‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 21 sur 31 · I.*ISM6flS A L*B>«XSTâK»K · texte numérisé non relu

I.*ISM6flS A L*B>«XSTâK»K

Uns iK^lonté singulière <le Napoléon, fit sortir le preinier vote à Tempire dç . la dernière eBoeinte où $e réfugiât ei^core l'ombre de la liberté française. Présentée lé 3o awril, par le 4»loyeu Curée, membre dtt tribunaty là proposition de nom^aer Empereiu* le premier Consul, et.<de fixîer l'hérédifcé dans sa famiUe^ passait à runaniinité, sans Topposition du citoyen Caïaaot, cpie nous avons vu ministre de Napoléon dans les derniers jours de sa puissance. Le a mÊÀ^ le Coips«»Législatif s'unit par ses votes au vœu du tribunat; le i8 , le Sénat décréta le sénatusconsulta organique qui déférait le titre d'Empereur au premier Consul, en étali^fssant dans sa famille l'hârédilié au* trimfi impérial. Le Sénat se rendit a Saint-Cloud, ayant à sa tête lé consul Cambacérès^ son président , cliargé de présenter h l'Empereur ce

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sénatus-çoDsuite. Napoléon répondit au discours de Forateur : « Jdut ce qui p^it4x>ntri,bue^ au bien de ce la patrie est essenliellement lié à nfon bonheur ; « j'accepte le titre que vous croyez utile à la* gloire « de la nation. Je soumets à la sanction du peuple « la loi de l'hérédité ; j'espère que la France ne se rea pentira jamais des honneurs dont elle environnera cf ma famille» Dan^ tous les cas, mon esprit de sera a plus avec ma postérité , le jour où elle cesser^tit (( de mériter l'estime et la confiance de la grande a nation. »

Ainsi le sénatus-consulte consacra le vœu des . trois grands p>ouvoirs politiques de. la nation. Le même acte comprenait dans la ligne de l'hérédité 1« JPrères de l'Empereur ^ Joseph et Louis , nommés princes impériaux. On s'étonna que Lucien, qui avait contribué si puissamment au succès de là tecrible jouméerde Saint-Clc«id, le i8 brumaire, gsi sa qualité de président du conseil des Ci^q-Cents , qui depuis avait été ministre, ambassadeur, ne fit pas plua que son frère Jérôme partie de la ligne d'hérédité. Suivant le bruit public, Lucien, franchement républicain', avait refusé pour lûÎTméme ce qu'il ne conseMait pas à reconnaître* pour son frère. Quant k5érôme, il était disgracié comme ayïnt contracté «n mariage en Amérique sans le consentement du premier Consitl. La proclamation du sénatus-consulte annonça à la France une qfiatrième dynastie , h. formation des coUéges électoraux, la création d'une ha«H:e cour impériale et l'institution des grandes dignités de l'empire.

Napoléon nomma grand-électeur le prince Jo-

DE VAPOhiOJX. ^S']

sq>h^ connétable, le prince Louis; archichanceber, M. Camhacérès ; et arq^itrésorier , M. Lebrun.

Le même jour. Napoléon pa^aoïn ûoble tribmt à l'armée en conférant le grade de maréchal et l'empire à dix-huit généraux qui devaient leur illustration à la cause de la liberté : c'étaient Alexandre Berthier, Murât , Moncey^ Jourdan , Masséna^ Auger^u, Bemadotte, Soult, Brune» Lannes^ Mortier , Ney, Davousty Bessières, Kellermann, Lefebvrei, Pérignon et Serrurier. Il regretta vivement, sms doute , de ne pouvoir appeler au même honneur ses deux compagnons d'Egypte, Kléber et Desaix, et le vieux Dugommier, avec lequel il avait pris Toulon.

On a vu, dans la guerre dltalie, quels égards, quels hommages le général en chef prodigua au souverain pontife. Peu de jours avant son élévation à l'enipire , Bonaparte avait fait présebt au pape du brick le Saint-Pierre. Aussi, à l'avènement de Na^. poléon, le clergé s'empressa de le saluer de tous les titres que les livras saints purent fournir k sa pédantesque adulation. Le nouvel Empereur devint le nouveau Cyrus , le nouveau Moïse rappelé des déserts de l'Egypte , le nouveau Mathias envoyé par le Seigneur, le pieux Onias, le nouveau Josaphat,.etc

L'Église devait cette reconnaissance à l'auteur du Concordat ée 1801. Mais les affaires avec la cour dt Rome donnèrent parla suite beaucoup d'embarras à Napoléon : c'est ee qui lui fit dire au célèbre Fox : « Saurais eu moins de peine à établir en France la confession dAugsbourg. » Ces paroles prouvent que Napoléon ne comprit pas, ou ne voulut point com- II. 17

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prendre son époque; ear on peut y je crois, affirmer qu'en 1804^ et surtout en 1801 , il 7 avait indifférence complète dans la république, en matière de religion ; et l'apathie de la nation, sous ce rapport , était lelle, qu'elle ne laissait à aucun législateur la faculté de choisir pour elle entre toutes les communions chrétiennes. U faut bien le reconnaître, cet état de choses esdstait pour la très-grande majorité des Français, et à 'tel point, que lorganisfKion du culte cathoKque en vertu du concordat consulaire parut au peuple «me innovation plus hardie que la violation de la représentation nationale à la journée du 1 3 brumaire. La religion n'était plus alors dans les mœurs, ni, j'oserais presque le dire, dans les besoins de la nation ; l'ère française était toute philosophique depuis Loutis XV.

Plusieurs décrets de joyeux avènement rendirent la liberté à des individus condamnés correctionnellement , et à des débiteurs de l'État ; une amnistie fiit également accordée aux soldats de terre et de mer , déserteurs à l'intérieur, qui rejoindraient leurs drapeaux.

Le a 7 mai, l'Empereur reçut solennellement le serment du Sénat. Le vœu des cent huit départemens de la France arriva bientôt au pied du trône. Cependant une déclaration , faite à Varsovie , et datée du 6 juin, déclaration à laquelle les. événe^ mens de 1814 donnèrent .depuis une autorité prophétique , était adressée à tous les gouvememens de l'Europe.

DE HAPOLléON. aSq

PnH^station de- Louis XF III ^ roi de France j contre V usurpation de Bonaparte.

«En prenant le titré d'Empereur , en voulant le ce rendre héréditaire dans sa famille j Bonaparte vient ce de mettre le sceau à son usurpation. Ce nouvel « acte d'une révolution où tout dans Torigine a été « nul , ne peut sisms doute infirmer mes droks. Mais , « comptable de ma conduite à tous les souverains , te ^ont les droits ne sont pas moins lésés que les « miens , et dont les trônes sont tous ébranlés par a les principes dangereux que le Sénat de Paris a osé a mettre en avant; comptable à la France, à ma face mille, à mon propre honneur, je croirais trahir la « cause commune en gardant le silence en cette oc- <K casion. Je déclare donc ( après avoir au besoin re- « nouvelé mes protestations contre tous les actes tf illégaux qui, depuis l'ouverture des États-Géné-' « raox de France, ont amené la crise effrayante dans « laquelle se trouvent la t'rance et l'Europe ) ,' je dé- « dare en présence de tous les souveriains, que ^oin a de reconnaître le titre impérial que Bonaparte ce vient de se faire déférer par un corps qui n'a pas « mâme d'existence légale ( le Sénat ), je proteste « contre ce titre et coùtre tous les actes subséquens tf auxquels il p(furrait donner lieu. »

Napo^on.fit publier cette protestation dans le Moniteur. . *

Peu de jours après, l'Empereur signala, par.un

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grand acte de clémence , le premier moment de son règne» Vingt des co-accusés de Geoi^es Cadou^al avaient été condamna à mort, le lo juin^ par le tribunal criminel de la Seine; et 'd'autres, notamment le général Moreau, à deux années de détention. Au nombre des premiers on comptait : Armand de Polignac, le marquis de Rivière, Bottvét de Lozier, le général Lajolais, Russilion, Rochelle, Gàilliard et Charles d^Hozier. L'impératrice Joséphine joignit ses larmes à celles de madame de Polignac. a Je puis pardonner à votre mari, ditNaa poléon, car c*est à ma vie qu*onen voulait. » La grâce d'Armand de Polignac fut prononcée. Madame Murât se chargea de cette cfe M. de Rivière , et l'obtint. Le général Rapp, aide-de-camp de Napoléon, alla à Saint-Cloud solliciter celle de Ilu3silion; il réussit comme madame Murât. L'Empereur semit encore leur peine à cinq autres; ainsi huit des conjurés échappèrent à l'échafaud.

Georges, n'ayant pas voulu demander sa grâce, périt avec domse de ses complices. Napoléon commua la détention prononcée contre Moreau ea un exil aux États-Unis.

Ces commencemens sont beaux. La France applaudit à ces éclatans témoignages d'une véritable générosité. EUe jugea que celui-là était digne de la gouverner, qui exerçait d'abord, en faveur de ses ennemis, la plus belle prérogative du pouvoir. Mais tandis que Napoléon, par ui> acte de son conseil privé, donnait la vie à des conspirateurs que la loi avait frappés, il &isait justice, par un décret impérial^ des sectaires de Lojfola, qui, sous le nom de

DE NAP0L]i09. a6f

Frères de la foi ^ ai 4dorùJteurs de J&us^ dePaeca'luùistesj yanaient d'élever piusieuf^sëtablisftaiepft sur les rnines de la république et- sur les fondations de l'empire. Comme Napoléon «ë dott pas prendre le titre de Défenseur de la foi ^ laquelle ne hii'sejnble pas m danger, il n'a pas besoin de cette milice se* crête, de ce corps de mineure religieux qui ^renient se Ipgier dans les souterrains dé son gouvernement Mais ils sauront bien y entrer un jour, sous la protection de son oncle, le cardind Fesch, qui s'est chargé des représailles ecclésiastiques sur les conquêtes de la révolution. Sorti du sein de cette révolution , et condamné sans elle à l'obscurité , Feselî laissera après lui ce funeste héritage à cet empire des Gaules dont il fiit le primat. Mémorable exemple de ce fatal esprit de l'Église romaine» qui ne connaît ni famille ni patrie!

Quand Napoléon arriva au pouvoir consulaire , le ministère de la police générale, dont Fooché avait voulu faire le principal auxiliaire du i8 brumaire,, existait déjà ; des la première année , il supprima ce ministère et le réufait aux attributions du ministre de la justice. Cependant, depuis lors, sa vie avait été plusieurs fois en danger, et quoiqu'il eut bien reconnu que les fonnes de la justice, qui sont lentes^ parce (|u'ellesne sont que protectrices ,^e pouvaient atteindre, encore moins prévenir, la rapidité et la diversité de tels attentats , soit par une sorte d'indif^ férence pour le péril qui lui était personnel , soit par sa répugnance secrète pour un semblable ministère, il s'était, jusqu'à l'avénél^nt à l'empire, refusé à- le rétablir. Mais alU moAient où il entrait dans une

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nouv^le existence /où, loin^e pouvoir espérer une jouissance paisible de la couronne , il devait s'attendre , d'après la seule attitude des Anglais , à être au moins autant le commandant de .ses armées que le souverain des Français, il crut devoir opposer aux ennemis intérieurs une force domestique capable d'imposer à leurs complots^ et il ressuscita le minis^' tère def la poliee. MalhenreUsemékit il en rendit le portefeuille à ce faux républicain qui avait si chaudement servi la terreur conventionnelle , et si bien tf ahi la faiblesse directoriale ; Pouché de Nantes, qu'il faut à jamais appeler Fouché de Lyon , fîit chargé de' surveiller la France et l'Europe.

Malgré cette preuve de confiance si peu méritée , par conséquent si propre à exciter lUie reconnaissance éternelle. Napoléon ne sera pas toujours dans le secret de Fouché. Toutefois l'empereur, qui seul connaît ce qu^il veut faire , plane sur ses destinées futures à l'insu de tout ce qui l'entoure , et il ne voit dans sO» ministre de la police générale que le concierge de sa politique intérieure, quand les évène» mens, qui peuvent le menacer, le conduiront hors de la capitale ou loin des frontières que la république a tracées par ses victoires autour de son empire.

Dès cette époque , Napoléoai eut le tort de se croire assez puissant pour donner ua pal'eif ministère à un homme qu'il était loin d'estimer. Ce ne fut pas la seule fois qu'il commit de semblables erreurs; elles devaient lui étire un jour aussi funestes qu'à. la France. Mais déjà ce caractère , que l'on s'est plu à juger indépendant de toute influence parce qu'il était fort, moj^trait du penphunt à se laisser dominer

par rhabitude, au point de ne pas consentinià éloi-' gner ses ennemis, s'ils avaient reçu de lui d'ûnpor* tantes ivv^urs. Jusqu'à la fiirde son règne , ïTapoléon se regarda comme obligé envers eau par la hauteur des positions -qu'ils tenaient dé lui. Si une têUe co»» diwte n'eut pas d'autre but que ne pas vouloir se désapprouver lui-même en abandonnant ses f^réa« tures, jamais faiblesse moins pardonnable , puis^ qu'elle causa tant de dommage à la cliwe publique , n'aurait été reprochée à un grand prince. Cependant, on doit l'avouer, il n'y a point de plus ooble />rgueil que celui qui ne m rappelle que ses. bienfaits au mi* Heu des trahisons.

La Ibi du 29 mai i8oa avait créé fovdre delà Légion-d'Honneur; l'ioauguration de cette grand# institution revoit une journée chère à la France de* pu« treize années, celle de la Fédération du i4 juillet. Cette fête a lieu au temple de Mars^ tians l'église des Invalides. La cérémonie brille de tout recelât de la grandeur répubUcaine et de toute la pompe impériale. C'est dans l'édifice de Louis XtV, fondateur de Tordre de Saint-Louis, que Napoléon donne solennellement la décoration à la glo\re militaire de la liberté. Le même jour, pour mieux consacrer cette mémorable époque delà presniëre confédération d^s Français, les^^roix d'honneur soi^distribuées parles généraux dans toutes les garnisons de l'empire. Nar poléon partagea avec la patrie les vœux de tous ses défenseurs.

'Cependant l'Eitipereur n'oublie pas les vastes con* ceptions dû premier Consul : au premier rang figure l'invasion qu'il a préparée contre r4ngleterre cUM;

les ports de France et de la domination française. Les poits ffe la Manche sont en même ^mps les chantiers «t tes arsi»naux de l'expédition qui doit rappelar, par l'immensité des troupes et des transpcnts', c^le de Xercès contre la Grèce^

Les camps établis sur les cotes ont pour che& nos premiers généraux . Le maréchal Dayoust commande les camps de Dunkerque et d'Ostende; le marédial Ney ceux de Calais et. de Moutreuil ; le maréchal Soult celui de Boulogne; le général Jun«C celui de Saint-Omer, où il est remplacé par le général Oudi* not, qui se voit «ussi mettre à la tête de ce fameux cqrps de grenadiers illustrés par tant de lâctoires. Le général Marmont commande l'aile droite en Hollande; U a sous ses ordres \9, marine de ce pays pour l'embarquement de ses troupes. Le port de Boulogne contenait déjà neuf cents bâtimens : ceux d'Étaples y de Yimereux, de Calais, de Dunkerque, en étaient remplis. Le poil d'Ambleteuse, également recreusé et reconstruit, attendait les cinq cents voiles delà flottille batrtve , sous la conduite de l'amiral Yei^huel : elle fondait l'aile droite et devait porter les troupes du maréchal Davoust. Le iGmai i8o4, après les plus habiles maiiœu wes et uoe brillante •action avec le cammodbre Sidney Smith , l'apiiral Yerhuel faisait entrer dans le pcHt d'Ostende la première division de sa flottille; la seconde suivit de pues avec le même danger et le même bonheur. Les Anglais n'obtinrent pas plus de suix^ès devant Brest et Harfleur, où wm flottille força leurs escadres à une fuite honteuse. Les 17, a3 juillet et i^'apût suivans / nos ennemis es» sayerent aussi f mais inutilement, d'incendier le port

duu Havre. Les divisions françaises en sortirent , et toutes elles arrivèrent , non sans combat, à leur de^ tination. Le contre-amiral'Magon et le ^eapitvni^ de vaisseau Montcabrié eurent des a£Faires glorieuses avec les croisières anglaises , Fun devant Calais ,. l'autre devant Boulogne. Acclimatées à< ce nouveau genre de gueilTe, les troupes de terre, même celles de grosse cavalerie, qui bivaquaient par division sur les bateaux de la flottille, sollicitaient rhpnneur de former les garnisons des corsaires et des navires qui appareillaient. Elles portèrent quelquefois leur audace jusqu'à l'embouchure de la Tamise , où les gre«^ nadiers capturèrent des bâtim^is marchaads et une corvette. Nelson était également repoussé, dans les parages de Toulon, par l'amiral Latouohe-Tréville, qui coBunandait toutes les forces navales de la Médi<* terranée, comme à Boulogne l'amiral Bruix toutes celles de l'Océan et spécialement les flottilles coMire l'Angleterre. Cette puissance connut peut-être mieux que la France, où l'on chansoanait la flottille, le danger de l'expédition dont la ville de Boulogne était à la fois le chanfier principal, l'arsenal, le port et la citadelle.

Le 8 juillet. Napoléon part de Saint- Cloud pour aller visiter ces camp» • redoutid)les qui menacent TAJbgleterre. A Boulogne, dès son arrivée, il passe la revue des troupes, des flottilles; àVimereux, à Ca^ lais, à Dunkerque, à Fumes^ à Nieuport, à Ostende> . il £^ manœuvrer les régimens; il a été^vu de fous les soldats de l'armée expéditionnaire. Si le motif ostensible de son voyage est de hâter les apprêts maritimes contre la Grande-Bretagne, il a encore* le

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but bien légitime de «lontrer à cette armée qu'il connaît depuis long-tempe, l'Empereur des champs de bataille: ausBi vart-il, en Tappdant tout entière au serment et 4 la récompense des braves , éterniser le souvenir de ce voyage. Le 19 août, il est de retour à son quartier^pénéral du Pont de Brique à Boulogne: l'armée y arrive de tous les cotés; Tétoile de la Légion la guide vers la tour d'Ordre» qui reprend son no«i de Tour de César.

En creusant la terre pour le campement du premier Consul, on avait trouvé une hache d'armes romaine, et à Ambfeteuse des médailles de Guillaume-le-Gon* quérant. La même année, en creusant à la tour d'Ordre pour établir la baraque de l'Empereur, on découvre les traces d'un camp romain. L'époque est si grande, qu'une sorte de merveilleux s'attache, partout où paraît Napoléon, aux choses les plus simples. Mais afin que rien ne manque à l'illustration que L'Empereur et l'armée doivent recevoir, de cette imposante cérémonie, elle a lieu le lendemain, 16 août , jour de la fête de Napoléon.

Quatre-vingt mille hommes des camps de Boulogne et de Moutreuil sont réunissons les ordres du maréchal Soult, pour assister à la solennité.

A la droite du port, au-dessouade la Tour de César, la nature a tracé un ;vaste amphithéâtre au centre duquel s'élève un trône sur un socle triomphal. Les colonnes de l'armée y soni dirigées comme autant de rayons qui figurent ceux de l'étoile de l'honneur, magnifique expression de cette langue héroïque que parlèrent les arts sous le règne de Napoléon ! En-* touré de ses frères^ de ses maréchaux, de ses grands

officiers , Na{>oIéon prononéé le serment de VOrdre : il est répété avec enthousiasme par tous les nécipiendairéSy disposés en pelotons à la tête de diaque mlonne. Après le serment, les décorations sont distribuées aux légionnaires; Un viuat général de l'armée salue cette brillante inauguration de POrdre du mé* rite français y et la même exaltation prononce le serment de fidélité à l'Empereui^. Par la plus heureuse conjoncture, car la fortune alors accompagnait, comme la gloire, les pas du héros du siècle, ie capitaine de vaisseau Daugier pénétrait dans le port de Boulogne avec une division du Havre, forte de quarante-sept voiles, au bruit des acclamations de la terre. Mais un instant après éclata subitement un orage épouvantable, qui sépara quelques bâtimens de la flottille. L'Empereur alla en. rade, et' donna les ordres nécessaires ; il ne quitta le port que quand les navires dispersés, au nombre de seize, furent rentrés. Il revint au camp, et les plaisirs de la soirée commencèrent. De nombreuses distributions aux trotqpes , des danses , des chants guerriers , prolongèrent dans la nuit la fête militaire. Pour y faire participer la flotte et les côtes d'Angleterre, un beau feu d'artifice attira tout à coup les regards 4e la croisière ennemie et de la population de Douvres sur le plateau du camp de gauche, où quinze mille hommes en bataille exécutèrent tm feu de file avec des cartouches à étoiles; tribut payé par l'armée à l'étoile de la Légion - d'Honneur qu'elle venait de recevoir. Rien ne manque à la magie de cette journée, pas même une tempéle. Gel événement inattendu, qui pouvait devenir si fatal, ajouta encore à

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l'ascendant de Napoléon : les troupes lui attribuèrent le salut de la flotte. De cet enthousiasme superstitiaiat, à lui attribuer le don de maîtriser les orages, il n'y avait pas loin. Les soldats, crédules et enivrés de la présence de leur chef , se persuadaient tous que la victoire obéissait à sa volonté. Il ne triait peutêtre qu'A Napoléon de faire d'eux une armée grecque ou romaine; mais* il lui semblait plus glorieux de commander des Français qui, sous ses yeux, se croyaient invincibles.

Le même jour, on célébrait la fête de l'Empereur à Cherbourg par l'inauguration de la batterie ISapoléorij et à Anvers par celle de V Arsenal maritime. Ce vaste port de construction comptait à peine une année d'établissement; cependant trois vaisseaux de ligne et Yme frégate allaient sortir de ses chantiers. Le i6 août vit lancer deux corvettes.

\\vant de quitter Boulogne pour se rendre dans les quatre départemens du Rhin , l'Empereur inspecta la flottille une dernière fois ; néanmoins ce ne fut pas la dernière fois qu'il passa en revue *son armée d'Angleterre. Il en reçut un noble 'témoignage de dévouement et de respect; elle lui vota une statue colossale en bronze, qui serait placée au milieu du camp de César. Tous les grades de l'armée offrirent une partie de leur solde pour ce monument qu'elle s'élevait à elle-même ; mais le bronze manquait. Le maréchal Soult, qui préside à cet imposant hommage au héros de la France, lui dit : « Sire , prétnoi du bronze; je vous le rendrai à la première Tfataille. » Deux mois plus tard , le maréchal acquitta sa dette dans un village de la Moravie,

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Pendant son séjour à Boufegne, Napoléon donna une nouvelle organisation toute militaire à l'École Polytechnique. Nourris d^s les idées républicaines, les élèves n'avaient pas accueilli la création de l'Eni* pire avec une grande feveur; désormais ils eurent des uniformes, et furent assujétis à la discipline des casernes. L'École n'en resta pas moins la première de l'Europe, et garde encore son rang aujourd'hui. Napoléon data également du camp de Boulogne le mémoiable décret des prix décennaux : cette haute récompense, pour laquelle doivent concourir toutes les sciences et tous les beaux*arts, consacrera l'époque d'une restauration, car elle sera décernée le i8 brumaire. Neuf grands prix de 10,000 fr. chacun, sont institués : deux appartiennent à l'inventeur de la machine la plus utile aux arts et aux manufae* tures; un autre au fondateur de l'établissement ie plus avantageux à l'agriculture et à l'industrie nationale ; la première distribution est fixée au 1 8 brumaire de l'an xvin (novembre 1809 ). Le calendrier de l'empire est encore républican.

Tandis que l'Empereur des Français préparait, sans le savoir, son armée d'Angleterre à une guerre d'Allemagne, François II ajoutait à ses titres celui d'empereur héréditaire d'Autriche , comme s'il prévoyait que ce fût le seul que Napoléon dût lui laisser. Cependant, de Boulogne Napoléon est parti pour Aix-la-Chapelle. On rapporte qu'à Arras le préfet lui dit : Dieu créa Bonaparte , et se reposa. Napoléon, qui ne se reposait point, quitta Arras après avoir passé en revue la réserve de grenadiers commandée par Junot, traversa Yalenciennes,Mons,

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çt arriva le 3 septembre à Aix4a<3iapdle. Dans cette antique résidence du premier Empereur des Français 9 il retrouva et il s'appUipia, comme un ancien héritage^ les souvenirs de Charlemagne; mais 4ifie démarche politique j d'une haute importance pour Napoléon, signala ce séjour d'Aix-la- Chapelle : dans le grand conseil où Tempereur d'Allemagne résolut 9 le 10 août précédant, de prendre le titre d'empereur héréditaire d'Autriche , ce prince s'était décidé également à reconnaître l'avéï^ment de Napoléon. Lors de la notification de cet avènement aux cours étrangères , l'Autriche avait consulté la Russie sans en obtenir de réponse. Plus voisine de la France , elle sentit avec raison que son sflence sur une pareille communication équivaudrait à une rupture; et comme elle ne se trouvait pas encore en état de la déclarer, le comte de Cobentzel, son ambassadeur, reçut ordre d'aller à Aix-la-Chapelle remettre ses nouvelles lettres de créance à Napoléon. Le même jour 5 septembre , Ai. de Talleyrand présentait pareillement au nouvel empereur le comte de Lima et M. de Souza, l'un ambassadeur extraordinaire, l'autre envoyé extraordinaire du prince régent de Portugal; le bailli de Ferrette, ministre de l'Ordre de Mahe, et le marquis de Gallo, ambassadeur de la cour de Naples.

Fondateur d'une dynastie, comme Pépin, Napoléon voulut aussi que le souverain pontife passât les monts pour lui conférer l'onction impériale. Le Saint-Siège, déjà préparé à la reconnaissance de l'Empire {>ar le concordat consulaire, ne balança

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pas un seul moment. Indépendanfment de ce fait , là conduite d'Etienne m, qui, en 754, était ypnu sacrer Pepin-le-lref , ses deux fils et leur mère, suffit à la cour de Rome, soit pour reconnaître, soit pour sacrer FEmpereiir des Français. Le pape Zaclarie, prédécesseur d'Etienne, avait dit le grand mot de cette politique : Celui-là est roi , qui en a la puissance.

L'évêque d'Imola qui, le a3 décembre 1797, prêchait k ses ouailles les principes de la démocratie , avait ceint la tiare, et le général républicain Bonaparte, qui commandait alors en Italie, s'était érigé un trône. On priait donc à Rome , et , par les ordres du Saint-Père, dans toute la catholicité, pour l'Empereur Napoléon et pour sa famille, comme on avait prié pour le premier Ck>usul.

Quant àPEspagne, elle n'avait pas eu besoin de l'exemple de la cour pontificale pour reconnaître Napoléon. La tradition politique des deux États et leur allianceremontaientégalement à la république,comme celle de la cour de Prusse et du grand-duché de Toscane.

Ainsi tous les gouvernemens catholiques saluaient Napoléon du titre impérial : c'était une immense conquête, sinon sur les souvenirs, au moins sur les passions de la royauté européenne. Napoléon re« cueillait amplement les fruits du Concordat de 1801. Le succès de la négociation avec Pie VII mit le comble à ce triomphe. On sent toute l'importance que cette grande cérémonie du sacre , célébrée au sein de la capitale, dans Jji basilique métropolitaine, devait avoir aux yeux de Napoléon; en

e£Fet y elle sanetionnait son élévatiou aux yeux des peuples ée toute la chrétienté j et leur interdisait , ainsi qu'à leurs souverains , tout reproche d'usur-^ patiott.

D'Âix - la * Chapelle , l'Empereur partit pour Mayence, où il arriva par la nouvelle route, après avoir visité Juliers, Cologne et Coblentz. H reçut à Mayence l'électeur de Tempire germanique, le margrave de Bade, et plusieurs princes possessionnés sur le Rhin. Pendant ce premier séjour à Mayence , déjà occupé d'un système de la confédération du Rhio avec la France, Napoléon prépara , dans ses entretiens avec ces princes, la dissolution de l'empire germanique. Il leur fit entendre qu'ils n'avaient plus rien à espérer de l'empereur d'Autriche, tandis qu'ils pouvaient tout attendre de lui ; il leur promit même , aux dépens de l'Autriche , des accroissemens de territoire et de puissance , dont il saurait garantir la possession. Quelques engagemens, dont le résultat devait être prochain , répondirent à ces confidences, auxquelles le caractère de Napoléon et les forces de l'empire français donnaient un crédit absolu.

De Mayence Napoléon alla à Luxembourg. Il marqua sa présence au sein des principales villes des départemens du Rhin, par d'importantes dispositions, relatives soit au bien-être des habitans et à l'encouragement de leur industrie, soit au perfectionnement du système général de défense des frontières, dans les places fortes assises sur la barrière du Rhin. A cette époque remontent aussi le décret d'organisation de l'École des ponts-et-chaussées, et

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celui qui détermina rëtabltâaement de douze écoles de droit. Après trois mois d'absence , Napoléon revoit Saint-Cloud le la octobre, et les apprêts du sacre sont ordonnés.

Le 17 du même mois, un décret convoque le Corps-Législatif pour assister à cette cérémonie. T>e 9 no^rerabre, le SaintrPère a quitté la capitale du monde chrétien ; le 1 8, il arrive à Lyon ; !e a3, Sa Sainteté est reçue par l'Empereur à Fontainebleau ; le a8^ les deux souverains se rendent ensemble à Paris.

Le !•* décembre, le sénat présente à Napoléon le vœu du peuple en faveur de l'hérédité à l'empire dans sa famille. Un sénatùs-consulte a proclamé ce plébiscite. Soixante mille registres avaient été ou* verts dans les cent huit départemens : sur trois millions cinq cent soixante-quatorze mille huit cent quatre-vingt-dix-huit votans, deux mille cinq cent soixante-neuf votes étaient négatifs. Cette mhioritë, purement républicaine, et qui s'affaiblit encore peu de temps après, prouva suffisamment que la nation , ayant tout-à-fait changé ses mœurs, adhérait avec sincérité au gouvernement de l'homme qui avait trouvé en lui seul assez de forces pour opérer une pareille révolution. Le sénateur François de Neuf^ château, investi du pr'tvilége des harangues solennelles, le même qui prononça, au i8 brumaire, cette espèce de sentence , si hautement démentie par les faits : La constitution est placée sur l'autel du dieu Terme j dit à Napoléon : a Le vaste miroir dupasse est la leçon de V avenir. » On doit aussi remarquer dans cette circonstance la fin de la réponse II. i8

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de l'Empereur : « Nos descendons consetveront longtemps ce trône. Ils ne perdront jamais de vue que le mépris des lois et V ébranlement de Tordre social ne sont que le résultat de la faiblesse et de V incertitude du prince, »

Le lendemain, par le froid le plus rigoureux, la cërémonie eut lieu dans l'iéglise de Notre-Dame. La bizarrerie de la pompe podtificale contrastait singu* lièrement dans le cortège avec Téclat de la pompe impériale. Le pape $acra Napoléon et Joséphine en présence des princes de la maison impériale, des membres du sacré collège , des prélats français , de tous les ordres de rÉtat, du torps diplomatique et d'une députation de la république italienne. Mais à peine le pontife. eut»il béni la couronne, Napoléon la saisit,. la plaça sur sa tète et couronna lui-même l'impératrice* Cette scène est d'hier, et n'appartient déjà plus à notre âge. On craint presque de se reconnaître contemporains d'évènemcais si étrangers aux temps actuels /Là majesté de lliîstobe doit aussi se trouver blessée de ce que la vie ordinaire des hommes soit suffisante pour voir naiiret triompher et disparaître ses plus grandes reoomioées et ses plus grandes révolutions. Depuis le % décembre 1804, les foudres du Vatican ont perdu leur force » et il n'y a plus duis le monde que l'excommunication politique. Celle-ci reste aux mains du monarque que le pape s'est empressé de venir sacrer et qui s'est couronné lui- ^ même ; mais les foudres du Vatican dorment et ne s'éteignent point.

Le second jour des fêtes du couronnement, une belle solennité militaire, la distribution des aigles,

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DE NAPOLlâQN. 2 «y 5

rassembla tontes les troupes au GhampHle-Mars : « Soldats 9 dit alors Napoléon, voici vos drapeaux; « oés aigles vous serviront toujours de point de raU « liement : elles seront partout où votre Empereur « les jugera nécessaires pour la défense de son trône « et de son peuple. »

Le même jour, 3 décembre, M. Pitt, tout récemment appelé au ministère comme le seul adversaire que Ton pût opposer au plus redoutable des ennemis de la Grande-Bretagne, signait le traité de Stockholm, et payait un subside à la Suède pour qu'elle agit hostilement contre nous. Peu de jours après , l'Angleterre essayait, à l'aide d'une machine infernale, de faire sauter le fort Ronge de Calais; elle ne fut pas plus heureuse qu'un mois auparavant , quand l'amiral Keith, avec cinquante^eux voiles et douze ^rûlots, avait voulu incendier le port et la flottille de Boulogne. Mais ce gouvernement se vengeait , par la plus despotique tyrannie , de son impuissance contre la France, sur notre plus fidèle allié : le g octobre, sans déclaration de guerre , l'amiral More osa soumettre au droit de visite quatre frégates espagnoles qui revenaient d'Amérique à Cadix chargées des trésors du Mexique. Les frégates repoussèrent courageusement cet attentat, et soutinrent un combat pins qu'inégal, dans lequel trois d'entre elles furent prises et la quatrième sauta. Non contentes de ces violences, les flottes anglaises brûbient les navires du commerce dans les ports de la Péninsule , et détruisaient les convois, pendant que rattibassadeur espagnol, le chevalier d'Anduagna, résidait encore auprès de la cour de Londres. Une pareille violation

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du droit des gens, exercée envers une nalioB en paix avec la Grande-Bretagne, a jostenfent révolté le gouvememedt espagnol qui, le la décembre, lui déclare la guerre par un manifeste de la plus haute énergie. Ainsi donc, si l'Angleterre a su se fortifier, dans le Nord, de Falliance offensive de la Suède, peu re* doutable pour la France , la France voit s'unir à son pavillon les soixante -cinq vaisseaux de ligne que l'Espagne possède encore. Une armée est en marche pour aller occuper le camp de Saint-Roch et menacer Gibraltar. Napoléon apprend dans le même moment que la cour de Vienne , sous le prétexte d'augmenter le cordon sanitaire établi contre la fièvre jaune qui désole la Toscane, vient de renforcer de six régimens son armée d'Italie; cette invention autrichienne deviendra traditionnelle pour les cabinets. ^ L'année, la mémorable année 18049 se termina par l'ouverture du Corps-Législatif. On applaudit à ces mots du discours de l'Empereur :^Je ne veux pas accroître lé territoire de F Empire^ mais en mainr tenir l'intégrité. » Dans l'exposé de la situation de l'Empire 9 le ministre de l'intérieur déclara : que la France n'accepterait pas d'autres conditions que celles du traité d* Amiens. L'Angleterre le savait bien , et elle avait brisé ce traité qui donnait la paix au monde sous l'égide de la France. L'Angleterre entendait la paix comme la liberté des mers, en exerçant un droit de visite sur les cabinets comme sur les vaisseaux. Pour parvenir à ce but, il £dlait tuer la France et Napoléon.

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