faudra pour cela non seule- « mait un seul général , mais encore que rien ne « le gêne dans sa marche et dans ses opérations. « J'ai fait la campagne sans consulter personne; « je n'eusse rien fait de bon s'il eût fallu me con- V cilier avec la manière de voir d'un autre. J'ai

■ remporté quelques aTanlages sur des forces su- « péi'îeures et dans un dénuement absolu de tout, « parce que, persuadé que Tolre confiance se re- « posait sur moi , ma marche a été aussi prompte « que ma parole. Si tous m'imposez des entraves

■ de toute espèce, s'Hfaal que je ré^re de leus

* mes pas aax commissaires du gouvernement , « s'ils ont le droit de changer mes mouvemens, de » m'ôter ou de m'envoyer des troupes , n'attendez a plus rien de bon. Si tous aflaUiIissez tos moyens

• en partageant tos ftwces, si vous rompez en a Italie l'imité de ia pensée militaire , je vous le u dis aTec douleur, vous aurez perdu ta ^m.% belle

■ occa^on d'imposer des lois k l'Italie, o

Bonaparte , dans la suite de cette lettre , insistait sur la nécessité de laisser un seul général à la tête de l'armée ; et le même jour, par le même courrier, il écrivait au directeur Camot, en lui parlant de sa réponse au Directoire :

■ Kellermann commandera l'armée aussi bien « que moi; car personoe n'est plus conTaincu que n je ne le suis , que les Tictoires sont dues 2/a cou- « rage et à l'audace de l'armée : mais je crois que

■ réunir Kellermann et moi en Italie, c'est vou- 11 loir tout perdre. Je ne puis pas servir volontiers 11 avec un homme qui se croit le premier général " de l'Europe; et, d'ailleurs, je crois qu'il (but

« plutôt un mauTais général que deux bons. La « guerre est comme le gouyemement, c'est une « affaire de tact. »

Une telle correspondance n'a pas besoin de ccHnmentaire. Bonaparte y traite presque d'^al à égal , c'est-^dkre de puissance à puissance avec le Directoire : il sent que toute sa destinée est dans sa volonté. Depuis la veille (13 mai), le château de Milan était investi ; Augereau occupait Pavie ; Serrurier, Lodi et Crémone ; la division Laharpe y Como y Lesagno , Lucco et Pizzighettone.

Le jour où le Directoire signait, à Paris, le traité qui , enlevant au Piémont la Savoie , le comté de Nice et le territoire de Tende , livrait toutes ses places fortes à Tarmée française , ce même jour, 1 5 mai , le général Bonaparte faisait à Milan son entrée solennelle; et, jaloux d'entretenir cette puissance morale qu'il a si habilement mariée avec sa puissance militaire, il adresse à ses omipagnons d'armes cette proclamation :

« SoLiitÂ.is!

a Vous vous êtes précipités comme un torrent H du hatit de l'Apennin. Yous avez culimté , dis- « perse tout ce quà s'opposait a votre marche. Le « Piémont , détivré de h tyrannie autiichienne ,

« s'est livré à ses sentimens naturels de paix et « d'amitié pour la France. Milan est à vous , et le « Pavillon républicain flotte dans toute la Lom- « bardie. Les ducs de Parme et de Modène ne « doivent leur existence politique qu'à votre géné- « rosité. L'armée qui vous menaçait avec orgueil « ne trouve plus de barrière qiii la rassure c(Hitre « votre courage : le Pô, le Tésin, l'Adda, n'ont « pu vous arrêter un seul jour : ces boulevarts « vantés de l'Italie ont été insuJBsans; vous les « avez franchis aussi rapidement que l'Apemiin. « Tant de succès ont porté la joie dans le sein de « la patrie. Vos représentans ont ordonné une fête « dédiée à vos victoires , célébrée dans toutes les « communes de la république. Là vos pères , vos a mères , vos épouses , vos sœurs , vos amantes , a se réjouissent de vos succès , et se vantent avec « orgueil de vous appartenir. Oui , Soldats , vous a avez beaucoup fait ! Mais ne vous reste-t-il donc a plus rien à faire? Dira-t*on de nous que nous a avons su vaincre , mais que nous n'avons pas su « profiter de la victoire? La postérité nous repro- « chera-t-elle d'avoir trouvé Capoue dans la Lom- « bardie? Mais je vous vois déjà crier aux armes ! « Un lâche repos vous fatigue ; les journées per- « dues pour la gloire le sont pour votre bonheur. ^ £h bien! partons ; nous avons encore des marches

« forcées à faire, des ennemis à soumettre, des a lauriers à cueillir, des injures à venger. Que ceux a qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile « en France , qui ont lâchement assassiné nos min nistres , incendié nos vaisseaux à Toulon , trem- « blent ! l'heure de la vengeance a sonné. Mais que « les peuples soient sans inquiétudes : nous som- « mes amis de tous les peuples , et plus particulièa rement des descendans des Brutus , des Scipion « et des grands hommes que nous avons pris pour « modèles. Rétablir le Capitole, y placer avec « honneur les statues des héros qui le rendirent a célèbre , réveiller le peuple romain engourdi par « plusieurs siècles d'esclavage , tel sera le fruit de « nos victoires : elles feront époque dans la posté- « rite. Vous aurez la gloire immortelle de changer « la face de la plus belle partie de l'Europe. Le a peuple français, libre, respecté du monde ena tier, donnera à l'Europe une paix glorieuse qui « l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il « a faits depuis six ans. Vous resterez alors dans a vos foyers , et vos concitoyens diront , en vous « montrant , îl était de l'armée d'Italie. »

Les proclamations de Bonaparte étaient écoutées avec enthousiasme, et relues avec avidité par les soldats, et par les officiers, qui étaient tous ou

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presque tous des soldats. Jamais armée ne reçut une instruction plus conforme aux destinées qu'elle devait accomplir, que Tarmée dltalie. En même temps général el législateur de cette armée, son chef parvint a en faire une famille que nul autre que lui ne pouvait plus commandar avec succès.

Depuis notre entrée en campagne, la guerre alimentait la guerre. Ainsi Tartillerte nécessaire au siège du château de Milan , où Beaulieu avait laissé deux mille cinq cents Autrichiais , fut tirée, comme les munitions , des places de Tortone , Alexandrie, Coni, Ceva et Cherasco, qui servaient de dépôt aux approvisionnemens de toute espèce que le pays nous fournissait. Les contributions en argent secondaient aussi nos opérations. Outre les sommes stipulées dans les traités avec les ducs de Parme et de Modène , la Lombardie eut à nous payer vingt millions. Le 22 mai, Bonaparte écrivit au Directoire : « Vous pouvez à cette « heure compter sur six à huit millions argent ou « or, lingots ou bijoux , qui sont à votre disposi- « tion à Gènes. Vous pouvez disposer de cette « somme, étant superflue aux besoins deTarmée. « Si vous le désirez , je ferai passer un million à tt Bâlcj pour Vamiée dn Rhin... Les troupes sont « satisfaites ; elles touchent la moitié de leurs ap-

ce pointemens en argent. Le pillage est réprimé, et ce la discipline avec Tabondance renaissent dans « cette glorieuse armée. »

Si le Directoire n'avait pas vu d'avance qu'en partageant entre Kellermann et Bonaparte l'armée d'Italie, il perdait infailliblement sa conquête, il comprit au moins par la réponse de ce dernier qu'il serait peut-être imprudent de persister dans ce projet. Toutefois on devait juger au premier coup d'œil que vingt mille hommes disséminés sous les ordres de Kellermann , depuis les Alpes maritimes et celles de la Savoie jusqu'aux extrémités de la Lombardie et aux frontières du Tyrol, et sous la trompeuse sécurité que donnait le maintien de la paix de la part du roi de Sardaigne , pourraient d'un moment à l'autre, soit par l'irruption des forces autrichiennes venues de l'Allemagne, soit par le soulèvement simultané des pays conquis, être contraiots de repasser les Alpes ; tandis que Bonaparte, enfoncé aussi, avec une vingtaine de mille hommes, dans le sud de la péninsule italienne , entre Rome et Naples , aurait à dos toute l'insurrection de la haute Italie , sur ses flancs les rivages de la Méditçrranée occupée par les flottes anglaises , et autour de lui une population fanatique, dont les souvenirs d'extermination contre la race française seraient puissamment réveillés

par les nobles et surtout par les prêtres. Le complot de la réyolte de Payie, ourdi et exécuté sous les yeux de Farmée yictorieuse, ne tarda pas à faire sentir au Directoire le danger qui aurait pu résulter de la division de Tarmée d^Italie en deux corps indépendans et séparés par les Etats ennemis. Mais la jalousie des lauriers de Bonaparte avait aveuglé le Directoire, et il poussait c^te jaousie jusqu a Tingratitude , quand il lui disait, le 8 mai : « L'Autriche, consternée de vos succès , a probablement déjà donné des ordres pour extraire de ses armées sur le Rhin des renforts pour s^opposer à vos progrès , et de là naît la nécessité de donner aa général Kellermann le plus de fm^ces possible , afin qu'il se trouve toujours dans la situation de rofTensive du côté du Tyrol. » Il résultait de cette dépêche , que Kellermann devait commander la plus grande armée , et que la campagne du Tyrol lui était destinée. Le Directoire annonçait au général Bonaparte que l'armistice durait encore avec l'Autriche, et qu'il chercherait à le rompre quand F ennemi aurait distrait des forces de son armée du Rhin^ pour les opposer à F armée d'Italie! En même temps il l'engageait à envoyer au gâràrad Moreau des chevaux et de l'argent. Mais cstfin , dans la dé-, pêche du 21 mai, le Directoire, félicitant Bona-

parte dé Poccupation de toute la Lombardie , ainsi que de la prise de Pizzighettone et de la possession de Crémoiie , lui écrivit : « Foas paraissez dési- « reaXf citoyen général , de contmuer à conduire a toute la suite des opérations militaires de la cam- « pagne actuelle en Italie. Le Directoire a mûre-' « ment réfléchi sur cette proposition , et la con- « fiance qu'il a dans vos talens et votre zèle « républicain a décidé cette question en faveur « de Taffirmative. Le général Kellermann restera « à Chambéry, etc. »

Que sërait-il arrivé si le Directoire avait persisté dans ce projet de séparation en deux armées , auquel il tenait tant, et dont parlent toutes ses lettres comme d'un plan définitivement arrêté? Bonaparte eut offert sa démission. Mais déjà il ne pouvait plus rentrer obscur et tranquille dans les rangs des simples citoyens, et le Directoire fut parvenu peut-être à en faire un coupable , ou à le ' devenir lui-même.

De cette époque date la suprématie de Bonaparte, qui va se rendre le maître des opératicms de la guerre et l'arbitre des intérêts politiques de la France. C'est du palais de Milan qu'il correspond avec le palais du Luxembourg , et sa correspondance ressemble à celle qui s'établirait entre un souverain et ses ministres. Ses idées , ses desseins

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