‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 21 sur 54 · ÉD1T · texte numérisé non relu

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a prêchent en France la guerre civile , sous pré- « texte de religion* » Le laidemain , il écrivait au directeur Carnot : « Si les bataillons annoncés nous « joignent à temps , il nous sera facile d'aller jusce qu'à Rome. Cependant , comme les opérations « de l'Allemagne peuvent changer notre position a d'un moment k l'autre , je crois qu'il serait bon a qu'on me laissât la faculté de conclure l'armi- K stice avec Rome , ou d'y aller : dans le premier « cas 9 me prescrire les conditions de l'armistice ; « dans le second , me dire ce que je dois y faire ; « car nos troupes ne pourraient pas s'y maintenir « long-temps : l'espace est immense , le fanatisme « très grand , et la grande disproportion de forces « rend les hommes hardis... Nous sommes bientôt n en juillet , où toutes les marches nous coûteront « deux cents hommes. »

La trêve convenue avec Naples enlevait aux Anglais cinq vaisseaux de guerre et des frégates , et dérobait , soit k la balance belligérante de T Autriche , soit à la politique hostile du Saint-Siège , cette réserve de cinquante mille hommes que le royaume de Naples pouvait mettre sous les armes , et lancer inopinément sur la rive droite du Pô. Le siège de la citadelle de Milan était poussé avec une grande vigueur , et la tranchée ouverte. Pendant ces travaux , auxquels il jugeait sa présence peu néces-

saîre , Bonaparte transféra brusquement son quartier général à Tortone , et envoya le colonel Lannes avec douze caits hommes châtier les fiefs impériaux. La pranière exécution tomba sur la ville d' Arquata , dans laquelle un détachement de cent cmquante Français avait été assassiné. Murât, premier aide de camp du général ai chef, alla à Gènes demander en plein sénat le renvoi du marquis de Girola , résident autrichien , la destitution du gouverneur de Novi, et rétablissement de postes génois aux étapes , pour Fescorte des convois et la sûreté des routes. La neutralité de Gènes s'expliquait depuis long-temps pour Bonaparte comme celle de Venise; mais le moment n'était pas venu d'entamer ce procès : il était ajourné à des temps plus heureux , c'est-a-dire à la prise de Mantoue. En attendant , inquiété par des soulèvemens que l'oligarchie génoise fomentait en secret et désavouait d'office , le vainqueur réprimait par la force ces attentats si contraires aux conventions , et remplissait envers son armée et son gouvernement une de ses plus grandes obligations comme général en chef, celle de maintenir ses communications avec la patrie et les dépôts de toute nature qu'il avait formés à Nice et à Antibes. Aussitôt; le calme rétabli dans l'Etat de Gènes et dans le Piémont , Bonaparte quitta Tortone , et

trri^aW 19 juin kModène, où il trouva le général V.hi1Khs avec sa brigade. C^était la guerre contre W {M|>e <]ui alors occupait rarmée. 11 n^y avait pas (■'juli-e moyen de faire payer au Saint-Père la susuemûoii {les hostilités qu'il allait être forcé de deiiiuiidtH\ ÏJi conséquence, dès le 14, Augereau Hvttit iKtssé le Pô à Borgo-Forte , et s'était emparé di<M lé^atioiis de Bologne et de Ferrare. Le colonel Vit!;uoUe», sous-cfaef d'état-major , avait faitcapilulvi' K" Hwt d^l'rbin. La citadelle de Ferrare fixuiùt au gi-ttud parc de Boi^o- Forte quarante buucKes âi ftHi sur cent quatorze qu'on y trouva. LvH villes de Reggio , Modène et Bologne se distiitguèrent bientôt par leur attitude patriotique. Bologne surtout secoua hautement le joug pontifical, et aux premi^s propositions d'armistice l^tes dans cette ville au général en chef par le chevalier Azzara, minbtre du Saint-Père, elle deuianda d'être garantie de tout retour sous la puissance de Rome. Elle arma des gardes nationales , et se constitua en ville libre sous le protectorat de la France. La trêve fut conclue le 34 juin à Bologne , où Bonaparte était entré le 19. Cette place et Ferrare restaient au pouvoir de l'armée française, qui prenait possession de la citadelle il'Ancône. Le pape payait vingt et un millions en argent et en denrées , et abandonnait cent chefs-

d^œuvre des ails et cinq cents manuscrits au choix des commissaires français. Cet armistice , qui est la base du traité signé à Tolentino en février 1797 et qui donne cent chefs-d'œuvre au musée de Paris , il ne faut pas perdre de vue que Pie VI Ta sollicité , et qu'après l'avoir enfreint à main armée, il ira encore au devant de la convention de Tolentino qui en fut la suite. Alors on s'étonnera d'autant plus de voir, dix-sept ans après, ces cent chefs-d'œuvre retourner à Rome , sur la réclamation de Pie VII , dont les Etats , incorporés depuis cinq années à l'empire français , lui sont rendus par les luthériens de l'Angleterre , les calvinistes de la Prusse , et les schismatiques de Moskou. Ces trophées voyageurs sont aussi les monumens d'une autre religion et les témoignages d'un autre triomphe. Mais il est de la destinée de Rome, soit païenne , soit chrétienne , d'hériter de toutes les gloii'cs du monde , et de vivre des dépouilles de ses amis et de ses ennemis. Il est aussi de la destinée de Bonaparte d'être deux fois maître de Rome , comme conquérant et comme souverain , et de n'y entrer jamais !

Le moment d'occuper Livoume , d'en chasser les Anglais et de reprendre sur eux leur royaume de Corse , était enfin venu. Dans l'espoir de surprendre les bâtimens anglais à Livourne , Bona*

parte avait enveloppé d'un ^and secret cette expédition. La marche de ses troupes était masquée par le mouvement qu'il avait ordonné sur Rome par Florence, En conséquence , de Reggio il avait envoyé la division Yaubois a travers l'Apennin sur Pistoia. Le but ostensible de ce mouvement était de contraindre le pape à ratifier l'armistice de Bologne par un traité. Le grand-duc de Toscane , inquiet de ce passage par sa capitale , avait adressé au quartier général de Pistoia , où Bonaparte avait rejoint Vaubois le 26 , une lettre pour le prier de diriger ses troupes sur Pise au lieu de Florence , ce qui fut accordé. Le général en chef fit plus ; il écrivit au grand-duc , le jour même : « Le pavillon de la république est constamment « insulté dans le port de Livoume ; les propriétés « des négocians français y sont violées ; chaque « jour y est marqué par un attentat contre la « France , aussi contraire aux intérêts de la réputé blique qu'au droit des gens. Le Directoire exé- « cutif a porté plusieurs fois ses plaintes au minis- « tre de V. A. R. à Paris , qui a été obligé d'avouer « l'impossibilité où se trouvait V. A. R. de réprimer « les Anglais et de maintenir la neutralité dans le « port de Livourne. Le Directoire exécutif a senti « dès lors qu'il était de son devoir de repousser la « force par la force , de faîi*e respecter son corn-

<< merce , et U m'a ordonné de faire marcher une « division de l'armée que je commande , pour « prendre possession de Livoume. J'ai l'honneur « de prévenir V. A. R. que, le 10 de ce mois (mes- « sidor , 1 8 juin ) , une division de l'armée entrera « à Livoume , etc. »

La division Yaubois se mit en route; Murât commandait l'avant-garde et quitta brusquement la route de Pise k Fiorenzuola pour se porter sur Livoume , où il entra huit heures après ; le général en chef se rendit aussi dans cette ville. Mais les Anglais avaient été prévenus, et leurs bâtimens étaient allés se mettre à l'abri dans les ports de l'île de Corse. Toutefois l'occupation de Livoume , la destruction de la factoterie anglaise , et la saisie de toutes les marchandises britanniques , se firent vivement sentir en Angleterre ; et la Corse fut aussitôt menacée par les Français. Une vinftaine de patriotes réfugiés qui avaient fui le gouvernement de Paoli, ou qui s'étaient soustraits à celui du viceroi Elliot , se réunirent à Livourne , et de là descendirent en Corse , où ils réveillèrent l'insurrection dans les montagnes. Du port de cette ville, assignée pour pomt de rassemblement a tous les Corses , Bonaparte , sur la fin de juillet , fit passer à ses compatriotes quatre mille fusils , mille paires de pistolets et six milliers de poudre. A l'arrivée

des premiers Corses , parmi lesquels était le comte Bonelli , les montagnards prirent les armes. Ces attaques préludèrent à l'expédition qui , sous les ordres du général divisionnaire Gentili et des gé* néraux Cervoni et Casalta y devait , trois mois plus tard, afTrancliir la Corse de la domination anglaise. De Livoume , le général en chef se rendit à Florence , où il entra sans escorte. Peu de jours après 9 étant à table chez le grand-duc , il apprit que j le 29 , la citadelle de Milan avait capitulé. On y trouva de grands approvisionnemens , une garnison de deux mille cinq cents hommes , qui fut dirigée sur Lodi , cinq mille fusils et cent cinquante pièces de canon. Ainsi l'artillerie de siège, composée de l'artillerie piémontaise qui avait fait ouvrir les portes de la citadelle de Milan , était complétée par l'artillerie autrichienne pour l'attaque de I^antoue.

La nouvelle de la reddition du château de Milan rappela le général en chef aux opérations du siège de Mantoue. Il quitta Florence , et transporta successivement son quartier général k Bologne, à Roverbella, à Castiglione. Il avait laissé la négociation inachevée avec Gênes. Les demandes que son aide de camp Murât avait adressées au sénat étaient loin d'avoir obtenu du succès. Le résident d'Autriche , qui avait fourni des armes aux rebelle»

d'Arquata, remplissait toujours ses fonctions à Gênes , malgré les réclamations réitérées de Faypoult , résident de la république. Les griefs s'accumulaient contre ce gouvernement qui , dans son infidèle neutralité, avait constamment servi les intérêts de l'Autriche et de l'Angleterre au détriment de l'armée française. D'un autre côté, la république de Venise suivait le même plan de perfidie , et , sous le voile de la neutralité, à l'approche des renforts autrichiens conduits par Wurmser, elle faisait en secret des armemens considérables. L'Italie , sauf les villes de Bologne , de Ferrare , de Faenza, de Reggio, qui avaient d'enthousiasme arboré les couleurs de la liberté , était un volcan prêt à dévorer l'armée française. La faction aristocratique et sacerdotale traitait d'une main et menaçait de Tautre. Elle faisait circuler dans toute la Péninsule des écrits incendiaires ; elle provoquait au meurtre des Français ; elle quadruplait l'armée de Wurmser, et annonçait ce général comme un vengeur prochain qui allait délivrer Mantoue et toute la Lombardie. Pendant le séjour même de Bonaparte à Bologne , une petite ville , Lugo , située dans la légation de Ferrare , fut tout à coup envahie par quelques milliers de paysans armés. Le général Beyrand dut y marcher avec ^a brigade et enlever de vive force cette place.

qui fut châtiée par une exécution militaire. La régence de Modène entrait aussi dans la conspiration aristocratique, malgré son traité avec la république ; mais elle se trouvait contenue par les patriotes de Modène et de Keggio , tous en armes pour la cause française.

Dans cet état de haine générale , mais cachée , qui animait tous les gouvememens de Tltalie contre la république et ses troupes , la saine politique prescrivait de ménager les habitans , et de ne pas encourager l'opposition des ennemis de la France par le despotisme et les dilapidations des agens du Directoire. Le général en chef avait signalé ainsi leurs excès et le péril dans sa dépêche du 20 juillet, de Castiglione : « . . . On se conduit d'une manière « dure envers les négocians livoumois. On les « traite avec plus de rigueur que vous n'avez in- « tention qu'on se conduise envers les négocians « anglais mêmes : cela alarme tout le commerce de « l'Italie, et nous fait passer à ses yeux pour des « Vandales , et cela a entièrement indisposé les « négocians de la ville de Gênes ; et la masse du « peuple de cette ville, qui nous a toujours été « favorable , est actuellement très prononcée contre « nous. Si notre conduite administrative à Livoume « est détestable , notre conduite politique avec la « Toscane n'est pas meilleure... La mesure de

« chasser les émigrés de Livoume et de vingt « lieues à la ronde par une proclamation , est aussi « inutile qu'impolitique... Cette proclamation, où « l'on s'attribue une juridiction sur vingt lieues de « pays , est d'un très mauvais effet ; à moins que « (ce qui est très contraire à vos institutions) nous « ne voulions prendre le ton et la politique de « l'ancienne Rome... Dans la position actuelle de « l'Italie , il faut ne nous faire aucun nouvel enne- « mi , et attendre la décision de la campagne , pour « prendre im parti contraire aux vrais intérêts de la « république. Vous sentirez sans doute alors qu'il « ne nous convient pas de laisser le duché de Tos~ « cane aufrh^e de V empereur. Je désirerais que « jusqu'alors on ne se permît aucune menace , ni « aucun propos a Livoume contre la cour de Tos- « cane. Les moindres de mes paroles et de celles « de vos commissaires sont épiées et rapprochées ff avec une grande importance : mais l'on croit toute jours être ici dans les couloirs de la Convention. »

Le même jour, 20 juillet , il avait écrit au citoyen Garrau , commissaire du Directoire en mission à Livourne :

« La réquisition que vous avez faite au général « Vaubois est contraire à l'instruction que m'a « donnée le gouvernement. Je vous prie de vous « restreindre désormais dans les bornes des fonc-

o lions qui vous sont prescrites par le gouvernea ment du Directoire exécutif : sans quoi je me a trouverais obligé de défendre , à l'ordre de l'artt mée , d'obtempérer à vos réquisitions. Nous ne a sommes tous que par la loi : celui qui veut corn- « mander et usurper les fonctions qu'elle ne lui « accorde pas, n'est pas républicain.

a Quand vous étiez représentant du peuple, vous « aviez des pouvoirs illimités; tout le monde se « faisait un devoir de vous obéir : aujourd'hui vous « êtes commissaire du gouvernement , investi d'un a très grand caractère; une instruction positive a « réglé vos fonctions, tenez-vous-y. Je sais bien « que vous répéterez ce propos que je ferai comme a Dumouriez : il est clair qu'un général qui a la a présomption de commander l'armée que le gou- « vernement lui a confiée , et de donner des ordres « sans un arrêté des commissaires , ne peut être a qu'un conspirateur. »

C'était ainsi que le général Bonaparte écrivait au Dii*ectQire et à son commissaire à l'armée d'Italie. Il était difficile de déclarer plus franchement l'indépendance de sa position et la supériorité de sa politique. Cet homme , qui prescrivait la modération et la sagesse à son gouvernement, était né sous un ciel brûlant; il était victorieux, il avait imposé la paix aux souverains du Piémont , de

Parme , de Modène , de Naples et de Rome ; et il n avait pas vingt-huit ans ! Quelques jours avant , il confiait en quatre mots au Directoire la destinée de la campagne qu'il méditait, avec ses quarante mille hommes , contre les soixante mille de Wurmser : « Malheur y disait-il, à qui calculera mail »

Cent quarante pièces de canon sont devant Mantoue depuis le 18 juillet : la tranchée est ouverte à cinquante toises du chemin couvert. Le 22 , le général en chef se rend k Milan , où il obtient l'entière exécution du traité avec le roi de Sardaigne, et termine l'organisation intérieure de la Lombardie. Toute l'Italie est alliée ou soumise; elle est occupée par les troupes, ou enchaînée par les pactes de la république, depuis les Alpes de la Savoie jusqu'au détroit de Scylla. Mantoue seule et Wurmser tiennent encore en suspens la victoire française.

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