‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 24 sur 54 · DE RATIFIER LE TRAITÉ · texte numérisé non relu

DE RATIFIER LE TRAITÉ

Pendant que l'armée se repose dans ses cantonnemens, Bonaparte veille sur les ennemis de la France, sur les besoins de la prochaine campagne, sur la prospérité de la patrie. Il a déjà contracté , dans les intervalles de la guerre , l'habitude de ce prodigieux travail de cabinet , qui seul paraît pouvoir lui faire oublier les fatigues militaires. Sa correspondance avec le Directoire, avec les ministres de la république accrédités aux différentes cours dltalie , avec les souverains et avec les généraux , le place au rang des hommes les plus remarquables de l'histoire. Déjà il était obligé de ne cher-

cher qu^en lui seul les moyens de résister aux nouveaux orages que la maison d^ Autriche , soutenue par les dispositions hostiles des gouvememens de Gênes, de Venise, de Modène, de Naples, de Toscane, et par Faction perpétuelle de l'Angleterre sur tous ces Etats, pouvait encore rassembler contre sa petite armée. Il annonçait au Directoire qu'il s'attendait à être attaqué bientôt par cinquante mille Autrichiens que des échecs successifs de l'armée de Sambre-et-Meuse sous Jourdan , et l'hivernage des armées impériales sur le Rhin, allaient rendre disponibles; il demandait quinze mille hommes avec instance. Le Directoire lui en promettait une partie , et le pressait toujours de prendre Mantoue. Parmi les moyens qu'on lui indiquait pour parvenir a cette conquête importante, il en était un auquel le général Bonaparte n'avait pas songé , et qui donne la mesure de la pohtique révolutionnaire des chefs de ce gouvernement. Le 1*"^ octobre, La Révellière-Lépaux lui écrivait : « Vous trouverez ci-joint un arrêté rela- « tif à Wurmser ; ce général ennemi que vous avez a battu si souvent , et qui touche à sa dernière déa faite dans la place que vous assiégez , se trouve a dans le cas des lois de la république relatives a aux émigrés. Nous vous laissons à juger s'il « convient de lui donner connaissance de cet ar-

« vètêpour le déterminer à rendre Mantoue, en a lai faisant craindre d^étre traduit à Paris et « d'y être jugé comme émigré. » Certainement, à la réception d'une pareille lettre, le général Bonaparte était bien fondé à n'espérer qu'en lui seul pour le triomphe de se^ desseins.

Le moment était venu de chasser les Anglais def la Corse. Le commissaire du gouvernement, Salicetti, écrivait de Livourne au général en chef, et lui rendait compte de l'exécution de ses ordres pour l'entreprise relative a l'afiranchissement de leur commune patrie. Tout se préparait dans le pays à un soulèvement universel. Le général Gentili devait mettre à la voile avec trois cents réfugiés ; le général Casalta était parti -, on rassemblait à Livourne une division corse. La prise de l'île devait tenir en respect l'Angleterre , et inspirer la crainte aux cours de Rome , de Naples et de Toscane. Bonaparte a commencé l'alliance de la politique avec la guerre. Cette science est inconnue à son gouvernement; il la suivra malgré tous les obstacles, et il sera justifié par le succès. L'am bassadeur Cacault lui mandait de Rome : «Je crois <c qu'on ne signera le traité proposé , ni à™ ome , « ni à Naples , sans la présence des armées. . . Cette « ligue entre l'empereur , Rome et Naples , serait « bientôt fortifiée par l'adhésion de Venise, de

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