‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 42 sur 54 · ÉDIT · texte numérisé non relu

ÉDIT

s^empécher de remarquer avec quelle facilité le général de rarmée dltalie sortait du cercle constitutionnel de ses attributions , jusque dans .ssMxnrrespondance officielle avec son gouTemement. Il avait conquis l'impunité du génie.

C'est avec cette grande autorité qu'il écrivit an Directoire, le 23 septembre : « Un officier est « arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie ; il « a répandu dans l'armée qu'il était parti depuis le « 29 fructidor, qu'on y était inquiet de la manière « dont j'aurais pris les événemens du 18. Il était « porteur d'une espèce de circulaire du général « Augereau à tous les généraux de division de « l'armée. Il est constant , d'après ces faits , que a le gouvernement a agi envers moi à peu près « comme envers Pichegru, après le 13 vende- « miaire. Je vous prie, citoyens Directeurs, de a m'accorder ma démission : aucune puissance sur « la terre ne sera capable de me faire continuer « de servir, après cette marque horrible de l'in- « gratitude du gouvernement, à laquelle j'étais « bien loin de m'attendre... La situation de mon « ame a besoin de se retremper dans la masse des « citoyens. Depuis trop long-temps un grand pou- « voir est confié dans mes mains ; je m'en suis « servi dans toutes les circonstances pour le bien « de la patrie. Tant pis pour ceux qui ne croient

« point à la vertu , et qui pourraient avoir sus- « pecté la mienne : ma récompense est dans ma ff conscience et dans Topinion de la postérité... »

A la réception de cette lettre , le Directoire s'était assemblé extraordinairement : il fit rédiger sous ses yeux une longue justification , par laquelle il se mettait à la merci de son général. « Le repos de la république nous défend de penser au vôtre;.., le Dù^ec taire exécutif croit à la vertu du général Bonaparte ; il s'y confie... Le IS fructidor, la France a repris sa place en Europe; elle a besoin de vous pour s'y maintenir... » Ce qui voulait dire que le Directoire avait besoin de Bonaparte pour faire la guerre. Le général se promit bien de prendre à la lettre la confiance nouvelle dont il était investi ; et à l'imitation du Directoire , dont la politique étaft devenue tout à coup si belliqueuse , il se proposa de régler à son tour les destinées de la France par rapport à l'Autriche , en vertu de cette puissance dictatoriale qu'on lui conférait avec tant de libéralité.

Voici la marche des conférences depuis les préliminaires de Léoben , signés le 1 8 avril : Bonaparte , secondé de Clarke , avait imprimé une marche si rapide à la négociation avec le marquis de Gallo que , dès le 6 mai , on posa les bases de la paix qui fut conclue le 9 octobre suivant. Ces

bases étaient : l» les limites du )Uûn pour la France; 2^ Venise et les limites de FAdige pour l'Empereur ; 3^ Mantoue et les limites de T Adige pour la République cisalpine. Le 19 juin T Autriche, désayouant le marquis de Gallo, avait envoyé le comte de Meerweldt , et ne voulait traiter de la paix qu'au congrès de Berne , ouvert également k ses alliés , qui étaient l'Angleterre et la Russie. Bonaparte ayant refusé cette proposition , le ministre Thugut renonça au congrès. Bonaparte résidait à Montebello , qui devint bientôt le théâtre des conférences commencées, le 1«' juillet, a Udine, entre le général Clarke et le comte de Me^weldt : à cette époque le Directoire désirait très avidement la paix , dont l'Autriche se montrait maintenant avare. Les mois de juillet et d'août se passèrent en pourparlers. Enfin, la journée du 18 fructidor déjoua les espérances que l'Autriche nourrissait depuis la signature des préliminaires ; elle attendait une contre révolution qui ne fût pas au profit du Directoire. Alors l'Autriche , effrayée de ce terrible succès de la puissance républicaine , dépécha son représentant. Le comte de Cobentzel parut tout à coup à Udine avec de pleins pouvoirs ; Clarke ayant été rappelé , Bonaparte se rendit à Passeriano , à quatre lieues d'Udin^, et le 26 septembre s'entama la négocia-

lion avec le comte de Gobentzel : il se présentait assisté du marquis de Gallo , du comte de Meerweldt , et du baron d' Engelmann ; Bonaparte était seul. L'Autriche et le Directoire avaient échangé leurs rôles : tandis que Gobentzel pressait Bonaparte de conclure le traité , le Directoire, par une correspondance secrète et des insinuations indirectes , l'engageait à rompre et k recommencer les hostilités; mais il refiisait des renforts à l'armée d'Italie , en même temps que la ratffîcation du traité de Turin , et cependant il prétendait signer la paix k Vienne.

La possession de Venise s'offrait naturellement comme un champ de discussion , où le cabinet du Luxembourg défiait le cabinet de Vienne. Gette haute question qui dure encore pour ceux qui croient qu'aucune puissance n'a le droit de trafiquer d'un peuple, agitait alors violemment des esprits républicains} et le Directoire était un fidèle écho de l'opinion de la capitale et des principes de toute la France , quand , le 8 vendémiaire ( 29 septembre), il répondait à Bonaparte, au sujet des bases de la paix.: « Nous aurons traité en « vaincus , indépendamment de la honte d'aban- « donner Venise , que vous croyez vous-même « si digne d'être libre... Galculons tout au pis : « admettons l'hypothèse que repoussent votre gé-

« nie et la valeur de votre armée ; supposons-

« nous vaincus et expulsés de l'Italie Nous

a n'aurons pas connivé à une perfidie qui n'au- « rait point d'excuse. » Le même jour, le ministre des relations extérieures expédia au général Bonaparte l'ultimatum du Directoire : « L'empe- « reur renoncera à Mantoue , à Venise , à la Terre- « Ferme , au Frioul vénitien. » Ceci équivalait à une déclaration de guerre. Le Directoire annonçait vouloir donner à l'Autriche l'Istrie et là Dalmatie vénitienne avec Trieste, et au lieu de l'Adige, l'Isonzo pour limite : ce qu'il voulait réellement, et ce vœu était généreux , c'était que l'Italie entière fût libre. Ce qu'il voulait aussi , c'était la continuation des hostilités ; et, dans ce sens, le ministre Talleyrand ajoutait : « Montrez aux Vénitiens que a c'est de leurs intérêts qu'il s'agit ici ; que c'est tt uniquement pour eux, pour leur assurer la liberté a et les soustraire à la maison d'Autriche, que nous

<t continuons la guerre » Ainsi Venise, avec

laquelle on venait de faire la paix de Milan ; Venise, reconstruite sur une base toute démocratique , et au nom de la liberté , délivrée par la victoire fran^ çaise de son oligarchie despotique, occupait profondément la pensée du gouvernement.

Le Directoire ne se borna point à ces instructions guerrières. Il avait envoyé Bottot , secrétaire

de Barras , en mission secrète au général Bonapaite , pour calmer les ressentimens qui avaient porté le vainqueur de l'Italie à offrir sa démission. L'envoi de ce plénipotentiaire de l'inquiétude directoriale fut , à la réception de l'ultimatum belliqueux du Luxembourg , suivi de concessions extraordinaires , telles que le rappel de Kellermann de l'armée des Alpes , la ratification par les conseils du traité offensif et défensif avec le Piémont , que Bonaparte sollicitait vainement depuis le premier blocus de Mantoue ; et enfin l'accroissement de quinze mille hommes donné tout à coup à l'armée d'Italie. Bonaparte jugea, par une telle condescendance, à quel point il était le maître du terrain politique , dont le Directoire voulait lui tracer la limite. Cependant , si la cession de Venise était pour le Directoire le motif d'une grande opposition , celle de Mayence occupait le même rang dans les refus de l'Autriche , et le comte de Cobentzel demandait, au lieu de la ligne de l' Adige , celle du Mincio : « C'est là notre ultimatam, disait-il ; car si V empereur mon maître consent à vous donner les clefs de Mayence, la place la plus foi te de V univers, ce serait un acte déshonorant j s^il ne les échangeait pas contre les clefs de Mantoue, » Cette ville, dont l'Autriche voulait disposer, sans se croire déshonorée aux yeux de TAllemagne , ne

lui appartenait miUement, pas même par droit de conquête : ainsi il n'y avait point de parité entre Mantoue et Mayence* Et comme le piénipotenliaîre s'obstinait à soutenir que cette proposition était l'ultimatum de sa cour, après avoir épuise toutes les ressources de la chancdlme, et cdles même des conférences confidentielles <, il fallut de part et d'autre s'en remettre au sort des armes. Bonaparte n'était pas homme à se soumettre à l'ultimatum de l'Autriche , quand il avait résolu de déchner celui de son gouvernement. En effet , il donne l'ordre à ses troupes de passer la Piave et d'oc* cuper la rive droite de l'Isonzo. Les Autrichiens de leur côté campèrent sur la Drave. On can* ferait , dit Bonaparte , aa bruit da tambour. Le 1 6 octobre , les paroles furent tellement vives à Udine , chez le comte de Cobentzel , que Bonaparte se leva et lui dit : « Eh bieUj la trêve est donc rompue et la guerre déclarée ; mais souvenez* vous qu! avant la fin de Vautomne je briserai votre monarchie comme je brise cette porcelaine. » A ces mots, il jeta sur le parquet un ca^ baret de porcelaine que Catherine II avait donné au comte de Cobenlzel , salua le congrès et re* tourna à Passeriano. L'action était un peu violente dans une occasion aussi grave; mais Bonaparte fut peut-être entraîné à ce mouvement de colère par

la menace que le comte de Cobentzel venait de lui faire de joindre l'année russe à l'armée autrichienne. En montant en voiture , il envoya un officier prévenir l'archiduc Ghai'les que les hostilités recommenceraient dans vingt-quatre heures . Le comte de Cobentzel l'ayant appris , dépêcha sur les traces de Bonaparte le marquis de Gallo , en le rendant porteur d'un acte signé , par lequel il acceptait les conditions de la France. Le lendemain , 1 7 octobre , le traité fut conclu chez le général Bonaparte à Passeriano , bien qu'il ait été daté de Campo - Formio , village intermédiaire entre Udine et Passeriano, qui avait été déclaré neutre. Ce fut en rédigeant le premier article du traité , que le secrétaire ayant mis V empereur d* Allemagne reconnaît la répablique française y Bonaparte lui dit : « Effacez cet article : la république française est comme le soleil; est aveugle qui ne la voit pas. Le peuple français est maître chez lai : il a fait une république , peut-être demainjera4'il une aristocratie , après demain une monarchie ; c'est son droit imprescriptible : la forme de son gouvernement n'est quune affaire de loi intérieure. » Bonaparte se montrait guerrier, diplomate et homme de doctrines à sa manière. Une telle profession de principes caractérise singulièrement un traité conquis les armes à la

main sur l'Autriche et sur le Directoire lui-même , dont le gésoéaral en chef pesait la destinée dans ces étranges paroles. Mais la signature de ce traité constituait une infraction complète aux instructions du 29 septembre. Bonaparte , usant du pou- ▼oir discréticHmaire que les embarras du Directoire lui avaient accordé après la journée du 18 fructidor, en réponse à sa démission , ne voulut se souvenir que des instructions du 6 mai , ci des bases de Montebello que le Directoire avait approuvées.

Cette grande campagne fit signer à l'empereur, sur les débris de six armées autrichiaaaies et en dehors dès portes de sa belle Italie, une convention par laquelle il reconnaissait les limites naturelles de la France , le Rhin, les Alpes, les Pyrénées , TOcéan ; Texist^ice politique de la république cisalpine, et la cession du Brisgaw qui, donné au margrave de Bade , éloignait les Etats héréditaires de la maison d'Autriche des frontières de la France. Le traité soumet a[icore k la république l'archipel vénitien. Enfin, à Radstadt, où devait se négocier la paix de l'Europe, une stipulation militaire entre le général Bonaparte et le comte de Cobentzel , allait enclaver dans la nouvelle ligne du Rhin la grande forteresse de Mayence , le territoire prussien et les Etats laïques et ecclér

siastiques situés sur la rive gauche. Quant à TAutriche, elle recevait Venise, l'Istrie, la Dalmatie et les provinces de terre-ferme jusqu'à l'Adige. Elle devait en outre être indemnisée en Allemagne de tout ce que la Prusse perdrait sur la rive gauche du Rhin. Tel fîit Farrét de la justice diplomatique qui présida aux clauses de Campo-Formio , dont il résultait trois millions cinq cents mille habitans pour la succursale de la république française en Italie , pour la Cisalpine ; quatre millions de plus pour la France ; deux pour l'Autriche. Le général Bonaparte chargea Berthier, chef d'étatmajor, et le savant Monge , de porter à Paris le traité au Directoire. L'un représentait l'armée , l'autre les sciences : c'était rendre en même temps hommage à la patrie des arts et h la valeur nationale.

La position de Bonaparte à Passeriano offrait d'autant plus de difficultés , que la question à résoudre l'intéressait doublement , en sa qualité de plénipotentiaire et de général en chef , et seul il était juge du parti à prendre. Jusqu'à la prise de Mantoue , il avait toujours voulu la guerre ; depuis , il avait toujours voulu la finir. Cependant le comte de Cobentzel se trompa sur cette intention , et dans la conférence du 1 6 octobre il lui avait dit fièrement que sa cour aimerait mieux fuir

de Vienne que de signer une telle paix ; que lui , Bonaparte , sacrifiait ses devoirs de négociateur à ses yœux comme général , qu'il le rendait responsable du sang qui allait couler ; néanmoins ce fut en prenant l'attitude hostile , que Bonaparte arracha à l'Autriche le traité dont il avait lui-même fixé les bases depuis plus de quatl^e mois a Montebello. Réduit à son seul arbitrage dans une afTaire dont, selon lui^ dépendait encore plus la sûreté de la république que celle de la cour de Vienne , il demeura convaincu qu'une bonne paix valait mieux pour la France que de nouvelles victoires. « Je ne doute pas , écrivit-il au ministre Talleyrand , qas la critique ne s'attache vivement à déprécier le traité que je viens de signer. » Il fit valoir la nécessité où il se serait trouvé de conquérir deux ou trois provinces autrichiennes. L'empereur pouvait lui opposer cent cinquante mille hommes et quarante mille qu'il tenait en réserve ; lui , au contraire , n'en comptait pas alors cinquante mille , et il craignait toujours en outre de laisser les Vénitiens sur ses derrières. Les montagnes étaient déjà im* praticables à cause des neiges ; les conférences de Lille avec l'Angleterre étaient rompues ; une autre coalition se préparait ; la guerre d'Autriche cessait • d'être une guerre nationale et populaire : elle ne devenait qu'une guerre de gouvernement , etc.

Voilà les considérations que Bonaparte alléguait pour justifier sa conduite diplomatique : la plus grave sans doute était la rupture des conférences de Lille , événement dont rinflu^ice sur la politi* que de Vienne pouvait briser la négociation , et imposait peut-être l'obligation de quelques sacrifices. L'Ëtat de Venise était le seul que Ton pût offrir ; il fut partagé entre la France , l'Autriche et la Cisalpine. Bonaparte ne semblait plus attacher la moindre importance à la conservation de ce gouvernement ; il l'avait établi en république démocratique pour l'intérêt de la France , il l'immola à celui de la paix. Voici ce qu'il écrivait au secrétaire de la légation française à Venise , à ce mêmue Villetard , qui avait opéré dans cette ville la révolution démocratique : a La nation vénitienne « n'existe pas. Divisé en autant d'intérêts qu'il y (K a de villes , efféminé et corrompu , aussi lâche « qu'hypocrite , le peuple vénitien est peu fait « pour la liberté,.. S'il a la vertu pour l'acquérir, « eh bien ! qu'il la défende ! Il n'a pas eu le couiï rage de la conquérir sur quelques oligarques... «: La république française ne peut pas donner les * « États vénitiens , parce qu'il n'est pas dans les « principes du gouvernement de donner aucun

« peuple Si les armées de la république conti*

« nuaient à être heureuses contre une puissance

« qui a été le nerf et le cofTre de toutes les coali- « tions , peut-être Venise aurait pu par la suite a être réunie à la Cisalpine ; mais je vois que ce « sont des lâches. Eh bien! qu^ils fiiient, je n'ai « pas besoin d'eux. »

Le 18 janvier 1798, les troupes françaises évacuèrent Venise , et la domination autrichienne y fut apportée par Pesaro lui-même, en qualité de commissaire de l'empereur. L'ex-doge Manini tomba mort au moment où il allait prêter serment entre les mains de son compatriote. L'exemple de Manini est plus rare dans l'histoire moderne que celui de Pesaro.

Ainsi périt morcelée , après quatorze siècles d'indépendance, et probablement pour ne se re^ lever jamais , la reine de l'Adriatique qu'on vit si long-temps tenir le sceptre du commerce du monde, qui couvrit toutes les mers de ses flottes soit guerrières soit marchandes , et qui , devenue par ses armes maîtresse de Constantinople , agita la pensée d'y transporter le sié^e dé sa domination et d'y continuer l'empire d'Orient. La dissolution * de cette glorieuse république ne fut pas seulement une concession faite k la raison d'État , elle était encore de la part de Bonaparte un calcul militaire : « La ville de Venise y disait-il au Directoire, rerhferme il est vrai trois cents patriotes... Le désir

de quelques centaines aT hommes fie vaut pas la mort de vingt mille Français] » Néanmoins le conseil des Cinq-Cents honora sa session en élevant la voix contre la destruction de FÉtat de Venise , et de sa tribune sortirent ces belles paroles , si oubliées maintenant : « Peut-on faire le commerce des peuples au nom d'une nation qui a proscrit le commerce des hommes P »

« Jamais depuis plusieurs siècles on n'a fait une paix plus brillante que celle que noasjaisons. » (Lettre de Bonaparte à Talleyrand.) En effet , c^était opposer une immense compensation au mécontentement de la France , généralement indignée de la révolution du 4 septembre , de la rupture des négociations de Lille qu'elle reprochait au Directoire , de la publication des deux lois du 30 septembre qui portaient la ruine dans toutes les classes , l'une par la réduction de la fortune des rentiers au tiers , l'autre par l'infâme rétablissement des loteries dans la république , que de signer un traité qui nous dgnnait les grandes limites du Rhin , aussi bien tracées par la nature que par la politique , et de réduire la superbe maison d'Autriche k reconnaître la république cisalpine , formée presque en entier de ses antiques domaines d'Italie. L'orgueil national vint, comme il est toujours arrivé , au secours du gouverne-

ment poursuivi par les cris de la misère et de la haine publiques. Seulement on regrettait de partager avec le Directoire l'honneur d'un tel triomphe , et l'on reportait sur le seul Bonaparte tout le mérite de cette paix , avec le même enthousiasme qui lui décernait depuis deux ans toute l'admiration due à cette grande guerre d'Italie. Mais au milieu d'une joie si vive, la France resta juste, et la cession de Venise fut poiir elle un crime contre elle-même. Dès lors commencèrent sur tout l'Etat de Venise les droits que la maison d'Autriche a réclamés depuis avec tant de succès au congrès de Vienne en 1814, sans toutefois en rappeler l'origine. De ce jour date aussi cette inexplicable faiblesse de Bonaparte pour la cour de Vienne , qui se fera remarquer dans le cours de son histoire. Il semble qu'il ait eu constamment plus de plaisir à accorder la paix à cette puissance qu'à la vaincre; malheureusement il compta sur la réciprocité,

Après la conclusion du traité de Campo- Formio , qui nous assurait une prépondérance du premier ordre dans la balance de l'Europe , Rome, suivant les phases de l'astre autrichien, reconnut non seulement la république française, mais encore la république cisalpine. Cette double reconnaissance eut, de la part du Vatican, tout

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le caLracière d^un double sacrifice à la nécessité ; son peu de sincérité ne laissa pas long^temps dans le doute la France et son général.

Le 18 septembre, Hoche mourut empoisonné à Fàge de 29 ans , dans un cantonnement , sur la rive droite d.u Rhin ; Moreau , le dénonciateur de Pichegru , était réformé et remplacé par le héros du 1 8 fructidor, par Augereauqui, le 23 septembre, passa subitement d^un commandement secondaire de l'armée d'Italie au commandement en chef des armées de Rhin-et-Moselle et de Sambre-et-Meuse, réunies sous le nom d'armée d'Allemagne. Le Directoire profitait de la paix pour faire la guerre aux supériorités militaires : il réservait à Bernadotte un exil diplomatique , et il écrivait au général Bonaparte : « Si vous n'aviez su que a gagner des batailles, vous n'auriez été qu'un 0 grand général : mais vous avez aspiré à un plus a beau titre ; vous avez voulu être un général a citoyen : que ce nom glorieux soit donc votre « première récompense ! Le Directoire exécutif « vous en ménage une autre , qu'il croit aussi dift gne de vous ; c'est de mettre vous-même la der- « nière main au grand ouvrage que vous avez si « fort avancé... En quittant, aussitôt que les « suites du traité vous le permettront, le coma mandement de l'armée d'Italie, vous devez pren-

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