CHAPITRE VIL
( Depuis le 20 novembre jusqu'au 2 leTrier 1797.)
■OET DE L'mrÉRATBICB CATHERCIE n. EKXTOI DE LOU» HaLMESSCET.
FAUSSES kÉGOCIATIO^IS ATEC l'aCTEICHE. CfTELUGBXCE DES COURS
DE ROME ET DE TIE^ISE. BATAILLES DE RITOU , DE SACTT-GEORGES y
DE LA FATORITE. CAPITULATIOST DE HANTOUE.
Le jour où Bonaparte cueillait le laurier d'Ârcole , le plus grand pouvoir de l'Europe s'éteignit dans le Nord ; Catherine II mourut. Cette mort , inattendue peut - être , parce qu'elle fîit naturelle , était pour la France et devint pour son général une grande faveur de la fortune. Catherine , jusqu'alors , n'avait ménagé ni ses promesses aux coalitions , ni ses menaces aux républicains français. Mais sa politique avait voulu attendre l'aflaiblissement de ses amis et de ses alliés , pour paraître tout à coup sur le théâtre des événemens avec une force prépondérante. Elle allait signer un traité d'alliance et de subsides avec l'Angleterre , quand
elle fut emportée, à Pétersbourg, le 1 7 novembre, par une attaque d'apoplexie. Paul Ic»^, père de l'empereur régnant , soit pour se venger de la dépendance et de l'éloignement des affaires où l'avait tenu sa mère , soit par une ambitieuse sagacité qui le porta à découvrir de nouveaux intérêts dans une conduite opposée , Paul brisa tous les engagemens de Catherine , et , par ce grand scandale politique qu'on ne devait pas lui pardonner, il étonna les Français et effraya les rois coalisés.
Deux faits importans se passèrent également dans les derniers jours de décembre. Le 20 , après deux mois d'inutiles conférences auxquelles l'abandon de la Belgique par l'Autriche pouvait seul donner quelque valeur, le Directoire renvoya lord Malmesbury ; et quatre jours plus tard une flotte appareilla de Brest pour transporter en Irlande une armée de vingt-cinq mille hommes sous les ordres de Hoche , général déjà illustre , qu'une mort violente et prématurée enleva peu de temps après aux destinées de la république. La tempête dissipa cette expédition , au moins prématurée , dont les forces auraient du être portées en Italie ; car, avec cette armée de vingt-cinq mille hommes, le général Bonaparte écrasait l'Autiîche et blessait profondément l'Angleterre dans la personne de son allié. C'était après avoir frappé ce grand coup militaire que le
Directoire derait songer k séparer T Angleterre de rirlande et a en faire une place d'armes politique et maritime contre cette puissance. Les troubles de rirlande n'étaient pas près de finir, et le gouvernement de la république avait tous les moyens de les entretenir jusqu'au moment où il aurait donné l'indépendance aux Italiens; alors, et alors seulement , il eût été digne de sa politique d'ordonner à l'illustre général Hoche d'être à son tour le libérateur d'un peuple.
Cependant le séjour de Milan fit connaître à Bonaparte toute la partialité de la neutralité de Venise en faveur de l'armée d'Alvinzi. Déjà peu satisfait de la conduite de cette ville pendant la campagne , il avait dit a son retour, aux autorités de Milan : « Si vous ne m'aviez pas laissé manquer « d'argent , et que mes soldats ne se fiissent pas « trouvés sans souliers , j'aurais détruit l'armée « autrichienne, pris Mantoue, et fait quatorze mille « prisonniers. C'est de la chute de cette place que « dépend la possession de Vérone , de Brescia , de « Bergame et de Crema; Comme f avais abattu « les ailes de V aigle y f aurais fait perdre terre il au lion. » En effet , le lion de Saint-Marc couvrit tout à coup la terre ferme de la république de levées extraordinaires. Armés par le provéditeur Ottolini, les montagnards de Bergame étaient des-
cendus dans la plaine. De nouveaux régimens esclavons et dalmates débarquaient journellement sur les lagunes. Cette grande fermentation était à peine contenue par la présence de l'armée victorieuse , qui commençait à goûter avec inquiétude Fhospitalité de la neutralité vénitienne.
Bonaparte faisait la guerre d'Autriche sur les. volcans de l'Italie. Le général en chef et Venise étaient dans un état d'observation réciproque ; une prudence nécessaire voilait leurs desseins : Venise s'abstenait des provocations ouvertes, parce que l'armée était là; Bonaparte, de son côté, s'abstenait de la vengeance , parce que Mantoue n'était pas prise. Il avait des troupes dans les châteaux de Vérone et de Brescia , et enfin il mit également garnison , le 25 décembre , dans celui de Bergame. Ce n'était encore qu'une lutte de politique armée , dont une trahison exécrable devait bientôt changer la forme. Dans l'espoir d'attirer les Français au fond de l'Italie, la cour de Rome, soutenue par les préparatifs de la cour d'Autriche et les assurances de son ambassadeur , avait jeté le masque et rompu le traité de Bologne. Cette étrange manière de faire la guerre n'était pas sans inconvénient pour les Français, qu'elle obligeait à se répandre jusque sur les bords du Tibre. Le 6 janvier, quatre mille Italiens et trois mille