‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 9 sur 30 · GRANDB-BEETAONE. — PAIX AVEC LA RUSSIE ; AVBG LA PORTE OTTOMANE · texte numérisé non relu

GRANDB-BEETAONE. — PAIX AVEC LA RUSSIE ; AVBG LA PORTE OTTOMANE

Il ne restait plus de la coalition que l'Angleterre , le Portugal sa colonie 5^ et la Porte , dont la guerre d'Egypte avait fait son satellite. Au-delà de l'Elbe tout était neutre. Une neutralité armée liait égale-

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ment les cours du Nord , celles de France, d'Espagne et d'Italie, contre le despotisme maritime de la Grande-Bretagne. Jamais plus formidable déclaration n'éclata contre la souveraineté des mers. Cet acte restera comme un des plus beaux monumens du consulat de Bonaparte. En deçà de TElbe , tout subissait le joug du traité de Luné ville. Victime de la défaite de l'Autriche , le Corps Germanique avait été compris , sans même se voir cité au tribunal du vainqueur, dans les sacrifices imposés à l'Empereur. C'était encore l'Allemagne qui avait dû indemniser de la perte de leurs États le duc de Modène et le grand-duc de Toscane. Les Français possédaient ou occupaient toute Fltalie en deçà de l'Adige ; l'abdication planait sur la royauté piémon taise et sur la république génoise; le nouveau royaume d'Étrurie lui-même ne présentait qu'une existence viagère sous un prince maladif et trop faible pour se maintenir long'temps vassal de la France ; le procès de la cour de Naples n'était pas jugé; mais, en attendant sa condamnation, ses États se trouvaient saisis et frappés d'interdiction. Tous les princes temporels de la Péninsule avaient perdu leur puissance ; le souverain pontife conservait seul la sienne : le pape obtenait la pleine jouissance de son indépendance politique, à la condition de fermer ses ports aux Anglais ; et le suprême magistrat de la république française reconnaissait les foudres du Vatican.

Le général en chef Murât, à qui le premier Consul ordonnait , par l'entremise du ministre de la guerre, d'assister à quelque grande cérémonie religieuse , avait été chargé auprès du Saint-Père d'une négociais 8

tion dont la tradition ne se rattachait qu'au fils aîné de l'Église. On prescrivait également au général Soolt et à son état- major d'aller à la messe dans le royaume de Naples , et de bien vivre avec les prêtres. Nul doute que ces généraux n'eussent obéi ; mais ce que l'on dut regarder alors comme un ordre de simple discipline militaire couvrait un grand secret entre le pape et Bonaparte.

Cependant^ tandis que l'Italie entière portait le joug de la république , un port d'une ile voisine du littoral toscan offrit I par sa longue résistance, une exception honorable à la domination française. Par Iç traité de Florence , du si8 mars, entre la France et Naples , la reine Caroline nous abandonnait la principauté de Piombiqo et ce qu'elfe possédait dansTUe d'Elbe 9 dont le reste appartenait à la Toscane. Mais les Anglais gardaient l'ile entière militairement , et les ports napolitains Porto-Longone et Porto-Ferrajo, d'où s'élançaient les croisières britanniques , bloquaient étroitement le royaume d'Étrurie , dont plus d'un intérêt exigeait le prompt affranchissement. En conséquence , Murât eut la mission de se rendre maître de l'ile d'Elbe; Bonaparte, comme dominé par une prévision fatale , prit tellement à cœur cette affaire, qu'il envoya lui-même le plan d'attaque. L'expédition partie de Corçe le 3q avril , sous le commanden;ient du colonel ]\lariotti, i^^éprou va d'opposition quede la part de que^uesppste^ anglais , qui furent repoi:; ssés ; le gouverneur napolitain de Porto-Longone remit , en vertu du traité , la place aux Français. L'expédition sortie 4^^ Piombino sous les ordres du général Thurreau , n'obtint

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pas le même succès devant Porto-Ferrajo : le gou- Ti^neur était Anglais, et en cette qualité il ne voulut point recoonaitre le traité de Florence. Il fallut se résoudre à %m siège régulier , dont le général Watrki eut la conduite ; mais bientôt la flotte de l'amiral Warren forma l'investissement de l'île. Les Français éprouvèrent quelques pertes mariiimesietles troupes du siège se trouvèrent entièrement isolées de la terreferme. Porto-Ferrajo, défendu par quelques centaines d'hommes, résista courageusement aux [dus rudes as^uts, et soutint même un bombardement : cette ville suivit la fortune de la nation à laqueBe appartenait son gouverneur : elle ne passa sous les lois de la France qu'à la signature des préliminaires du traité d'Amiens, cinq mois après la descente du général Thurreaiii. Ainsi la volonté impatiente de Bonaparte se brisa contre ce port que la destinée ré* servait pour asile à sa chute; il semblait entraiaé malgré lui à faire , pour ainsi dire , une reconnais» sanqe sur l'avenir; il avait déjà donné une preuve remarquable de cette singulière disposition de son esprit, lorsque , après le traité de Lunéville , il avait dit w^x députés belges : « Quand même Vermemi au*rwt eu son quartier^génàral uu foub&urg Sainte jintoine^ le peuple français n'eût jamais cédé ses droits , ni renoncé à la réunion de la Belgique. »

L'Angleterre régnait sur les mers et se trouvait embarrassée de son empire quand tous les ports de V£iirope lui étaient interdits. Elle avait voulu rompre cette confédération du Nord , conclue à l'instigation de la France dans le mois de décembre 1 8oa , entre la Russie, la Prusse, la Suède et leDasemarck. Mais

les négociations ouvertes à Berlin ayant échoué , la guerre d'un embargo réciproque et universel avait été proclamée. L'empereur Paul était Tame de cette proscription contre l'Angleterre. Il avait d'ailiears à venger un grief personnel. L'Angleterre retenait Tîle de Malte, quoique l'Ordre eût nommé grand-maître cet empereur schismatique ; bizarrerie sans exemple jusqu'alors dans les fastes du catholicisme ! Le plan général de défense se concerta dans les conseils de Pétersbourg. Les hostilités locales signalèrent à l'envi la croisade des confédérés. Les bouches de l'Elbe, du Weser et de l'Ems furent fermées , le Hanovre envahi par la Prusse , Hambourg occupé par les Danois. Les chantiers et les ports de la Hollande , de la Russie, de la Suède et du Danemarck retentissaient d'immenses préparatifs. Trois armées russes se rassemblaient en Lithuanie. Paul l^% allié et ami sincère de Bonaparte depuis le renvoi des prisonniers moskovites , était le chef naturel de tous les pavillons du Nord contre le droit de visite. Ses forces maritimes consistaient en quatre-vingt-sept vaisseaux de ligne et quarante frégates. La Suède avait dix-huit bâtimens de haut-bord et quatorze frégates; la France, cinquante-cinq vaisseaux de ligne et quarante-trois frégates; elle disposait, en outre, de la marine hollandaise, espagnole et napolitaine. Jamais armement plus formidable ne se réunit contre la puissance anglaise. Les côtes du Nord se hérissèrent de batteries. Une flottille de chaloupes canonnières stationnait près d'Altona, que protégeait un camp de vingt miUe hommes.

Si le concert des trois puissances de la Baltique

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eut été en raison de leurs forces , le pavillon anglais n'aurait pas osé s'y montrer. Mais peut-être connuton assez exactement à Londres le véritable état des choses, pour que Nelson ne balançât point à aller défier avec vingt vaisseaux de guerre les cent quatrevingt-seize bâtimens de la coalition , qu'il savait bien n'être point rassemblés. Le point naturel de l'attaque pour les Anglais était encore cette malheureuse ville de Copenhague , dont le gouvernement semble avoir pris à jamais pour devise : Honneur et fidélité. La flotte anglaise, partie de Yarmouth le isi mars, portait aussi un ambassadeur. Elle se fit précéder par des propositions si humiliantes , que le négociateur ch^éde les présenter au gouvernement danois reçut ses passeports pour toute réponse. Le 3o mars , les Anglais franchirent le Sund en trois heures , et le soir lis jetèrent Tancre devant la rade de Copenhague. La ville put compter le nombre des vaisseaux qui allaient la foudroyer. Elle se voyait réduite à se défendre seule; en effet, par une fatalité qui laisse peut* être à soupçonner un mystère de la coalition , la flotte suédoise ne devait appareiller que le lendemain, et les flottes russes étaient trop éloignées. Cependant, servies avec la plus grande vigueur sous les ordres du prince royal , les batteries de terre et de mer des Danois , fortes de neuf cents pièces , portèrent un tel ravage dans la flotte britannique , que l'amiral P&rker donnait déjà le signal de la retraite ; mais le terrible vainqueur d'Aboukir, l'impassible témoin de la sanglante réaction de Naples en 1 799 , Nelson , ordonna le combat à outrance , et le sort de la flotte dan<»8e fut accompli. Nelson était le séide de la po-

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