‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 29 sur 54 · ÉDIT. J · texte numérisé non relu

ÉDIT. J

Français occupèrent Bologne : les deux Etats de Venise et de Rome appuyaiaity Fun sa conspinldaa , Faulre sa rupture j sur les forces considérables d'Âlyinzi et de Wurmser. Alvinzi aTait soixante - seize mille hoounes au drapeau , et Wurmser yingt-cinq mille à Mantoue. Le pape io'mait dans la Komagne, pour donner la main k Wurmser quand il serait débloqué. L'idée de ce projet se trouva indiquée dans une letti'e saisie sur un agent de la cour de Vienne , au moment où il franchissait le dernier poste de Farmée de blocus. Cette lettre, que Tempereur ayait écrite au feld-maréchal Alvinzi, était adressée ainsi, de la ville de Trente , par ce dernier, au feld-maréchal Wurmser, le 1 3 décembre 1 796 :

« Je m'empresse d'avoir l'honneur de trans- ^ mettre à V. Ëxc, littéralement et dans la même « langue que je les ai reçus, les ordres de S. M. , « ea date du 5 de ce mois (décembre) :

« Vous aurez soin d'avertir sans retard le mare- « chai de Wurmser. . • pour ne pas discontinuer ses « opérations. Vous lui ferez savoir que j'attends de « sa volonté et de son zèle qu'il défendra Mantoue « jusqu'à toute extrémité ; que je le connais trop , « ainsi que les braves oiBciers généraux qui sont « avec lui , pour craindre qu'il ne se rende prison*

Q nier, surtout , s'il s'agissait de transporter la gar- « nison en France , au lieu de la renvoyer dans mes « Etats. Je désire que, dans le cas où il fût réduit à « toute extrémité et qu'il se trouvât sans ressource « pour la subsistance , il trouve les moyens , en dé- « truisant autant que possible ce qui dans Mantoue fi serait de préférence utile à l'ennemi , et en émet menant la partie des troupes qui sont en état de fc le suivre , de gagner et de passer le Pô , de se 9 porter à Ferrare et à Bologne , et de se rendre , V en cas de besoin , vers Rome ou en Toscane. Il n trouvera de ce côté très pea d'ennemis , de la n bonne volonté pour F approvisionnement de ses « troupes y pour lequel , au besoin , il fera usage de « la force ainsi que pour surmonter tout autre « obstacle.

« François. »

« Un homme sûr, cadet du régiment de ,

« remettra cette dépêche importante à Y. Exe. f( J'ajouterai que la situation actuelle et le besoin « de l'armée ne permettent pas de tenter de nou- « velles opérations avant trois semaines ou un a mois, sans s'exposer derechef au danger de ne « pas réussir. Je ne puis trop insister près de « V. Exe, afin qu'elle tienne le plus long -temps

^ que possible dans Mantoue l'ordre de S. M.

« lui servant d'ailleurs de direction générale

« Alyinzi. »

Dans ces circonstances , le Directoire, impatient de rétablir la paix entre la république et la maison d'Autriche, et jaloux aussi d'enlever a Bonaparte la faculté de traiter avec l'ennemi, envoya des pouvoirs au général Clarke , pour négocier avec Alvinzi un armistice. « Si l'on n'eût considéré que u la situation de cette armée , écrit le général en « chef au Directoire , il eût été à désirer que l'on « eût attendu la prise de Mantoue ; car je crains « qu'un armistice sans Mantoue ne soit pas un « ach^ninement à la paix , et soit tout à l'avantage 0 de Vienne et de Rome. » Mais la cour de Vienne , trop fière pour entrer déjà en accommodement avec le Directoire, éluda cette négociation, qui donna lieu à une correspondance insignifiante. Bonaparte avait compris l'unique manière de négocier avec l'Autriche : c'était de battre Alvinzi. Il devait par ce moyen seul triompher des scrupules de la .maison impériale , et se passer même du caractère diplomatique dont le général Clarke était revêtu pour toutes conférences d'arrangement. Il y eut pour la forme , à Vicence , dans les

premiers jours de janvier 1 797, une entrevue entre M. de Vincent et le général Clarke. Ce n'était là qu'une ruse de guerre de la part de l'Autriche. Le , Directoire, suivant l'opinion du général en chef, ajourna l'envoi du général Clarke à Vienne après la prise de Mantoue. Lès lettres de Bonaparte au Directoire devinrent les règles de sa politique vis-à-vis de la cour de Rome comme vis-à-vis de celle de Vienne. « Si l'empereur, disait le général « en chef, veut comprendre le pape dans le traité ^ « l'armistice nous fera perdre Mantoue, l'argent « de Rome , et donnera le temps au pape d'orga* « niser une force militaire avec des officiers autri- « chiens. Cela mettrait toutes les chances contre « nous, la campagne prochaine. » (^Lettre du 2^ décembre. ) Bonaparte prédit ce qui arriva.

L'armée française comptait quarante-cinq mille hommes, dont trente et un mille hommes à l'armée d'observation , et quatorze mille dans les places ou au blocus de Mantoue. Le général en chef avait demandé vingt mille hommes au Directoire ; il lui en arriva six mille des côtes de l'Océan, sous les ordres du général Rey. Alors notre armée formait cinq divisions ; sa force était de plus de deux tiers inférieure à celle des Autrichiens ; mais elle avait pour chef un homme de génie , et des officier» tels que Masséna, Augereau, Joubert, Rey et Kil-

maine. Indépendamment de la |>ositîon retranchée de la Corona , nous occupions Vérone , Legnago , Peschiera , Pizzighettone , Brescia , Bergame , Fuentes, Ferrare et Urbîn. Le Directoire avait de plus annonce l'envoi de puissans renforts de Tarmée du Rhin. Il était réservé aux belles divisions Bemadotte et Delmas de contribuer au dernier triomphe de Tarmée invincible. Mais on était au cœur d'un hiver rigoureux ; et , en attendant l'ar^ rivée de ces secours décisifs , l'investissement et la prise de Mantoue de la part des Français , la marche sur cette ville et sa délivrance de la part des Autrichiens , allaient continuer le thème de toute la campagne; et les expéditions militaires, sans cesse ramenées vers le point central d'action, devaient finir encore par se grouper autour de Mantoue jusqu'à sa reddition.

Le plan actuel des Autrichiens est d'opérer sur Mantoue avec deux armées indépendantes , afin de dégager la troisième, qui se trouve prisonnière dans la place. L'armée active de l'ennemi monte à soixante- cinq mille hommes; Alvinzi en prend quarante-cinq mille et se porte de Bassano sur Roveredo; Provera, le même général qui a été pris à Cossaria, commande le reste des forces autrichiennes ^ et s'établit k Padoue pour agir sur le bas Adige. Bonaparte , avec trente-cinq mille

hommes sous son drapeau et huit ou dix mille qui bloquent Mantoue y doit lutter contre quatre ar* mées : celle d'Alvinzi; celle de Provera; celle de vingt-quatre mille hommes enfermée dans Mantoue , et qui doit causer la ruine des Français , si Alvinzi et Provera délivrent Mantoue; enfin le pape présente contre nous cinq ou six mille hom* mes , sans compter cette immense population qui , sous les armes spirituelles , n^attend que le^triomphe des Autrichiens pour courir à des vêpres sanglantes : il ne faut pas oublier non plus cette conjuration secrète des princes, des prêtres et des nobles , qui , alliés y amis et ennemis de la république , sont tout prêts , au moindre échec , à briser les traités et à venir au secours du vainqueur. Bonaparte manœuvre a la face du ciel sur la terre de la conspiration ; il est obligé de triompher partout ; ses trente-cinq mille baïonnettes doivent transporter la victoii^e depuis la chaîne du Tyrol jusqu'au Capitole. La nécessité lui ordonne de s'emparer de Mantoue , autour de laquelle un quatrième blocus est impossible. Le temps aussi lui est mesuré : il a trois semaines pour vaincre ou pour mourir.

Masséna commence la lutte. Attaqué le 1 2 janvier k Saint-Michel par une division de Provera , il le repousse , le poursuit jusqu'à Caldiero , et lui

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prend neof cents honmies. Bonaparte csl â Vérone. Ilaapprisy pendant son sejoor à Bologne^ le mooremait de Prorcra sur Padoœ. Par nne haÏMle

politique, 3 oppose les Italiens des noorelles publiques aux Italiens de l'armée pontificale, et leur abandonne la défense de leurs finmtiéres. De cette mani^ il peot disposer des trois miUe Français qui sont à Bologne : il les porte à Ferrare, se rend à RoTeii>ella9 et reWent à Ténmie poor receroir les prisonniers de Hassàia. H entre en ligne d'opà^tion, et Eût replier derrière cette ville les braves de Massàia. Dégagé ainsi du d^é, il peut £ure manœuvrer librement toutes ses troupes , et n'a plus besoin que de connaître le point d'action des Autricbiens pour y porter ses forces, c'est-à-dire ses vingt-deux mille hommes. Augereau lui a annoncé de Legnago que l'ennemi est en mouvement sur le bas Adîge. Le 15 , Joubert lui écrit : « J^ai parfaitement suivi vos dispositions « pour l'attaque de la Corona. Le succès a été au a delà des espérances : trois pièces de canon, 9 quatre à cinq mille prisonniers , Alvinzi lui-même « précipité dans les rochers et se sauvant comme « un éclaîreur sur l' Adîge et sans soldats. » C'était là une lettre de champ de bataille ; car, malgré ses avantages, débordé sur sa gauche par une division qui menace de le couper du coté de Pes-

chiera , et sur sa droite par une autre division qui avait passe l'Adige à Dolce, Joubert avait dû marcher la nuit pour occuper, avec une brigade , le plateau de Rivoli, k une lieue de Dolce. Bonaparte a choisi le champ de sa victoire ; il avait ordonné à Joubert de tenir le plateau à tout prix , et d'y arrêter Alvinzi , qui compte enlever avec sa nombreuse armée la petite division qu'on lui oppose ; mais le vieux général ne savait pas que son jeune adversaire l'attendait derrière la position de Joubert , et que Masséna opérait sur sa gauche : l'immense supériorité de ses forces donne à l'Autrichien la confiance qui doit le perdre. Le général Bonaparte connaît tout le projet des ennemis ; il sait qu'on marche contre nous avec deux corps : le principal sur Monte-Baldo , c'est celui que commande Alvinzi; et lautre , plus faible, conduit par Provera , sur le bas Adige. Augereau est chargé , à Legnago , de fermer à ce dernier le passage de la rivière. Il écrit, le 16 , au général en chef : « La « journée s'est passée à faire des dispositions pour « couper la retraite k la colonne de Provera. J'es- « père apprendre demain qu'il est battu complète- « ment. Je le défie de percer sur l'Adige... »

Alvinzi s'avance vers le plateau de Rivoli , dans le dessein de se réunii^ avec sa cavalerie et son artillerie. Il n'y a pas un moment k perdre pour

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