‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 9 sur 31 · I G HISTOIRE · texte numérisé non relu

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les négociations ouvertes à Berlin ayant échoué, la guerre d'un embargo réciproque et universel avait été proclamée. L'empereur Paul était 1 ame de cette pix>scnption contre l'Angleterre. U avait d'ailleurs à venger un grief personnel. L'Angleterre retenait l'île de Malte, quoique l'Ordre eût nommé grand*maitre cet empereur schismatique ; bizarrerie sans exemple jusqu'alors dans les fastes du catholicisme ! Le plan général de défense se concerta dans les conseils de Pétersbourg. Les hostilités locales signalèrent à l'envi la croisade des confédérés. Les bouches de l'Elbe , du Weser et de l'Ems furent fermées ^ le Hanovre envahi par la Prusse, Hambourg occupé par les Danois. Les chantiers et les ports de la Hollande , de la Russie, de la Suède et du Danemarck retentissaient d'immenses préparatifs. Trois armées russes se rassemblaient en Lithuanie. Paul P', allié et ami sincère de Bonaparte depuis le renvoi des prisonniers moskovites , était le chef naturel de tous les pavillons du Nord contre le droit de visite. Ses forces maritimes consistaient en quatre-vingt-sept vaisseaux de ligne et quarante frégates. La Suède avait dix-huit bàtimens de haut-bord et quatorze frégates; la France, cinquante-cinq vaisseaux de ligne et quarante-trois frégates; elle disposait, en #utpe, de la marine hollandaise, espagnole et napolitaine. Jamais armement plus formidable ne se réunit contre la puissance anglaise. Les côtes du Nord se hérissèrent de batteries. Une flottille de chaloupes canonnières stationnait près d'Altona, que protégeait un camp de vingt mille hommes.

Si le concert des trois puissances de la Baltique

eut été en raison de leurs forces , le pavillon anglais n'aurait pas osé s'y montrer. Mais peut-être connuton assez exactement à Londres le véritable état des choses , pour que Nelson ne balançât point à aller défier avec vingt vaisseaux de guerre les cent quatrevingt-seize bâtimens de la coalition y qu'il savait bien n être point rassemblés. Le point naturel de l'attaque pour les Anglais était encore cette malheureuse villo de Ck^penhague, dont le gouvernement semble avoir pris à jamais pour devise : Honneur et ^délité. La flotte anglaise 9 partie de Yarmouth le 12 mars, portait aussi un ambassadeur. Elle se fit précéder par des propositions si humiliantes , que le négociateur chargé de les présenter au gouvernement danois reçut ses passeports pour toute réponse. Le3o mars, les Anglais franchirent le Sund en trois heures, 'et le soir ils jetèrent l'ancre devant la rade de Copenhague. La ville put compter le nombre des vaisseaux qui allaient la foudroyer. Elle se voyait réduite à sedéfendre seule; en effet, par une fatalité qui laisse peutêtre à soupçonner un mystère de la coalition, la flotte suédoise ne devaitappareiller que le lendemain , et les flottes russes étaient trop éloignées. Cependant, servies avec la plus grande vigueur sous les ordres du prince royal , les batteries de terre et de mer des Danois, fortes de neuf cents pièces, portèrent un tel ravage dans la flotte britannique , que l'amiral Parker donnait déjà le signal de la retraite; mais le terrible vainqueur d'Aboutir, l'impassible témoin de la sanglante réaction de Naples en 1799, Nelson, ordonna le combat à outrance , et le sort de la flotte danoise fut accompli. Nelson était le séide de la po-

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litique de Pitt. Cette terrible bataille, où la gloire fut pour les Danois et la victoire pour les Anglais , eut lieu le 2 avril; elle dura quatre heures. La perte des conibattans donna la mesure des forces respectives. Le$ Anglais eurent k regretter environ mille hommes, et les Danois le double. Il n'y avait que six mille hommes de troupes à Cc^enhague, et dix vieux vais* seaux embossés. Un armistice de çen^ jours, auquel consentit le patriotisme du valeureux prince royal de Danemarck , mit fin à cette lutte inégale.

Les engagemens de Paul V avec Bonaparte contre FAngleterre n'étaient point circonscrite dans l'enceinte de la Baltique. Les deux ^iés avaient projeté l'invasion de l'Inde par une armée combinée, française et russe , de soixante-dix mille hommes , qui devait, en quatre moi^, arriver aux bords dei'Indus. La ville d'Asterabad, sur la mer Caspienne en Perse, était le rendez- vous général. En concevant cette audacieuse entreprise , Bonaparte regardait l'Egypte, sauvait la généreuse armée qu'il y avait laissée, conservait à la France cette inappréciable colonie, attachait à la métropole les intérêts unis de l'Afrique et de l'Asie , détrônait la dominatrice des mers, abattait le Croissant et changeait la £ace du monde.

Mais le plus exécrable attentat servit alors la fortune britannique : dans la nuit du 24 mars, Paul V trouva des assassins au sein même de son palais. Malgré une défense héroïque, ce prince périt de la manière la plus barbare par les mains les plus nobles de son empire. Après ce crime , qui préserva 1,' Angleterre de sa ruine, on lut dans le Moniteur

de France : « Paul P' est mort dans, la nuit du aS au ikl^ mars. V escadre anglaise a passé le Sund le 3o. V histoire nous apprendra les rapports qui peu* vent exister entre ces deux é^ènemens. » La proclamation impériale de Pétersbourg publia que Tempereur était mort d'un coup d'apoplexie! ! !

La mort de Paul P'* brisa la coalition du Nord. On prétend que cette nouveUe, parvenue au prince royal de Danemarck le a avril , au milieu du combat qu'il soutenait si vaillamment contre la flotte anglaise ^ le décida à signer l'armistice proposé par Nelson. Aussitôt après la mort de l'empereur , Alexandre se hâta d'abjurer la conduite de son père, et , par un traité de commerce conclu le 1 7 juin de la même année y il reconnut cet odieux droit de visite contre lequel l'honneur des nations venait de s'armer. IjC Danemarck , la Prusse et la Suède j durent accéder à ce traité que la force leur imposa. Hambourg fut évacué par les Danois , le Hanovre par les Prussiens , et tout le littoral du nord de l'Europe rendu aux Anglais. Ainsi j un crime horrible , conçu et exécuté dans le palais impérial russe , palais tant de fais tragique, anéantit soudain les espérances des neutres, dont les che& du plus grand empire et de la plus grande république du monde avaient si généreusement pris la défense.

Le Portugal 9 le seul allié de la Grande-Bretagne au commencement de cette année , restait ouvert par terre à l'invasion de la France et de l'Espagne. C'était l'unique point du continent où Bonaparte pouvait atteindre désormais la puissance anglaise ; il ue devait pas avoir d'autre politique que celle de lui

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