‹ Histoire de Napoléon (volume 3)Chapitre 22 sur 31 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

&OPTUBKATCC LA BU4SIB. — LCTTAB DS I. BKPSftBUR AD BOC D'aHOU^TBABB.—

«AMLioir KOI d'italie; couBOVNBMBirT A MILAN. — bkuhioh ok la LIOQ*

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GUBBRB A LA PRAHCB. BATAILLE DBS TROIS BMPRRBURS A AU8TBRLITZ.

PAIX DB PBBSBOURO. BATAILLE VATALB OB TRAPALG%R.

* A la fin de i8o3, l'empereur Alexandre s'était offert à Napoléon pour intermédiaire entre la France et l'Angleterre; mais en lui demandant d'évacuer la Hollande , lltalie et la Suisse , comme un gage de l'acceptation de cette médiation, ce prince ne pouvait être écouté. Napoléon avait consenti à ce qui lui était possible, a évacuer l'Helvétie; et, dans le but de la paix, il avait proposé un armistice et unr congrès. Le cabinet de Londres était allé plus loin encore que la Russie; iljavait exigé l'évacuation du Hanovre , avant d'admettre la médiation russe. On n'aurait point traité plus durement un ennemi vaiû<t eu. La Russie persévérant dans son système , l'ambassadeur Marckoff avait quitté Paris., où M. d'Oubril était resté en qualité de chargé d'affaires. Cette résolution avait encore eu pour motif l'inutilité des dé-^

marches du cabinet russe afin d'obtenir de la France rindenmité promise au roi de Sardaigne pour le Piémont ^ en vertu du traité du ii octobre 1801. La Russie y d'un autre côté, persistait à occuper la repu* blique des Sept-Iles, malgré les stipulations de cette époque. Enfin la violation du territoire de Bade et le meurtre du ducd'Enghien avaienttotalement altéré le reste d'intelligence qui subsistait encore entre Paris et Pétersbourg; ou plutôtles évènemens servirent de signal au changement total de système de l'empereur Alexandre, livré à la politique britannique. L'avènement de Napoléon à l'empire devint aussi un nouveau grief pour le descendant des Romanoff. Un échange de notes hostiles, une véritable guerre de récrimination avait eu lieu entre les cabinets de Pétersbourg et des Tuileries. Le chargé d'affaires, d'Oubril , était parti de Paris le 29 août de l'annA précédente , après la remise d'une note très-hostile , et la diète de Ratisbonne avait accueilli les déclarations de l'empereur Alexandre. La Russie était donc ' publiquement engagée à ne pas reconnaître l'Empereur des Français. Le cabinet de Londres avait habilement profité de ces circonstances pour décider celui de Pétersbouig à rompre avec la France, et à signer avec lui un traité le 8 avril i8o5. De son côté, la Russie avait déterminé le Divan à refuser de reconnattrel'Empereur Napoléon ; en sorte que le maréchal Brune s'était vu dans la nécessité de quitta Constantinople, comme le général Hédouville Pétersboui^. Des flottes russes avaient franchi les Dardanelles et le Sund : elles menaçaient Htaiie , débarquaient des troupes aux îles Ioniennes , et semblaient marcher

DE TStkPOLÉOfl. 179,

de concert avec les flottes britanniques. J'ai parlé déjà de l'augmentation des forces de rAutricliesur la frontière italienne, Dans cette conjuration de tant d'démens hostiles , Napoléon se trouvait forcé de conquérir, sur la plus redoutable partie de l'Europe, le trône où la France venait de l'appeler. Mais , dans l'espoir sans doute que l'opinion de la nation anglaise, qu'il sait contraire à cette guerre toutetle passion , pourra entraîner le ministèi^, Napoléon donne encore un gage de ses intentions pacifiques en renouvelant auprès du roi de la 6rande**Bretagne la démarche généreuse et franche qui marqua les pre* miers pas de Bonaparte dans la carrière consulaire. En conséquence^ il éoril directement à ce prince , le A janvier i8o5 :

« Monsieur mon frère, appelé au trône de France # par la Providence et par les suffrages du Sénat , du « peuple et de IWmée^ mon premier sentiment est «( un vœu de paix. La France et l'Angleterre usent « leur prospérité « Elles peuvent lutter des siècles. « Mais leurs gouvernemens rempliront^ilsbien le plus te sacré de leurs devoirs? et tant de sang versé in- « utilement et sans perspective d'un but , ne les acte cuse^t'-il pas dans leur propre conscience? Je n'at- « tache point le déshonneur à faire le premier pas. ff J'ai asses, je pense ^ prouvé au monde que je ne « redoute aucune des chances de la guerre ; elte ne a m'offre d'ailleurs rien que je puisse redouter. La tf paii est le vœu de mon cœur ; mais la guerre n'a « jamais été contraire à ma gloire. Je conjure V. M. « de ne pas se refuser au bonheur de donner elleu même la paix au monde : qu'elle ne laisse pas cette

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<c douce satisfaction à ses enfans! Car enfin, il ny « eut jamais de plus helle circonstance , ni de mo- « ment plus favorable pour faire taire toutes les pas- « sions et écouter uniquement le sentiment de l'hu- « manité et de la raison. Ce moment une fois perdu, a quel terme marquera une guerre que tous mes ef- (c forts n'auraient pu terminer? V. M. a plus gagné te depuis dix ans eu territoire et en richesses, que «l'Europe n'a d'étendue ; sa nation est au plus haut tf point de prospérité. Que veut-elle espérer de la « guerre? coaliser quelques puissances du continent? « le continent restera tranquille. Une coalition . ne « ferait qu'accroître la prépondérance et la grandeur « continentale de la France. Renouveler des troubles (c intérieurs? les temps ne sont plus les mêmes. Déa truire nos finances? des finances fondées sur une « bonne agriculture ne se détruisent jamais. £nleve# « à la France ses colonies? les colonies sont pour la « France un objet secondaire, et V. M. n'en possède» a t-elle déjà pas plus qu'elle n'en p^ut garder? Si a y. M. veut elle-même y songer, elle verra que 1» « guerre est sans but , sans aucun résultat présumatf ble pour elle. £h! quelle triste perspective de faire ce battre les peuples pour qu'ils se battent! Le monde « est assez grand pour que nos deux nations puissent a y vivre, etlaraisonaasse2;depuissancepour quon « trouve les moyens de tout concilier, si de part et <c d autre on en a la volonté. J'ai toujtefois rempli un « devoir saint et précieux à mon cœur. Qne Y. M. <c croie à la siucérité des sentimens que je viens de a lui exprimer , et à mon désir de lui en donner des « preuves. »

DE irAJN>Ii^ON. aS^

Mais c'était encore à Timplacable haine du cabinet de Sainl-James que Napoléon s adressait; et sous la date du i4 janvier , lord Mulgrave écrivit à M« de TaUeyrand«

« S. M. a reçu la lettre qui lui a été adressée par « le chef du gouvernement français, datée du séjour a de ce mois. Il n'y a aucun objet que S. M. ait plus à a cœur que de saisir la première occasion de proua. ver de nouveau à ses sujets les avantages d'une « paix fondée sur des bases qui ne soient pasincom- « patibles avec la sûreté permanente et les intérêts « essentiels de ses États. S. M. est persuadée que ce « but ne peut être atteint que par des arrangemens « qui puissent en même .temps pourvoir à la sûreté « et à la tranquillité à venir de l'Europe, et prévenir a le renouveUeroent des dangers et des malheurs 9 dans lesquels elle s'est trouvée enveloppée. Conte formément à ce sentiment, S. M. sent qu il lui est « impossible de répondre plus particulièrement à « l'ouverture qui lui a été faite, jusqu'à ce qu'elle tf ait eu le temps de communiquer avec les puistf sauces du continent avec lesquelles elle se trouve a engagée par des liaisons et des rapports confiden* ce tiels, et particulièrement avec l'empereur de Rustf sie, qui a donné les preuves les plus fortes de la or sagesse et de l'élévation des sentimens.dont il est « animé , et du vif intérêt qu'il prend à la sûreté et « à l'indépendance de TEurope. »

Voilà la lettre qui décida du sort du monde européen. C'était une froide et vague paraphrase de l'arrêt de mort prononcé par l'oUgirchie anglaise

uSa HISTOIAE

contre la France et Napoléon , à la rupture du traité d'Amient. Cinq jours après cette réponse au cabinet de France , le cabinet de Saint^James remettait à l'ambassadeur de Russie, à Londres i une note où il était proposé à son gouvernement de coopérera enlever à la France toutes ses conquêtes et à la réduire aux limites de 179a; à dépouiller également ses alliés, et entre autres la maison d'Espagne, de ses intérêts en Italie , au profit delà Toscane ;à agrandir le Piémont de l'État de Gènes, à replacer l'Autriche en Lombardie , et à réunir les Pays-Bas à la Prusse. Tel était le nouveau droit public que Pitt improvisait le 19 janvier, d'après l'assurance que l'ambassadeur russe avait donnée de l'accord secret de la cour de Vienne.

Jamais on ne vit la politique respective de l'Angleterre et de la France réduite à une plus simplP expression. Ces deux puissances étaient également convaincues que la paix générale jassurait la domination de Napoléon; donc l'une des parties avait, pour demander sans cesse cette paix , les mêmes raisons que l'autre pour n'y pas consentir. Gepen^ dant les propositions de Napoléon trouvèrent sur les bancs de l'opposition anglaise un énergique protecteur dans son chef, l'orateur Fox. De son côté , l'Empereur ordonna de communiquer ces propositions , ainsi que la réponse de lord Mulgrave, aux trois corps de la législature , le 4 février. La franchise de cette communication porta au plus haut degré l'enthousiasme public déjà exalté par la générosité de la démarche faite auprès de Georges III. La guerre que sanctionnait ainsi l'opinion , la guerre devint ,

DB tfAJPOhÉotf. a8^

pv ce «ouYeau refus du cabinet de Loadres,leseul, le Yéiîtable , le légitime refuge de la France et de Napoléon. Toutes les guerres continentales qui vont ensanglanter l'Europe n'auront donc d'autre but» de la part de la France , que d'obtenir à force de triomphes la paix générale. Mais cette paix sera refusée constamment, sous le prétexte de l'iliégitimité de l'Empereur des Français , par l'invincible machiavélisme d'un gouvernement dont la ^lendeur ne date que de l'époque où la maison de Hanovre a occupé ie trône d'Angleterre au détriment des Stoarls.

Ainsi l'Europe est condamnée par le cabinet de Saint-James, ou plutôt par un s^ homme , par Pitt, à s'immoler à la haine qu'il porte, non-seule* ment aux prospérités de la France , mais aussi à la fortune personnelle, à la gloire , au génie de Napo« léon. Dix années après , afin que la postérité ne puisse jamais se méprendre sur l'auteur de ces prospérités, ce même cabinet, digne exécuteur testamentaire du fils de Chatam, proclamera dans toute l'Europe soulevée et soldée par ses subsides , que c'est contre Napoléon seul qu'il arme la vengeance du monde; et la France, deux fois veuve du héros qu'elle vient de couronner, se^a enfin, sinon la proie , du moins la victime de la jalousie britannique.

Le i4 janvier. Napoléon reçut de la nation le plus beau de tous les trophées : sa statue fut inaugurée au Corps-Législatif pour éterniser la création du Code civil, la mémoire de son fondateur et la reconnaissance des Français. Une pompeuse solennité

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consacra ce grand hommage national; elle eut lieu en présence de ilmpératrice, de la fiaimille impériale, de toute la cour et des premiers pouvoirs de l'État. M. de Yaublanc avait la parole, et dit:

' a Messieurs, vous avez signalé Fachèvement du oc Code civil des Français par un acte d'admiration et « de reconnaissance. Vous avez décerné une statue ce au prince illustre dont la volonté ferme et con- « stante a fait achever ce grand ouvrage , en même <x temps que sa vaste intelligence a répandu la plus « vive lumière sur cette noble partie des institutions « humaines. Premier Consul alors, Empereur des <r Français aujourd'hui , il paraît dans le temple des ce lois , la tête ornée de cette couronne triomphale a dont la Victoire l'a ceint si souvent , en lui présa- « géant le bandeau des rois, etc.... » Un banquet et un bal, offerts à l'Impératrice, suivirent cette séance. L'Empereur parut le soir au bal; les arts, dans cette belle fête, qui célébrait si justement le premier bienfait de toute civilisation, étalèrent à l'ehvi tout ce qu'ils peuvent produire de plus brillant , de plus ingénieux.

Cependant Napoléon avait habilement profité de la juste exaspération du cabinet de Madiid contre les violations britanniques, et, le 12 janvier, une convention fut signée à Aranjuez entre la France et l'Espagne. Cette convention , par laquelle l'Espagne s'engageait à tenir à la disposition de son allié trente vaisseaux et cinq mille hommes de débarquement, renfermait aussi le détail des forces de terre et de mer rassemblées dans les divers ports de l'Empila : au Texel , trente mille hommes sous le général Mar«

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mont, avec les bâtimens de transport nécessaires; à OstendC) Dunkerque, Calais, Boulogne, au Havre, des flottilles propres k porter cent mille hommes et ringt-cinq mille chevaux; à Brest, vingt et un vaisseaux de ligne et des transports pour un camp de vingt-cinq mille hommes; à Rocbefort, six vaisseaux^ quatre frégates, avec quatre mille hommes de. troupes; enfin, à Toulon, onze vaisseaux, huit frégates et des transports pour neuf mille hommes. Ainsi, au moment où Napoléon se proposait de demander directement la paix à TAngleten^e, il comptait cent quatre-vingt-treize mille hommes prêts à être em« barques sur soixante-neuf vaisseaux de ligne , et plus de deux cents bâtimens de guerre et de transport , tous armés, n'attendant que son signal ou l'espérance de six heures de calme pour voguer .vers la Tamise. Pendant son . séjour à Mayence , Napoléon .avait arrêté les dispositions de ses forces navales , et les ayait divisées en trois expéditions : la première aux Antilles , sous les ordres du contre-amiral Missiessy et du général Lagrange; la seconde, sous les ordres du général Lauriston , dirigée contre Surinam, alors au pouvoir. des Anglais; la troisième se trouvait confiée au- général Reille , qui devait s'emparer de SAiHTE-HjBLÈirE ! Ce fut peu de jours après son sacre , que Napoléon régla définitivement tout ce qui concernait l'occupation de cette ile. La réunion de Vile d'Elbe k la république avait également suivi de près la proclamation du consulat à vie. Il semblait qu'une destinée mystérieuse eût voulu désigner aux deux élévations de Napoléon les apanages de ses deux infortunes.

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Au milieu des inmenses piéparatifr que Napoléon multipliait dans tous les ports de la Fhinoe, de PEspagne, de la Hollande et de la Belgique, pour triompher de F Angleterre à Londres , ou pour la contraindre à la paix, une nouvelle couronne, la couronne de fer des rois dltalie, vient se placer sur son front : c'est celle de la gloire républicaine. Napoléon l'avait proposée à son frère Joseph; mais l'abolition du traité par lequel l'Italie s'engageait à nous payer une contribution annuelle de 3o mil* lions pour l'entretien d'une armée française de 3o,ooo hommes destinés à la défendre, étant la condition de l'acceptation de Joseph, Napoléon Siccepte pour lui le vœu de la nation italienne. En même temps, dans le but de rassurer l'Europe et surtout la maison d'Autriche, il promet de donner ce trône à un fils adoptif , et de le séparer à jamais de celui de France t aussitôt que Malte aura été rendue par l'Angleterre y et la république des Sept-Iles évacuée par la Russie. Il devait alors évacuer aussi l'État napolitain et ménager ainsi l'indépendance de l'État lombard. La députation solennelle de Milan, qui apporte à Napoléon le vœu du peuple italien , tirée des grands corps du nouveau royaume, la même qui, conduite par M. de Meizi, président de la Consulte, a assisté à Paris au couronnement, est présentée au Sénat. Napoléon s'y est rendu le ^S mars, mois si historique dans sa vie. a Le génie du mal , <f dit-il alors , cherchera en vain des prétextes pour « mettre en guerre le continent. Ce qui a été réuni <c à notre empire par les lois constitutionnelles de a l'État, y restera réuni, jiucune nouvelle puissance

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« ny sera incorpprée,... » Le a avril, TEmpereur et rimpératrice quittent leur capitale de France et se dirigent vers leur capitale d'Italie.

Trois jours après, le pape, moins heureux que son illustre allié , repart pour la métropole du monde chrétien. Pie VII avait espéré, en reconnaissance du sacre , recouvrer les légations cédées à la France par le traité de Tolentino', et cette espérance avait, diton , porté son conseil à le prier d'accéder k la demande de Napoléon. Mais si le Saint-Père s'est éloigné de Rome avec les projets d'un souverain temporel, il n'a été appelé et reçu à Paris que comme souverain spirituel. Napoléon, devenu roi dltalie, tient par cela, seul le Saint*Siége sous une dépendance plus directe.

Avant d'aller prendre à Milan la couronne de fer, l'Empereur s'arrêta à Troyes, où il laissa un moment l'Impératrice, sa cour, sa maison. Accompagné de songrand*écuyer et de deux officiers, il se rendit en toute hâte à Brienne où Fattiraient, entre deux cou* ronnemens, les souvenirs de son en&nce. Il ne revit pas sans une vive émotion le berceau de son éducation française; il j retrouva toute la mémoire de ses premières années, reconnut jusqu'aux serviteurs de l'école militaire, dont les ruines rattristèrent visiblement. Il demanda avec empressement un ecclé» «iasiique qui avait été sous»préfet d'une classe de l'école; ce prêtre, alors vicaire dans un village voi* sin, arriva précipitamment, vêtu d'une redingote hmnt lin Pourquoi n'éies'vous pas en souiane?»\ui dit sévèrement Napoléon. « Un prêtre ne dois jamais quitter son habit II ne faut pas qu il puisse cacher

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ses mœurs un seul moment; allez vous habiller. » L'ecclésiastique revint en soutane, et U£mpereur trouva le moyen d'efifacer rimpression de sa réprimande. Napoléon oublia réellement à Brienne, pendant vingt-quatre heures , et l'empire de France et le royaume dltalie.

Le lendemain matin , de très bonne heure, il était k cheval; ceux qui le suivaient le perdirent bientôt de vue. Après d'inutiles recherches de leur part, Na* poléon reparut au bruit des coups de pistolets, que l'inquiétude faisait tirera ses officiers : il avait été, non loin du village de la Rotthière , visiter , dans une des promenades favorites de l'école , le champ de ba* taille où, neuf années plus tard , tralii par la fortune, il devait combattre pour sauver l'indépendance de la France et sa propre vie. Napoléon quitta Brienne , non sans y laisser des traces généreuses de sa présence. De retour à Troyes , l'Empereur se dirigea sur Lyon, où il séjourna quelque temps. Tout ce que le génie de cette ville si célèbre dans l'histoire des arts utiles put créer de plus éclatant, de plus triomphal, fut mis en œuvre pour célébrer le passage de l'Ëm» pereur. La reconnaissance était peur ainsi dire gravée sur les murs de cette grande cité , dont Napoléon avait relevé les ruines. Jamais population ne se montra transportée d'un enthousiasmeplus vrai, plus légitime. Elle devait à Napoléon la renaissance et la protection du commerce ; elle saluait avec d'autant plus d'ivresse les nouvelles grandeurs qui se réunissaient sur la tête de ce prince , que ces grandeurs ouvraient une immense carrière anx principales fabriques de Lyon ; aussi déploya-t-elle avec profusion , dans cette

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ciroonstance, les merveilles de cette industrie toute royale dont s'embellirent à Paris les majestueuses solennités du sacre. Lyon, que la nature seule de son commerce rendait odieuse à la république, avait été ravagée par la terreur comme par une vengeance. Aucune guerre civile, aucune proscription depuis celles de Rome, n'offrit un tableau plus terrible et. plus déplorable des fureurs et des infortunés huniaines: le souvenir était loin d'en être effacé; ce même souvenir, au retour d'Egypte, avait accueilli le libérateur avec une acclamation toute séditieuse; ce même souvenir, fortifié des avantages recueillis depuis la pourpre consulaire, exaltait au plus haut degré les esprits et les âmes de cette ville ardente, à laquelle Napoléon témoigna constamment une prédilection dont alors elle était si heureuse, et dont elle peut encore s'honorer à présent.

Pendant qu'il était à Lyon , Napoléon conçut un plan dont le succès eût incontest;d)lement fait réussir le projet de descente en Angleterre. Cette conception porte avec elle le cachet de son auteur, qui en transmit de sa main toute l'instruction au ministre de la marine. L'amiral Gantheaume devait sortir de Brest ainsi que sa flotte, et l'amiral Villeneuve mettre à la voile pour les Antilles avec les flottes combinées de Toulon et d'Espagne. Ces mouvemens avaient pour objet d'entraîner loin de la Manche les forces navales de l'Angleterre, de faciliter la réunion et d'opérer le départ des flottilles extraordinaires. Pour atteindre ce but important, à leur retour des Antilles, les flottes de Villeneuve et de Gravina devaient se joindre à celles de l'Océan , à Rochefort et à Brest

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Cette jonction présenterait une masse de cinqaântesîx -vaisseaux de haut-boird, avec lesquels l'amiral Villeneuve entrerait dans le canal. Ces ordres furent ponctuellement exécutés; maïs en revenant de l'ouest Villeneuve, à la tête de vingt et un vaisseaux français 'et espagnols 9 rencontra , au cap Finistère, l'amiral dalder, qui n'en avait que treize. Le combat s'enga* gea; et Villeneuve, malgré l'avantage du nombre, fut battu. Il fit même perdre, deux vaisseaux à la marine espagnole. Ainsi échoua par l'événement qui devait en assurer complètement l'exécution, par la témérité de l'amiral anglais , ce beau projet que la fortune semblait avoir reçu avec complaisance du génie qui le conçut! Villeneuve, qui comptait six vaisseaux de plus que son ennemi , dut aller se réfugier à Cadix, jusqu'au désastre de Trafalgar. En Angleterre, on lui eût d'abord justement retiré son commandement; bien plus, il aurait peut-être payé de sa vie l'affront fait à son pavillon. Mais Napoléon né slavait que juger: il ne savait pas punir. La clémence dont il usa envers Villeneuve coûta à la France sa marine.

L'Empereur continua sa route par Chambéry et Turin ; il s'arrêta quelques jours au château royal de Stupînitz, où il attendit le pape. 11 se rendit ensuite à Alexandrie, où il affecta tme somme de vingt millions pour faire de cette ville la première place d'armes de l'Europe. Cette immense fondation militaire devait être aussi un grand monument politique de l'allian'ce indissoluble de la France et de la péninsule italique. Elle consacrait à jamais le souvenir de cette journée que le destin de la guerre marqua

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d'une dé&ite qoi eut exilé Napoléon de Tltalie* et d'une victoire qui lui doisna l'emfiire. Aussi reparut«> il avec l'uniforme- républicain de Sferengo sur ce champ de bataille, qui le vit conquérir la Péninsule pour la. seconde fois. Là, au milie)i de trente mille hommes dont il récompensa les plus braves par la décoration de la Légionnd'Honneur, il posa solennel* lement la pierre du monum^it que sa reconnais-» sauce élevait aux héros moissonnés à Mareogo. C'était rentrer à Milan par tm' arc de triomphe. Parmi ces victxines de la gloire que le vainqueur se plaisait à honorer dans^leor tombeau, le nom de l'illustre DcBiiixoe pouvait être oublié. D'Alexandrie, Napo-^ léoni partit pour Pavie, oà le reçut M. de Mehi. £m fin , le 9 mai , Napoléon fit k Mikn une entrée ma^ gnifique; le 26, eirt lieu le second couronnement. Napoléon fut sacré' par l'archevêque cardinal Caprara. Cette cérémonie effaça celle de Paris par sa splendeur historique. Au bout dedix siècles, la couronne de fer des Lombards, placée sur la tète d'un empereur des Français, apprenait au monde que Charlemagne avait un successeur. Ainsi qu'à Paris, Napoléon se couronna lui*méaie, et en prenant la couronne sur Faute! : « Dieu me la donne y dit-il à' haute voix gare à Xfoila touche! » L'ordre de la Couronne de fer fat créé avec ces mots pour devise. Le 8 juin. Napoléon nomma le prince Eugène vice-roi d'Italie. Il ne pcmvait donner à ses nouveaux sujets un gage plus certain de son afïection, qu'en clioisissant pour le représenter comme souverain , le fils de son adoption et l'élève de sa gloire militaire.

Le 4 juin, le doge Durazzo , l'archevêque de Gênes

et une députation du sénat de cette république, étaient venus à Milan demander la jréunion de l'État de Gènes à l'empire firànçaîs. Le 9t'M. de Champagny y ministre de. l'intérieur , proclamait â Gènes c^te incorporation, ainsi que la division du territoire en trois départemens : Gènes , Montenotte et les Apennins. Le même jour, l'Empereur présida à Milan l'ouverture solennelle du Corps-Législatif du royaume d'Italie, et reçut le serment du vice-roi. U termina son discours par ces paroles, qui devaient épouvanter la maison d'Autriche: a J'espère qu'à leur tour «c tous mes peuples dltalie voudront occuper la place a que je leur destine dans ma pensée; ils n'y par- « viendront qu'en se persuadant bien que la force tt des armes est le principal soutien des États. Il est « temps enfin que cette jeunesse qui vit dans l'oisi- « veté des grandes villes cesse de craindre les fatigues « et les dangers de la guerre. »

Lltalie releva noblement, sous son vice-roi, le gant que venait de jeter Napoléon. La gloire militaire du nouveau peuple débuta' par étendre celle de la France, vécut son égale, et mourut avec elle du même supplice, l'invasion étrangère et le trahison.

Deux ambassades spéciales arrivèrent aussi à Milan; l'une apportait à Napoléon la décoration du Portugal, l'autre une lettre de félicitations du Saint- Père. Sa Sainteté finissait sa lettre par une sorte de madrigal, ce La réciprocité de notre amour, disaitcc elle , et cette tendresse paternelle que nous éprou- « vons pour vous , nous rendent très-cher ce qui « vous est glorieux. »

Le lo juin, l'Empereur partit de Milan pour con-

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tiniier la revue de ses trophées dltalie: quarante mille hommes commandés par les maréchaux Jourdan et Bessières l'attendaient au camp de Castiglione ; il y fit y comme à Marengo, une distribution solennelle de la croix d'honneur. Ensuite il visita Peschiera, Vérone, l'imprenable Mantoue et la ville de Bologne^ où il séjourna jusqu'au ai. Cest là qu*il donna audience au marquis de Gallo, envoyé par le roideNaples pour solliciter et garantir la neutralité de ce prince y ainsi qu'à une députation du sénat de Lucques , qui demandait à la France un souverain. Peu de temps après, cette petite république, érigée en principauté, devint l'apanage de la princesse Élisa^ depuis grande-duchesse de Toscane* Le ai juillet suivant, l'État de Parme obtenait aussi Thonneur de l'incorporation au grand empire.

Enfin, le 3o juin , Napoléon entra à Gènes, suivi des ambassadeurs de^ Naples et de Portugal. Le plus imposant éclat accompagna la cérémonie de prise de possession de l'ancienne rivale de Venise. La cathé- * drale vit l'Empereur , dans toute la pompe . d'un troisième couronnement, recevoir les sermens et distribuer les décorations. Ce fiit à Gênes que le cardinal Maury, si célèbre par son opposition à la révolution firançaise, et admis en 179a dans le conseil des princes émigrés, parut en présence de Napoléon, qui lui accorda volontiers la permission de revenir à Paris.

Le 8 juillet, l'Empereur arriva à Turin , et en partit au milieu d'une manoeuvre de la garnison. Il allait au devant des nouvelles de la flotte de Villeneuve. Le 1 1, il était à Fontainebleau. Napoléon y apprit le

second combat de la flottille batàve, qui, sous les ordres de Tamiral Verhuell, triompha , les 17 et 18 juillet y des efforts de^la croisière anglaise , réunie le premier jour au nombre de quinze vaisseaux; et le second forte de quarante-cinq. La flottille parvint à sa destination , au port d'Âmbletéuse. Cette action audacieuse 9 qui plaça l'amiral Verhuellau rang des premiers hosimes de guerre de l'Europe , frappa en* core l'attention par une particularité vraiment che* valeresque , bien conforme au génie belliqueux des grands militaires de cette époque. Le maréchal Da* voust, commandant le camp de Dunkerque, au moment ou appareilla la flottille batave, voulut être volontaire sous le pavillon de l'amiral, monta k son bord, qui prit la tête de la ligne de bataille , et fut à la fois un illustre témoin et un historien fidèle de ce beau fait d'armes, dont il partagea les périls, et dont la gloire devait lui rester étrangère.

Mais pendant que Napoléon se couronnait à Milan, l'Angleterre, pressée par le sentiment profond du danger que lui faisait courir l'imminence de la descente des Français, signait à Pétersbourg un traité dans lequel la Russie s'engageait à lever, moyennant un subside de cinquante millions, une armée de cent quatre-vingt-niille hommes,, pour reprendre le Hanovre , affranchir la Hollande et la Suisse , rétablir sur son trône le roi de Sardaigne , obtenir l'évacualion du royaume deNaples par l'armée française, et enfin pour donner en Italie une frontière à l'Autriche : en un n|pt , FAngleterre, qui avait rompu le traité d'Amiens, armait l'Europe contre cehii.de Lunéville.

Il est à remarquer que la puissance qui allait accéder publiquement ^u nouveau traité de coalition, en renouvela toutes les conditions , huit années après , dans les négociations qui précédèrent le congrès de Prague, tant fut inébranlable, dès l'origifie, le système de la politique autrichienne pour rabaissement de la France! La cour de Vienne , également fidèle aux principes de cette temporisation frauduleuse qui masque constamment la marche de son gouvernement , parut d'abord vouloir se contenter du rôle de conciliatrice en se proposant à la France pour intermédiaii'e entre elle et la coalition- des cabinets de Londres, de Pétersbourg et de Stockholm. Bientôt elle cria hautement à la violation du traité de Luné«ville , parce que la république italienne se donnait à Napoléon comnae royaume , et la république dç Gènes à la France comme province. Cependant VAutriche avait son représentant à Lunéville, quand l'article 1 1 stipulait , en faveur des Italiens et des Liguriens, la liberté de disposer d'eux et d'adopter Xelle forme de gouvernement qu'il leur conviendrait de choisir. Comment à cette époque, où elle discuta, où on l'appela spécialement à discuter cette clause, sa pénétration ordinaire s'est-elle trouvée en défaut , au point de ne pas prévoir ce que l'Italie et la Ligurie ne prenaient pas trop la peine de dissimuler? Pourquoi lie demanda-t-elle pas franchement une explication sur la nature de l'indépendance réclamée par ces deux États? La raison en est simple: lejs re^ ^sentimens de l'Autriche signataire à Lunéville, de l'Autriche immobile dans sa passion comme dans sa politique, se cachaient alors; mais, au moment où

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se renoua la coalition, ils s'enveloppèrent toitt k coup y pour mieux éclater ensuite , du toile d'une officieuse intenrention. Cette générosité était calculée ; car Vienne avait également pris parti avec Londres, avec Péfersbourg, avec Stockholm. L'am^ bassade du comte de Cobentzel à Aix-la-Chapelle devait couvrir cette intelligence. A présent la cour d'Autriche ne se présentait comme intermédiaire que pour gagnçl* du temps et terminer ses armemens. Enfin elle accéda le 9 août au traité de la coalition du 1 1 avril , pour lequel elle s'entendait avec la cour de Pétersbourg et par elle avec celle de Londres dès les premiers jours de janvier, et elle accepta une part dans la distribution des subsides anglais. Cette puissance essayiait, en ido5,^ le rôle qu'elle joua depuis en 1 9 1 3 ; ce fut en arguant de l'infraction du traité de Lunéville qu'elle parut tout à coup en armes dans la Bavière, sans déclai^tion de guerre , comme depuis elle s'élança sur le champ de bataille de Dresde, en accusant la rupture du congrès de Prague»

Le 16 août , au moment où l'Autriche croit Napo«léon occupé d'effectuer la descente en Angleterre, ses armées se mettent en marche f quatre^vinfgt-dix mille hommes s'ébranlent sous les ordres de l'archiduc Ferdinand , dont la tutelle militaire est confiée à l'impuissante présomption du général Mack. Le 7 septembre, ce prince envahit subitement la Bavière, dont François II voulait incorporer l'armée dans la sienne. L'Angleterre a fourni à l'Autriche l'exemple d'une p^feille violation, en attaquant pendant. la' paix les navires et les ports de PEspagne^ La cour

Dtf IVAPOLioN. ^97

électorale de Munich dut aller se réfugier à Wurtzbourg.

Quarante mille hommes, commandés parTarchiduc Jean , prennent position dans le Tyrol j et cent mille combattans se dirigent vers rAdige, sous les drapeaux de l'archiduc Charles , qui part, malgré lui, pour Tenger les souvenirs d'Italie.

Napoléon avait pénétré le dédale de la ténébreuse politique de FAutriche. 11 connaissait les engagemens secrets de cette puissance avec l'Angleterre et la Russie , et il apprit ces mouvemens militaires au camp de Boulogne , où il était venu faire une répétition de la descente , pour tromper les Autrichiens et occuper les Anglais. En effet, sous ses yeux , ses équipages furent embarqués; le corps entier du maréchal Soult le fut pendant quarante-huit heures ; une partie de Tavant-garde du maréchal Ney avait appareillé de Montreuil , et était entrée à Boulogne. L'empereur Napoléon savait aussi qu'au mépris de ses ordres formels , et au préjudice de la haute entreprise qui eût abattu l'orgueil et le despotisme de l'Angleterre, l'amiral Villeneuve avait conduit la flotte combinée dans les ports de l'Espagne ; cependant il espérait encore que cet amiral , après avoir réuni l'escadre de Carthagène à la grande flotte espagnole et française, reprendrait la mer avec quarante* trois vaisseaux de ligne, et que, secondé par l'escadre du contre-amiral Lallemand , il se présenterait durant* Brest, y débloquerait Gantheaume, arriverait dans le canal avec soixante-huit vaisseaux , et couvrirait le trajet de la flottille qui devait porter

agS HISTOIRE

l'armée et la fortune du nouveau César. Dans l'état de dispersion où étaient les flottes anglaises , Com<> wallis n'avait pas plus de quarante vaisseaux à opposer à cet immense rassemblement de forces. Ainsi, malgré tant de chances contraires , malgré les fautes graves qui venaient de déranger les profondes con* ceptions du génie , l'expédition réussissait si l'amiral Villeneuve se hâtait de réparer , comme il le pouvait encore, les conséquences funestes de son inconcevable désobéissance aux ordres de l'Empereur. ,

Napoléon attendit pendant quelques jours l'arrivée de l'amiral ; il les consacra avec son ardeur accoutumée à préparer tous les moyens. de repousser une injuste agression , et d'en aller punir les auteurs jusque dans la capitale de l'Autriche. Un décret, rendu au camp impérial le a6 août, mit en activité soixante mille conscrits, dont trente, mille de la réserve destinée à établir l'armée sur le pied de guerre , suivant la loi de recrutement. La France et l'Italie répondirent de toutes parts à l'appel de r£mpereur. En s'asswant une armée formidable, qu'il s'apprêtait à quitter pour voler .en Allemagne , en veillant sur k conservation de nos flottes répandues au dehors, et de nos immenses préparati& d'invasi(m contre l'Angleterre , Napoléon improvisait dans sa pensée le vaste ensemble des mémorables opérations militaires de la campagne d'Austerlitz. Il est impossible d'omettre dans la vie de ce grand capitaine le fait rapporté à ce sujet par un homme dont personne ne récusera le témoignage. «M. Daru était à Boulogne, remplissant les fonc-

DE . 5APOL]éOir. 299

tiens d'intendant- général de l'artiiée. Un matin, l'Empereur le. fait a{^eler dans son cabinet ; Daru le trouve transporté de colère, parcourant à grands pas son appartement , et ne rompant un morne silence que par des exclamations brusques et courtes..... «Quelle marine! Quel amiral!.... Quels sa-

« crifices perdus ! Mon espoir est déçu. Ce

ff Villeneuve ! au lieu d'être dans la Maache , il « vient d'entrer au Ferrol ! C'en est fait ! Il y. sera

«bloqué Daru, mettez-vous là, écoutez et écri-

« vez. » L'Empereur avait reçu de grand matin la nouvelle de l'arrivée de Villeneuve dans lui port d'Espagne; il avait vu sur-le-champ l'expédition d'An^eterre avortée ; les immenses dépenses, de. la flotte et de la flottille perdues pour long-temps, pour toujours peut-être! Alors, dans l'emportement d'une fureur qui ne permet pas même aux autres hommes de conserver leur jugement ^ il avait pris l'une des résolutions les plus hardies , et tracé l'un des plans de campagne les plus admirables qu'aucun conquérant ait pu -concevoir à loisir et de sangfroid. Sans hésiter, sans s'arrêter, il dicta en entier le plan de la campagne d'Austerlitz , le départ de tous les corps d'armée , depuis le Haiaovre et la Hollande jusqu'aux coofins de l'ouest ^t du' sud de la France : l'ordre des marches , leur (durée , les lieux de convergence et de réunion des colonnes «, les surprises et les attaqui^s de vive force , les «nouvemens divers de l'^miemi , tout fut prévu , la vie*» toire assurée dans toutes les hypothèses. Tellesétaîent la justesse et la vaste prévoyance de ce plan , que , sur une ligne de i«lé^art de deux cents lieues ^

3oO HISTOIRE

des lignes d'opération de trois cents lieues de Ion<gueur furent suivies , d'après les indications primitives, jour par jour, et lieu par lieu , jusqu'à Munich. Au-delà de cette capitale^ les époques seules éprouvèrent quelque altération , mais les lieux furent atvteintS) et l'ensemble du plan fîit couronné d'un plein succès. »

Dans le même moment où- il adlait mettre ses troupes en mouvement , sous le nom de Grande armée y substitué à celui ai Armée dArigleterre^ Napoléon chargeait son maréchal du palais , le général Duroc y de se rendre à Beriin pour s'assurer de la neutralité de la Prusse. Cette négociation fit triompher la diplomatie française, malgré les efforts des généraux russes , du prince de Metternich et d'autres personnages non moins éminens, réunis à Berlin pour entraîner la cour de Prusse dans la coalition. Uhe armée de cent mille hommes, aux ordres du vieux maréchal de Mœllendorff, sage conseiller du trône dans cette circonstance, et une réserve de cinquante mille, commandés par le roi lui-même, devaient garantir sa neutralité armée.

Avant de quitter Boulogne , TEmpereur érigea le prytanée de Saint-Cyr enprytanée militaire iFrançais, à l'instar de l'École spéciale de Fontainebleau, où seraient reçus les élèves de Sairit-Cyr. Le 4 septembre, l'Empereur est de retour à Paris ; le roi de Naples y avait envoyé un négociateur qui régla , le a f , par un traité , sa neutralité désarmée.

Quant au traité qui liait la nouvelle coalition pour la coopération commune des forces de l'An-

DE NAPOLEON. .3oi

gleterre^ de la Russie, de l'Autriche et de la Suèd^ contre la France, il portait à plus de trois cent mille hommes les armées autrichiennes. Mais FAutriche avait mal calculé l'emploi de ses troupes; elle ne rêvait que la conquête de l'Italie, tandis que Napoléon voulait arriver à Vienne par le Danube. I^ Russie s'était engagée à envoyer cent mille hommes en Allemagne pour la fin d'octobre. Elle croyait être en mesure assez tôt pour arrêter la marche du camp de Boulogne. Un autre corps devait de Corfou débarquer à Naples, s'y réunir aux Anglais et aux Napolitains^ et s'avancer sur le Pô, tandis que l'archiduc Charles passerait l'Adige avec sa grosse armée. Un troisième corps anglo-russe se réunirait à l'armée suédoise commandée par le roi Gustave, et s'emparerait du Hanovre. Enfin, une quatrième armée nisse, placée sur le' Bug, non loin de Varsovie , était destinée à observer au moins la Prusse, et à contenir ou entraîner sa neutralité. En regard de ces masses immenses qui s'ébranlent de toutes les extrémités de l'Europe, la France ne compte que deux cent trente-cinq mille combattans , mais dont cent soixante mille , divisés en sept corps sous Bernadotte, Davoust, Ney, Soult, Lannes, Augereau, Marmûnt, et la cavalerie sous Murât, recevront en Allemagne les ordres de Napoléon; ainsi la guerre n'est point douteuse pour lui audelà du Rhin. L'invincible Masséna est son lieutenant en ItaUe. Le maréchal n'a , pour lutter contre l'archiduc Charles, que cinquante mille hommes., et les vingt-cinq mille de l'occupation napolitaine du général Gouvion Saint-Cyr. L'Empereur a

3o2. HISTOIRE

adressé de Paris au maréchal, le 17 septembre , un plan de campagne par lequel il lui prescrit de commencer les hostilités le 27. Toute l'Europe est en armes. La tâche de Masséna devenait difficile à remplir 9 car Tarcbiduc avait pour lui l'immense avantage du nombre et la force de la position. En outre, une flottille armée à Trieste et à Venise, appuyée par des frégates russes, se tenait prête à seconder, aux bouches du Pô et sur les côtes de l'Adriatique , les opérations de Taile gauche du prince. Mais les Français allaient déployer de nouveau leur valeur sur le théâtre de leurs anciens exploits , et si Bonaparte l'Italique ne les condiiisait plus , ils avaient pour eux l'audace , l'intrépidité , le caractère de l'enfant chéri de la Victoire , du héros de Rivoli , du vainqueur des Autrichiens dans vingt batailles couronnées par celle de Zurich.

CependaiU Napoléon ne négligeait aucune occasion de donner des gages à l'Europe contre les souvenirs de la république. Le sénatus-consulte du 1 2 septembre avait rétabli l'usagé du calendrier grégorien. Toutefois si l'Europe a cru triompher de la république au 18 brumaire, elle regrette sans doute à présent le Consulat et surtout le Directoire, quand elle voit deux grandes couronnes sur la tête du premier capitaine des temps modernes. Le gouvernement consulaire, sous Bonaparte, convenait mieux certainement à l'Europe et peut-être à la France. Le sceau de la république n^avait pas été brisé, la majesté de nos frontières était une loi qui ne' pouvant être transgressée que pour les défendre, et les Français présentaient un peuple compacte que la

DE NAPOUÉOir. 3o3

prudence ordonnait de ne pas attaquer dafte ses barrières natm*eUes.

Mais plus }a hâfné se montre violente au-dehors contre l'Emperear , phis ardente , plus passionnée est l'exaltation de la France pour Napoléon. Le û3 septembre, il se rendit solennellement au Sénat, où son ministre des relations extérieures lut Texpo^édé ses griefe contre fa maison d'Autriche. Après cette lecture, deux sénatus-consultes furent proposés : l'un relatif à une levée de quatre-vingt mille hommes sur la classe de *i8o6, et le second à la réorganisation des gardes nationales ; car dans les momens de dangers, les gouvernemens , avertis parla nécessité, éclairés par le sentiment de leur salut, ont toujours eu recours depuis vingt atis à cette belle institution qui fait la force des empires , et que les étrangers oïit' imitée dans leurs dernières conjurations contre [^France victorieuse. Le' Sénat décréta les deux propositions et déféra à TEmpereur la rtommatioù des officiers de la garde nationale. Des décrets impériaux devaient arrêter son organisation définitive; ils parurent et appelèrtnt aux armes tou^ lés Français depuis l'âge de vingt et uti ans jusqu'à soixante. Les bataillons pHrent le nom dé cohbrtes ; cette immense corisci-iption s'étendait sur tousf fes déf/ârtéméns îrfiiitrophés, depuis Ife Pas-de-Calâis jus^u'iau lac de GenèVè?; eHe forhialt quatre arron* dis^eméTis dont Tes co^m^aUdemens ftir^nt donnés à quBttre séïiatëurs, les géhérau'x Riimptin , d'Aboville, les maréchaux Lefebvre et Rèllermhnrt; ces deux maréchattx récurent de j^lns le commandement de deti^ corps d'armée de réè:erve, l'un k Mayence,

3o4 HISTOIAB

l'autre à Strasboui^. Un troisième corps gardait Boulogne sous les ordres du maréchal Brane; trois camps volans de grenadiers devaient être établis à Rennes , dans la Vendée et au camp d'honneur de Marengo. Le général CoUaud gardait Anvers et Plessingue. Le prince Louis prit le commandement en Belgique et en Hollande. Un enthousiasme extraordinaire exaltait Fesprit de l'armée : c'est pour elle aussi qu'elle aime la guerre; en se pressant autour de son Empereur, elle sait qu'elle soutient son propre ouvrage. Les gardes nationales se montrèrent

^ fières d'être arrachées à leurs habitudes paisibles, et de prendre rang dans l'armée pour la défense du territoire.

Napoléon, parti de Paris le a4 septembre , était à Strasbourg le 27 ; le surlendemain il reçut de tous ses corps d'armée les renseignemens les plus positifii et les plus satisÊdsans. Déjà le prince Murât et le maréchal Lannes avaient passé le Rhm, et opéré le mouvement à l'aide duquel l'Empereur cherchait à faire croire au général Mack que nous voulions pénétrer en Souabe par les défilés de la Forêt-Noire, et gagner la tête des eaux du Danube , pour agir sur la rive droite. En même temps et d'un autre côté , les maréchaux Ney, Soult et Davoust, avaient mar-

' ché, le premier sur Stuttgard, le second sur Heilbom, le troisième sur les hauteurs d'Ingelfingen et ensuite sur OEttingen au-delà du Necker. Les autres corps avaient suivi le mouvement général sur'chaque point qui leur était indiqué.

L'Empereur lui-même se trouvait le i^"^ octobre sur U rive droite du Rhin , après avoir ^dressé à son aiv

DB VAPoiiov. 3od

mée une de ces proclamations qui ont prophétisé pendant quinze ans la victoire , sans démenlir les pa« rôles de Toracle inspiré par son génie. L'électeur et les princes de Bade vinrent à £tlingen au-devant de Napoléon , qui allait combattre pour la première fois sur le théâtre de nos triomphes républicains. L'électeur de Bavière mettait toutes ses espérances dans l'appui de Napoléon : la cour de Bade , malgré son penchant pour la Russie , ne pouvait que s'en remettre à la même protection. Cette cour s'était vue obligée de transiger par un contingent de quatre mille hommes y qui obéit au drapeau français. La même opération avait eu lieu avec le duc de Hesse- Darmstadt. Mais il fallut imposer par les démonstrations de la force à l'électeur de Wurtemberg, et conquérir son alhance , peut-être en secret volontaire et du moins aussi conforme aux intérêts du prince que nécessitée par sa situation; pressé entre deux armées , il était contraint de prendre un parti prompt et décisif. Ney avait du ouvrira coups de canon les portes de Stuttgard, Napoléon employa quelque séduction auprès de l'électeur, conclut avec lui un traité qui nous donna un corps auxiliaire de huit mille hommes ^ et gagna un allié dont la fidélité lui fut toujours utile et jamais onéreuse.

Cependant, Napoléon, pour assurer le succès du grand mouvement de son aile gauche qu'il dérobait aux ennemis, et séparer le général Mack des renforts autrichiens et russes qui accouraient vers lui, dirigeait toutes ses divisions sur INordlingen. Il fallait surtout que Beruadotte , avec un corps grossi des troupes gallo-bataves amenées par Marmout, II. no

3b6 titstdiKE

ttiaiicliât iiuV WuttzboUi'g où la c6\xt de Mufaich s'était réfnigiée , y)prit te commandement de Tatméô ba- Tatoise^ forte de vingt -cinq miHe hommes, tt tnltiœtivrât dans ia même direction que les autr^ diirisions. Le temps matériel manc^it au mat'échal pour se porter sur le Datiube, àlVigolstadt, à moins qu'il ne violât tes possessions prussiennes en FraHconie. KapoléoH n'ignorait pas les mauvaises dispositions de la Prusse, alors déclarée tout entière contre !tii, le roi excepté; il sentait les dangers de l'accession de cette puissance à la coalition y mais il savait aussi qu'elle nourrissait l'arrière-pensée d'obtenir le Hanovre pour prix de sa neutralité; l'Empereur avait fait prt)poser au roi d'occtiper cet électoràt pendant la guerre. Maigre cette démarche , dont l'itttentîôn était favorable aux vues de là Prusse, il tie pouvait se fier au caractère temporiseur du cabinet de Berlin; il prévoyait que l'audace et le succès U'une résolution quifrappt^ràit uil coup terrîbte sur lë^ allies , suspendraient au moins les graves effets de» i^îssentimens les plus ekaltés : en conséquence, l'di*dre deftanchir le tei^rîtoirfe d'Afaspachetde Bài^uth fM donné à Bernà^ïotte eu ces teVhiei : « Trà •

* verser ces terri toîxe^i, évifer d'y Séjouiiiter, Éaire « beaucoup de proiesftatîôïis tri faveù'r'de h. Prus^ft , i« ïêrtloigner beâtacotip d'attachethent ^iotirèTle, le « »plui d'égà^dS ^ii'btt ^tottrra , j^uiS W-averseÉ- seis pds-

* ^eteiôhs âvefc rtipidité , en alléguant l'impô^ibriité « defhit*eà'uti'eïnent,pàtce que cette i'mpossibilitéest a réelle. » Ces ptécautions , dictées par une raison prévoyante, les explications de M. Laforét à Beriin et di? M. Ottô à Wutt^bôurg , A'cfmpéchèrenl pas la

OB iriiFomAûir. 807

PruMe de faire éclater son mécontentement et ms œeaacés; elle ouvrit la Silésie et ses autres proTînce^ aux trempes rusaes pour se rendre à leur deàtinsh tîon.

Pendant ce temps, le roi de Suède mettait à la flolde des Anglais douze mille hommes qui devaiebt tagir en Poméranie avec vingt-quatre mitte Busses , aux ordres du général Toktoy, que seconderait une légion de Hanovre , formée en Angleterre : la reprise de rÉIectorat était le but de Texpédition. Ni oee orages élevés contre lui , ni le déploiement de Mutes les forces de la monarchie de Frédéric, n'é* branlèrent Napoléon; de son côté, la Priasse ne se llécermina pas à en venir aux dernières extrémités^ elle iMiralysa même par sa contenance les efforts des alliés; la Prusse, eofiii, temporisa par crainte, par intérêt et par une prudence dont elle n'aurait pas dû s'écarter. Mais pour les gouvernemens , comme pour les particuliers, ce qu'il y a de plus rare au monde 9 c'est la persévérance dans les résohitioM prises avec maturité; et de la mobilité comme de la faiblesse , où elle prend souvent la naissance, décou^ lent une foule de malheurs que la constance aurait presque toujours détournés.

Mack^ doublement trompé, soit par les démonstrationsde Napoléon à l'entrée des goi^es des tnon>tagnes de la Foret-Noire, soit par la marche rapide ^t le rassemblement vers Stuttgard des trois corps d'armée de la garde impériale, avait Clément ignoré le mouvement circulaire de notre aile gau- -«he^ composée tles autres corps, aux oréires des joDarbofaanxNeyetjDavoust, ainsi que celiii4ug>rand

3o8 HI8TOIBB

parc d'arlillerie sur Nordlingen. Il apprit enfin qae le gros de Tarniée française se portait sur le Danube: à cette nouvelle « il concentra ses forces autour de la ville d'Ulm , comme autrefois le vieux feld-maréchal Kxay l'avait fait devant le général Moreau. Mais les positions i^pectives et surtout l'adversaire étaient changés ; le génie de Napoléon planait sur une vaste étendue , dirigeait avec autorité les gênérauxy enflammait les soldats, rivaux d'ardeur et de fidélité pour accomplir ses projets avec la plus étonnante précision. C'est ainsi que cent mille hommes se trouvèrent le même jour sur la rive gauche du Danube, et le passèrent au même instant, du 6 au 7 octobre, à Donawert , Neubourg et Ingolstadt. Cette manœuvre, dont les proportions croîtront encore dans la campagne de Russie, coupait la ligne d'opérations des Autrichiens, leur enlevait toute possibilité de retraite par la Bavière , et les renfermait dans cette partie de la Souabe , entre les montagnes du Tyrol et le Danube. Pendant l'exécution d'une si grande combinaison stratégique, le reste de l'armée , d'abord réunie à Stuttgard dans le dessein que Ton a vu, et chargée ensuite de franchir le Danube à vingt ou trente lieues au-dessous d'Ulm, allait prendre à revers la ligne du I^ch , et s'établir sur les derrières de l'ennemi. L'Empereur porta son quartier-général à Donawrert , et fit repasser le Lech au général Murât, pour interrompre la communication entre Ulm et Augsbourg.

Le passage du Danube, l'occupation d'une partie de la Bavière, et la présence d'une armée française qui fermait derrière lui le cercle tracé par Napoléon,

DE NAPOLlfON. 3o9

frappent, à la fin, de stupeur le général autrichien; au milieu d une telle surprise , il rassemble ses trou* pes sur riller, dans le fol espoir de nous rejeter audelà du Danube , et de se défendre au moins jusqu'à l'arrivée de la première armée russe. Pour atteindre ce but, il veut s'emparer du pont de Donawert avec un corps composé de douze bataillons de grenadiers arrivés du Tyrol, et soutenu par quatre escadrons de cuirassiers d'Albert. Murât, en marche avec sept mille hommes de cavalerie pour Zusmershaussen , rencontre à Wertingen , à quatre lieues de Donawert , ce corps d'élite : il manœuvre aussitôt pour l'entourer et lui couper la retraite. Un combat opiniâtre s'engage entre les Français et les ennemis; enfin, renforcé par le général Oudinot, venu de Donawert à son secours, Murât disperse la division autrichienne et lui fait trois mille prisonniers. Nqs soldats , d'abord impatiens d'essayer les armes impériales que tiennent encore les mêmes mains qui avaient assuré le triomphe de la cause républicaine ^ ensuite électrisés déjà par les premiers exploits dans la campagne , et pleins du sentiment de l'admirable position où leur général les a placés , se persuadent plus fortement encore, après cette brillante affaire, que la victoire est montée sur le trône en même temps que Napoléon. L'Empereur récompense noblement ses braves sur le champ de bataille. D'un côté, nous tenons en échec le gros de l'armée autrichienne renfermée dans Ulm , de l'autre nous faisons des progrès en Bavière. Au combat de Wer^ tingen succède le combat de Gunzbourg : en vain les Autrichiens résistent avec acharnement, en vain le

3fO UkSfiOULE

prince Ferdinand est accouru pour soutenir de sa présence le courage des siens à défendre cette posi* tion,le inaréchal Ney, secondé par l'héroïsme des troupes , s'empare du pont et de la ville après avoiv £iit douze cents prisonniers , enlevé six pièces de canon et tué deux mille hommes aux ennemis. A la suite de cette action , le général Dupqnt, k qui Baia* guay d'Hilliers devait se réunir près d^Albeck, pour se porter ensemble sur Ulm , arrive seul au hameau d'Hasslach; il ti*ouve les escarpemens de la plaça couronnés par une grande partie de l'armée autrir chienne : vingt-cinq mille hommes sont devant lui ; il n'en commande que sept mille. S'il recule un mo?ment, il est perdu peut-être, lui et sa division : il n'hësite pas à aborder à la baïonnette les ennemis en marche pour l'envelopper, et renverse leur première ligne. Ce succès anime les troupes , en partie composées de conscrits : mais ces conscrits ont un beau nom à soutenir, celui de V incomparable g** légère , celui de la brave 3^*, toutes deux immortalisées en Italie. Aussi les s^ttaques successives de» Autrichiens sont repoussées avec une étonnante vigueur. Le village de Jungingen fut repris six fais par cette poignée de héros. Resté maître du champ de bataille, Dupont se retire avec plus de quatre mille prisonniers, nombre presque égal à ce qu'il avait encore de soldats après un combat si terrible^ et reprend avant le jour la route de son oamp d'Albeck.

Napoléon ne laisse aucun relâche à ses ennemis, résolu qu'il est de les acculer sur la place d'Uln^, d de cerner leur aile droite pour lui intcndire toute

qfiipiaunio^Mçn ?yeç le Tyrol. Lff jftiii? méimç 4s 1» prise di9 Q^î|zbpurg, U s? rpn4 à A|igsbQ\irg, ^'çjlj. H wYoie SflHit «ir MeRimingep. Ç^e m^réc^afil put ijne brilianlç rencontre avec u» cprps çftnemi, çt investit cette ville , défendue pj^r le général Sp^og^^ji à U ^éte de p^nf b\ataillpns , qui capitulent. Soul( poursuit ^^s fucçè?, yçp^s£V3 l'Uler ef yiçnt se pl^ceiç dev^qt Çlw. Qu ç(}té de roi»esï,le paar^cha^ ï^pp^f^ achève le blocu^ 4^ çefte place , ef: ^^npe |a mqii) ^i) Si^^v^\ l^armont , amvé d'Aiigsbpurg ayec le deuxième corp^, ainsi qu'à 1^ garde ipip^riale , cpi^r, mandée par le général Bes^i^res, et $i la divi^tpq dfi gro$$e cavalerie du général d'Hautpoult, tp^s. ^n position devant la yille mens^cée. Les annales intlitaires conserveront éternellement le souyenir de IVlocution que Napoléon , au milieu de la neige et du frpid le plus vif, adrassa 3wr le pont du Leph aiir Français et auie floUandais formant le çorp$ d^ Mfi^rmQPt. Il leur ei^pliqua de h manière la plu» précis^ la siti^ation d^^çspéréa de l'epnemi $ fruit d? $09 combuiaisops et de la constance de iVmé^ k br^lYPr les pUis grandes fatigues , leur annonça pne batjiiUe inévitable, et }^un promit Mn triomphe cerr tain. Jamais harangua pronopcée dans de^ cir? cpnstances aussi défavorablf^s à l'éloquence, nç produisit m) pareil effet sur de^ troupjes; jam^i» le9 açcIjainatioBSî de^ soldats de César ne donnérçqt; 4e plus n^^urés pré^ges d^ la victoire à Iqiur général.

Mack peut réunir encore soixante mille hommes , m^s non pas affronter avec eux les Français, dans U pff^i^imi r?dputa^le ok ils sont vis à yif de lui. li

3l2 UISTOIBE

songe donc au moyen de sauver une partie de son armée avant l'entier investissement de la place. On délibère sur le parti à prendre : Varchiduc adopte celui d'essayer de gagner Nordlingen et de passer en Franconie, afin d'arriver à la frontière de Bohême avec un corps considérable. Pour exécuter ce mouvement ^ il faut forcer la "position de Dupont. Les deux adversaires sont en présence et combattent avec fureur. Le prince s-établit devant Aibeck.

Le i3 octobre au soir, l'armée se trouve^ auprès )d'Ulm et partout en face de l'ennèmii. L'Empereur ordonne l'attaque générale pour le lendemain. Le i4 au matin / il va lui-même faire une reconnaissance : d'un coté, nos tirailleurs repoussent tous lès avantpostes autrichiens, de l'autre, lé maréchal Ney attaque les redoutables positions d'Elchingen que défendent quinze nlille hommes et quarante pièces de canon ; le pont est enlevé , malgi*é la vive résistance des Autrichiens, et traversé au pas de course par nos troupes. Bientôt Ijaudon , qui occupe £1chingen, voit ses soldats culbutés et poursuivis jusqu'au pied de ses retranchemens; il perd trois mille prisonniers, des drapeaux, plusieurs pièces d'artillerie. Deux régimens ont péri presque en entier; deux bataillons, enfoncés par le 3^ régiment de hussards, mettent bas les armes. Ces nouveaux lauriers, qui viennent de ceindre le front du brave des braves, sont chèrement achetés , et le nom d'Elchingen rappellera au maréchal Ney Tun de ses plus grands périls dans l'un de ses plus beaux faits d armes. Pendant cette brillante et rude action, l'archiduc se préparait k effectuer sa retraite avec deux

MK^ÏÏ.

OE.NAPOLliON. 3l3

divisions sous la conduite des généraux de Werneck et de Hohenzollem, et une réserve de cavalerie sous son commandement, qui devaient se réunir à Nordlingen.

Cependant Napoléon prescrit à Dupont de rejeter dans Ulm tout ce qu'il rencontrera; mais les rapports de ce général , fortement menacé entre Albeck et Languenau par les iiS^ooo hommes du général Werneck, qui n'a pu regagner Ulm après le combat d'Ëlchingen, décident l'Empereur à envoyer sur les lieux le général Mouton , l'un de ses aide^e-camp. Mouton arrive au moment où le combat va commencer, et essaie d'arrêter le général Dupont. Celuici, malgré l'énorme disproportion de ses forces, persiste à exécuter les ordres positifs qu'il a reçus. Après une heure d'une lutte inégale et meurtrière, Napoléon, instruit du véritable %tat des choses, détache deux divisions d'in£smterie et la cavalerie de Murât au secours de la division engagée dans un si grand danger; l'ennemi est écrasé, et l'archiduc, séparé du corps de Werneck , qu'il veut rejoindre, est réduit à sortir d'Ulm et à fuir sur Âalen , pendant la nuit, avec cinq mille chevaux. Murât s'attache à la poursuite de Werneck et de l'archiduc. Toutes les opérations marchent simultanément : sur la rive droite du Danube, le maréchal Lannes emporte la tête de pont de la ville d'Ulm avec tant de vivacité, que la cavalerie autrichienne peut à peine rentrer dans la place; le même jour, le général Marmont complète le blocus sur la rive droite.

Napoléon voit tout de son quartier-général, établi ài 1 abbaye d'Ëlchingen. Dans la nuit du i4 ^u i5

3i4 HisTomc

octabre, il £iit passer le Danube, êm 1# pont <le oetto Tîlle, au maréchal Lannes, qui va se réunir au maréchal Ney pour assaillir, sur la rive gauche, des hauteurs garnies de redoutes et de retranchemens pmr le général Mack afin de couvrir l)lm de ce côté. Le moiivement commenoe à deux lieures du malin. L'empereur, au milieu de ses soldats, partage leuvs^ Ê^tigue^ et dirige les raanomvres ; à la pointe du jour , il se rend au hameau d'Has^ach avec sa gaFde. Far ses ordres, le général Bertrand attaqua et force le Mîehels-Berg, tandis que le maréchal Nej rejette dans les faubourgs les troupes qui s'appuyaient à cette position. Napoléon s'avance vers elles suivi de ^n escorte , et s'obstine à ne pas s'éloigner d'une batterie de cinq pièces de canon , tout à coup démasquées, et qui tirait à demi-portée. Lannes saisit la bride du chevA de l'Empereur, pour l'obliger k s'éloigner. Napoléon veut arrêter Ney, exposé à un 6>u tenribb , et 1q contraindre à attendre Farrivée du maréchal Lannes à la même hauteur, sur son flâne gauche. L'intrépide Ney se refuse ^ pantager la gWirip; d'ailleurs il a prévu lattaque ennemie. Sous la conduite de&uchet, le gépéral Glaparède, le oolooael Vedel, fout des prodiges, et si leur mouve» ment est seoondé par de plus grandes forces, peut* être la ville sera prise d'assaut; mais une double sortie de l'ennemi arrête ces bravey, et leur ooàte^ beaucoup d'pffîcters et de soldats.

Napoléon arrive sur le penchant de l'escarpement du Michels-Berg , contemple k ses pieds la ville d Vlm dominée de tqutes parts , à demi-port^ de canon, pas nos positions, et Tarmëe autriphienne

DF. NAPOLlSOTr. 3l9

eniermée dans les murs de cette plaoe , et ne pour ▼ant désormais la quitter qu'avec la permission du vainqueur. Ses desseins sont accomplis , il bât retÎT rer ses troupes engagées trop avant, rétablit l'ordi^ dans toutes les communications , et attend Tévèner ment avec une patience vigilante, sans vouloir eéder aux cris de ses soldats qui demandent l'assaut, U désire épargner du sang : il préfère le parli d'user da son ascendant pour déterminer les Autrichiens à m rendre, à la cruelle résolution de détruire à la foia une grande ville et une valeureuse armée trahie pap la fortune, ou plutôt par l'imprudence et l'incapacité de son chef C'est avec l'affreuse perspective dHin malheur pareil à celui de Jafifa, qu'il tente de persuader, d'abord le général Mack, et ensuite le prince c|e Lichtenstein , de la nécessité de capitulen. L'ennemi hésite: on canonne la place pendant vingtquatre henresj les fascines, les échelles, les troupes, tout est prêt pour l'assaut: Mack essaie de dissimukn sa position par un ordre du jour menaçant poUr ceux qui parleraient de reddition ; mais le lende*; main 1 7 , il se présente au quartier-général français et accepte la capitulation, motivée Qur )a situatioa désespérée de son armée.

Cependant Murât n'a point abandonné la poum suite de l^archiduc ^ le 16 octobre, il rencontre au village de Languenau l'arrière-garde du porps di Werneck et lui enlève trois mille hommes, tandi$ que l'Empereur ordoqne au maréchal Lannes de sq porter sur Âalen et Nordhngen pour couper à l'eui nemi la route du Danube. Une autre rencontre do Murât avec Werneek , sur le pont de Neresheim^t

3r6 BISTOIBE

nous donne encore douze cents prisonniers.L'archiduc, qui venait d'arriver au moment même , n'a que le temps de monter à cheval et d'abandonner son corps d'armée. Enfin, le 1 8 octobre, les huit mille hommes qui restent au général Werneck déposent les armes. Pour mettre le comble à tant de revers , un convoi de cinq cents voitures , attaché à cette armée, tombe entre les mains des dragons du général Fauconnet. Deux mille cavaliers environ, voilà tout ce qui reste à l'archiduc des vingt-cinq mille hommes qu'il avait fait sortir d'Ulm pour la défense d'Elchingen. Le 17, il s'était encore séparé de Werneck, et avait pris la route de Nuremberg. Ce fut ainsi que ce prince eut le bonheur d'échapper aux mesures de Napoléon pour le rejeter dans la direction deMurat, et l'ajouter aux immenses trophées de la victoire.

Ces succès, presque incroyables, ayant été communiqués par Napoléon lui-même au feld-maréchal Mack, qu'il appela à son quartier-général, le 18 octobre, il se détermina à rendre la ville, sous la condition qu'elle sérail occupée par le corps du maréchal Ney, qui pouvait plus facilement la défendre que l'investir. Mack avait tellement perdu la tête, qu'au lieu de retenir encore pendant six jours devant Ulm les corps de Soult , de Marmont , et la garde impériale, il se décida à remettre cette place le lendemain. Le 19, trente mille hommes conduits par seize généraux, soixante pièces de canon, quarante drapeaux et trois mille chevaux, défilèrent devant l'armée française, en bataille sur les hauteurs de Michels-Berg et du Frauenbei^. Napoléon , en-

DB NAPOLEON. 3l7

touré de son état-major et de sa garde, s'enivra en secret d'un triomphe encore inconnu pour lui parmi sespluséclatantes victoires d'Italie et d*Égypte. Il traita les vaincus avec une noble bieuveillance , non pas toutefois sans laisser tomber, en s'entrete» nant avec les généraux ennemis, quelques-unes de ces paroles menaçantes qui ressemblaient à des oracles dans la bouche d'un homme accoutumé à réaliser les promesses de son génie, et à déconcerter par des merveilles inattendues tous les calculs de la prudence humaine.

Au moment même de ces succès inouis, Napoléon, qui, dans de plus grands intérêts que ceux d'une vaine ambition de suffrages , avait toujours , au milieu de ses plus lointaines expéditions , les yeux fixés sur Parft, donnait aux magistrats de la capitale des drapeaux et deux pièces de canon prises au combat de Wertingen: il^ faisait aussi nommage au Sénat de quarante drapeaux enlevés à l'ennemi dans les affaires qui suivaient ce combat. Le message parlait encore plus à la nation qu'aux sénateurs; c'était un appel adressé par la gloire au courage de la jeunesse française. Avant notre départ du quartier-général d'Ulm, des décrets utiles et une proclamation qui n'a peutêtre point sa pareille dans la vie d'aucun illustre capitaine, parce qu'elle retrace les suites admirables d'une conception déclarée infaillible par des résultats prévus et annoncés d'avance , acquittèrent la reconnaissance de Napoléon envers l'armée.

Cependant la violation du territoire prussien avait beaucoup accru la prépondérance du parti russe à Berlin. Alexandre était venu en personne aigrir les

3i8 > Hin^iM

MéeoBtenteaiemclu roi : pour ajoatei*à ces mauTftîfies disspoBitioiWiy l'archiduc Antoine, aussitôt après la Sé&àte d'Ulm » accourut avec la mission de représenter aux deux souverains Turgence des secours l'éclatnés par la uiaison d'Autriche. Deux joura après son arrivée eut lieu, le aS octobre , entre Alexandre M Frédéric-Guillaume^ un traité mystérieux qui fut en que^tie sorte renoavelé et Juré sur la tombe du grand Frédéric^ à Potxdam. Ce traité ^ ce serment , avsfient des racines phis prdfofides qu'on ne le eniit alors : ils étaient inspirés par ce jésuitisme politique qui attacha oonstammeot une restriction mentale à Ventes les conventions que TEurope oondut avec Napoléon , depuis celles de Lunéville et d'Amiens* L'aHiance de la mysticité russe et prussienne , qui 'i&art une itvfkience si forte sur le sort de la France et de l'Euneipe , date de^a scène de Potzdam. Alexandre fot le grand-prétre de cette religiosité qui devait me^rir avec lui , et dont le caractère , purement per- ^bnfvel à ce prince , n'a obtenu de place dans Tfaistoire que parce queson fondateur était, après Napoléon f le nvonarque le plus puissant de la cht*élientë. Le tïùm de Sainte-Aliiance est une des plus singalières audates du pouvoir dans ce siècle tout phil^ SophfqOe 9 et il a fallu la tension continue de toutes les forces physiques des •gouvememens pour soutetth"pMdant quelques années le crédit de cette étrange parodie des droits de l'homme. Cette bizarre fiction du despotisme a expiré sans convulsion devant la Tiécessité du temps ; elle reste moquée à présent par sespi'opres déserteurs, comme le sont toujours les •aberrations de ta .politique par la raison universelle.

DE mkP0hàof(. 5 19

L'arc m s'eut point btîsé ; il s'est détendu dé laiméme ^ quaiild la mort a eu gkcé le hnà qui le tenait eboore.

Tandis que l'Autriche ^ la Russie^ \k Prusse et l'Angleterre intervétrae par se^ envoyés powréglcfr tes subsides destinés à solder la côc^émtt^^i de ^t«e dernière puissance^ préparaifent noi^e ruine v Nn)^ léon^ à l'exemple de César, ne s'arrête qu'un taiomeitt a Muntcli) qui le reçoit en libérateur» et poui^ait le cours de sa fortune^ ^éjà toutes 9es divistovrs, aN rivées simultanément aux diflérens points désignés , ont frahcdd Vlaiïj malgré toutes les démonstrations et même les efforts dVine vive résistance. Soutt, Lanfltts et Murât sont allés a«i devant des Russes. Le it9 octobre^ liannes occupe firaun au ^ place ini|Kfrtante pour nous , où il s'èmfiare de magasina constdérables. Le de^ Murât ^ qui n'a pes laissé un moment de repos ati prince PerditiâAd , après l'avoir encore battu entre Fwth et Nuremberg ^ atteint de mmveaU eon arrière^rde à Mebrtenbacb. L'archiduc lui a éohappé et a pu se retirer en Bohême. i\ ne redie plus de l'armée dé oe pfince que kL dtyiskm JtAlàckîch f ifÊA s'est jetée dans le Tyrol et qui btemt^ capitulera entre les mains d'Atfgereau. Ren»»dotte <«st entré dans Salabou4rg. Le 4 novembre , Murât let Lannes dispersent uiHe arnèt^-^garde russe à Avostetteni'le TOeme jour^ Davoust occupe Steyerdansla Basse^ Autriche , et Yioence ^cmvte ses Jportes A l'armée d'Italie. Masséna a déjà fafit capituler cm corfps autrichien. L'archiduc Charries aussi a commencé sa retraite. Le 7 , Ney délivre le Tyrol de l'arMée de IWokidttC Jean ^ et se Tend maoltre des villas de 'Hall

3ao BmoimE

et d^Inuprack. Trois jours après , Davoost renverse , au combat de Marienzell , le corps de Meerveldt, tandis que Marmont arrive à Léoben. Cette petite ville rappelle k Napoléon le plus beau souvenir de rimmortelle campagne dltalie, le traité de Campo-Formto , la paix donnée à l'empereur d'Autriche par le gênérai Bonaparte. Mais cette fois l'empereur des Français veut aller à Vienne, car à présent il lui reste à faire sa fortune de souverain ; et c'est dans les capitales des empires qu il forcera l'Europe à respecter son titre impérial.

Le 1 1 , au terrible combat de Diernstein , le maréchal Mortier cueille une des plus belles palmes de cette guerre mémorable : il n'a que cinq mille soldats, et rencontre dans un défilé Tarrière-garde russe forte de vingt-cinq mille hommes. L'action dure depuis 6 heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. Le maréchal tue àl'ennemi deux mille hommes, Élit neuf cents prisonniers , prend six drapeaux et six pièces de canon , se fraie un passage au travers des colonnes russes, et rejoint l'armée avec sa troupe héroïque sur la rive droite du Danube.

Le i5 , les bourgeois de Vienne reçoivent le vainqueur dans leurs murs. La capitale est occupée, mais elle n'est pas la monarchie : T Autriche a transporté ailleurs le champ de bataille. Napoléon négligea depuis le grand avis que lui donnait alors un ancien monarque : il oublia au jour dumalheur qu'un empire a ses pénates partout où il possède encore une armée, et qu'un camp est la véritable capitale d un État envahi.

Cependant l'archiduc Charles a dû abandonner

DB NAPOLioir. 3a I

toutes ses positions de la première guerre cPItalie. Le i3 novembre , Masséna avait passé le Tagliamento; le 14 fNey était à Trente: leHaut-Adige, Tlsonzo, Gradisca, Udiue, Pa]ma-No?a, Goritz, ont revu les troupes françaises. De sou côté, le maréchal Saint- Cyr obtient à Gastel-Franco un brillant avantage, à la suite duquel un corps de sept miUe hommes, commandé par le prince de Rohan, est contraint de se rendre. Dans là Foret-Noire, Augereau s'empare de lindau, de Bergen, de Feldkirch. Lannes et Murât chassent l'armée russe dHollabrùnn. Là commence la diplomatie militaire des deux alliés. A HoUabrunn, un parlementaire autrichien demande qu'il soit permis aux troupes autrichiennes de se séparer des Russes : Murât l'accorde. Peu après , un aide-de-camp de l'empereur de Russie vient solliciter une capitulation pour l'armée russe : Murât y consent. Mais Napoléon déclare qu'il veut la ratification d'Alexandre. Le a 7 novembre, l'empereur François, qui s'est retiré à Olmiitz , dépêche MM. de Stadion.etde Giulay, munis de pleius pouvoirs pour négocier avec Napoléon, qui offre préalablement un armistice afin d'arrêter l'effusion du sang. Il reconnaît bientôt que toutes ces démarches de ses ennemis ne sont que des rudes de guerre dont le but est de laisser à une troisième armée russe le temps d'arriver. Le nS novembre , la seconde armée russe fait sa jonction à Wischau avec le maréchal Kutusoff. Napoléon envoie complimenter Alexandre à Wischau, et proposer une entrevue à ce prince y qui lui adresse son aide-decamp Dolgorouki. Napoléon venait de faire à dessein un mouvement rétrogradede trois lieues. Dolgorouki II. ai

3ad HisxoiBS

le trouve occupé à fortifier sa nouyelle pooAion, et il retourne prophétiser à son maître la ruine de Farinée française. Les Russes saisissent ardemment œtte ridicule espérance : ils voient Napoléon égaré parla victoire à deux cents lieues de sa frontière, au centre de la Moravie, opérant sur un espace de quatrevingt-dix lieues en pays ennemi; menacé à sa gauche par la Bohême, à sa droite par la Hongrie, inquiété de plus par l'accession secrète de la Prusse et parla fermentation du peuple de Vienne. Napoléon juge autrement sa situation; il n a pas commis Timpradenoe de rester à Vienne , où il pourrait être attaqué en même temps d'un côté par Tarchiduc , qui revient d'Italie presqu'à marches forcées, et de l'autre par l'armée russe, qui accourt de la Moravie. Le grand homme de guerre s'est bien défendu de s'endormir dans une capitale que son adversaire a résolu de lai abandonner. It calcule les marches de l'archiduc et court se porter sur Brûnn , où il arrivera avant le* Bfusses. a De là , dit-il , je choisirai mon moments mon ennemi. » En effet , sa ligne de communication était aussi sûre et aussi courte par la gauche du Danube, surLinte, qu'il avait £ait fortifier, que sur Vienne par la droite du fleuve : il pouvait donc la changer à volonté. Vainqueur, il la conservait sur Vienne; vaincu, il i^fectuait sa retraite, sa droite appuyée aux montagnes de la Bohéioe, et sa gauche à k rive gauche du Danube. Mais, aveuglés parieur présomption , les alliés croient prendre Napoléon en flagrant délit; ils vt>ient toute l'armée française com«promise , s'ils parviauient à couper la communie» tion sur Nicolsbourg. Napoléon le savait avant

«Tétait «ette matiDeiivrecle flaticqn'il parut avoir pté'^ méditée, quand , parvenu soua Bnitiii , datia la plaine d'Austerlitz^ il avait dît à ses généraux:* Étu- « diee ee champ de bataille ; dans huit jours nous y c verrons l'ennemi. »

Soit confiance dans les ressources de son génie, soit prévision de la double faute que les sdliés alkîeiit commettre en venant l'attaquer prématurée ment sur le champ de bataille qu'il avait choisi lui-même, et en manœuvrant par leur gauche, coMime il le désirait avec tant d'ardeur , Napoléon attend la victoire; elle ne trompera pas son espé* ranoe. Le 28 novembre , le« coalisés sont en-deçà de Wischau, et commencent le fatal mouvement que Kapoléon leur a, pour ainsi dire, inspiré par une feinte retraite. Les jours suivans, ce mouvement continue. Le 1*" décembre , les ennemis se trouvent . sons les armes en face de ncms. A la nouvelle de leur marche , Napoléon réunit sous sa main toutes les troupes dont il a besoin , et établit sa Kgne de bataille , la droite au lac de Menitz , la gauche au pied des montagnes, entre les deux bassins de 4a Schwartsa et de la March. Cette ligne a devant elle le Santon , position élevée d'où Napoléon peut embrasser à la fois toutes les opérations. Le 3o nervembre,€n parcourant les hauteurs de Pmtzen, il av^it dit à ses généraux , au sujet de cette belle position comparée à celle du Santon : « Si je voulais empé- • cher Fennemi de passer, c'est ici que je me placées rais; mais je n'aurais qu'une bataille ordinaire : «i^ a au contraire, je resserre ma droite en la retirant

3a4 HiftToiu

tf vers Bràmi , et que les RuMes abuidoiuient oei

« hauteurs, ib sont perdus sans ressource. »

Nous devions combattre sous les plus heureux auspices : Trieste s'était rendue à Bfasséna, et, par la plus glorieuse comme la plus savante combinaison, les. armées françaises d'Allemagne et dltalie avaient, le 29 novembre, uni leurs lauriers k Klagenfurth. Le sort de la monarchie autrichienne allait être décidé dans les plaines de la Moravie, autour d'une petite ville à deux lieues de Brûnn.

Le I*' décembre. Napoléon voit avec une indicible joie les Russes, animés de la plus funeste confiance, exécuter en plein jour leur mouvement de flanc pour tourner notre droite. Il s'écrie à plusieurs reprises : « jàvant denuUn au soiry cette armée est à moi : » et dans ce moment même , il dicte une proclamation qui met les troupes dans la confidence des projets de l'ennemi et du succès assuré de nos , e£forts. Le soir, il veut visiter incognito les bivacs de son armée; mais, reconnu dès les premiers pas, soudain toute la ligue est éclairée par des fanaux de paille, et nos soldats, transportés d'allégresse, célèbrent ainsi le premier anniversaire du couronnement.

De retour à son bivac. Napoléon £ait sur-lechamp des dispositions. Davoust se dirige vers Raygern pour contenir l'aile gauche des alliés : Murât est à la tête de toute notre cavalerie; Bernadotte commande le centre; Soult la droite , où l'effort doit être décisif; Lannes défend la gauche , et appuie l'une de ses ailes au Santon, que l'Empereur a fait fortifier et

DE VkPOJjiON. iià5

armer de dix-huit pièces de canon , sons la garde du 17^ régiment d'infanterie légère. Cette position est la clef de toutes les opérations offensives. Napoléon se trouve en réserve avec les dix bataillons de sa garde et les dix bataillons des grenadiers du général Oudinot. Ej^fin, le a décembre, le soleil se lève: entouré de ses maréchaux , l'Empereur attend, pour donner ses derniers ordres , que Thorizon soit toùf^ à-fait éclairci. Chacun se rend à son poste : «c Sol- «c dats ! dit Napoléon en passant sur le frodt de bano dière de plusieurs régimens , il faut finir cette « campagne par un coup de tonnerre; » et le combat commence aux cris de vii^e FEmpereuA A sept heures du matin , l'armée combinée quitte les hauteurs de Pratzen : le mouvement des alliés est décidé ; l'Empereur le voit, et veut d'abord que le maréchal Soult , qu'il avait placé la veille en avant des défilés avec ses troupes toutes prêtes , aille s'emparer de la position; mais il croit devoir suspendre encore cette manœuvre. Cependant une violente canonnade s'entend vers la droite, que les Russes débordent déjà et qu'ils pensent avoir tournée : Davoust , accouru sur l'avis du général Margaron , fait tête à Buxhowden, vers Telnitz et Soconiltz, avec une admirable constance; de brillans succès récompensèrent ses efforts. De son côté , Soult reçoit l'ordre d'attaquer les hauteurs en arrière et à gauche du plateau de Pratzen. En vain Kutusoff , qui reconnaît l'énormité de sa fsiute et qui sent l'importance de cette position , veut la reprendre et la garder au prix d^splus grands sacrifices : il est forcé, après deux heures de la lutte la plus opiniâtre , de nous abandonner les

3a6 . jfisTOiRK

hauteurs avec toute l'artillerie qui les couronne. Dès oe moment nous occupons le centre et la gauche de l'ennemi, qui se trouvent coupés du corps de ba* teille; et tout espoir de rétablir les affaires est perdu pour les coalisés.

Toutes nos opérations marchaient de front; Socrft et Ijannes s'avançaient, l'un vers les hauteurs de Hasowitz, l'autre en avant sur sa gauche dans la direction de Boseni(z , pour démasquer la cavalerie de Murât , qu'il devait soutenir ensuite de concert avec des divisions de Bernadette, à l'attaque simultanée de Blasowitz par les deux maréchaux. Grâce à cette union des deux armes, les Français s'empa« rèrent successivement des hauteurs de Blasowitis, des positions de Knih et Hollubit. A la droite , au centre, à la gauche, partout le succès répondit au courage de nos troupes, et les lieutenans de TEm* perenr se montrèrent également dignes de suivre les inspirations d'nn si grand capitaine.

IjSS débris de l'aile droite des ennemis, enfoncée , prisonnière on détruite, nous ont laissés maîtres du champ de bataille; mais ils tentent de ressaisir l'avantage au centre , à l'aide de leur réserve et de la cavalerie de la garde impériale russe. Déjà même cette cavalerie avait renverse et dispersé deux batail-» tons des plus braves de l'armée française , emportés trop loin par leur anleur. Napoléon l'apprend, envoie une portion de la cavalerie de sa gande, sous le commandement du général Rapp : un combat terri-» ble s'engage, et, malgré tous leurs efforts, les Russes sont obligés de céder à la constance et à intrépidité des vétérans de l'armée : en un clin

DE NAPOLÉON. 3a7

d'fi^tt, canoBS, artillerie, étendarde , taM tombe en noUre pouvoir. Un instant pki6«târày le pnnce Gonslantio était au nombre des prisonniers. Les deux empereurs de Russie et d'Autriche voyaient ce désastre des hauteurs d'Austerlitz. C'est dans la . plaine de ce nom , qu'après la défaite de leur droite et de leur centre , les restes de leur aile gauche se trouvent enveloppés par suite des manœuvres de Kapoléon et de la rapide exécution de ses oi'dres; c'est là que s'adiève la ruine de l'ennemi. Écraséei^ par Fartillerie qui plonge sur elles, pressées de tous côtés par des attaques différentes, acculées à un lac dans un bas fond , enfermées dans un cercle de feu , ses divisions périssant , déposent les armes , ou sf MÔent en voulant fuir sur la glace, qui rompt sous leur poids. Quinze mille hommes tués, un nombre énorme de blessés, environ vingt mille prisonniers, quarante drapeaux, près de deux cents pièces de canon, quatre cents voitures d'artillerie, tous les gros équipages , une quantité de chevaux , voilà les fruits «le cette immortelle journée.

L'intrépide Rapp se distingua à Austerlitz, entre tous ses rivaux , par des prodiges de valeur ; c'est ee général qui vint tout sanglant , sou sabre brisé , son cheval couvert de blessures , annoncer à l'Empe* reur le succès de la charge décisive contre la garde impériale russe. Le peintre Gérard a choisi ce bril<» lant épisode , pour immortaliser aussi sur la toile la plus belle victoire peut-être, et sans doute la plus importante par ses résultats, que Napoléon aitrem^ portée aor ses ennemis.

Le 4 décembre, l'empereur François vint saluer

3a8 HISTOIRE

le vainqueur à son bivac : « Je n'habite point daU" tre palais depuis deux mois y lui dit Napoléon. ^ f^ous saurez si bien tirer parti de cette habitation , reprend François II , qu'elle doit vous plaire ; » et lui demanda la paix. La veille de la bataille , le comte de Haugviritz était arrivé à Briinn , presqu'au moment où les Russes attaquaient l'avant - garde française. U était chargé d'obtenir satisfaction de Napoléon pour la violation du territoire d'Anspach par Bemadotte. La Prusse s'était mise sous les armes depuis le traité de Potzdam du 3 novembre. Napoléon , apprenant le mouvement offensif des Russes , engagea Haugwitz à aller à Vienne attendre sa ré* ponse. Le surlendemain , Haugwitz , de retour , se vit forcé de changer de langage , et , en efiFet , comme il félicitait Napoléon sur la victoire d'Austerlitz : Foilà , répliqua ce prince , un compliment dont la fortune a changé t adresse. C'était répondre d'une manière piquante au traité sentimental juré sur la tombe du grand Frédéric, entre Alexandre et Frédéric-Guillaume. I^ général Savary alla instruire l'empereur de Russie de la capitulation convenue entre François et Napoléon. L'armée russe était cernée : Alexandre souscrivit aux conditions qui l'obligeaient à se retirer par journées d'étape , et à évacuer l'Autriche et la Pologne. On assure que ce grand saufconduit comprenait ce prince personnellement. Il résulte d'une autre version, que, Murât s'étant trompé dans la direction que Napoléon lui avait donnée pour fermer le chemin à l'armée russe, cette armée était entièrement libre ou d'effectuer sa retraite, ou même de continuer la guerre. Napoléon avait alors d'autant

DE VkPOLÉOS. 3^9

plus intérêt à se défaire promptement , et à tout prix , d'Alexandre et de son armée , que l'archiduc Charles se trouvait déjà fort près du Danube, qu'il pouvait soulever la Hongrie, que les réserves de l'ennemi n'étaient pas loin d'Olmûtz , que l'archiduc Ferdinand guerroyait avec succès contre les Bavarois du général Wrède , et enfin que cent mille Prussiens , rassemblés en Saxe , n'attendaient qu'un signal pour entrer en Franconie. Quoi qu'il en soit , l'empereur Alexandre reprit , dans la nuit du 4 au 5 décembre , la route de ses États.

Le 6 , on publia solennellement l'armistice d'Austerlitz , et la ville de Presbourg fut choisie pour la réunion des plénipotentiaires français et autrichiens. Le même jour , deux beaux décrets honorèrent le vainqueur. Il voyait avec douleur les rangs de sa grande armée éclaircis par la perte d'une foule de braves : il accorda 6,ooo fr. de pension aux veuves des généraux tués à Austerlitz; ay4oo fr. à celles des colonels et des majors ; à celles des capitaines , i^^oo fr. ; à celles des lieutenans et sous-lieutenans, 8oo fr. ; et aoo fr. aux veuves des soldats. Par un autre dé^ cret, l'Empereur adopta leurs enfans ; ils devaient être élevés et établis à ses frais ; il leur permit de joindre à leurs noms celui de Napoléon.

Le i3, le vainqueur est complimenté solennellement à Schœnbrunn , par les maires de Paris, et leur remet quaranle-cinq drapeaux pris à Austerlitz , qui orneront les voûtes de l'église métropolitaine. Le 1 5, par une convention provisoire signée à Vienne, la Prusse abandonne à la France les pays d'Anspach, de Clèves,leduchédeBerg, dont Napoléon dote le prince

33o HISTOIRE

Murât, et la piinoîfMiuté de Neuchâtel , qm doit récompenser les services de son cbef d'état^major d'Italie, d'Egypte et d'Allemagne. La Priuse reçoit ea indemnité l'électorat de HanoTre. Le %G , par le traité de Presbourg entre la France et l'Autriche, Napoléon , reconnu roi d'Italie^ fait céder à sa nouvelle couronne les États de Venise, la Dalmatie, ainsi que l'Albanie. L'électeur de Bavière ajoute à ses Étals le Tyrel et l'inn Yiertel , appartenant k l'Autriche , et le pays d'Anspach, appartenant à la Prusse. La Souabe autrichienne est partagée entre le duc de Wurtemb(«^ et le margrave de Bade. Le pays de Wnrtzbourg est donné au grand-duc de Toscane, qui renonce à cdui de Saitzhourg en fav^ir de l'Autriche.

Pour récompenser la courageuse fidélité de% deuK premiers souverains. Napoléon les fait' rois. Ge^ royautés dateront à jamais de la seconde année du règne de Napoléon. Il fait plus: il force l'Aulrieheiie rendre aux Bavarois les canons et les drapeaux pris par elle en i^^o. Le margrave de Bade reçoit le titre de grand'-duc.

Le ^fj décembre, une proclamation rdative à ses desseins sur le tr6âe de Naples , apprend à l'Europe qu'il le destine à son frère Joseph. Naples, malgré le traité du a i septembre , n'a pas cessé d'ouvrir ses ports aux Anglais. Vers le milieu de novembre, douxe mille Russes et six mille Anglais étaient .entrés dans kl rade de cett^ capitale , où les attendait une ar* mée de vingt-cinq mille Napolitains. Naples avait d^ plusieurs fois son salut àTintervention de l'Espagne, du Saint-Siège, et à celle de lempereur Paul. CeMe

puissance s'était jouée constamment des traités im^ plorés par sa faiblesse , et notamment de celui que le roi avait ratifié le 8 octobre précédent. Tant da perfidie doit recevoir un châtiment qui l'empécke de se reproduire. Enfin l'Empereur donne de sa main victorieuse et libératrice, à son fils adoptif, reconnu prince et vice-roi d'Italie 9 la belle princesse royale de Bavière , et le déclare son successeur à la cou« ronne de Milan , s'il meurt sans postérité.

Telle fut Tissue de la neuvième campagne de Na-* poléon; ainsi se dénoua la troisième coalition. £n vain les puissances qui l'ont formée , l'Angleterre , la Suède et la Russie 9 persisteront à ne point traiter comme empereur des Français 9 roi d'Italie , ce Napoléon qui vient de ceindre le diadème à deux princes allemands , et qui prend trois souverains dans sa famille. Jamais cm ne mit le fait à la place du droit d'une manière plus énergique: il paraissait donc singulier aux publicistesde voir les monarques d'Angleterre, de Suède et de Russie , s'opiniâtrer à ne pas sanctionner la double élection de Napoléon par le peuple français et par le peuple italien* Ces monarques ne pouvaient cependant pas avoir oublia leur origine royale 9 ni montrer des titres aussi in» contestables et aussi puissans que ceux de Napoléon à ladmiration et à la confiance des nations. La dé* faite de deux empereurs , nuutres de la moirié du continent, établissait suffisamment au moins la lé*gitimité du cbamp de bataille. Toutefois le deseea-» dant de Romanofi s'était refusé à ratifier l'armistice d'Austerlit^. Tropéloignédu centre de l'Europe pou? être forcé de consentir à partager l'humiliation d^

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la cour de Vienne 9 il avait repris rapidement la route de sa capitale; heureux d'avoirprofité de la générosité de Napoléon , il laissait indécise entre ce prince et lui , non la question de la guerre , mais eelle de sa prolongation.

Le cabinet russe n'en reconnaîtra pas moins un jour, dans le traité que M. de Talleyrand Vient de signer à Presbourg avec le prince Jean de Lichtens^ tein et le comte de Giulay , Tidée-mère de cette confédération germanique qui, sous le nom de confédération du Rhin , est destinée à étendre la frontière armée de la France jusqu'aux bords de TEIbe, contre la puissance russe , et k jouer un rôle si actif et si important dans les affaires de l'empire français.

La neuvième campagne de Napoléon , la plus mémorable par ses résultats de toutes celles qui illustrèrent jusqu'à la fin le règne dii grand capitaine, avait en soixante jours transporté cent soixante mille Français d'un petit port de la Manche et de la Péninsule italique aux sources du Danube, aux défilés des montagnes Noires, de là aux monts Krapachs et aux glaciers d'où sort la Yistule ; elle avait vu Napo* léon , vainqueur des deux empereurs , rendre à Tun ses États , à l'autre son armée; distribuer des couronnes à ses alliés, des souverainetés à ses généraux.

Mais si un nouvel empire d'Occident semble renaître à la voix du héros d'Âusterlitz, le sceptre des mers reste sans partage à son implacable ennemi. La politique de l'Angleterre, à qui Napoléon doit tant de trophées et de grandeur, peut se consoler aussi par d'éclatans triomphes de la haute forttine de

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l'homme qu'elle a déyaoé à la gloire et à la vengeance. Sans la campagne du vice-amiral Miasiessy, qui , parti de Rochefort le 1 1 janvier , avait débarqué des munitions à la Martinique, fait à la Dominique une descente heureuse, ravitaillé la Guadeloupe , ravagé quelques îles anglaises, et enfin débloqué Santo-Domingo , la marine française en i8o5 ne compterait que des revers. Après te déplorable échec qu'essuyèrent, le aa juillet, au cap Finistère, les flottes combinées française et espagnole contre la flotte anglaise, le ai octobre, l'Angleterre avait gagné sa bataille d'Austerlitz au cap Tra&lgar contre les deux alliés. Nelson commandait vingt-huit vaisseaux, Villeneuve, dix-huit, Gravina, quinze. La flotte franco*espagnole l'emportait de cinq vaisseaux. En moins de six heures , les alliés ont perdu quatre vaisseaux, pris , trois brûlés , trois coulés bas, dix autres échoués et naufragés : neuf seulement rentrent à Cadix, et quatre, qui parviennent à s'échapper sous les ordres du contre-amiral Dumanoir, sont capturés, le 4 novembre, en vue des côtes de Galice , par des forces supérieures. Du côté des Anglais , seize bâtimens sont mis hors d'état de tenir la mer. Cette terrible bataille coûte la vie aux trois amiraux : Nelson est frappé d'un coup de feu en défendant l'abordage de son vaisseau , et Gravina atteint mortellement. Villeneuve, revenu des prisons d'Angleterre, se tuera bientôt à Rennes pour se soustraire au jugement qui l'attend : on doit à sou impéritie et à son indécision les malheurs de notre marine , à Aboukir, au cap Finistère , à Trafalgar. Deux fois battu cette année par un ennemi infé-

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nrar, il voudra échapper pat qd obscur suicide à rindigaation de la France. Elle eut k regretter un de ses plus braves officiers, le contre-amiral Magon; sur la flotte espagnole, le vice-amiral Ahtva fut grièvement blessé ; le contre-amiral Cisneros tomba au pouvoir de l'ennemi.

L'Angleterre et la France ont eu le droit de chanter le Te Deum de la victoire pour 1 8o5 : leur rivalité se justifie par des exploits égaux ; mais après le combat du 6 février 1806 , où dans la baie de Santo- Domingo sept .vaisseaux anglais battent cinq vaisseaux français, qui sont pris ou s'échouent, la Fratice ne reparaît plus sur les mers , et ne doit plus opposer à l'Angleterre que la domination et le blocus du continent. La France a raison r elle a une armée de cinq cent mille hommes, et TAnglelerre une flotte de trois cents bàtimens de guerre.

DE HAMLÉOK. 335

CHAPltRE IV.

M>i BK eayiAm kr oo «èi DB wvaTaMBsao , poiia ludk Avûsituiv a iul

OOUaOVHK. «BTODR DK MLPOI.KOK A. PARCS. GRABDES F0KDAT10V8.

COHQCCTS nt7 ROTAUB» DR VAPLCS. JOSEPH , ROI DE NAPLES. — MURAT,

ORAND-DVC DR RBRG. LA PRINCRSSR PAULINE, DUCHESSE DE GUASTALLA.

VAâlAGR ME LA PRTlTCksn STi^HAlm AVCC LE ORAHO-DOC DR BAS*. ^—

tottttVrBl , FRIirtR «■ ITRtMMRTRL. UODIS ^ ROI 1>1 BOIAAVIIB. BtBiWA-

S«nm, FEIVGR OR POVTR-CORV». TàlMAt^LMKD, PUMOB OR ÈRKRVBVT. —

MORT DE Pin. MTRISTRRR DR FOX. — HRGOCIATMX ATXC l'aSOLRTRRRR.

COVFRDiRATIOir DU RBIH.

A l'époque de l'armisiice que suivit bientôt )«t traité de Presbourg, toute la tncMiarchie autri* cfaienne se trouvait occupée par les armées impé*^ rîales de France. Jamais possession ne fut plua entière; jamais il u eût été plus vrai de dire : les mai^ son ^Autriche « cassé de régner, f Aucune force kuraâine me pouvait s'élever contre une pareiiUif seotenoow L'empereur de Russie fuyait vers le nord avec les débris que le vainqueur lui avait laisses} géoérosifeé impalitique «qui continuait et eavenimMt la lutte. Le roi de Pl^usse^ deux fois engagé, eo

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i8o5y avec la Russie contre la France, pour une guerre à outrance , avait envoyé à Brûnn un ambassadeur à double face, chargé de déclarer la rupture à Napoléon s*il était battu, de le complimenter si la victoire couronnait nos armes. Les nouveaux rois de Bavière et de Wurtemberg ne devaient pas s*intéresser beaucoup au rétablissement d'un empire dont Fun était presque l'affranchi, dont l'autre était le vassal. D'ailleurs la Bavière gardait le sentiment d'une injure récente, et sa destinée se trouvait tout à coup attachée à celle de Napoléon par le mariage de la princesse royale avec son fils adoptif. Toute l'Italie allait devenir française : l'ordre de détrôner la famille de Naples était parti de Schœnbrunn. L'Espagne ne cherchait nullement à favoriser l'Autriche. Le Portugal, soustrait à l'influence de l'Angleterre, avait assisté par une ambassade extraordinaire au couronnement de Milan et à la réunion de Gènes. Paris avait éteint les foudres du Vatican : jamais la puissance spirituelle des pa^es ne parut plus incertaine qu'à cette époque. Une négocùition avantageuse pour la France se discutait dans le divan. Il ne restait donc actuellement en armes contre elle que la Grande-Bretagne; et peut-être le Danesiarck voyait-il avec plaisir, appuyé qu'il était sur l'amitié de la France, la Suède, plus continentale que maritime , s'aventurer dans une querelle que la Russie terminerait au détriment de son allié. Napoléon fut , pendant le mois de décembre 1 8o5 , non l'arbitre , mais le maître du continent , et le possesseur de toute la puissance autrichienne. Le maréchal Bemadotte occupait la Bohême, qui, de même

que la Hongrie, avait été ostensiblement opposée à la guerre. Le maréchal Mortier était placé en Moravie; le maréchal Davoust tenait Presbourg pendant le traité; le maréchal Ney gardait le Carinthie; le général Marmont la Styrie; le maréchal Masséna la Gamiole ; le maréchal Augereau la Souabe. Le prince Eugène allait prendre le commandement suprême de toutes les troupes stationnées dans les États de Venise, devenus italiens, et dans le royaume d'Italie. Le général Saint-Cyr marchait à grandes journées sur Naples, et avec lui le nouveau roi, le prince Joseph , à qui Napoléon avait donné l'investiture de cette infaillible conquête. Quelle voix eût osé s'élever alors en faveur de la maison d'Autriche^ agressive au sein de la paix, de l'Autriche liée déjà à la grandeur de Napoléon par le traité de Lunëville, et par la reconnaissance de son titre impérial? Une seule voix sans doute, celle de la Grande-Bretagne, et elle se serait brisée sur les côtes de FEurope, qui bientôt vont lui être fermées. A Paris, en i8i4, la maison d'Autriche a-t-elle défendu la cause de son gendre, qui, à Prague, s'était livré à elle, dans l'es» poir qu'elle sauverait à son tour son généreux libérateur? Non assurément; cependant François, en adoptant cette conduite, n'aurait encore que faiblement acquitté la dette de Presbourg. Car à Presbourg Napoléon était seul ; il avait été attaqué , il avait vaincu; et par cette agression si subite, si violente dans ses effets, si terrible par son pacte, on l'avait réduit à la justice de la vengeance. Alors aussi, au lieu d'un lien de famille, il n'existait entre François II

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