‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 15 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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L'année i 8oa, sur laqudle il a fallu anticiper pour

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ne pas rejeter tro[f loin le récit des changemens opé* rés en Suisse et intimement liés avec ceux que le premier Consul accomplit dans le même temps en Hollande et à Milan, commença , ainsi qu'on l'a vu plus haut y par l'affiliation de la république italienne à la répubÛque française ileiàS février, fut signée la paix entre la France et Tunis; le a 5 mars, Paris entendit proclamer le traité de paix d'Amiens , entre la république firançaise, l'Espagne, la république batave et l'Angleterre. Ce traité, qui décidait, à l'honneur immortel du premier Consul^ la grande question de la liberté des mers que le Nord avait perdue depuis la mort de Paul I^' , restituait à la Franqe et k ses alliés toutes les possessions conquises par les Anglais^ excepté la Trinité et Ceylan. Le Cap de Bonne-Espérance retournait à la république batave; il était ouvert au commerce et à la navigation des parties amtractantes; l'île de Malte, déclarée indépendante , rentrait sous la puissance de l'Ordre de Saint-JeandeJérusalem. Cet Ordre religieux et militaire , dépourvu de toute sjrmpathie avec la France républicaine et l'Angleterre presbjrtérienne, avait été l'objet de la plus singulière adoption de la part de l'empereur ^ismatique de toutes les Russies, qui prenait le titre de grand-maître. L'Ordre n'était, au fait, qu'un émigré dépouillé dans toute l'Europe, et dont la politique de Londres devait faire un banni étemel. On remettait l'Egypte à la Porte Ottomane, dont les possessions étaient garanties : celles du Portugal l'étaient également. L'État romain et le royaume de Naples seraient évacués par les Français , ainsi que tous les ports de la Méditerranée et de l'Adriatique II. 10

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qu'occupaient les Anglais. La France reconnaissait la république des Sept-Iles. C'était , sauf Tile de la Trinité y ce que l'ambassadeur Otto avait proposé par sa note du 17 juillet 1 801. Le 18 avril, la proclamation du Concordat donna lieu à une grande solennité religieuse. Cette fête, ordonnée et présidée par le premier Consul, célébra à Notre-Dame le rétablissement du culte catholique et la paix d'Amiens, dont les ^ratifications furent échangées le jour même. Il y vivait déjà loin de cette cérémonie à celle que le consulat naissant consacra dans le temple de Mars à la cendre de Washington et aux trophées d'Aboukir. La population de Paris ne l'accueillit que comme un acte de pouvoir, et toute popularité y resta étrangère. Pour la première fois, l'indifférence frappa la curiosité publique à une solennité ordonnée par le premier Consul. Elle fut traitée avec plus de sévérité dans les réunions domestiques, dans les casernes et sous les voûtes du palais consulaire. La proclamation du Concordat, .on doit le dire, ne se confondit pour personne av^c la proclamation de la paix , qui était le bienfait du monde. A Londres, où l'on ne mêla point le bienfait à un intérêt qui lui était au moins étranger, l'ivresse fut générale, et le peuple traîna la voiture de l'aide-de-camp du premier Consul qui y porta la ratification du traité.

Le II mai, la république ligurienne, à l'exemple de la république itsdienne , adopta sous les auspices de la France sa nouvelle constitution. Elle termina la révolution consulaire en Italie; car, le a 5 décembre précédent, la république de Lucques avait également accepté sa réforme politique. Le a 5 juin , la paix fut

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conclue entre la France et la Porte Ottomane. I/ile d'Elbe, dont la défense avait honoré pendant six mois la valeur anglaise, fit partie intégrante de la république y en vertu du traité de Naples. Le a i juiUet , le Valais se constitua en république indépendante de la Suisse, sous la protection de la Gsalpine et de la France ; bientôt cette république proclama le premier Consul son libérateur. Enfin l'heureux Bonaparte recueillait, le ir septembre, le fruit de sa première victoire, en incorporant le Piémont à la France. Les triomphes du vainqueur de Montenotte et de Millesimo revinrent en mémoire quand on publia la réunion à la république des six départemens du Pô, de la Doire, de la Sesia, de laStura, du Tanaro et de Marengo. Voilà les fastes politiques extérieurs de j8oa.

Quant aux fastes politiques intérieurs, ih portèrent visiblement l'empreinte de ce pouvoir subitemeut colossal qui, debout sur les traités et les dépouilles de l'Europe, négociait déjà, à la manière des conquérans, avec les libertés et les institutions de son pays. Mais le génie de Bonaparte, qui l'appelait invinciblement à la puissance absolue, lui inspirait aussi la grande idée d'élever la France au faîte des prospérités industrielles et des connaissances qui caractérisent la plus haute civilisation. Il était déjà le maître du premier peuple du monde par sa gloire militaire; il voulut que ce peuple devînt aussi le premier par sa gloire civile. Ainsi , le 4 mars, un arrêté consulaire chargea l'Institut national de tracer un tableau général des progrès et de l'état des sciences, des lettres et des arts, depuis 1789 jusqu'en

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j 80 r . Ce tableau devait en outre indiquer les découvertes d'une application utile à Tadininistration publique ^ spécifier les secours et les encouragemens nécessaires aux sciences , aux lettres et aux arts , et désigner les perfectionnemens dont seraient susceptibles les méthodes employées dans les différentes branches de l'enseignement. L'instruction publique, confiée au célèbre Fourcroy, reçut aussi une nouvelle organisation : on donna des écoles primaires et secondaires aux communes ; on établit des lycées et des écoles spéciales aux frais de l'État : la loi qui autorisait toutes ces créations parut le 1®' mai- I^ i5 juin 9 une somme de 60,000 fr. fîit affectée aux progrès que les savans français ou autres pourraient faire faire au galvanisme et à l'électricité : le 4 octobre, la société galvanique se forma à Paris; le 16, des lycées étaient déjà ouverts dans plusieurs grandes cités, à Mayence , à Bruxelles, à Lyon; le 18, un sénatus-consulte, que ne désavouerait pas le gouver^ nement le plus libéral, accorda les droits de citoyen français, après une année de domicile, à tout étranger qui, dans l'espace des cinq années siiivantes, aurait bien mérité de la république par d'importans services , soit l'importation d'une découverte ou d'une industrie utile, soit la création d'un grand établissement. Enfin, le ^4 décembre, le Consul ordonna la formation de chambres de commerce dans les principales villes de la république, et celle d'un conseil général de commerce à Paris.

Ces institutions, ces décreti, rendaient un hommage édatantaux triomphes civils de la liberté. Mais cette liberté, la seule base constitutionnelle du pouvoir

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en 1 789, n'en était déjà plus que Tinstrument en 1 8oii ; elle avait cessé de régner comme loi suprême. Les innovations politiques et législatives de 1 80a prouvèrent sufiGsamment à quelle distance le premier Consul avait laissé loin de lui les principes de la révolution. Le a6 avril parut un sénatus-consulte relatif aux émigrés , que la France en paix et au comble de la gloire venait d'amnistier. Dès ce jour, grâce aur dispositions favorables de cet acte politique 9 qui allait jusqu'à rendre aux anciens proscrits leurs biens encore invendus, l'émigration se réconcilia, non avec la révolution qui s'éteignait , mais avec Bonaparte qui s'élevait. Le 7 juin suivant, un autre sénatus-consulte prorogea de dix années la magistrature consulaire dans la personne de Bonaparte. « La « Fortune a souri à la république^ répondit-il au tf message du Sénat, niais la Fortune est inconstante ; tf eh! combien d'hommes quelle a/^ait œmblés de sa ^faveur ont vécu trop de quelques années! L'intérêt (c de ma gloire et celui de mon bonheur semble- <c raient ai^oir marqué le terme de ma vie publique « au moment où la paix du monde est proclamée^... « Mais vous jugez que je dois au peuple un nouveau a sacrifice : je le ferai si le bien du peuple me com- « mande ce que votre suffrage autorise. »

Deux lois absolument nouvelles dans le code de nos libertés sortirent tout à coup de cette modification à la Ck>nstitution. La première, publiée le 19 mai, instituait la L^on-d'Honneur : la discussion de cette loi excita des débats plus vi& dans le Tribunat c{ue le projet sur le Concordat^ qui obtint une majorité de 78 voix sur 85. Les dénominations de

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rojcuiié consulaire et d'ordre de cheualerie retentirent fréquemment dans les discours. La plus forte opposition eut lieu de la part de MM. Chauvelin et Savoye-RoUin ; au Corps-Législatif la loi ne passa qu a une majorité de 56 voix : il y eut i lo boules noires sur 276 votans. La république était morte ^ mais tous les républicains ne l'étaient pas encore. Si l'égalité put être déclarée en danger au Tribunat à l'occasion de Tordre de la Légion-dHonneur, le lendemain la liberté naturelle fut en véritable péril; car le 10 mai parut une seconde loi qui maintenait l'esclavage dans les colonies rendues à la France par le traité d'Amiens. En effet, le i4 septembre, Foccupatio|i des troupes républicaines débarquées à la Martinique \y rétablit l'ancienne discipline , comme l'expédition du 7 mai dernier l'avait fait à la Guadeloupe. Mais, par une bizarrerie, ou plutôt par une prévision singulière , cette loi si étrange décidera le soulèvement de la colonie à laquelle eUe n'était point applicable suivant le traité d'Amiens : Saint-Domingue prendra pour lui l'arrêt porté contre la Guadeloupe et la Martinique. Ses noirs, ne se trouvant pas d'une autre couleur que ceux de ces deux colonies , ne pourront croire qu'ils auraient une condition différente.

Enfin une question est tout à coup soumise au peuple : Napoléon Bonaparte sera-Uil consul à vie? Et le 1 août le sénatus-consulte proclame le vœu du peuple. Le message du Sénat fut présenté au premier Consul par le comte Barthélémy, son président. Il y était établi que 3,557,885 citoyens avaient voté librement, dont 3,368,259 pour l'affirmative: c'est

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sans contredit une des élections les plus remarquables de l'histoire. « La vie d'un citoyen est à la pa- « trie , répondit le premier Consul au président du « Sénat; le peupk français veut que la mienne tout « entière lui soit consacrée , j'obéis à sa volonté. La « liberté y l'égalité , la prospérité de la France seront ce assurées.... I^ meilleur des peuples sera le plus « heureux.... Content alors d'avoir été appelé , par tf l'ordrê de celui de qui tout émane , à ramener sur • c la terre l'ordre et l'égalité ^ j'entendrai sonner la « dernière heure sans regret... » La monarchie élective venait d'être proclamée.

Deux jours après , on publia le changement de la Coœtitution. Les trois consuls sont à vie; divers degrés d'élections sont institués. Le principe sacré , le principe annuel du droit électoral , se trouve détruit par la division du Corps-Législatif en cinq séries renouvelées successivement; les électeurs aussi ont des fonctions à vie. Avec des sénatus-consultes organiques , le Sénat a le droit de bouleverser les institutions et de dissoudre même le Corps-Législatif et le Tribunat. Le premier est réduit à deux cent cinquante-huit membres ; le second , qui a déjà éprouvé l'ostracisme de l'élimination individuelle, ne comptera plus que cent membres. La monarchie élective devient déjà absolue.

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