‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 25 sur 54 · I. — 2«ÉDIT · texte numérisé non relu

I. — 2«ÉDIT

« TuriD, de la Toscane, si on pouvait se flatter « de nous chasser de l'Italie. » De son coté , Bo* naparte écrivait au Directoire qu'il fallait rompre l'armistice de Modène , où se fomentait la conspiration contre les Français. « Mais ^ disait41 , comme a il ne faudrait pas que notre rupture avec Modène « arrivât dans un instant oàje ne pourrais dispo- « ser de quinze cents hommes pendant quelques ^ jours j vous pourriez déclarer à l'envoyé de Mo* « dène que vous me chargez de la conclusion de « la paix avec son prince. Il viendrait alors au « quartier général , ayant soin de lui signifier qu'il < y soit rendu avant douze jom^. Je lui déclarerais

« alors que toutes négociations s(mt rompues

« Vous aurez alors Modène, Reggio, Bologne et

«c Ferrare Les Etats de Modène arrivent jus-

« qu'au Mantouan. Vous sentez combien il nous « est intéressant d'y avoir, au lieu d'un gouvernea ment ennemi, un gouvernement comme celui de a Bologne, qui nous est entièrement dévoué. Nous « pourrions , à la paix générale , donner le Man- « touan au duc de Parme , ce qui serait politique « sous tous les rapports. Il serait utile que vous « fissi JK^onnaître cela à l'ambassadeur d'Espagne, « pour que cela revienne au duc de Parme , ce qui « l'engagerait à nous rendre beaucoup de servi- « ces Il ne sorak point indi£féretit que le duc

« de Parme réunît à notre armée un de ses régi-

« mens Les habitans regarderaient notre cause

« comme la lem*, ce qui est toujours beaucoup, etc. » Dans la même dépêche, Bonaparte dévoile au Di* rectoire la conduite et le caractère du général Willot , qui commande à Marseille.

« Quand on n'a égard à aucune autorité consti- « tuée ; que Ton déclare en masse tous les habitsms « de plusieurs départemens indignes du nom de « citoyens , on veut ou se former une armée consia dérable, ou faire naître la guerre civile. »

Bonaparte avait deviné ce général, qui se mit, Tannée suivante, à la tête de la conspiration de fructidor. Il ajoutait : « Je me croirais déshonoré de souffrir quun général sous mes ordres ne soit qu'un instrument de faction. »

Dans une autre dépêche, il donne au Directoire le tableau de sa position vis-à-vis des gouvernemens de l'Italie , et de leur alliance secrète contre la république, avec laquelle ils sont en paix.

« La république de Venise a peur : elle trame « avec le roi de Naples et le pape. De tous les peu- « pies d'Italie , le vénitien est celui qui nous hait le « plus. — Le roi de Naples a soixante mille hom- « mes sur pied; il ne peut être détrôné que par « dix-huit mille hommes d'infanterie , et trois mille a de cavalerie. Il serait possiblie que , de concert

arec FAutriche et Rome , il portât un corps sur Rome, sur Bologne et Livoume. — Le grandduc de Toscane est nul sous tous les rapports , ainsi que le duc de Parme. — Rome est forte par son fanatisme. — Le roi de Sardaigne fomente la rébellion des Barbets. Si Rome et Naples agissent contre nous , il faudra trois mille hommes de plus dans les places du Piémont. — Si vous persistez k faire la guerre à Rome et à Naples , il faut vingt-cinq mille hommes de renfort, qui, joints à vingt mille, nécessaires pour tenir tête à Tempereur, font des forces de quarante-cinq mille hommes qu'il faudrait, — Je « crois que vous ne pouvez faire à la fois la a guerre à Naples et à l'empereur. La paix avec « Naples est de toute nécessité. Restez à Rome en « état de négociation ou d'armistice, jusqu'au moa ment de marcher sur cette ville superbe. — Si a nous sommes battus sur le Rhin, il nous con- « vient de faire la paix avec Rome et avec Naples. « Il est une autre négociation qui devient indisa pensable : c'est un traité d'alliance avec le Pié- « mont et Gènes. Je voudrais donner Massa et a Carrara et les chefs impériaux à Gênes, et la « faire déclarer contre la coalition. Je n'avais ja- « mais compté qu'après avoir détruit en une cama pagne deux années k l'empereur, il en aurait eu

« une plus puissante, et que les deux armées de « la république hiverneraient bien loin du Da- « nube : le projet de Trieste et de Naples était « fondé sur des suppositions. On a montré au pape « tout le traité à la fois : il fallait au contraire « préalablement l'obliger à se prononcer sur le « premier article ; mais , surtout , on ne devait pas « choisir l'instant où l'armée était dans le Tyrol , « et l'on devait avoir à l'appui un corps de troupes « à Bologne , qui se serait accru par la renommée. « Cela nous coûte dix millions , cinq en denrées , « et tous les chefs -d'oeuvre d'Italie, qu'un retard « de quelques jours nous aurait donnés. Tous ces « pays sont si peuplés , la situation de nos forces « est si connue, tout cela est tellement travaillé « par l'empereur et l'Angleterre, que le succès a change tous les quinze jours. » La dépêche du 8 aborde la vérité et la nécessité avec encore plus de franchise : « Mantoue ne pourra pas être « prise avant le mois de février. — Vous verrez « par la que notre position en Italie est incertaine « et notre système politique très mnfwais. — « Trieste est aussi près de Vienne que Lyon Test « de Paris : en quinze jours les troupes y arrivent. « L'empereur a déjà de ce côté-là une armée. — « On gâte tout en Italie. Le prestige de nos forces « se dissipe. L'on nous compte. — Diminuez vos

« ennemis. Vinjlaence de Rome est incalculable. a — On a très mal fait de rompre avec celte puis- « sance : tout cela sera à son avantage. Si J'eusse « ete consulté sur tout cela, /aurais retardé la « négociation de Rome comme celle de Gênes et « de Venise. Toutes les Jbis que votre général , « en Italie, ne sera pas le centre de tout, vous « courrez de grands risques. On n'attribuera pas % ce langage à l'ambition :je n'ai que trop d^hon- ^. neurs; et ma santé est tellement délabrée, que je « me crois obligé de vous demander unsuccesseur. » La conversion de lltalie au système républicain était le projet dominant de ce grand capitaine, qui, au milieu des camps , cultive les sciences , et donne à son gouvernement les leçons de la plus haute politique. Il Ta instruit du dessein qu'il a formé de composer un faisceau auxiliaire de la république des villes qui s'en sont déclarées les amies ; il écrit en conséquence au commissaire du gouvernement Garrau , le 9 octobre : « Il faudrait réunir un con- « grès k Modène et à Bologne, et le composer des « députés des Etats de Ferrare, Bologne, Modène « et Reggio. — Il faudrait avoir soin qu'il y eût « parmi ces députés des nobles , des prêtres , des « cardinaux , des négocians et de tous les états , a généralement estimés patriotes. On y arrêterait : « !<> l'organisation de la légion italienne; 2<> on

a ferait une espèce de fédération par la défense des « communes; 3° ils pourraient envoyer des depu- « tés à Paris pour demander leur liberté et leur « indépendance. — Cela produirait un très grand « effet , et serait une base de méfiance et d'alar- « mes pour les potentats de l'Europe. Il est indis- « pensable que nous ne négligions aucun moyen « pour répondre au fanatisme de Rome, pour « nous faire des amis , et pour assurer nos der- <c rières et nos flancs. » Cette application neuve et savante de la politique à la guerre n'abandonna jamais la pensée de Bonaparte dans tout le cours de sa vie. La campagne d'Italie n'est pas seulement pour lui l'école pratique de cette stratégie supérieure qu'il a inventée ; elle l'est encore de cette suprématie d'Etat qui a mis , pendant quinze ans, l'Europe à ses pieds et la France au faîte des prospérités humaines. Il faut remarquer que le général Bonaparte parle toujours de l'indépendance nationale aux descendans du peuple romain, au lieu que le Directoire ne cherchait qu'à en faire les serfs de la liberté française. Aussi, par ce congrès lombard, Bonaparte prépare la Haute- Italie aux gouvememens libres et républicains qui vont être les monumens de ses victoires. L'Italie autrichiauie sera émancipée aussitôt que la chute de Mantoue a» aura décidé l'afïranchissement.

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3Iais Bimaparte est loin de irouTcs- dans le rectoire des hcmunes qui le comprennent. Ce gouvernement lui écrirait, le 1 1 octobre : « La polki- « que et nos intérêts bien entendus, bien envisagés « sainement, nous preserivent de mettre des bor^ c nés à renthoasiasme des peuples du Milanais^ « qu^il convient de maintenir toujours dans des « sentimens qui nous soient favorables, sans nous « exposer à voir prolonger la guerre actudle par « une protection ouverte, et en les encourageant « trop fortement à manifester leur indépendance. » Ainsi, le Directoire voulait sçulement prêter la liberté à ces nations, en raison de son intérêt du moment, et il se proposait de les abandonner, en raison de ce qu^il appelait ses insuccès en AUema^ gne , et de faire de leur pays le gage if une paix durable. Ses vues a cet égard étaient si bien arrêtées , que , redoutant qu'il ne restât quelque exception a cette singulière doctrine , il ajoutait : « Ce « que nous avons dit sur Tindépendance du Mik- « nais s'applique à Bologne, Ferrare, Reggio, « Modène, et à tous les autres petits Etats d'Ita- « lie. » La suite de cette dépêche est consacrée tout entière à la crainte de ne pas faire la paix assez tôt. Le Directoire avait poussé aussi loin que possible cette grande vertu républicaine, le désintéressement de sa propre gloire. 11 s'arran-

geait pour vivre tranquille et pour régner bourgeoisement sur la liberté. Il croyait encore que les peuples de l'Italie ne devaient songer à leur affranchissement que sous son bon plaisir. Mais le général en chef savait qu'il devait compte de sa conduite à la patrie , a l'armée , à l'histoire ; et il prenait aussi sur lui, dans ses lettres aux ministres de la république à Rome, à Gênes et à Venise, la responsabilité de la politique future et des traités actuels.

La correspondance du général Bonaparte avec le Directoire se termine à Milan, au 12 octobre. Avant de quitter cette capitale de ses conquêtes , il désigne au Directoire les officiers et les employés civils dont il veut débarrasser l'armée ; il signale avec la plus grande vigueur la dilapidation, et imprime aux noms des coupables une tache qui n'est point encore effacée. « En leur faisant une guerre « ouverte , dit-il , il est clair que j'intéresse contre « moi mille voix qui vont chercher à pervertir A l'opinion. Je comprends que s'il y a deux mois « je voulais être duc de Milan , aujourd'hui je vou- « drais être roi d'Italie. — Les charrois sont pleins « d émigrés ; ils s'appellent royal-charrois , et por- « tent le collet vert sous mes yeux. « Il donne le détail des frais de sa campagne : depuis six mois il n'a dépensé que onze millions; il en a envoyé

vingt au Directoire, Aucune partie du service civil, de Tadministration de l'armée, n'échappe à son investigation, et il met toujours le remède à côté du mal. Il demande la création d'un ordonnateur des contributions, qui corresponde avec le ministre des finances. Cette proposition est faite directement contre les commissaires du Directoire aux armées. Il aborde franchement la question : « Peut- « être pensez-vous , dit - il , qu'il ne convient pas « de donner une comptabilité de détail à des « hommes qui ont une responsabilité morale et « politique. Si, selon l'esprit de vos instructions, « vos commissaires ne doivent que surveiller, il « fàVLt que jamais ils n'agissent ; il y a en général « une présomption défavorable contre ceux qui « manient de l'argent. » C'était ainsi, et par la connaissance profonde qu'il prenait lui-même de toutes les parties de son administration militaire , qu'il se formait cet esprit d'ordre et d'économie , qui a constamment étonné , pendant son règne , l'intendant général de ses armées , le grand maréchal de son palais et ses ministres. Au milieu de toutes ces occupations différentes , il veille également sur la sûreté des pays qu'il occupe : « Je fais « fortifier Pizzighettone, Reggio, et tous les bords « de l'Adda. J'ai fait fortifier également les bords « de l'Adige ; enfin , dans l'incertitude du geni'e

« de guerre que je ferai , et des ennemis qui pour- « ront m'attaquer, je n'oublie aucune hypothèse , « et je fais aujourd'hui tout ce qui peut me favo- « riser ; je fais mettre en même temps les châteaux « de Ferrare et d'Urbin , près Bologne , en état de « défense. Mantoue est hermétiquement bloquée , « et cela avec sept mille hommes d'infanterie et « quinze cents de cavalerie. »

Wurmser a trente mille bouches a nourrir ; la maladie fait des ravages considérables dans sa garnison : il compte quinze mille malades aux hôpitaux ; on vit à Mantoue de chair de cheval. Les Autrichiens ont, au 17 octobre, quatorze mille hommes dans le Tyrol et quinze mille sur la Piave. Ils attendent trente mille hommes sous les ordres du feld-maréchal Alvinzi. « L'armée d'Italie, con- « tinue Bonaparte , a produit , dans la campagne « d'été , vingt millions à la république , indépen- <' damment de sa solde et de sa nourriture ; elle « peut en produire le double pendant la campagne « d'hiver. Si vous nous envoyez une trentaine de « mille hommes , Rome et toutes ses provinces , « Trieste et le Frioul , même une partie du royaume « de Naples , deviendront notre proie ; mais pour « se soutenir il faut des hommes. » Une autre dépêche , écrite également de Modène , annonçait au Directoire , qui avait voulu si impolitiqueraent

ajourner rexpédition de la Corse , que la Méditerranée allait être libre , et que le commissaire Salioetti partait de LiTOume pour cette île. Le même jour, Bonaparte donnait ordre au général divisionnaire Gendli de se rendre en Corse , pour y commander une division. Il lui désignait et les officiers du pays auxquels il confierait la garde des places , et Tespèce des levées qu'il devait faire. « Vous ac- « corderez , lui disait-il , un pardon général à tous « ceux qui n'ont été qu'égarés •. Vous ferez arrêter « et juger, par une commission militaire , les quatre « députés qui ont porté la couronne au roi d'An- « gleterre , les membi^es du gouvernement , et les « meneurs de cette infâme trahison , entre autres « les citoyens Pozzo-dirBorgo, Bertolani, Peraldi, • Stefanopoli , Tarteroli , Filipi et l'un des chefs de « bataillon qui seront convaincus d'avoir porté les « armes contre la république. « Dans le même moment, le général en chef rendait compte au Directoire de la séance du congrès qui avait eu lieu à Modène , où une centaine de députés s'étaient assemblés ; il avait pris sur lui de rompre l'armistice avec le duc. « Je suis fâché, écrit-il au « Directoire le 24 octobre , que votre lettre soit « arrivée trop tard ; je vous prie de vous reporter « aux eiivonstances où je me trouve : Rome impri- « mant des manifestes fanatiques ; Naples faisant

« mai'cher des forces ; la régence de Modène maa nifestant ses mauvaises intentions et rompant « V armistice y en faisant passer des convois à Man- « toue. La république française se trouvait avilie, « menacée. Ce coup de vigueur, de rompre l'arec mistice de Modène , a rétabli Topinion et a réuni « Bologne , Ferrare , Modène , Reggio , dans un « même bonnet. Le fanatisme s'est trouvé déjoué; « et les peuples , accoutumés à trembler, ont senti « que nous étions encore la. La république avait o le droit de casser un armistice qui n'était pas « exécuté. La régence même ne désavoue pas d'a- « voir envoyé des secours dans Mantoue. » C'est ainsi que fionaparte préludait aux préliminaires de Léoben. Il ajoutait : « Modène , Reggio , Bologne « et Ferrare , réunis en congrès , ont arrêté une « levée de deux mille cinq cents hommes , sous le a titre de première légion italienne, — Voilà un « commencement de force militaire qui , réunie « aux trois mille cinq cents hommes que fournit la a Lombardie , fait à peu près six mille hommes, o II est bien évident que si ces troupes , compoa sées de jeunes gens qui ont le désir de la liberté , a commencent à se distinguer, cela aura, pour a l'empereur et pour l'Italie , des suites très im- « portantes. — Dès l'instant que je saurai bien « positivement que les Anglais ont passé le détroit.

« ^ «lue je saurai quelles sont vos intentions sur « îNaples , et où en sont vos négociations , je pren- % ilrai avec Rome le ton qu'il convient. »

Le mois d'octobre fut aussi heureux -pour les négociations préparées ou favorisées par le conquérant de ritalie, qu'il l'avait été pour ses armes. Le 9 , une convention fut conclue à Paris , entre le Directoire et le gouvernement de Gênes , qui avait payé quatre millions à la France. L'Espagne, non contente d'avoir contracté une alliance offensive et défensive avec la république , publia , le 8 octobre , son manifeste contre l'Angleterre. Le 10, le Directoire , ayant enfin cédé au vœu si souvent et si fortement exprimé par son général , avait signé la paix de Naples. Le 22, la Corse, après avoir envoyé sa soumission à Bonaparte , et avoir expulsé les Anglais et leurs partisans , était rentrée sous la domination française. Enfin, le même jour, lord Malmesbury arrivait à Paris pour négocier la paix de l'Angleterre.

L'épée du générai Bonaparte pesait dans h balance de l'Europe. On lui devait la paix de Turin, conséquence inévitable de l'armistice par I^uel il avait enchaîné le Piémont : mais, oubliant l'influence et les conseils du vainquem* de Beaulieu et de Wurmser, le directoire ne savait pas se résoudre à des concessions momentanées pour acquérir

Talliance et la coopération du nouveau roi Charles- Emmanuel. Cependant, d'un côté, ce prince, perdant tout espoir d'obtenir de nous des indemnités de ses pertes , pouvait saisir la première occasion favorable de se rattacher à la coalition , et nous faire un mal immense ; tandis qu'au contraire le renfort que nous lui demandions nous aurait rendu des services inappréciables. Convaincu de ces vérités , et ne pouvant vaincre la résistance du gouvernement , Bonaparte prit sur lui de signer k Bologne, le 16 février 1797, un traité offensif et défen^if avec le comte de Balbo ; mais le Directoire , jaloux de ses prérogatives , ne l'approuva point, et renvoya l'affaire au général Clarke, qui se trouvait k Turin. L'arrangement ne fut terminé qu'après la signature des préliminaires de Léoben, et le contingent qu'Emmanuel s'était empressé de fournir nous manqua pendant toute la campagne. Au reste, cet arrangement lui-même n'obtint pas la sanction du Directoire,

Il en arriva de même pour le traité avec le duc de Parme , dans lequel le général Bonaparte engageait le Directoire à demander à l'Espagne, en vertu de l'alliance défensive et offensive, d'envoyer dix mille hommes k l'Infant. L'Espagne aurait eu d'autant moins de répugnance k donner cet appui, motivé sur la sûreté de l'Infant, que

sua Udit^ ikxec la république avait délivré la Méditeii aiMée des Anglais , décidé leur évacuation de la Corse , et qu'elle - même , le 8 octobre suivant , eUe avait déclaré la guerre à la Grande-Bretagne.

Ce fut précisément le même jour, que le général en chef , autorisé par toutes les lois de la guerre , rompit Tarmistice de Modène, dont la régence avait, au mépris des conventions, procuré des secours à Mantoue.

Il proclama l'indépendance des Etats de Modène; et il en résulta une fédération armée , en faveur de la république , entre ce pays et les deux légations de Bologne et de Ferrare. Des légions italiennes marchaient sous le drapeau français , et les gardes nationales de Reggio avaient essayé avec succès les premières armes de leur liberté contre un détachement de la garnison de Mantoue.

L'armistice de Bologne avait eu lieu le 23 juin. Le Directoire gâta le traité à faire avec le pape : il discuta philosophiquement les affaires spirituelles , et le pape , qui vit la religion en danger, ne voulut point le ratifier. La république perdit seize millions à cette ineptie du Directoire , qui ne devait s'occuper que du temporel. Dans l'intervalle , le Saint- Père s'adressa à la cour de Vienne, et ti^ahit à Ferrare son armistice. La possibilité de punir la cour pontificale dépendait de la chute de Mautoue y

et le traité de Tolentino répara , l'année suivante , les injures que la république avait reçues du Saint- Siège ; mais pendant plusieurs mois , grâce aux fautes du Directoire, la tranquillité du midi de l'Italie et la sûreté de l'armée française furent compromises par les intrigues de Rome , de Vienne et de Naples; et les démonstrations armées de cette dernière cour ne justifièrent que trop bien la prévoyance de Bonaparte , attestée par ses lettres au Directoire.

L'affaire de la Toscane avait été conduite exclusivement par le général en chef; et la négociation devint utile aux deux gouvememens. On ne fit en Toscane la guerre qu'aux Anglais , et dans la seule ville de Livourne , k qui on ôta même sa garnison française quand ils eurent abandonné la Méditerranée. Aussi , à la cessation des hostilités , le grandduc conserva ses Etats.

La foi de Naples parut aussi douteuse après le traité qu'avant ; mais un traité était plus fort qu'un armistice. Celui-ci, qui fut signé le 5 juin, amena la paix du 1 0 octobre , et dès lors les griefs que le général Bonaparte put avoir contre la cour de Naples , en raison des mouvemens extraordinaires qu'exécutaient ses armées , faisaient aussi peser sur elle une responsabilité que l'on devait rappeler un jour. La série des infidélités étrangères commence aux guerres de la révolution.

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