‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 10 sur 30 · T T 8 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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litique de Pitt. Cette terrible bataille, où la gloire fut pour les Danois et la victoire pour les Anglais , eut lieu le a avril ; elle dura quatre heures. La perte des combattaus donna la mesure des forces respectives. Les Anglais eurent à regretter environ mille hommes, et les Danois le double. Il n'y avait que six milks hommes de troupes à Ck)penhague , et dix vieux vaisseaux embossést. Un armistice de cent jours, auquel cirnsentit le patriotisme du valeureux prince royal die Danemarcfe, mit fin à cette lutte inégale.

Les engagemens de Paul V' avec Bonaparte contre l'Angleterre n'étaient point circonscrits dans l'enceinte de la Baltique. Les deux alliés avaient projeté rinvasion de l'Inde par une armée combinée , firançaise et russe, de soixante-dix mille hommes, qui devait, en quatre mois , arriver aux bords de 1*1»dus. La ville d'Aslerabad, sur la mer Caspienne, en Perse, était le rendez- vous général. En concevant cette audacieuse entreprise , Bonaparte regardait rÉgypte , sauvait la généreuse armée qu'iV y avait laissée , conservait à la France cette inappréciable colonie, attachait à la métropole les intérêts unis de l'Afrique et de l'Asie , détrônait la dominatrice des mers, abattait le Croissant et changeait la face du monde.

Mais le plus exécrable attentat servit alors la fortune britannique : dans la nuit du n^^ mars , Paul I^ trouva deS' assassins au sein même de son palais^ Malgré une défense héroïque, ce prince périt de la manière la plus barbare par les mains lespliss no*blés de son empire. Après ce crime, qui préserva l'Angleterre de sa ruine, on lut dans /e Momitau^

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de France: « Paul P*' est mort dans la nuit du 23 au 24 mars. V escadre anglaise a passé le Sunale 3o. V histoire nous apprendra les rapports qui peuvent exister entre ces deux évènemens. » La proclamation impériale de Pétersbourg publia que l'empereur était mort d^un coup d'apoplexie! Il

La mort de Paul 1*'^ brisa la coalition du Nord. On prérend que cette nouvelle, parvenue au prince royal de Danemarck le 2 avril, au milieu du combat qu'il soutenait si vaillamment contre la flotte anglaise, le décida à signer l'armistice proposé par Nelson. Aussitôt après la niort die Fempereur, Alexandre se hâta tfabjurerïa conduite de son père, et, par un traité (fe commerce conclu ïe 1 7 j uin de la même année , û reconnût cet odieux droit de visite contre lequel rtonneur dés nations venait de s'armer. Le Danemarck, la Prusse et la Suède, durent accéder à ce traité que la force leur 'imposa. Hambourg fut évacué par les Danois , le Hanovre par les Prussiens , et tout le littoral du nord de l'Europe rendu aux Anglais. Ainsi , un crime horrible , conçu et exécuté dans le palais impérial russe, palais tant de fois tragique , anéantit soudain les espérances des neutres , dont les chefs dti plus grand empire et de la plus grande république du monde avaient si généreusement pris la défense.

Le i^ortugal, le seul allié de la Grande-Bretagne au commenceirierit de - cette année , restait ouvert par terre à l'invasion de la France et de l'Espagne. C'était Tunique point du continent où Éonaparte pourvait atteindre désormais la puissance anglaise ; il né devait pas aVoir d'autre polîtiqiîe que celle de lui

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enlever ce dernier appui. Dans le but de compléter le blocus général qui alors entourait l'Europe , il résolut d'employer l'Espagne à ses desseins contre la cour de Lisbonne. Il avait chargé son frère Lucien d'aller, en qualité d'ambassadeur, négocier à Madrid l'envahissement du Portugal par les troupes espagnoles et les troupes françaises combinées , démarche que précéda une proposition au cabinet de Lisbonne de faire la paix sous la condition de renoncer à l'union britannique , de fermer ses ports à l'Angleterre et de livrer le quart du royaume aux années françaises et espagnoles. Cette proposition avait été rejetée par le prince régent avec d'autant plus de hauteur, qu'il savait qu'une pareille circonstance lui permettait surtout de compter davantage sur les secours du gouvernement auquel il se sacrifiait. Mais en Angleterre , où l'on calcule plutôt encore le profit que l'honneur national , le conseil décida que les préparatifs que Ton fit ouvertement pour sauver le Portugal 9 couvriraient une entreprise plus utile, si elle était moins généreuse. En effet, les vaisseaux stationnés pour la défense de ce royaume se dirigèrent vers l'Egypte ; et la plus grande partie des forces anglaises s'embarqua à Lisbonne même pour cette nouvelle destination. Ainsi le Portugal tomba tout à coup , par rapport à l'Angleterre, dans la même position où se trouvait au même moment le Daiiemarck par rapport à la Suède , et il se vit aussi réduit à luimôme.

Le premier Consul avait intéressé à la coopération de l'Espagne l'amour-propre du Prince de la Paix, favQri tout-puissaqt auquel obéissaient le roi, la

reine et la nation. Il eut Tair de le mettre à la tête de cette expédition , composée d'une armée espagnole de quarante mille hommes et d'une armée française rassemblée à Bordeaux , sous le nom d'armée des Pyrénées, aux ordres du général Gouvion-Saint-Cyr. Le titre de généralissime et celui de conquérant séduisirent Godoy , le traité fut signé à Madrid . Toutefois le premier Consul ne voulut point courir les chances d'une confiance entière dans les talens militaires du généralissime ; il traça lui-même le plan de la campagne , mais pour mieux en assurer l'exécution, il chargea le général Gouvion-Saint-Cyr d'aller prendre à Madrid la direction de cette guerre, et donna à son beau-frère , le général Leclerc , l'armée d'invasion des Pyrénées. Cependant, malgré ces précautions , l'ardeur belliqueuse du Prince de la Paix lui échappa. Un corps de quinze mille Portugais s'était porté en avant ; et , après l'échange des déclarations de guerre entre les deux États voisins, l'armée espagnole avait marché sur l'ennemi. £n peu de jours cette armée, quoique commandée par don Manoel Godoy , n'éprouvant de résistance ni dans les places , ni dans les positions , acheva paisiblement l'occupation de deux ou trois provinces. Dans cet état de choses, la cour de Lisbonne crut pouvoir conjurer l'orage dont les Français la menaçaient, par l'abandon à l'Espagne de la forteresse d'Olivenza et de son territoire, et en lui payant une somme de trente millions. Le Prince de la Paix, qui avait bien mérité son surnom par cette campagne, le mérita doublement par h trçiité que, le 6 juin, ii s'empressa de souscrire à

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Badajôz avec le prince régent de Portugal, et sans demander le consentement du puissant allié qui avait TtïiA le gouvernement espagnol en mouvement. Sa vanité seule ptit égaler son impéritie : il fit venir à Badajôz le roi et la reine pour assister à son triomphe et recevoir onze drapeaux qu'il avait trouvés et non con(|uis. Là, cette politesse eut sa récompense : le roî donna deux de ces drapeaux à son favori, et lui écrivit de les ajouter à ses armes. Cette scène ridicule vint bientôt à la( connaissance dû preftiier Consul; et quand le ministre Pînto arriva à Lorient, chargé de côtnmuniquer au cabinet des tuileries le traité du prlùcé régent avec PEspagne" , il teçut Tordre de se rembarquer et d'aller rejoindre les négociateurs de Bàdajot. La lutte côtitinua entre la France et le Portugal; lé prince régent parvint à remettre sur pied vingt-cinq mille hormmés; de son côté le général Lëcley^ , qui occupait là province de Salamanque , coMïÈieriçà les hostilités; enfin , la paix de Badajôz ayaïit été regardée comme non avenue , le ag septembï'e le i*oi*tuga[l en signa une autre à Madrid, avec la France et FEspagne. Le premier Consul , ayant fait cette' guerre pour obtenir cette paix , se contenta des deux avantages qu'il y avait attachés: la fermeture des ports et de toutes les possessions portugaises aux navires anglais, et une augmentation de territoire pour la Guyane française. On stipula aussi l'admission réciproque âés commerçans des deux puissances dans les ports respectifs , en attendant un traité de commerce. Cette singulière campagne amena encore pour Bonaparte un grand résultat : elle établit une

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nouvelle inimitié ^tre les deux peuples de la Péninsule.

Cependant le continent ^ soit lassé de ses sacrifices, soit soumis à Fascendant du gouvernement constÉlâi^e, ne voulait plus prendre part à la lutte entre FAiigleterre et Bonaparte. Déjà même celui-ci ne se souciait plus de populariser la rétolution dans les pays étratigers; il ne cherchait à convertir les ennemis de la république que par la victoire. Devenu de fait le maître de la Fraiice, après en avoir été le libérateur , il marchait vers la domination absolue à la tête de la masse de la nation, et il sentit que les temps ap[5rochaient où il devait lui révéler hautement les secrets de sa politique et de sa gloire. Les empiétemens dû pouvoir échappaient aux Français, éblouis par tant d'éclat ; ils étaient peut-être moins éclairés déjà sut les véritables intérêts de la liberté que les Français de 1789, qui l'avaient si unanimement et si généreusement saluée à son berceau. Mais Bonaparte, dont la prudence égalait la force, jugea nécessaire de s'attacher encore la £aveur publique par un bienfait qui atteignît toutes* les classes, c'est-à-dire par la paix générafe.

Cette paix devait plutôt se négocier que se conquérir. Plusieurs symptômes annonçaient que la guerre couvrait 1» possibilité d'un arrangement. Malgré té traite de Eunéville, l'ambassadeur die Frâttce, Otlb, avait été reftemi à Londres sous dïfféitns prétéîfléS; un chargé d'affaires anglais séjournais â Pbrts; le*' paquebolis allaient continuellement de Calais à Don^ vres; et, enfin , le ministère de M. Pitt, qijri, le premier, combattit la liberté frànçaiise, venait dé dis-

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paraître de la scène politique. Sa retraite était une grande révolution dans les conseils britanniques; car Pitt, tant par ses antécédens que par l'opiniâtreté de sa haine contre la France , et particulièrement contre la personne de Bonaparte, dont le génie triomphait du sien , formait à lui seul un obstacle insurmontable à toute conciliation. Cependant, malgré ce nouvel état de choses , les hostilités maritimes , à défaut des hostilités continentales, se poursuivaient sur les deux rivages de la Manche avec la plus extrême vigueur.

Ce grand duel semblait interminable , en raison de la nature du champ de bataille et de celle des griefe des deux partis : l'un ne reconnaissait pas même Tétat politique du gouvernement français ; l'autre , la souveraineté des mers dont son rival était en possession. L'Angleterre comptait alors cent trente mille marins, et sept cent quatre-vingts bâtimens de guerre qui régnaient sur tous les océans et bloquaient les ports de la France et de ses alliés. Resté seul armé -contre ce terrible adversaire, Bonaparte trouva dans l'énergie de son caractère et dans celle de la nation assez de res^ sources pour ne pas se contenter de résister à la tempête britannique. Tous les points vulnérables des cotes de l'Océan se couvrirent de batteries et de redoutes, depuis l'embouchure de la Garonne jusq[u'à celle de l'Escaut. Une armée immense défendait toutes ces positions. Les Ugnes télégraphiques furent multipliées de Paris à Boulogne , qui , placé en face de l'ennemi, s'offrait comme le port naturel de l'expédition projetée. Bonaparte confia cette expédition au vice-amiral Latouche-TréviUe , marin illustre que la

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France n'a pas remplacé. La persévérance et Tintrépidité triomphèrent à la fin de tousses obstacles de Fétroit blocus qui ceignait la France. Les flottilles construites sur les rivières arrivèrent successivement, sous la protection des batteries des côtes, au rendez-vous de Boulogne. Plusieurs actions entre les chaloupes françaises et les croisières anglaises donnèrent de la valeur à cette nouvelle lutte, et inquiétèrent souvent ce mépris hautain que le cabinet britannique affichait contre elle.

Dix-huit mois s'étaient écoulés depuis le retour de Bonaparte en France; en quittant l'Egypte, il avait promis des secours à l'armée qu'il laissait dans ce pays; mais tant d'évènemens importans ne lui permirent pas de réaliser ses promesses ; seulement il en gardait le souvenir. L'armée expéditionnaire était malheureuse sous Menou , successeur du vainqueur d'Héliopolis, et elle désespérait à la fois de se maintenir en Egypte et de revoir le ciel de la France. Cependant, averti tout à coup qu'une flotte anglaise , sous la conduite de sir Ralph Abercrombie, se rassemblait aux Baléares, pour coopérer avec une nou-^ velle armée turque à la délivrance de l'Egypte, le premier Consul conçoit l'audacieux dessein de prévenir cette réunion formidable, et d'envoyer également une armée à la défense du Nil. Le mystère impénétrable qui enveloppait le projet de cette expédition devait aussi en couvrir l'exécution. Le contre-amiral Gantheaume, qui avait ramené Bonaparte, fit voile de Brest avec sept vaisseaux et deux frégates , portant cinq mille hommes de débarquement sous les ordres du général Sahuguet. Cette escadre fut bientôt signa-

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1^0; maU Tamiral Harway prit le change sur son but^ tant il ]ui parut hors de toute prudence que les Français osassent avec si peu de forces tenter Ja navigation de la Méditerranée, et il envoya à leur poursuite une division dans les parages de l'Ouest. Tandis que cette division gouvernait sur les Antilles, Gantheaume franchissait le détroit de Gibraltar et surprenait Tobcervation de sir Warren , qui y commandait la station apglaise. Cependant, par cela seul, la destination de Gantheaume était connue. Chassé par l'escadre de la Manche 9 il dut relâcher à Toulon après avoir enlevé une frégate à Tennemi. Une flottille sortie de Rochefort pour seconder son opération avait été motos heureuse : elle fut attaquée, perdit son commandant, çt Ifi tempête la dispeB*sa.

Bloqué à Toulon par sir Warren, Gantheaume reçut l'ordre impératif de se remettre en mer et de débarquer ses cinq mille hommes en Egypte. Il réus<sit à tromper encore la vigilance des Anglais ; mais la contagion se mit à bord , il dut se séparer de troi$ de ses vaisseaux. Avec le reste , il parvint en vue des côtes 4^ l'Egypte. Toutefois , au moment d'effectuer ^pn débarquement, il se vit assailli et forcé d'accepter la bataille ; il eut le bonheur d'échapper à la flotte de l'amiral Keith, forte de quarante voiles, et à l'escadre de sir \Yarren, et de rentrer glorieusement à Toulon après avoir capturé un vaisseau et une corvette.

Cependant Bonaparte, loin d'être rebuté par la connaissance que l'ennemi avait de son projet, y persista : le contre-amiral Linois dut appareiller de Toulon avec trois vaisseaux et une frégate, et aller joindre à Cadix une flotte espagnole et française pour

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vojjuer ^veç elle yerç F^yptp. Cette flotte comptât douze vaisseaux spus les ordres (}e Faqtiîral Morenq. liinois partit de Toulon ; mais, poursuivi par $}x vaisseaux anglais , il se jeta dans la baie d' Algésira^ , qu il leur pré$enta nol^lement le combat. Soutenu par Ie$ batteries de la côte , il força un vaisseau à ^mçner pavillon et un autre à se retir^sr. Ce combat eut liep le 5 juillet xSoj, et honora la mappe français. 3i ramiral espagnol p'eut pas pierdu trois jours ^ $ortif de Cadix et à arriver §ur Algésiras, où il ne parut que le 9 , Tan^iral anglais n'aurait pas eu le temps de se reposer, et la flotte combinée e^t porté à la malheureuse armée d'Egypte les renforts qu'elle attendait depuis si long-temps. Moreno fut att^qijiç pendant la nuit. De^^ de ses vaisseaux, se croygn( eni]iemis, s'abordèrent et périrent par l'inceiMJiie, Les Anglais s'emparèrent d'un troisième. Le Fçrmi^ dahle se débarras^^ de plusieurs adversaires qi^i l'assaillirent à 1^ fois, et put revenir à CadÎ¥* Cç navire méritait son nom; il avait pour comn^andiS^Qt le brave capitaine Troude, qui devint depuis contreamiral. Ainsi la fortune maritime manquait décidément à Bonaparte , et l'Egypte espéra Vf^inement de$ secours. \jq général Abercrombie av^it dé^arqi)é k ^boukir uiie armée de vingt-quatre miljie hçnime^, combinée avec celle du grand-visir qui venait de 1^ Syrie, et les troupes que le général Baird amenait de l'Inde par Suez. Après plusieurs défaites, l'inb^bila et présonpptueux Menou avait perdu ^ batailla d'Alexandrie , ou périt le général en cl^ef anglais , et , le 3o août , il signa dans cette ville une capituUtiop, en vertu de laquelle vingt mille braver, les deui^

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tiers de Farinée expéditionnaire , revirent bientôt la France sur des bâtimens étrangers.

L'amiral Nelson avait reçu la mission d'aller brûler la flottille de Boulogne. Le 4 août, il s'était présenté avec trente vaisseaux et un grand nombre de brulots , de bombardes et de canonnières. Le contreamiral Latouche-Tréville, qui l'attendait en avant delà rade, engagea l'action. Battu par le feu delà flottille et celui des batteries de la côte, Nelson dut aller se réparer à Deal et à Margate. Le 1 4 et le 1 6 il reparut avec soixante-dix voiles, résolu de détruire d'un seul coup toute l'armée navale qui restait à la France. Il profita de la nuit pour surprendre le port et la flotte; cependant, obligé de rallier au jour avec une perte de deux cents hommes, Nelson devint l'objet du blâme et du mépris à Londres. Ses souvenirs d'Egypte ne lui servirent pas à beaucoup près autant devant Boulogne que devant Copenhague; car, indépendamment de la répétition qu'il voulut tenter encore cette fois de sa manœuvre d'Aboukir, il avait eu la maladresse de dire à Londres de nos chaloupes canonnières , ce que les Mamelucks avaient cru de nos compagnies d'infanterie , qu'elles étaient liées ensemble avec des chaînes. A défaut d'autres armes , une guerre de plume des plus envenimées continua les combats de la France et de l'Angleterre; renouvelée chaque soir dans les feuilles des deux pays, elle dérobait à l'Europe les travaux secrets d'une négociation très-active. Jamais la haine extérieure ne couvrit plus mystérieusement les approches de la paix : en effet, le 27 juillet, peu de jours avant que Nelson eût appareillé pour aller incen-

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dier Boulogne, le diplomate français Otto remettait au ministère britannique une note, dictée à la fois par la plus honorable modération et par la plus saine politique, « Le gouvernement français ne veut « rien oublier de ce qui peut mener à la paix géné- « raie, parce quelle est à la fois dans l'intérêt de « Fhumanité et dans celui des alliés. C'est au roi a d'Angleterre à calculer si elle est également dans a l'intérêt de sa politique, de son commerce, de sa a nation; et si cela est, une île éloignée (Malte) de fit plus ou de moins ne peut être une raison sufâa santé pour prolonger le malheur du monde.... La « question se divise en trois points, la Méditerranée, a les Indes, l'Amérique. L'Egypte sera restituée à la «Porte; la république des Sept-Ues est reconnue; tt tous les ports de l'Adriatique et de la Méditerranée « occupés par la France seront restitués au roi de « INaples et au pape; Mahon sera rendu à l'Espagne; a Malte sera restituée à l'Ordre , et si le roi d'Angle- « terre juge conforme à ses intérêts , comme puis^ « sance prépondérante sur les mers , d'en raser les a fortifications, cette clause sera admise. Aux Indes, « l'Angleterre gardera Ceylan... Les autres établisse- « mens seront restitués aux alliés, y compris le cap « de Bonne-Espérance. En Amérique, tout sera res- « tilué aux anciens possesseurs; le roi d'Angleterre « est déjà si puissant dans cette partie du monde, « qu'exiger davantage, c'est, maître absolu de l'Inde, a vouloir l'être encore de l'Amérique. Le Portugal « sera conservé dans toute son intégrité. Voilà les « conditions que le gouvernement français est prêt « à signer.... »

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Le grand éyènem^Qt qui semblait alors si loin cie la pensée des deux pays, ou plutôt de leurs gouver* Bemens , eut tout à coup un précurseur dont Tapparence bien inattendue vint étonner également la France philosophe et l'Europe cathoUque; je veux parler du Concordat avec la cour de Roioe. La con^ version de Bonaparte parut brusque : toutefois elle était bien plus sincère qu'on ne le soupconuait alors. Aussi resta-t-on frappé de stupeur à cette nouvelle , comme à l'aspect d'un phénomène dont les souvenirs contemporains 9 dont l'âge du dictateur luimême y dont enfin douze années de révolution laissaient à peine entrevoir quelque trace lointaine. Les deux tiers de la population active de la France n^aaquaient totalement de point de dépari pour cette espèce de traité, qu'ils devaient regarder comme une étrange innovation. £lle était en eâet ^ussi extraordinaire qu audacieuse. Bonafiarle préludait ainsi, par le rappel de la noblesse ecclésiastique , à cdui d'une autre exception sociale. L'autel piréparait le trône et réconciliait le premier magistrat de la terrible république française avec les princes des monarchies européennes qu'il devait imiter bientôt. Ce Concordat donnait aux étranger& un gage solennel du retour de la France à une partie de wtik aneiemie discipline. C'était un manifeste contre la révotuticoi^ et, dans la disposition générale de l'opinion de l'époque , il eut de la part de Bonaparte le caractère d'une véritable abjuration. Cepei^ant, comme il formait {plutôt un acte de politique envers la nation française qu'un acte de soumission à la cour de Rome , ou maintint les libertés de l'Église gallicane dans toute

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leur vigueur- Le premier Consul ne désirait acquérir qu'un allié de plus dans le chef qu'il rendait à VÉglise de France, subitement ressuscitée. Il avait aussi calculé sans doute que le Concordat lui attacherait une grande partie des familles , irréconciliables jusqu'alors , de la monarchie, et lui assurerait sur une partie de la population une puissance nouvelle; mais il aurait dû sentir que ce qui était une concession pour une fraction impuissante, pour les vaincus de la république , devrait être interprété comme une attaque par la majorité virile qui avait kmdé cette république : car si les droits de la nation étaient représentés aux assemblées législatives par les mandats de ses députés, ses besoins l'étaient aussi par les opinions de ses fonctionnaires civils et militaires. Les hommes publics, les hommes d'État et les philosophes se trouvaient d'accord, pour la première fois peut-être , depuis l'origine des sociétés, sur ïa nécessité d'une tolérance et d'une égalité religieuses, dont les prêtres des deux communions chrétiennes donnaient eux-mêmes l'exemple. Ces économistes d'une nouvelle école voulaient que l'on accordât à la religion les mêmes franchises qu'au commerce, sous l'égale protection du gouvernement. Peu d'entre eux avaient abordé l'idée de mettre à la charge de l'État les ministres et les frais ées coites divers, tant la nation dont ils étaient ou les mandataires ou les interprètes, était demeurée silencieuse à cet égard. Il est donc vrai de dire qu'à cette époque le premier Consul ne s'attacha qu'à fovoriser une exception; il l'est également que ses co»seila neFy disposèrent pas, et qu'il ne put dou-

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ter de la désapprobation de tous les hommes de la révolution qui avaient opéré ou blâmé la journée du i8 brumaire, et du mécontentement plus énergique qui fut hautement exprimé par l'armée. L'œuvre d'un Concordat resta personnelle au premier Consul f et ce ne fut ni le moindre essai , ni le moindre témoignage de sa puissance. Cette victoire était double à ses yeux. Le Concordat terminait l'ère de la révolution , et il humiliait les cabinets étrangers , en leur imposant une sorte de respect pour la loi du vainqueur, loi déjà sans appel, que le souverain pontife venait de consacrer par son alliance. Le Concordat se conclut dans la capitale de la France, le i5 juillet, et le 8 avril iSoa il devint loi de l'État. Le pape, voulant lui-même imprimer un grand éclat, non pas à la négociation qui s'était suivie très-secrètement à Rome, mais au traité qui en résultait, envoya à Paris l'homme le plus considérable de son gouvernement, le cardinal Gonsalvi , son premier ministre, accompagné du cardinal Caprara et de monseigneur Spiua, depuis cardinal, alors évéque de Gènes.

Tout prospérait : l'industrie, l'administration, la puissance, la politique. La compagnie d'Afrique rétablie, la route du Sîmplon ouverte, une brillante exposition des produits de l'industrie française, quatre nouveaux départeraens formés des territoires cisrhénaux cédés parle traité de Luné ville, des bourses de commerce fondées dans les villes qui en manquaient , la construction de trois ponts sur la Seine , décrétée par les Consuls , le Forum Bonaparte inauguré à Milan , la société de la charité maternelle or-

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ganisée sous la protection de madame Bonaparte mère, recommandaient le gouvernement à la reconnaissance publique. Aussi , ce qui devait exciter au plus haut degré ce sentiment, la glorieuse année de 1801 mérita le nom Ae\ année de la paix A je 1*' janvier s'était annoncé par le protocole des conférences de Lunéville ; le 9 février suivant , les plénipotentiaires de l'Empereur et du premier Consul signèrent un traité définitif. Le 28 mars vit renaître l'harmonie entre la république française et la cour deNaples. Le 3 5 juillet eut lieu la conclusion du Concordat avec le chef de l'Église . Le 24 août, le 29 septembre, une double paix rattacha à la France la Bavière et le Portugal. Plus remarquable encore dans les fastes de l'histoire, le i*' octobre vint promettre, par la signature des préliminaires de paix avec l'Angleterre, ce grand événement politique que la république n^avait jamais pu produire malgré ses triomphes, et qui légitimait à lui seul la fortune du premier Consul. Pitt lui-même, ayant reconnu l'impossibilité d'éviter la paix avec la France , avait quitté le ministère pour s'épargner le chagrin de la faire. Mais, quand on communiqua ces préliminaires au parlement, ils eurent pour adversaires les deux oppositions , et , singularité remarquable ! ils ne furent défendus que par Pitt, qui s'était refusé à traiter avec la France. Joseph Bonaparte et lord Cornwallis étaient les ministres au congrès d'Amiens, où devait se consommer le rapprochement des deux gouvernemens et des deux nations si long-temps et si cruellement divisés. Le chevalier d'Azara et M. Schimmelpenninck représentaient à ççtte négociation , l'un le roi

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d'Espagne , l'autre la république batave. Le i*' octobre aussi, par le traité secret de Saint-Ildephonse, l'Espagne rétrocédait à la France l'importante colonie de la Louisiane. Enfin le 8 , la paix conclue entre la France et la Russie; le 9, des préliminaires signés avec la Porte Ottomane , et plus tard un traité avec la régence d'Alger , couronnèrent le grand œuvre de la réconciliation générale.

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