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Le grand événement qui semblait alors si loin de la pensée des deux pays , ou plutôt de leurs gouvernemens , eut tout à coup un précurseur doat Tappa» rence bien inattendue vint étonner également la France philosophe et l'Europe cathoUque; je veux parler du Concordat avec la cour de Rome. La conversion de Bonaparte parut brusque : toutefois die était bien plus sincère qu'on ne le soupçonnaitdors. Aussi resta-t-on frappé de stupeur à cette nouvelle, Comme à l'aspect d'un phénomène dont les souvenirs contemporains y dopt l'âge du dictateur lui** même y dont enfin douze années de révolution laissaient à peine entrevoir quelque trace lointaine. Les deux tiers de la population active de la France manquaient totalement de point de départ pour cette espèce de traité , qu'ils devaient regarder comme une étrange innovation. Elle était en effet aussi extraordinaire qu'audacieuse. Bonaparte préludait ainsi^ par le rappel de la noblesse ecclésiastique, à cdui d'une autre exception sociale. L'autel préparait le trône et réconciliait le premier magistrat de la terrible république française avec les princes des nk>narchies européennes qu'il devait imiter bientôt. O Concordat donoflît aux étrangers un gage solennel du retour de la f i*ance à une partie de son anci^uie discipline. C'était un manifeste contre la révolution , et, dans la disposition générale de l'opinion de l'époque, il eut de la part de Bonaparte le caractère d'une véritable abjuration. Cependant, comme il formait plutôt un acte de politique envers la nation française qu'un acte de soumission à la cour de Rome, on maintint les libertés de l'Église gallicane dans toute
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leiir vigueur. Le premier Consul ne dédirait acquérir qu'un aUié de plus dans le chef qu'il rendait, à Téglîse de France, subitement ressuscitée* Il avait aussi calculé sans doute que le Ckmcordat lui attacherait une grande partie des famiUes y irréconciliables jusqu'alors, de la monarchie, et lui assurerait sur une partie de la population une puissance nouvelle; mais il aurait dû sentir que ce qui était une concession pour unelraction impuissante, pour les vaincus de la répubUque, devrait être interprété comme une attaque paiv la. majorité virile qui avait fondé cette république :.car si les droits delà nati^m étaient représentés aux asseoablées législativets par les mandats de ses députés, ses besoins 1^6taient aussi par les opinions de ses fonctionnaires civils et militaires. Les hommes publics, les hommes d'État et les philosophes se trouvaient d'accord , pour la première fois pei|tHêtre, depuis l'origine des sociétés, sur la nécessité d'une tolérance et d'une égalité religieuses, dont les prêtres des deux communions chi^tiennes doutaient eux-mêmes l'exemple. Ces économistes d'une nouvelle école voulaient que l'on accordât à la reUgion le& mêmes franchises qu'au OHnmerce, sous l'égale protectÂoci du gouvernement. Peu d'entre eux avaient «bordé l'idée de mettre à la charge de l'État les ministres et les frais des ddtes divers, tant la nation dont ils étaient ou les mandataires ou les interprètes, ét^t demeurée silencieuse à cet égard. Il est donc vrai de dire qu'à cette époque le premier Consul ne s'attacha qu'à faivoriser une exception ; il l'est également que ses conseils ne l'y disposèrent pas, et qu'il ne put dou-
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ter de la désapprobation de tous les hommes de la révolution qui avaient opéré ou blâmé' là journée du i8 liMmaire, et du mécontentemekit plus énergique qui fut hautement exprimé parl'art&ée. L'œuvre d'un Concordat resta persoimelle au premier Consul , et ce ne fet ni le moindre essai, ni le moindre témoignage de sa puissance. Cette victoire était doublé à ses yeux. Le Concordat terminait F^e de la révolution ; et il humiliait les cabinets étrangers , en leur imposant une sorte de respect pour la loi du vainqueur, loi déjà sans appel, que le souverain poittife venait de consacrer par son alliance» Le Concordat se conclut dans la capitale de la France , le i5 juillet, et le 8 avril 1 8012 il devint loi de l*État. Le pape, voulant lui*même imprimer un grand éclat, non pas à la négociation qui s'était suivie très-secrètement à Rome, mais au traité qui en résultait, Mivoya à Paris l'homme le plus coasidérahle de son gouvernement, le cardinal GoKisalvi, son premier ministre, accompagné du cardinal Caprara et de monseigneur Spina, depuis cardinal, alors évêquede Gènes.
Tout prospérait : l'industrie, l'administration, la puissance, la politique. La compagnie d'Afrique rétablie, la route du Simplon ouverte, une brillante exposition des produits de l'industrie française, quatre nouveaux départemens formés des territoires dsrhénaux cédés par le traité de Lunéville, des bourses de commerce fondées dans lès villes qui en manquaient, la construction de trois ponts sur la Seine, décrétée par les Consuls , le Forum Bonaparte inauguré à Milan , la société de la charité maternelle or-
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ganisée sous la protection de madame Bonaparte mère^ recommandaient le gouvernement à la reconnaissance publique. Aussi , ce qui devait e^pciter au plus haut d^;ré ce sentiment^ la glorieuse année de 1801 mérita le nom de Y armée de la paix. Le i^'' jan* viers'élaitannnoneé par le protocole des conférences de LonéviUe ; le 9 février suivant^ les plénipotentiaires de l'empereur et du premiet GhisuI lignèrent un traité définitif. Le a8 mars vit renaître l'harmonie entre la république française et la cour xle Naples. Le 1 5 juillet eut lieu la conclusion du G)ncordat avec le chef de l'Eglise. Le a4 août, le 29 septembre, une double paix rattacha à la France la Bavière et le Portugal. Plus remarquable encore dans les fastes de l'histoire, le i*' octobre vint promettre^ par la signature des préliminaires de paix avec l'Angleterre, ce grand événement politique que la république n'avait jamais pu produire malgré ses triomphes, et qui légitimait à lui seul la fortune du premier Consul. Ktt lui-même, ayant reconnu l'impossibilité d'éviter la paix avec la France, avait quitté le ministère pour s'épargner le chagrin de la faire^ Mais, quand on communiqua ces préliminaires au parle* ment, ils eurent pour adversaire^ les 4^ux oppositions, et, singularité remarquable l ils ne furent défendus que par Pitt, qui s'était reifusé à traiter avec la France. Joseph Bonaparte et lord Cknuwallis étaient les ministres au cpngrès d'Amiens , où devait se conr sommer le rapprochement des deux gouvernemens et des deux nations si long-temps et si cruellement divisées. Le cheyalier d'Azara et M. Schimmelpenninck représentaient à cette négociation, l'un le roi
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d'Espagne, l'autre la république batave. Le t ^ octobre aussi 9 par le traité secret de Saint-Ildephonse, l'Espagne rétrocédait à la France l'importante colonie de la Louisiane. Enfin le 8 , la paix condœ entrie la France et la Russie; le 9, des préliminaires signés avec la Porté Ottomane^ et plus tard un traité avec la régence d'Alger, couronnèrent le grand œuvre de la réconciliation générale.