‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 11 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

NOUVELLES GOVSTITVTfOKS DES REPUBLIQUES BATAVE , CtSALPIlTE ,

LIGURIRIflVB ET HELVETIQUE.

Toutes ces conquêtes de l'humanité sur le fatal génie de la guerre assuraient le repos au mondie sans donner de sécurité aux États. Le nom de Bonaparte retentissait diversement dans toutes les capitales, aux fêtes de la paix. Le traité d'Amiens ne commençait à poindre sur l'horizon politique que comme une planète pleine d'éclat et d'oragesj quant à celui de Lunéville , émané des défaites de Femperelir d'Autriche, il imposait un silence d'étiquette aux doléances germaniques, en même temps qu'il créait en France quelques grosses fortunes diplomatiques, par l'arbitrage des indemnités dévolues,

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sur la rive droite du Rhiu,aux princes dépossédés de la rive gauche. Mais si ces deux traités, qui fondèi^ent réellement la puissance de Bonaparte, laissaient en paix, pour le présent, les monarchies vaincues, celui de Lunéville appelait aux agitations Jes républiques amies de la France ; ce traité portait : m Les parties contractantes se garantissent mutuellemertt F indépendance des républiques bata^^Cj helvétique , cisalpine et ligurienne , et la faculté aux peuples qui les habitent d'adopter telle forme de gouvernement qû* ils jugeront conifenable. »

Bonaparte résolut d'être le législateur du nouveau droit public qui devait naître de cet article. Il avait conçu le dessein de transformer la république française en métropole; il fallait donc que les autres republiques, qui étaient déjà les satellites armés de la nôtre, en devinssent de plus les succursales politiques. Mais, comme leurs contitutions s'éloignaient beaucoup de celle de la France, et conservaient, plus ou moins, des traces de l'esprit directorial sous l'influence duquel elles avaient été promulgtiées, le premier Consul se hâta de profiter de l'immense ascendant que venaient de lui acquérir lies préliminaires de Londres, pour soumettre ces républiques à un même niveau , et les placer sous le sceptre républicain qu'il avait conquis sur la constitution fructidorienne. Il sentit bien aussi que 1^ républiques s'empresseraient de prendre à la lettre le traité de Lunéville, et de faire acte de l'indépendance qui leur était rendue. En sa qualité de dictateur des États populaires, il se réservait d'intfervenir pôlitiquemient et militairement dans leurs

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agitations^ et de leur imposer des institutions conformes au vaste système d'unité républicaine qu'il avait adopté. En conséquence , un ordre émané de Paris alla frapper en même temps les capitales de La Haye, de Milan, de Gènes et de Berne, en avertissant les patriotes de ces quatre républiques que le règne de la li])erté directoriale, qui avait cessé pour la France consulaire , devait cesser aussi pour ses alliés.

La révolution de la république batave se fit à domicile, ainsi que celle de Gènes relie fut prompte comme la volonté de Bonaparte et paisible comme le caractère hollandais. L'Ambassadeur Schimmelpenninck, travesti subitement en plénipotentiaire du premier Consul , arriva de Paris à La Haye avec les élémens de la nouvelle constitution ; les troupes françaises, partie nécessaire dans les changemens, aidèrent par leur seule présence l'action du pouvoir exécutif, car le directoire balave lui-même se chargea de son propre ostracisme : il envoya la constitution au Corps-Législatif, en lui annonçant qu'il n'y avait point à délibérer, parce qu'elle était déjà soumise au vœu du peuple. En réponse à ce message impérieux, les chambres se firent l'honneur de décréter la suppression des mesures extralégales que le Directoire avait osé prendre. Alors le coup d'État eut lieu : une proclamation ordonna la dissolution des deux chambres, et fit fermer le palais du Corps- Législatif. Au mois de novembre 1 80 1 , la nouvelle constitution batave fut acceptée et publiée presque à Tinsu du peuple; de même que celle de France, elle gardait toutes les formes de la liberté , en dé-

tniisant l'empreinte révolutionnaire: elle prononçait la levée des séquestres, l'abolition des confiscations, la révision des lois, et assurait la garantie des propriétés; aussi l'élite de la nation reçut -elle comme un bienfait une loi fondamentale si étrangemetit imposée par des hommes sans mission, et par une volonté alors irrésistible.

La révotution de la Cisalpine n'offrit également qu'un seul cbangeinent de constitution; mais ce changement s'effectua avec plus d'éclat. Le la novembre 1 801 , la consulta de la république cisalpine arrêta qu'il serait formé une consulta extraordinaire qui s'assemblerait à Lyon pour fixer les bases des lois organiques de la république. Ze/îW/n«rConju/, ajoutait le décret , est invité à suspendre les immenses travaux de sa magistrature, pour partager avec les députés de la consulta extraordinaire le poids de leurs délibérations. Il ne fallait pas un grand effort d'intelligence pour deviner de qui émanait une semblable invitation; toutefois c'était une singulière nouveauté d'appeler un gouvernement étranger à venir discuter ses intérêts dans une ville d'un État voisin. La France et l'Europe furent pareillement frappées de ce système d'autocratie législatrice, qui jaillissait tout à coup du trailé de I.iinéville. Quaire cent cinquante-deux notables il^ditiis partiient pour Lyon, où ils se réunirent le 3i (U^truibre. Le général en chef de l'armée d'Italie, Mur-il, et le ministre de France, Pétiet, ancien président du Corps-Législa^f de la répubUque cisalpine, se ifudircut de Mil' Lyon; les ministres des relalinns extéiicuref l'intérieur, Taileyrand et Chaplal, y arriv»

Paris, chargés d'exercer la plus brillante hospitalité envers les députés de Tltalie ; Lyon se réserva d'embellir ia solennité que le premier Consul allait honorer de sa présence. Le ii janvier 1802, il fit à Lyon une entrée triomphale , comme pacificateur et législateur; cachés sous les palmes civiles, ses lauriers ne reparurent que dans la magnifique décoration dont Tindustri» lyonnais^e enrichit la salle de rassemblée générale. La consulta avait commencé ses séances le 4 janvier, sous la présidence du comte Marescalchi , et nommé dans son sein une commission de trente membres , qui devaient proposer au premier Consul les choix pour les principales magistratures de l'État, et notamment pour la première. Le !i5 janvier eut lieti la dernière séance de cette haute commission , dont le rapport concluait à ce que le gértérai Bonaparte voulût honorer la tépubUqtit cisalpine j en continuant de la gotixnerner. Le lendemain le premier Consul vint en grande pompe à la sall'e des délibérations de la consulta^ et finît ainsi l'e discours qu'il prononça en langue italienne ; viLes thoix i^Ue f ai faits pour remplir vos premières « magistratures font été indépendamment de toute «idée départi^ de tout esprit de localité. Quant à « celle de président, je n'ai trouvé personne parmi vc tous qui eiLit encore assez de droits sur l'opinîoti « publique, qui fût assez indépendant de l'esprit de « localité, et qui eût rendu d'assez grands services à * son pays, pour la lui confier... J'adhère à votre vœti ; «je conserverai encore... la grande pensée de vos «affaires... » Tous les assistans se levèrent, la saHe retentit d'applaudissemeii s unanimes^ et, pour'con-

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saci^r cet important changement, les députés demandèrent et obtinrent que le nom de république italienne fût substitué à celui de république cisalpine, \jei^T(iccï\^Y C^wsvX nomma vice-président M. de Melzy, depuis duc de Lodi, et l'embrassa. Ainsi se termina cette séance politique , où fut proclamée la nouvelle constitution italienne , sortie du cabinet du premier Consul.

La révolution prit une autre marche dans THelvétie , où , en raison des souvenirs et du caractère de la nation , et des résistances partielles , elle ne pouvait être implantée aussi facilement qu'en Hollande , à Gênes et en Lombardie. Le premier Consul avait déjà fait faire les approches de cette campagne politique avant la signature des préliminaires du traité d'Amiens , peu de temps après celui de Lunéville ; il se proposait aussi de détacher le Valais de l'union helvétique , et de le rendre indépendant sous sa protection spéciale , afin de s'assurer une route militaire vers le Milanais, et de garantir ainsi sa base d'opérations sur rAll4pmagne et sur l'Italie. Telles étaient alors les conceptions de Bonaparte; elles présentaient te cachet , non-seulement d'une haute spéculation de son esprit, mais celui d'un projet arrêté, dont l'exécution d4?ven ait inquiétante. Les partis furent bientôt en présen<^ duns THelvétie , et la guerre déclarée aux unitaires par les fédéralistes : l'ancien régime attaqua hautement la révolution. Une diète générale , assemblée à Berne le 7 septembre 1801 ^ établit un nouveau sénat, et une commission executive présidée par Aloys Reding , chef ardent de l'opposition fédérale. Reding se rendit de lui-même à Paris , pour pro**

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voquer , auprès du premier Consul , le rétablissement de l'ordre de choses détruit par le Directoire. Il reçut un accueil peu favorable. Bonaparte se retrancha dans l'esprit du traité de Lunéville , et se contenta de montrer le désir de voir remplacer dans la commission executive six membres de l'ancien régime par un nombre égal de leurs adversaires. Il résulta de leur admission un plan de constitution qui occupa trois mois le sénat. Mais , dirigés par le ministre de France, les six commissaires élus en dernier lieu s'assemblèrent le 17 avril i8oa, renversèrent celte constitution , et en rédigèrent une autre, bientôt acceptée par les cantons «i rislocratiques , et rejetée par les démocratiques ; l'acceptation de cette constitution fut encouragée de plus par la promesse du dér part de l'armée française. Bonaparte profita de cette révolution pour faire proclamer l'indépendance du Valais. Le 20 juillet, ses troupes évacuèrent le territoire helvétique. Cependant , le a3 , les cantons démocratiques Schwitz, Uri etUnderwald, annoncèrent qu'ils se détachaient de l'union. Le nouveau gouvernement déclara illégales leurs assemblées et leurs resolutions. Soudain l'insurrection éclata, et s'accrut des cantons de Zug, Glaris, Appenzeil, Saint-Gall , du Rheintal; toute la Suisse se trouva en armes. Les insurgés battirent en deux rencontres les forces helvétiques; toutefois, elles marchèrent sur Zurich, qui refusa d'ouvrir ses portes, et la bombardèrent le 7 et le j3 septembre, mais inutilement. Enfin, le 18, les insurgés s'emparèrent de Berne, par une capitulation que Reding adressa à toutes les puissances de l'Europe. La contre-révolution était complète.

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Une trêve avait été conclue ^ elle expira le a6 septembre ; alors une armée , créée sous le nom d^ armée de la ligue , est confiée au commandement du général Bachmann. Cette armée se mit en mouvement; peu de jours lui suffirent pour s'emparer de Fribourg, de Morel, deNeuchâtel.

Le gouvernement helvétique touchait au moment d'évacuer Lausanne pour se réfugier en Savoie , lorsque le général Rapp , aide-de-camp du premier Consul , arriva porteur de la proclamation suivante :

« Le sang des Suisses a coulé. par la main des Suisse ses. Vous vous êtes disputés trois ans sans vous « entendre : si Ton vous abandonne plus long-temps a à vous-mêmes, vous vous tuerez trois ans sans « vous entendre. Votre histoire prouve d'ailleurs « que vos guerres intestines n'ont jamais pu se ter- « miner que par l'entremise de la France. Il est vrai a que j'avais pris le parti de ne me mêler en rien de « vos affaires : j'avais vu constamment vos différens « gouvernemens me demander des conseils et ne pas a les suivre , et quelquefois abuser de mon nom , se- <x Ion leurs intérêts et leurs passions; mais je ne puis « ni ne dois rester insensible au malheur auquel « vous êtes en proie. Je reviens sur ma résolution, je ic serai le médiateur àçt vos différends: mais ma méa diation sera efficace, telle qu'elle convient aux « grands peuples au nom desquels je parle. » Cette proclamation expliquait toute la pensée de Bonaparte. Rapp était chargé d'indiquer les moyens d'exécution. Cinq jours après cette notification, le sénat devait retourner à Berne ; toutes les autorités

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nouvelles devaient cesser leurs fonctions , les troupes dea confédérés être licenciées après avoir dqx>sé leurs armes. Les troupes helvétiques seules seraient conservées, et les deux demi-brigades suisses venues de France formeraient la garnison de Berne. Des députés se rendraient à Paris pour concourir sous les yeux du premier Consul à la confection d'une constitution fédérative. Rapp fit sans peine consentir les vaincus à une proposition qui ramenait le pouvoir de leur côté; mais à Berne les choses se passaient autrement qu'à Lausanne : on déclara que Ton consulterait la diète de Schwitz; elle avait envoyé à Vienne et voulait gagner du temps. Alors Rapp , en sa qualité de représentant du médiateur , accorda cinq jours pour la réponse de la diète ; faute de quoi, l'armée du général Ney reviendrait occuper le territoire. I^ diète se soumit en protestant contre sa soumission. Ney arrêta son mouvement. Parmi les puissances qui voulurent intervenir, l'Angleterre parla le plus hautement. Cependant ^ le 9 octobre, la diète adressa aux autorités françaises une déckration dans laquelle , en rappelant rindépendance assurée à la Suisse par le traité de Lunéville , elle disait ne pouvoir considérer le gouvernement helvétique ^ haï pour les motifs les plus justes ^ que comme imposé par la force à la nation. Aussitôt le général Ney se mit en marche avec son armée; investi du commandement , il devait en outre déployer le caractère de ministre plénipotentiaire à la place de l'ambassadeur Verninac. Le gouvernement détrôw était retiré à Lueerne, et le gouvernement vaincu par lui avait reparu dans Berne, où Rapp l'instatta

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solennellement. Pendant que Ney avançait sur l'Argovie^ Murât, général en chef de l'armée d'Italie, poussa une colonne sur le territoire des Grisons ; ainsi, la Suisse se voyait bloquée et envahie. Enfin , parle sénatus-consulte du 2 3 octobre, qui prescrivait aux dix-huit cantons le mode d'électioo, la réunion des députés à Paris fut fixée au iS novembce.

Mais rien n'avait pu ébranler la résolution de la diète de Schwitz , et, loin de se dissoudre , Eachmanii, son général, avait rassemblé , depuis le licenciement, des milices avec lesquelles il gardait militairement la ligne de la Reuss. Le général Ney , déjà maitre de Zurich , envoya à Lucerne sommer le gouvernement provisoire de se séparer , et la diète de dire si elle adhérait à la proclamation du premier Consul. La diète obéit enfin , mais elle continua de prote&ter publiquement contre la violence qui lui était faite, et de déclarer qu'elle ne cédait quà la force j ^ns préjudicier aux droits de la Suisse pour t avenir. Aloys Reding fut bientôt arrêté à Schwitît, ainsi que quelques autres, par ordre du gouvernement helvétique, et enfermé au château de Chillon sur le lac de Genève. Le 10 décembre, cinquante-six députés suisses se réunirent à Paris. Le premier Consul traça le plan de la constitution nouvelle dans une déclaration. Les sénateurs Barthélémy, Fouchë, Rœderer, assistèrent aux séances pour discuter cette constitution et l'acte de médiation. Enfin , la séance générale du 24 janvier i8o3 n'ayant pas amené un résultat positif, Bonaparte appela auprès de lui dix membres de la députatian , dont cinq unitaires et cinq

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fédéralistes, et l'acte de médiation, après avoir été débattu en sa présence, fut définitivement arrêté, et donné aux Suisses le 19 février. Le 10 naars, la dissolution du gouvernement central eut lieu à Berne. L'acte de médiation désignait le général Louis d'Affry, landammanAe la Suisse pour i8o3; la première diète s'assembla à Fribourg le 4 juillet; Aloys Reding y siégea en qualité de député de Schwitz. La présence du chef des fédéralistes à la nouvelle diète prouva que si la réconciliation n'était pas complète, du moins l'opposition à la France ne pouvait plus exister. Voilà précisément ce que voulait le premier Consul. Il voulait aussi le bonheur de la Suisse. 11 n'y eut jamais de pays plus heureux, plus tranquille que THelvétie depuis la médiation de Bonaparte. Le parti aristocratique s'y vit constamment comprimé ; aussi, treize ans après, l'oligarchie seule, et non la nation , ouvrit les portes de la France à l'invasion étrangère.

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