‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 23 sur 54 · ÉDIT · texte numérisé non relu

ÉDIT

^i< ^^H" )o général Bonaparte y entrait. Le parle^ ^M«^il«iiiv qui venait sommer la petite garnison liiMH,'ai&e fut amené au général en chef. Bona- I^He lui lit débander les yeux , le reçut au milieu U0 »on nombreux état-major , et lui dit : « Allez « dii^ k votre général que je lui donne huit mi- « uutea pour poser les armes; il se trouve au « uùlieu de Varmée française; passé ce temps, il « u^aur^il rien k espérer. » Cette ruse audacieuse mi^l. Le général autrichien, effrayé, se rend avec deiix mille hommes et quatre pièces de cauon« Pendant que la présence d'esprit du général Bonaparte lui livrait une colonne autrichienne une fois plus forte que la sienne , ses troupes surprenaient aussi le camp de Quasdanowitch k Gavardo, et mettaient en fuite quinze mille Autrichiens. L'armée française se rallia; et, la nuit, elle lut concentrée sur Castiglione. C'était préluder k d'illustres succès par des auspices bien heureux.

Le 5, au point du jour, notre armée, forte de vingt-cinq mille hommes , égale k celle de Wurmser, était sur les hauteurs qui dominent cette place. Bonaparte avait donné ordre au général Serrurier de marcher la nuit , et de tomber au jour sur les derrières de Wurmser. Ce mouvement fut exécuté par Fiorella, qui remplaçait Serrurier, malade.

Son canon surprit les Autrichiens, qui croyaient n'avoir rien laissé derrière eux; ils furent étonnés par cette agression imprévue. Bonaparte avait bien calculé cet effet moral; il se précipita sur Tennemi : Masséna attaqua la droite , Augereau le centre, Fiorella la gauche. Wurmser fut repoussé en désordre sur la rive gauche du Mincio , d où il conmiuniquait avec Mantoue. Mais Augereau se porta sur Borghetto , et Masséna sur Peschiera, qui était bloquée. Le général Guillaume se trouvait dans cette place avec quatre cents hommes, et en avait fait murer les portes. A la la tête de la 1 S"" demi-brigade de ligne , le colonel Suchet mit les Autrichiens en déroute, leur prit dix-huit canons , et délivra Peschiera. Bonaparte poursuivit ses succès sur Vérone , où était Wurmser. Les portes furent brisées à coups de canon ; les Français envahirent la ville, et ils firent un grand nombre de prisonniers. Wurmser avait perdu la ligne du Mincio ; il se concentra . sur Monte-Baldo. Masséna força cette belle position et reprit la Corona. Rejeté sur le Tyrol italien, Wurmser se retira à Roveredo et à Trente avec la moitié de son armée. Du 29 juillet au 1 2 août, il avait perdu soixante -dix pièces de canon et quarante mille hommes, dont quinze mille prisonniers. Il est vrai qu'il avait ravitaillé Mantoue,

OÙ 3 avait laissé une bonne garnison de quinze mille hommes, et que Farmée française ne pouvait réparor la perte de Fimmense artillerie de siège laissée devant cette ville : aussi le général Bonaparte dut-il se contenter d'ordonner un étroit blocus , dont il chargea encoi^ la division Serrurier, commandée par le général Sahuguet. Le 24 août, rennemi, chassé de toutes ses positions extérieures , était refoulé dans la place. Ce fut le second blocus de Mantoue.

Dans les trois premiers jours de la marche de Wurmser, où la division de Masséna, forcée par le nombre , avait dû abandonner à la fin plusieurs de ses positions , le général Bonaparte connut l'esprit de l'Italie; ces jom*s furent des jours d'épreuve pour la fidélité des princes avec lesquels il avait traité. Le pape donna le premier l'exemple de la perfidie; il crut au triomphe des Autrichiens , et cessa de croire au traité de Tolentino. Son infaillibilité se trouva en défaut, et l'honneur de la tiare fut compromis. Aussitôt après la levée du siège de Mantoue , le cardinal Mattei , archevêque de Ferrare, avait prêché l'insurrection, et il était entré a main armée dans la citadelle de cette ville. Six jours après, la victoire de Castiglione couronna nos armes. Le cardinal ^ mandé à Brescia par le général en chef, vint, s'humilia

devant le vainqueur , et lui dit ce seul mot : pec^ cavi. Bonaparte Tenvoy a , en punition ecclésiastique, pendant trois mois dans un séminaire. La régence de Modène avait partagé la confiance du Saint-Siège ; les oligarchies de Gênes et de Venise avaient également rêvé la ruine des Français. Une armée napolitaine , malgré la récente négociation du prince Pignatelli , se préparait k marcher aussi sur rÉtat romain , pour donner, d'un côté , la main aux Autrichiens , et de Tautre , aux Anglais qui assiégeaient Livoume. On ne voyait plus dans les armistices que des saufs-condûits du moment pour les ennemis vaincus^ C'était la conspiration des traités contre les Français ; mais il leur restait de fidèles alliés dans les populations de Bologne , de Ferrare y de Reggio , de Modène , de Parme , qui avaient toutes embrassé avec ardeur et qui conservèrent avec courage les principes républicains. Cette guerre des nations contre les rois était légitimée à leurs yeux, moins par les souvenirs du despotisme qui les avait si long-^temps opprimées , que par les violations des traités qui venaient de placer ces peuples dans une condition meilleure. Cependant, mieux avisée que la couronne de la péninsule italique, l'Espagne, frappée de la prépondérance exclusive que l'Angleterre allait s'ar-. roger sur les mers si la France restait sans alliéa

1 08 nsToiRC

maritimes, l^pagiie ayail signé à Saint -Ildephonse , le 1 9 août , un traité offensif et défensif avec la république. Cette haute démarche, conseillée par une saine politique, fut d'un grand poids en Europe pour la fortune française, et imposa silence aux inimitiés piémontaise et napolitaine.

Vingt jours termineront la guerre active de Wurms^*. Renforcé par yingt miUe hommes dans le Tyrol, où Dayidowich reste avec vingt mille , le vieux feld-uiaréchal se porte , de sa personne, avec vingt-six mille, de la ville de Trente sur Mantoue , pour en faire lever le blocus. Sa marche s'opère sur les gorges de la Brenta , Bassano, le bas Adige. Le général Bonaparte n'a reçu que six mille hommes de l'armée des Alpes , mais il a pénétré le projet de Wurmser; et, fidèle h son plan de consommer la destruction de l'ennemi en continuant de l'attaquer en détail , il veut lui ôter tout moyen de retraite en s'emparant du Trentîn, où il va surprendre Davidowich. Cependant Kilmaine , avec trois mille hommes , doit couvrir sur l'Adîge le blocus de Mantoue. Vérone, mise en état de défense, est gardée, ainsi que Legnago , par le même général ; alors Bonaparte met en mouvement l'armée française.

Le 1 *"' septembre , Vaubois se dirige sur Trente

par la chaussée de la rive droite de la Chièse , Masséna par celle de la rive gauche; Augereau suit également cette rive par la route de la mon* tagne. L'avant-garde de Vaubois emporte le pont de la Sarco ; celle de Masséna , la position de Seravalle ; et , le 4 septembre , s'engage la bataille de Roveredo , où les Autrichiens , enfoncés de toutes parts , entrent pêle-mêle avec les Français , et sont poursuivis jusqu'aux défilés réputés inexpugnables de Caliano. Cette position est occupée par la réserve de Davidowich , et protégée par de fortes batteries. Une colonne serrée de neuf bataillons s'élance dans le défilé et culbute l'ennemi. L'armée continue d'avancer toute la nuit , et le 5 , à la pointe du jour, elle arrive à Trente : Davidowich est déposté de toutes ses positions. La victoire de Roveredo donne a la république sept mille prisonniers , vingt-cinq pièces de canon , cinquante caissons , sept drapeaux ; elle remplit aussi le but du général Bonaparte : Wurmser est coupé du Trentin et du Tyrol !

Dans la nuit suivante, Bonaparte lut instruit par le général Kilmaine que Wurmser, en mou* vement sur l'Adige, menaçait Vérone. Le quartier général autrichien était à Bassano le 7, et l'arrière-garde de Wurmser a Primolano , pour fermer les gorges de la Brenta. Bonaparte prend sur-

le-champ la résolution d'aller, à marches forcées , arrêter Wurmser. Mais ayant de se précipiter des montagnes du Tyrol à la poursuite de son ennemi, il dispose, par cette proclamation , les habitans à adopter Tadmiaistration qu'il établit :

c Tyroliens!

« Vous sollicitez la protection de Farmée frana çaise, il faut vous en rendre dignes. Puisque la a majorité d'entre vous est bien intentionnée , con- «c traignez ce petit nombre d'honmies opiniâtres à a se soumettre. Leur diète insensée tend à attirer a sur leur patrie les fureurs de la guerre. La supéa riorité de nos armes est aujourd'hui constatée. « Les ministres de l'empereur, achetés par l'or de A l'Angleterre, se trahissent ; ce malheureux prince a ne fait pas un pas qui ne soit une faute. Vous a voulez la paix ! les Français combattent pour « elle. Nous ne passons sur votre territoire que a pour obliger la cour de Vienne de se rendre au a vœu de l'Europe désolée , et d'entendre le cri de « ses peuples. Nous ne venons pas ici pour nous « agrandir : la nature a tracé nos limites au Rhin « et aux Alpes y dans le même temps qu'elle a « posé au Tyrol les limites de la maison d'Au- ^ triche. Tyroliens ! quelle qu'ait été votre con-r

a duite passée, rentrez dans vos foyers; quittez a des drapeaux tant de fois battus et impuissans « pour vous défendre. Ce n^est pas quelques ennea mis de plus que peuvent redouter les vainqueurs « des Alpes et de Fltalie; mais c'est quelques vic- « times de moins que la générosité de la nation « m'ordonne de chercher k épargner. Nous nous a sommes rendus redoutables dans les combats; « mais nous sommes les amis de ceux qui nous a reçoivent avec hospitalité, etc. »

Bonaparte partit le 6 , au jour. Il y a vingt lieues de Trente à Bassano , où il voulait battre Wurmser : le lendemain matin , les deux avant-gardes se trouvèrent en présence k Primolano , qui fut emporté , ainsi que le fort de Cavolo. Rien ne résiste à Timpétuosité française. Cette journée coûte à l'ennemi quatre mille prisonniers, douze pièces de canon et une grande quantité de caissons. Dans le même moment , Kilmaine était chargé à Vérone par une division du corps de Wurmser ; elle fut repoussée , et demanda du renfort à son général en chef , qui , de son côté , se voyant pressé sur Bassano, l'appela à lui, mais inutilement. Le 8, le général Mezaros , qui commandait cette division, n'était encore qu'à Montebello, et Wurmser perdait la bataille de Bassano. L'armée ennemie , forte de vingt mille hommes eu ligne , sur laquelle se

réfugièrent les débris des troupes en position dans les gorges de la Brenta , attaquée k sa gauche par Augereau , à sa droite par Masséna , fut brisée sur tous les points , et rejetée dans la yille de Bassano. Comme k Lodi, on franchit le pont en colonne serrée. A trois heures , Bassano était à nous. Six mille prisonniers , trente pièces de canon , un parc immense de bagages et de voitures attelées , deux équipages de pont , restèrent au pouvoir des Français. Wurmser n'avait plus qu'un reste d'armée , et toute communication lui était fermée avec les Etats héréditaires. Quasdanowitch, en marche sur Bassano , dut se replier vers le Frioul avec trois mille hommes. Mezaros avait rallié son général en chef à Vicence. Wurmser, privé de ses équipages de pont depuis sa défaite à Bassano , ne pouvait plus repasser l' Adige , et il était infailliblement pris avec sa petite armée , sans la coupable négligence du commandant de Legnago , qui , ayant manqué de éœur pour se maintenir dans ce poste , manqua de tête en l'abandonnant tout à coup , et ouvrit une route k l'ennemi désespéré. Wurmser, instruit de cette évacuation , entra k Legnago sans coup férir, fit passer l'Adige k son armée , et se porta sur Mantoue.

Dans sa retraite, Wurmser força les Français k Céréa, ou le général en chef, accouru au secours

de l'avant-garde culbutée , faillit être fait prisonnier ; il s'empara aussi de Villa - Impenta , dont Sahuguet avait négligé de couper le pont, et de Due-Castelli , défendu par un bataillon. Wurmser dut ces trois avantages consécutifs k sa nombreuse cavalerie , à la faiblesse des détachemens qui occupaient les positions avancées du blocus, et à la nonexécution des ordres du général Bonaparte , qui avait prescrit la destruction des ponts de la Molinella pour arrêter la retraite de l'ennemi sur Mantoue. Ces succès le déterminèrent a continuer de tenir la campagne ; et , a la tête de la garnison de Mantoue , où ne restèrent que cinq mille hommes y il campa entre le faubourg Saint-Georges et la citadelle. Son armée ainsi recrutée présentait un effectif de vingt-cinq mille hommes ; l'armée française comptait vingt-quatre mille combattans. Le choc eut lieu le 1 9 ; il prit le nom de bataille de Saint-Georges. Les deux ailes furent bientôt aigagées. Sur la gauche, la division Bon fléchit un moment , mais Masséna déboucha sur le centre en colonne ; cette habile manœuvre porta le désordre dans les rangs autrichiens , et décida la victoire. Le combat fut sanglant et acharné ; enfin , l'ennemi laissa trois mille prisonniers , trois drapeaux , onze pièces de canon , et courut se renfermer dans Mantoue. Deux jours après, Wurmser,

msdtre du Seraglio , jeta un pont sur le Pô et raritailla la place. Le 25 , il tenta de se porter encore sur FAdige en attaquant le poste de Govemolo ; mais il échoua , et sacrifia un millier d^hommes et six pièces de canon. Le général Kilmaine, à la tête de la division Serrurier, mit fin, le 1" octobre, à la guerre de Wurmser : il entra dans le Seraglio , reprit les positions de Pradella et de Cerése , et Mantoue fut étroitement bloquée.

Le troisième blocus de Mantoue était formé; la troisième armée autrichienne était détruite : il n'existait des soixante-dix mille hommes dont elle était composée au l^*" juin , que seize mille hommes arrêtés dans Mantoue avec le général en chef, et dix mille hommes fugitifs dans le Tyrol avec Davidowich et Quasdanowitch. Cette armée avait perdu soixante - quinze pièces de canon, trente généraux, vingt-deux drapeaux. L'aide de camp Marmont , que Bonaparte avait trouvé h Toulon lieutenant d'artillerie , porta au Directoire les drapeaux enlevés aux batailles de Roveredo , de Bassano et de Saint-Georges. On peut dire, de cette époque, que les soldats de Tarmée d'Italie, en montrant par des prodiges tout ce que les Français peuvent devenir sous un grand capitaine , étaient les premiers soldats de la république et du inonde. Mais quels généraux marchaient à leur

tète, dans celte mémorable campagne! et quelle part de gloire revient à leur valeur dans la gloire du général en chef qui eut le bonheur de trouver de tels instrumens de ses desseins et de son génie ! Quels hommes , que Tintrépide Augereau , qui se jouait de tous les périls; que Fhabile Joubert, qu'aucun événement ne pouvait étonner ; et surtout que Tillustre Masséna, déjà digne de conduire une armée ! Auprès d'eux se distinguent , comme des rivaux d'audace et de talent , les Yaubois , les Sahuguet , les Kilmaine , les Bon , les Serrurier ; tandis qu'on voit briller au second rang Saint-Hilaire , Leclerc, Suchet, Murât, qui ne fait que commencer une carrière qui doit être si pleine d'exploits chevaleresques , et Lannes , qu'on pourrait déjà appeler le brave des braves. Je ne puis citer les autres officiers , parmi lesquels existent déjà tant de futurs généraux dont les noms attendent leur célébrité; mais qu'ils reçoivent le tribut d éloges qui leur est dû dans la personne du colonel Rampon , le généreux commandant des héros de la redoute de Monte-Legino. N'ayant plus d'ennemis à combattre, l'armée d'Italie prit du repos , mais du repos sous les armes. Vaubois se retrancha, avec dix mille hommes , sur les bords du Lavis , et occupa la ville de Trente. Masséna , avec le même nombre , s'éta-

blit à Bassano ; il observait le passage de la Piaye. Augereau gardait TAdige à Vérone avec dix mille hommes. Kilmaine, avec huit mille hommes, dirigeait le blocus de la ville imprenable. La réserve de cavalerie portait l'armée victorieuse à environ quarante mille combattans. Satisfait de ces dispositions ,. qui assuraient le succès de la dernière campagne , et peut - être de celle qui allait la suivre 9 Bonaparte était revenu à Milan , où le rappelaient les intérêts politiques dus à ses nouveaux triomphes.

Page 1