‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 10 sur 31 · I^O HISTOIRE · texte numérisé non relu

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enlever ce dernier appui. Dans le but de compléter lel>locus général qui alors entourait l'Europe, il résolut d'employer l'Espagne à ses desseins contre la cour de Lisbonne. Il avait chargé son frère Lucien d'aller, en xjualité d'ambassadeur, négocier à Madrid l'envahissement du Portugal par les troupes espagnoles et les troupes françaises combinées, démarche que précéda une proposition au cabinet de Lisbonne de faire la paix sous la condition de renoncer à l'union britannique , de fermer ses ports à l'Angleterre et de livrer le quart du royaume aux armées françaises et espagnoles. Cette proposition avait été rejetée par le prince régent avec 'd'autant plus de hauteur, qu'il savait qu'une pareille circonstance lui permettait surtout de compter davantage sur les secours du gouvernement auquel il se sacrifiait. Mais en Angleterre, où l'on calcule plutôt encore le profit que l'honneur national , le conseil décida que les préparatifs que l'on fit ouvertement pour sauver le Portugal, couvriraient une entreprise plus utile, si elle était moins généreuse. En effet, les vaisseaux stationnés pour la défense de ce royaume se dirigèrent vers l'Egypte ; et la plus grande partie des forces anglaises s'embarqua à Lisbonne même pour cette nouvelle destination. Ainsi le Portugal tomba tout à coup, par rapport à l'Angleterre, dans la même position où se trouvait au même moment le Danemarck par rapport à la Suède , et il se vit aussi réduit à luimême.

Le premier Consul avait intéressé a la coopération de l'Espagne l'amour-propre du Prince de la Paix , favori tout-puissant auquel obéissaient le roi , la

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reine et la nation. 11 eut lair de le mettre à la tête de cette expédition, composée d'une armée espagnole de quarante mille hompies et d'une armée française rassemblée à Bordeaux , sous le nom d'armée des I^^rénées, aux ordres du général Gouvion-Saint-Cyr. Le titre de généralissime et celui de conquérant séduisirent Godoy Je traité fut signé à Madrid. Toutefois le premier Consul ne voulut point courir les chances d'une confiance entière dans les talens mi^ litaires du généralissime; il traça lui-même le plan de la campagne; mais pour mieux en assurer l'exécution, il chargea le général Gouvion '•Saint- Cyr ' d'aller prendre à Madrid la direction de cette guerre, et donna à son beau-frère , le général Leclerc , l'armée d'invasion des Pyrénées. Cependant, malgré ces précautions, l'ardeur belliqueuse du Prince de la Paix lui échappa. Un corps de quinze mille Portugais s était porté en avant ; et, après l'échange des déclarations de guerre entre les deux États voisins, l'armée espagnole avait marché sur l'ennemi. En peu de jours cette armée, quoique commandée par don Manoel Godoy, n'éprouvant de résistance ni dans les places, ni dans les positions, acheva paisiblement l'occupation de deux ou trois provinces. Dans cet état de choses , la cour de Lisbonne crut pouvoir conjurer l'orage dont les Français la menaçaient, par l'abandon à l'Espagne de la forteresse d'Olivenza et de son territoire, et en lui payant une somme de trente millions. Le Prince de la Paix, qui avait bien mérité son surnom par cette campagne , le mérita doublement par le traité que, le 6 juin, il s'empressa de souscrire à

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Badajoz avec le prince régent de Portugal , et' san» demander ie consentement du puissant allié qui avait mis le gouvernement espagnol en mouvement Sa ▼anité seule put égaler son impéritîe : il fit venir à Badajoz le roi et la reine pour assister à son triomphe et recevoir onze drapeaux qu'il avait trouvés et non conquis. Là , cette politesse eut sa récompense : le roi donna deux de ces drapeaux à son favori, et lui écrivit de les ajouter à ses armes. Cette scène ridicule vint bientôt à la connaissance du premier Consul ; et quand le ministre Pinto arriva à Lorient , chargé de communiquer au cabinet des Tuileries le traité du prince régent avec TEspagne , il reçut Tordre de se rembarquer et d'aller rejoindre les négociateurs de Badajoz. La lutte continua entre la France et le Por^ tugal ; le prince régent parvint k remette sur pied vingt-cinq mille hommes; de son côté le général Leclerc , qui occupait la province de Salamanque y commença les hostilités; enfin, la paix de Badajoz ayant été regardée comme non avenue, le 29 septembre le Portugal en signa une autre à Madrid, avec la France et l'Espagne. Le premier Consul, ayant fait cette guerre pour obtenir cette paix , se contenta des deux avantages qu'il y avait attachés : la fermeture des ports et de toutes les possessions portugaises aux navires anglais, et une augmentation de territoire pour la Guyane française. On stipula aussi l'admission réciproque des commel*çans des deux puissances dans les ports respectif , en attendant un traité de commerce. Cette singulière campagne amena encore pour Bonaparte un grand résultat : elle établit une

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nouTelle inimitié entre les deux peuples de la Péninsule.

Cependant le continent, soit lassé de ses âacrifices^ soit soumis à l'ascendant du gouvernement consulaire, ne voulait plus prendre part à la lutte entre l'Angleterre et Bonaparte. Déjà même celui-ci ne se souciait plus de populariser la révolution dans les pays étrangers; il ne cherchait à convertir les ennemis de la république que par la victoire. Devenu de fait le maître delà France, après en avoir été le libérateur, il marchait vers la domination absolue à la tête de la masse de la nation, et il sentit que les temps approchaient où il devait lui révéler hautement les secrets de sa politique et de sa gloire. Les empiétemens du pouvoir échappaient aux Français, éblouis par tant d'éclat; ils étaient peut-être moins éclairés déjà sur les véritables intérêts de la liberté que les Français de 1789, qui l'avaient si unanimement et si généreusement saluée à son berceau. Mais Bonaparte, dont la prudence égalait la force, jugea nécessaire de s'attacher encore la faveur publique par im bienfait qui atteignit toutes les classes, c'est-à-dire parla paix, générale.

Cette paix devait plutôt se négocier que se conquérir. Plusieurs symptômes annonçaient que la guerre couvrait la possibilité d'un arrangement. Malgré le traité de Lunéville, l'ambassadeur de France, Otto ,. avait été retenu à Londres sous dififéreos prétextes; un chargé d'affaires anglais séjouitiait à Paris ; les. paquebots allaient continuellement de Calais à Douvres : et , enfin , le ministère de M. Pitt , qui , le pre-* mier, combattit la liberté française, venait de dis-

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paraître de la scène politique. Sa retraite était une grande révolution dans les conseils britanniques ; car Pitt, tant par ses antécêdens que par lopiniâtreté de sa haine contre la France, et particulièrement contre la personne de Bonaparte , dont le génie triomphait du sien, formait à lui seul un obstacle insurmontable à toute conciliation. Cependant, malgré ce lïouvel état de choses , les hostilités maritimes , a défaut des hostilités continentales, se poursuivaient sur les deux rivages de la Manche avec la plus extrême vigueur.

Ce grand duel semblait interminable, en raison de la nature du champ de bataille et de celle des griefi> des deux partis : lun ne reconnaissait pas même l'état politique du gouvernement français; l'autre , La souveraineté des mers dont son rival était eu possession. L'Angleterre comptait alors cent trente mille marins, et sept cent quatre-vingts bâtimens de guerre qui régnaient sur tous les océans et bloquaient les ports de la France et de ses alliés. Resté seul armé contre ce terrible adversaire , Bonaparte trouva dans l'énergie de son caractère et dans celle de la nation assez de ressources pour ne pas se contenter de résister à la tempête britannique. Tous les points vulnérables des côtes de l'Océan se couvrirent de batteries et de re^ doutes , depuis l'embouchure delà Garonne jusqu'à celle de l'Escaut. Une armée immense défendait toutes ces positions. Les lignes télégraphiques furent multipliées de Paris à Boulogne, qui, placé en face de l'ennemi, s'offrait comme le port naturel de l'expédition projetée. Bonaparte confia cette expédition au vice-amiral Ijatouche-Tréville, marin illustre que la

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France n'a pas remplacé. I^ persévérance et l'intrépidité triomphèrent à la fin de tous les obstacles de I étroit blocus qui ceignait la France. Les flottilles construites sur les rivières arrivèrent successivement y sous la protection des batteries des côtes , au rendez-vous.de Boulogne. Plusieurs actions entre les chaloupes françaises et les croisières anglaises donnèrent de la valeur à cette nouvelle lutte, et inquiétèrent souvent ce mépris hautain que le cabinet britannique affichait contre elle.

Dix-huit mois s'étaient écoulés depuis le retour de. Bonaparte en France; en quittant FEgypte, il avait promis des secours à l'armée qu'il laissait dans ce pays; mais tant d'évènep^ens importans ne lui permirent pas de réaliser ses promesses ; seulement il en gardait le souvenir. L'armée expéditionnaire était malheureuse sous Menou , successeur du vainqueur d'HélîopoliSy et elle désespérait à la fois de se maintenir en Egypte et de revoir le ciel de la France. Cependant , averti tout à coup qu'une flotte anglaise^ sous la conduite de sir Ralph Abercrombie , se rassemblait aux Baléares y pour coopérer avec une nouvelle armée turque à la délivrance de l'Egypte, le premier Consul conçoit l'audacieux dessein de prévenir cette réunion formidable, et d'envoyer également une armée à la défense du Nil. Le mystère impénétrable qui enveloppait le projet de cette expédition (levait aussi en couvrir l'exécution. Le ccmtre-amiral Gantheaume, qui avait ramené Bonaparte, fit voile de Brest avec sept vaisseaux et deux frégates , portant cinq mille hommes de débarquement sous les ordres du général Sahuguet. Cette escadre fut bientôt signa-

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léei mais l'amiral Harway prit le change sur son but, tant il lui parut hors de toute prudence que les Français osassent avec si peu de forces tenter la navigation de la Méditerranée, et il envoya à leur poursuite une division dans les parages de l'Ouest. Tandis que cette division gouvemaitsur les Antilles, Gantheaume franchisait le détroit de Gftraltar et surprenait l'observation de sir Warren, qui y conunandait la station anglaise. Cependant^ par cela seul, la destination de Gantheaume était connue. Chassé par l'escadre de la Manche, il dut relâcher à Toulon après avoir eidevé une frégate à Fennemi. Une flottille sortie de Rochefort pour seconder son opération avait été moins heureuse : elle fut a.ttaquée^ fierdit son commandant, et la tempête la dispersa.

Bloqué à Toulon par sir Warren, Gantheaume reçut Tordre impératif de se remettre en mer et de débarquer ses cinq mille hommes en Egypte. Il réussit à tromper encore la vigilance des Anglais ; mais la contagion se mit à bord, il dut se séparer de trois de ses vaisseaux. Avec le reste, il parvint en vue des cotés de l'Egypte. Toutefois, au moment d'efifectuer son débarquement, il se vit assailli et forcé d'accepter b bataille; il eut le bonheur d'échapper à la flotte de 1- amiral Reith, forte de quarante voiles, et à l'escadre de sir Warren, et de rentrer glorieusement à Toulon après avoir capturé un vaisseau et une corvette.

Cependant Bonaparte, loin d'être rebuté par la connaissante que l'ennemi avait de son projet, y persista : le contre-amiral Linois dut appareiller de Toulon avec trois vaisseaux et une frégate, et aller joindre ^ Cadix une flotte espagnole et française pour

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voguer avec cHe vers ^Egypte. Cette flotte comptait douze vaisseaux sous les ordres de Tamiral Moreno. Linois partit de Toulon ; mais^ poursuivi par six vaisseaux anglais, il se jeta dans la baie d'Afgésiras, où il leur présenta noblement le combat. Soutenu par les batteries de la côte, il força un vaisseau à amener pavillon et un antre à se retirer. Ce combat eut lieu le 5 juillet 1801 , et honora la marine française. Si ramiral espagnol n'eut pas perdu trois jours à sortir de Cadix et à arriver sur Algésiras, où il ne parut que le 9, Tamiral anglais n'aurait pas eu le temps de se reposer, et la flotte combinée eût porté à la malheureuse armée d'Egjpte les renforts qu'elle attendait depuis si longtemps. Moreno fot attaqué pendant la nuit. Deux de ses vaisseaux, se croyant ennemis, s'abordèrent , et périrent par l'incendie. Les Anglais s'emparèrent d'un troisième. Le Formidmble se débarrassa de plusieurs adversaires qui i'assaiHirent à la fois, et put revenir k Cadix. Ce navire nléritait son nom; il avait pour commandant le brave capitaine Troude, qui devint depuis contreamiral. Ainsi la fortune maritime manquait décidément à Bonaparte, et l'Egypte espéra vainement des secours. Le général Abercrombie avait débarqué à Abonkir ime armée de vingt-quatre mille hommes,. combinét> avec celle du grand-visir qui venait de la Syrie, et les troupes que le général Baird amenait de llnde par Suez. Après plusieurs défaites , l'inhabile et présomptueux Menou avait perdu la bataille d'Alexandrie, où périt le général en chef anglais, et,, le 3o août, il signa dans cette ville une capitulation,, en vertu de laquelle vingt mille braves, les deux

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ti«rs de rarmée expéditionnaire, revirent bientôt la France sur des bâtimens étrangers.

L'amiral Nelson avait reçu la mission d aller brûler la flottille de Boulogne. Le 4 août, il s'était présenté avec trepte vaisseaux et un gr^nd nombre de brulots , de bombardes et de canonnières. Le contreamiral Latouche-Tréville, qui l'attendait en avant de la rade 9 engagea l'action. Battu par le feu de la flottille et celui des batteries de la cote , Nelson dut aller se réparer à Deal et à Margate. Le 1 5 et le i6 il reparut avec soixante-dix voiles, résolu de détruire d un seul coup toute l'armée n'avale qui restait à la France. Il profita de la nuit pour surprendre le port et la flotte; cependant, obligé de rallier au jour avec une perte de deux cents hommes, Nelson devint lobjet du blâme et du mépris à Londres. Ses souvenirs d'Egypte ne lui servirent pas à beaucoup près autant devant Boulogne que devant Copenhague; car, indépendamment de la répétition qu'il voulut tenter encore cette fois de sa manœuvre d'Aboukir, il avait eu la maladresse de dire à Londres de nos chaloupescanonnières, ce que les Mamelucks avaient cm de nos compagnies d'infanterie, qu'elles étaient liées ensemble avec des chaînes. A défaut d'autres armes, une guerre de plume des plus envenimées continua les combats delà France et de l'Angleterre; renouvelée chaque soir dans les feuilles des deux pays, elle dérobait à l'Europe les travaux secrets d'une négociation très-active. Jamais la haine extérieure ne couvrit plus mystérieusement les approches de la paix : en effet, le 27 juillet, peu de jours avant que Nelson eût appareillé pour aller incen-

dier Boulogne ^ le diplomate français Otto remettait au ministère britannique une note y dictée à la fois par la plus honorable modération et par la plus saine politique. « Le gouvernement français ne veut « rien oublier de ce qui peut mener à la paix gêné- «t raie, parce qu'elle est à la fois dans l'intérêt de m l'humanité et dans celui des alliés. C'est au roi « d'Angleterre à calculer si elle est également dans « l'intérêt de sa politique , de son commerce, de sa « nation; et si cela est, une île éloignée ( Malte ) de « phis ou de moins ne peut être une raison suffi- « santé pour prolonger le malheur du monde.... La c question se divise en trois pointe , la Méditerranée, « les^ Indes, l'Amériquer L'Egypte sera restituée à la c Porte; la république de$ Sept-Iles est reconnue; « tous les ports de l'Adriatique et de la Méditerranée « occupés par la France seront restitués au roi de « IIa|de8 et au pape; Mahon sera rendu à l'Espagne; « Malte sera restituée à l'Ordre, et si le roi d'Angle^- « terre juge conforme à ses intérêts, comme puis- «sance prépondÀ;ante sur les mers, d'en raser les « fortifications, cette clause sera admise. Aux Indes , « FAfigleterre gardera Ceylan... Les autres établissect mens seront restitués aux alliés, y compris le Gap « de Bonne-Espérance. En Amérique , tout sera res- « titué aux anciens possesseurs; le roi dTAngleterre « est d^à si puissant dans cette partie du monde , « qu'exiger davantage, c'est, maître absolu de l'Inde, «vouloir l'être encore de rAmérique. Le Portugal « sera conservé dans toute son intégrité. Voilà les « conditions que le gouvernement français est prêt • à signer.... »

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