‹ Histoire de Napoléon (volume 2)Chapitre 48 sur 54 · ÉDIT · texte numérisé non relu

ÉDIT

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plaines de Tantique Gaza qui leur rappellent le sol de la patrie. Gaza qui n'a plus de portes , et que les troupes de Djezzar abandonnent , envoie une députation au général en chef. L'armée y oublie toutes ses privations. Deux jours sont accordés à son repos et à l'organisation locale. Trois jours plus tard , nous sommes devant JafTa, autrefois Joppé, si fameuse dans l'histoire merveilleuse des enfans d'Israël. Des forces imposantes la défendent; de hautes murailles flanquées de tours la protègent. Djezzar l'a confiée à des troupes choisies. Une artillerie formidable y est servie par douze cents canonniers turcs. L'importance de cette place qui présente un port à l'escadre , et qui est la clef des États du pacha , ne permet pas d'en retarder le siège. Au bout de trois jours l'investissement est formé , la tranchée ouverte ; le bombardement commence , et bientôt on juge la brèche praticable. Bonaparte envoie un Turc porter une sommation au commandant de Jaffa , qui, pour toute réponse, fait couper la tête au parlementaire et ordonne une sortie. Mais cette sortie ne réussit point aux ennemis , et le soir même notre feu a fait crouler une de leurs tours. Le point de l'assaut est marqué; un spectacle d'un intérêt bien touchant frappe tout a coup le soldat : tous les chrétiens de la ville tenant dans leurs mains un crucifix , et criant

Christian y chrislian, franchissent les remparts , el se précipitent dans nos rangs , où ils sont traités et accueillis comme des frères. Après cet événement , Tattaque contre les infidèles reprit tout son acharnement ; leur résistance opiniâtre ne saura ni eux ni JafTa. La ville est emportée; le massacre devient général; rien n'arrête la rage du vainqueur. La fureur donne la mort , et la mort donne la contagion. Pendant deux jours et deux nuits , le glaive exterminateur détruit ceux qui résistaient dans Jaffa. Ses dunes ont vu une partie de ce sacrifice à un dieu barbare , à ce dieu inconnu que les conquérans appellent la nécessité. Un millier de malheureux , la plupart compris dans la capitulation d'Ël Ârich , furait passés par les armes. L'histoire transmet sans explication la mémoire de ce massacre à la postérité. Mais elle offrira pour document la proclamation de Bonaparte aux liabitans du Caire , à son retour de Syrie. Là est le témoignage sans justification de la destruction des prisonniers de Jaffa. Les Égyptiens et les Mamelucks qui se ti'ouvaient parmi eux furent renvoyés en Egypte , sous l'escorte d'un détachement de dromadaires.

Avant de quitter Jaffa , Bonaparte y établit un divan, une garnison et un grand hôpital. Des symptômes de peste s'étaient manifestés. Plusieurs

homines de la 32* demi-lnigade en avaient été atteints , et on rapport des géoéraux B<m et Rampon alarma sérieusement le général en chef sur la propagation de ce fléau. Alors s'ouTrk à JaflEai Fhopital des pestiférés ,. et eut lieu cette scène fomeuse dont M. Gros a Êiit un des chefsd'cBUTre de la peinture française. Bonaparte entra dans toutes les saUes , accompagné des généraux Berthier et Bessiéres, de l'ordonnateur en chef Daure, et du médecin en chef Desgenettes. Le général parla aux malades , les encouragea , toucha leurs plaies en leur disant : « Vous voyez bien « que cela n'est rien. * Lorsqu'il sortît, <m lui reprocha vivement son imprudence. Il répondit firoidement : « C'est mon devoir; je suis le général « en chef. * Cette visite et la générosité de Desgenettes , qui , s'inoculant la contagion en présence de nos soldats , se guérissait par les remèdes qu'il leur prescrivait , rassurèrent le moral de l'armée , singulièrement ébranlé par l'invasion d'une aussi horrible calamité ; eX. dès ce moment tous les hôpitaux fiurent soumis au même régime sans distinction.

L'armée se dirige sur Saint-Jean-d'Acre. Dans sa marche savante et rapide, elle enlève toutes les positions des nombreux ennemis qui l'attaquent; mais elle ne triomphe pas de tous les obstacles..

Il y eut une affaire assez meurtrière à son désavantage avec les Naplousàins. Nos troupes furent repoussées , et le chef de brigade Barthélémy perdit la vie. C'était la seconde fois que les Français échouaient contre les habitans de Naplouse : pendant le siège de Jaffa, le général Damas tenta une malheureuse reconnaissance vers leurs montagnes ; il eut le bras cassé , et beaucoup d'hommes hors de combat. En plaine , les Naplousàins , comme les peuples à qui la tactique est inconnue , devaient céder à la discipline européenne. Us ne savaient pas faire la guerre , mais ils savaient défendre leurs foyers dans les fortifications que la nature leur avait données. Cependant Kléber, Lannes , Murât , Junot , Reynier, rivalisent de bravoure et de talent , pour suivre les inspirations audacieuses et les profondes combinaisons du général en chef. La prise de l'importante place de CaïfiPa , où l'armée trouve des munitions et des approvisionnemens en tous genres , forme un prélude glorieux aux travaux du siège d'Acre , à la conquête des châteaux de Saffet et de Nazareth , de la vQle de Sour ( Tyr ) , aux combats de Loubi , de Sedjarra, et à la fameuse bataille du Mont- Thabor.

Dans cette mémorable campagne de Syrie , tout présente l'empreinte de l'Orient ; tout est grand ;

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k danger, la résîstaoce , Tattaque, la TcngeaBce, h barbarie. Smxante jours ont tq k valeur frai»çaise briser irainemeat le» miirs de Saîm-Jeai»d'Acre , el Bonaparte , derena plus îaâbraiiUble dans soD dessein par les «flbrts de renneraî , con^ umuqner toute l'opiniâtreté de sa résohitîon à des légions qae les Romains eussent nommées ffiTincibles* Elles sont iminGibles. Chaque jour rend le péril plus imminent, la prise d'Acre plus nécessaire. Les firmans du Grand-Seigneur col soulevé les populations d'une partie de TAsie; dttes descendent des montagnes, et accourent de Bagdad, de Damas, des bords de l'Eujrfvale, pour la destruction des infidèles ; les flottes torques couTrent la mer et portent une armée qui Tient au secours de la Syrie. Une autre se rassemble à Rhodes pour reconquérir ITgypte , où JMourad-Bey occupe le génâ^l Desaix , où l'insurrection agite le Delta. Le pavillon d'Angleterre dirige la tempête maritime; il Êiut s'emparer d'Acre ayant que son port ne reçoive ces nou* veaux renforts. Mais l'artillerie de siège nous manque ; ^evée par une croisière anglaise avec notre flottille, elle sert, à fortifia* les remparts d'Acre. Les deux assauts donnés à la ville ont prouvé la force des ouvrages qui la protègent , et Djezzar, pour seconder les mouvemens de la

grande armée de Damas , ordonne contre le camp de Bonaparte une sortie générale , que conduisent et soutiennent les équipages de rartillerie des yaisseaux anglais. Bonaparte et Timpétuosité de nos bataillons ont bientôt refoulé les assiégés dans la place , et Tartillerie européenne des musulmans n'a servi qu'à rendre les Français plus certains de leur supériorité*

Après cette victoire, Bonaparte part pour le Mon^Thabor• Des hauteurs qui dominent; les plaines de Fouli, il découvre l'illustre Kléber, qui, retranché dans des ruines avec deux mille h(mimes , y brave les vingt mille qui le cernent* En un moment Bonaparte a conçu cette bataille célèbre, à laquelle le Thabor va attacher son nom. Il envoie Murât garder le Jourdain avec sa cavalerie. Vial et Rampon marchent sur Naplouse , et lui-même il se place entre les ennemis et leurs magasins. Son petit corps est divisé iff^ deux carrés , dont la direction , combinée avec la position de la division Kléber, doit enfermer les Turcs au centre d'un triangle. A l'instant d'attaquer, il fait tirer un coup de canon. « C'est « Bonaparte! » s'écrient les Français. Kléber, qui a combattu seul toutes les forces ennemies , depuis six heures du matin jusqu'à une heure , profite de l'enthousiasme qu'excite le nom du

général en chef, et prend aussitôt l'offeisive avec chaleur. Uarmée de Damas, assaillie tout à coup sur tous les points, coupée dans ses retraites, perd cinq mille hommes , ses chameaux , ses tentes , ses provisions ; la gloire et Tabondance passent dans nos rangs. Enfin, par une faveur non moins brillante de la fortune , Bonaparte apprend que Perrée vient de débarquer à Jaffa neuf pièces de siège ; mais il était de la destinée de celui qui dompta Mantoue d'échouer devant Samt-Jeand'Acre , et la tour maaditc qui le protège devait conserver sa fatale renommée. Deux assauts brusquement ordonnés sont également infructueux; l'un des deux coûta la vie au brave Caffarelli du Falga. Enfin , on signale une flotte : est-elle française? est-elle turque?... il faut vaincre. C'est le pavillon ottoman; il faut que Saint-Jean-d'Acre tombe avant que cette flotte n'entre dans le port. Bonaparte veut tenter encore une attaque générale ; c'est la cinquième. Jamais son armée n'a déployé une audace plus impétueuse : tous lés ouvrages extérieurs sont emportés ; le drapeau tricolore est planté sur le rempart. Les Turcs , repoussés dans la ville, ont ralenti leur feu. Encore un effort, et les ennemis n'auront pas débarqué , et Saint- Jean-d'Acre nous appartiendra. Mais deux prisonniers échappés du Temple étaient accourus de

Paris dans cette contrée pour enlever la victoire à Bonaparte. L'un , Phélippeaux , son compagnon de l'Ecole-Militaire , commande le génie , et ne doit pas survivre long-temps à son triomphe ; Phélippeaux a amené avec lui le brave Tromelin , officier d'une haute distinction, qui prend la direction de l'artillerie ; l'autre fugitif du Temple , Sidney- Smith , Commodore sous l'amiral Hoor à Toulon , commande l'escadre anglaise. Celui-ci voit le péril de la place , marche à la tête des équipages de ses vaisseaux , et entraîne au combat tous les habitans découragés. La population se presse à sa suite, et bientôt les rues, subitement fortifiées et défendues par les débris des maisons elles-mêmes , deviennent le théâtre du plus affreux carnage. Trois assauts consécutifs , dont le dernier est livré par la division toute fraîche du général Kléber , sont signalés par tous les prodiges de la plus téméraire valeur ; mais ils durent céder encore à l'opiniâtre résistance des assiégés. L'inflexibilité de Bonaparte fut enfin ébranlée , et il apprit à l'armée qu'il renonçait a la conquête de Saint-Jean-d' Acre. « Soldats, lui dit-il, après avoir, avec une poignée « d'hommes , nourri la guerre pendant trois mois « dans le cœur de la Syrie , pris quarante pièces « de campagne, cinquante drapeaux , fait dix mille « prisonniers , rasé les fortifications de Gaza^

« Jafîa y CaïfFa , Acre , nous allons rentrer en « Egypte , etc. » Si cette proclamation fit illusion à Farmée, on ne saurait attribuer ce succès qu'à la magique influence d'un grand capitaine sur les soldats accoutumés à vaincre sous lui; mais il sentit profondément les conséquences de son éclatant revers ; c'est ce qu'attestent les paroles qu'il a prononcées sur le rocher de Sainte-Hélène. « Si « j'avais enlevé Saint<Jean-d'Acre , j'opérais une « révolution dans TOrient. Les plus petites cir^ « constances conduisent les plus grands événe* « mens ; j'aurais atteint Constantinople et les o Indes : j'eusse changé la face du monde. »

L'armée réunie va reprendre la route du Caire ; mais la contagion de Jaffa avait continué $es ra^ vages parmi les troupes devant Acre. Le contact des malheureux qui en sont infectés peut détruire en peu de jours les braves qui ont survécu à tant de dangers , à tant d'exploits , et dont le retour est le salut de leurs compagnons d'Egypte. Mais , d'un autre côté , si ceux que la peste a frappés restent en arrière , ils périront égorgés par les Turcs, en représaille du massacre de Jaffa. Bien n'est ordinaire dans cette campagne de Syrie , et tout est extrême dans les différentes positions où se trouvent l'armée et son chef. Le moment devient pressant ; il faut dérober à l'ennemi le départ des

Français; la nuit le protège encore. Une ambulance, établie près d'Acre, servait de dépôt au grand hôpital du Mont-Carmel. Au premier ordre de la levée du siège, tous les malades du Carmel se dirigèrent sur Tentura et Jaffa , traînés par les chevaux d'artillerie, dont les pièces avaient été abandonnées. Tous les chevaux des officiers, tous ceux du général en chef, furent mis par son commandement , et sous ses yeux , à la disposition de l'ordonnateur en chef Daure , pour le transport de ces infortunés sur Jaffa. Bonaparte est à pied et donne l'exemple. A Jaffa, il fit partir trois colonnes de pestiférés : l'une par mer, sur Damiette, conduite par le commissaire des guerres A. Colbert; et, par terre, la seconde sur Gaza, et la troisième sur El Arich. Une soixantaine d'hommes^ déclarés incurables, demeurèrent à JalTa. Plusieurs d'entre eux furent , dit*on, recueillis par les Anglais sur le bord de la mer. Quant à ceux qui suivirent l'armée, ils guérirent en grande partie pendant la route.

La retraite s'opère sous de tristes auspices. L'incendie dévore chaque jour les moissons , les bestiaux, ainsi que les villages qui ont attaqué ou trahi l'armée : la Syrie aussi a son désert. Gaza, seule restée fidèle, est seule épargnée. Au bout de trois jours, les Français rentrent en Egypte ; et le

/ort d*El Arich reçoit de Bonaparte de nouveaux développeinens , des magasins, une garnison. Il fortifie Tin€Ji, laisse un corps de troupes à Kattieh : ces trois places défendent l'Egypte du coté de la Syrie. Enfin , après quatre mois d'absence , l'armée arrive au Caire , et croit revoir le sol natal : elle a perdu six cents hommes par la peste , douze cents par la guerre , eX. a ramené dix-huit cents blessés. Ainsi, après une des campagnes les plus meurtrières et les plus actives, notre armée , accablée par toutes les privations et par un climat homicide , n'a à regretter que dix-huit cents honunes.

L'entrée au Caire fiit triomphale , et effaça les funestes impressions que le bruit de la destruction de nos braves et de la mort du sultan Kébir (le père du feu) , nom donné par les Arabes à Bonaparte, avait faites sur la population. Le général en chef sut tirer habilement parti des mensonges semés par les émissaires turcs et anglais, quand il

dit aux habitans dans sa proclamation : « Il

« est arrivé au Caire le bien gardéy le chef de l'ara mée française, le général Bonaparte, qui aime « la religion de Mahomet ; il est arrivé bien pora tant et bien sain , remerciant Dieu des faveurs « dont il le comble. Il est entré au Caire par la « porte de la Victoire; ce jour est un grand jour r

« on n'en a jamais vu de pareil. Tous les. ha- « bilans du Caire sont sortis a sa rencontre ; ils « ont vu et reconnu que c'était bien le même gé- « néral en chef Bonaparte , en propre personne ; a ils se sont convaincus que ce qui avait été. dit

« sur son compte était faux Il fut à Gaza et à

« Jaffa : il a protégé les habitans de Gaza ; mais « ceux de Jaffa , égai*és , n'ayant pas voulu se ren- « dre, il les livra tous, dans sa colère, au pillage et « à la mort : il a détruit tous les remparts, etjàit « périr tout ce quis^y trouvait. Il se trouva à Jafla « cinq mille hommes des troupes de Djezzar ; il les a « tous détruits !... « Les Français, en retrouvant au Caire toutes les jouissances de la vie , oublièrent les journées du désert et les . périls du siège d'Acre. Ils volèrent bientôt k de nouvelles, fatigues. Celui qui ne se reposait jamais apprend que Mourad-Bey, descendu de la Haute-Egypte avec un corps considérable , a échappé aux poursuites continuelles des généraux Desaix , Belliard, Donzelot et Davoust. Soudain il se met en marche pour aller l'attaquer aux Pyramides , qui ont vu la première défaite des Mamelucks; mats, fidèle à ses prudentes habitudes , le bey a déjà fui dans le désert.

Bonaparte se disposait à reprendre la route du Caire, quand il reçut la nouvelle de l'arrivée de-

vant Aboukir d'une escadre de cent voiles turques, qui menaçait Alexandrie* C'est la guerre de Syrie qui le poursuit en Egypte. Aboukir est un nom fatal : Bonaparte veut que l'armée y venge la flotte. Il se rend k Gizeh sans entrer au Caire, et donne dans la nuit , a ses invmcibles généraux , l'ordre des mouvemens les plus rapides pour se porter au devant des troupes que commande le pacha de Romélie , Seïdman-Mustapha , soutenu des forces de Mourad et d'Ibrahim. Avant de quitter Gizeh, Bonaparte écrit au divan du Caire : « Quatre-vingts bâtimens ont osé attaquer Alexan- « drie; mais, repoussés par l'artillerie de cette « place, ils sont allés mouiller à Aboukir, où ils « commencent à débarquer. Je les laisse faire , a parce que mon intention est de les^ attaquer, de « tuer tous ceux qui ne voudront pas se rendre, <c et de laisser la vie aux autres pour les mener en « triomphe au Caire : ce sera un beau spectacle « pour la ville. » Le général en chef arrive à Alexandrie , et marche sur Aboukir, dont le fort est tombé au pouvoir de l'ennemi , grâce a la mollesse et à l'excessive prudence de Marmont. Ce général n'a point secouru notre faible garnison qui, assaillie par terre et par mer, et réduite à trente-cinq hommes, n'a capitulé qu'après sdbcante heures de combat. Bonaparte blâme Marmont

avec Texpression d'un juste mécontentement , et songe a livrer bataille* La position qu'il choisit est inspirée par le même génie qui avait conquis toute l'Italie par sa supériorité sur les tactiques de plusieurs armées de l'Europe. Mustapha doit triompher, ou nul de ses soldats ni lui-même ne pourront se soustraire au vainqueur. Âboukir n'était accessible pour les Français que du côté de la terre, puisqu'ils n'avaient point de marine à opposer à la flotte anglo-turque qui avait jeté l'ancre à une demi-lieue en mer.

L'armée ottomane , forte de dix - huit mille hommes , défendue par une artillerie nombreuse, se couvrit d'une double ligne de retranchemens ; l'une, voisine du fort d' Aboukir, avait pour appui un mamelon retranché sur le rivage , un hameau à son centre, et des chaloupes canonnières à sa gauche. L'autre ligne , moins distante du corps de la place , s'étendait aussi de l'une a l'autre plage ; mais plus resserrée , fortifiée siu* plusieurs points , au milieu desquels s'élevait une redoute hérissée de canons , elle était plus formidable encore que la première.

Notre armée ne s'élance pas d'abord avec la fiirie française tant redoutée en Italie ; mais à peine se trouve-t-elle à portée des ouvrages , qu'une colonne aux ordres du général Destaing se précipite

sur le mamelon , h droite de la première ligne , tandis que Murât s'avance rapidement pour couper la retraite à Tennemi* Premier gage de la victoire , ce mouvement réussit et coûte la vie à deux mille Tui*cs j tués ou jetés dans les flots , sans nous ravir un seul homme. Aussitôt Destaing se porte sur le hameau , que le général Lanues attaque de front ; le généralissime Mustapha détache en vain un renfort considérable. Murât culbute le renfort; le village est enlevé, et la première ligne de Fennemi tombe en notre pouvoir. Bonaparte prépare le même sort à la seconde , et veut attirer l'attention des Turcs vers leurs ailes pour emporter ensuite leur centre avec sa réserve. Sans attendre ce nouvel assaut , ils viennent à notre rencontre avec intrépidité. Leur droite est d'abord repoussée ; mais Murât j engagé entre le feu des chaloupes canonnières et celui de la redoute , tente sans succès à plusieurs reprises de franchir la barrière terrible qui l'arrête. A la gauche, les Turcs, désespérés de la résistance de nos immobiles bataillons , nous chargent avec impétuosité ; notre infanterie les contraint, non sans de grands efforts, à se retirer, et arrive par degrés devant la redoute. Là elle est obligée à son tour de reculer devant les feux croisés de l'ennemi.

Jusqu'alors le courage , la fermeté , le sang-

froid de nos troupes, n'avaient point obtenu le prix qu'elles méritaient; tout a coup les Turcs, fidèles a leur coutume barbare , descendent imprudemment pour trancher la tête aux morts et aux blessés français ; Murât voit leur faute , se précipite entre eux et la redoute, et parvient à la passer. Assaillis en même temps par la colonne du général Fugières*, les ennemis s'effraient de sentir Murât sur leurs derrières ; ils veulent rétablir leurs communications avec la flotte qui les protège. Bonaparte, dont le génie plane sur le champ de bataille , saisit l'instant de vaincre , marqué d'avance dans sa pensée ; il engage aussitôt sa réserve , dont il avait eu peine à retenir l'ardeur et l'impatience. Redoute, retranchemens , tout est enlevé en un instant; les Turcs, auxquels le Koran défend de capituler avec des Chrétiens , sont taillés en pièces ; beaucoup se jettent dans les flots pour gagner quelque navire; les balles de nos soldats les atteignent jusque dans ce dernier asile. Murât, si redoutable dans la poursuite d'un ennemi ébranlé, s'élance avec sa cavalerie entre le village et le fort d'Aboukir, combat, blesse Mustapha, qui ose affronter un tel adversaire , et l'envoie prisonnier à Bonaparte.

Treize mille Ottomans périrent pendant l'action ; le reste , enfermé avec le fils du pacha dans le fort

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