CHAPITRE VII
EXPEDITION DE SAIlTT-DOMIHaVE.
Deux mois après la signature des préliminaires de la paix entre la France et l'Angleterre, le parlement apprit avec une sorte d'efiroi qu'une flotte immense , française et espagnole , portant des troupes expéditionnaires et destinées pour les Indes occidentales , se préparait à appareiller du port de Brest. On sut également que sept escadres armées à Lorient, à Rochefort , à Cadix , à Toulon , à Brest , au Havre et à Flessingue , faisaient partie de ce formidable armement. Environ quatre-vingts bàtimens de guerre français, espagnols et bataves, dont trente-cinq vaisseaux et vingt-une frégates, ayant à bord une armée de vingt-un mille hommes, presque toute composée des vainqueurs de Hohenlinden , allaient mettre à la voile. Cette nouvelle si imprévue jeta une grande agitation dans le peuple anglais, et donna lieu à de vifs débats dans les deux chambres. On y soutint que le temps intermédiaire entre les préliminaires et la paix était généralement reconnu comme un intervalle de sécurité pendant lequel on devait réciproquement s'abstenir de toute démous-
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tration extérieure ; et l'on assimilait à une espèce de sacrilège politique, la mystérieuse entreprise qui lançait tout à coup hors des ports de la domination française des forces combinées aussi considérables. L'Angleterre demanda des explications au gouvernement consulaire, qui articula le véritable motif de ces préparatifs ; ils ne furent jugés contraires ni aux conditions des préliminaires, ni aux intérêts des possesseurs delà Jamaïque; mais, tandis que Texpédition française voguait vers Saint-Domingue, la prudence britannique envoyait aussi une flotte d'observation vers les Antilles.
T^ a4 décembre iSoi , la flotte de Brest appareilla sous les ordres de Villaret-Joyeuse : l'amiral Gravina était à la tête de la division espagnole; Tescadre de Lorient et celle de Rochefort, destinées à former l'avant-garde sous le commandement de l'amiral Latouche-TrévilIe , partirent le même jour. Cette première expédition, composée de vingt-un vaisseaux, dix-neuf frégates et corvettes, emmenait onze mille deux cents hommes de troupes. Les forces de terre obéissaient au beau-frère du premier Consul, le général Leclerc , nommé capitaine-général de Saint- Domingue; il avait reçu l'ordre de quitter brusquement l'armée de la Gironde, qui depuis la paix de Madrid ne portait plus le nom d'armée de Portugal. I^ total de l'armée expéditionnaire, avec les renforts qui allaient rejoindre successivement, montait à vingt-un mille deux cents hommes; mais les onze mille qui s'embarquèrent d'abord sous la conduite du capitaine-général devaient à eux seuls achever l'entreprise de la première occupation. Cette armée
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faisait J)arHc de celle qui venait de dicter la paix à detix jburhéës de Vienne 2 elle ne pouvait être compâk^e , polit la beauté dé àes sou^enir^ et Téclat de sa gloire, t^u'aux iilimbl'telles légions qui, après aVoit àtissi conquis la paix siir là maison d^ Autriche, avaifenl .^uivî Bonaparte éri Egypte. Mais l'expédition de là MédîtfeW'aiiée , coiiçilé et dirigée par Bonaparte lui-métne , he dut pas aux instructions d'un ministre d'étrfe coittprottiise dans sa ttiarche. Quinze jours de tOtik*triente , perdus danà le golfe de Gascogne à attendre les t^scadreâ dé Lorieht et de Rochefort, dont le premier ralliement était à Belle-Isle, enlevèrent aux JF'rançâlS Fin appréciable avantage de sur^ preild^e Saitlt-t)oiilitague sans défense. L'amiral Latouchfe, ayant pris sur lui de ne pas suivre à la lettre diEis ôhîres dont l'exécution pouvait devenir fatale à Son lîÀfcadrfe , act:ok*da quatre jours à l'obéissance en croisant devant Belle-Isle, et avait fait route ensuite sût* Sahdatiây Oii l'amiral Villaret rie lé rejoignit que dîjc jotirfe aprèà : àltisi l'on eut à craindre de trouver dfeS ëntiehiisisur îâ défensive au lieu d'avoir prévenu là guen*è pai^ iine invasion subite. Mais l'expédition lie devait pas éprouver ce seul malheur à son arrivée: l*italprêvOyâncë irréparable de son chef miarititné lui dbrina tout à toup des auspices bien différent dé deut qtil l'avaient vue partir des ports de la métropole.
Depuil^ huit ans un homme, un esclave, s*était proclaitié dans cette île infortunée l'héritier de la plus sanglante des révolutions, et il y assurait par son despotisme l'indépendance de la contrée où un Aiàîtrè l'avait acheté. Conductew d'animaux sur
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ITiâbitâtiôtt Brëda, cfet homme, à 1%^ de plus d^ quarante àtisj était parviBiiti à appiiéifdîpe à lîre; V Histoire philosophique des dettâc Indes saisît sa pensée, Bkalta son imagination, et il nomma Raynal soh prophète. Srientieux comme les abîmes de la tétl^ , prudent et vîndrcatîf comme îe serpferit , viotent tt rapide comme la foudi*e, jaloux comttie ati despbtè et âiéfiant coton^e un estlavé , arrivé ail pttùvbit- plutôt par sa politique qu^ par ses tàletts militaires , tour à tour l'opptesseur et le prbtëclieuir dés deu* couleurs ennemies, dominateur sans partagé et ians ostentation , aussi pétiétlrém^t qu'impénétï'âblè , frugal autant qu'un Spartiate, passionné à Tégâl d'un Africain, Toussaint LoUverture semblait a^oîr été créé ainsi qu'une exception de sa race, pour là civiliser et la gouverner. Au-dedans il exerçait là dictature ; âu-^dehors le Nouveau-Monde le retronnaissâlt, en Vertu des traités, chef de nation. L' Angleterre elte-même n'avait point dédaigné d'entrelr en relation avec Toussaint , dont cependant Télévatioii et la caUîîe menaçaient la sécurité de ses proprés colonies, il eristâit entre lui et le géhéraî ÎSugent , gouverneur de la Jamaïque, une cohvetttioti d'assistance Réciproque qui JFUt annulée par le traité d^Aûiîèns; Habilement économe de la clvilisàtiàrt , dôitt î! voulait gà^der le secret pour mieuk étkbîi^ sa puissance , il avait j dé même qu'aux premiers tëmpfe de la société j diviiàé tout son peuplé eh guerriers et en cultivateurs^ et conçu là profonde pensée dé SéSôUétraire à l'égalité qu'il proclamait : ce système hardi lui avait réussi. 11 savait avec art profiter de son ascendant pour se irendré indisj>ensablé à toutes lés
classes; la race blanche et la race noire respectaient également son influence suprême. Sa volonté, toujours inconnue, toujours inébranlable ou terrible 9 formait la loi unique devant laquelle se courbait sans effort toute la population ; son hypocrisie pleine d'adresse couvrait habituellement les rigueurs de son gouvernement en rejetant sur ses lieutenaus, surtout sur le féroce Dessalines , les meurtres prescrits, commandés par lui-même. Le même voile couvrait ses opérations politiques ou administratives. Toussaint avait plusieurs secrétaires qui écrivaient en français ce qu'il leur dictait en langue créole. Ils avaient défense, sous peine de mort, de se communiquer la moindre notion des affaires qu'il confiait à leur plume; et de plus, jamais un secrétaire ne terminait celle qu'il avait commencée. Après sa première dictée, Toussaint l'envoyait attendre s^ ordres à soixante ou à cent lieues de sa résidence , laquelle n'était jamais déterminée pour un temps connu. Les espions qu'il entretenait partout étaient aussi les muets de ce despote ombrageux, et garantissaient le silence des instrumens dont il se seri'^ait. Il arrivait subitement au Cap quand on le croyait k Saint-Domingue. On n'avait jamais le temps de le tromper; on n'eut jamais la pensée delà trahir. Toussaint était un Mahomet à sa manière : il trouvait dans sa volonté le Koran invisible de sa mission ; mais à la tête de la population brute des esclaves de Saint- Domingue , il eut le génie de ne pas faire descendre du ciel le pouvoir qu'il usurpa sur elle. La tyrannie du docteur Francia à la Conception donne l'idée du gouvernement de Toussaint Louverture.
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L'existence politique de Toussaint datait du aa août Ï791 , jour où la révolte excitée par le nègre lean François , dont il était le confident , dévoila la vaste conjuration ourdie contre la suprématie des blancs ; l'incendie des propriétés avait servi de signal au massacre des hommes de cette couleur; et , chose extraordinaire, les assassins marchaient aux cris de vwe le roi! et portaient la cocarde blanche, tandis que l'Assemblée coloniale portait celle de la révolution. Toussaint s'était bientôt fait remarquer dans cette guerre d'extermination , fruit de ses trames secrètes ; aussi le général Lavaux , envoyé à Saint- Domingue par la Convention , ne s'adressa-t-il qu'à lui seul , et l'ambitieux esclave, abandonnant Jean François, entra comme colonel au service de la république. Dès ce moment on cessa d'attaquer les blancs. Plus tard les Anglais, qu'il avait chassés de toutes leurs positions, ne voulurent aussi remettre le fort Saint-Nicolas qu'à Toussaint, et non au général Hédouville, nouvel'agent de la France. Non content d'avoir forcé les commissaires de la Convention à prononcer la liberté des noirs, Toussaint avait déjà résolu l'indépendance de sa patrie adoplive ; et quand il refusait de se remettre à Fautorité des délégués de la métropole , c'était , disait-il , pour ne par^ tager ai^ec personne la gloire d avoir conservé Saint-- Domingue à la France, Débarrassé de la lutte étrangère et de la domination de la France, Toussaint ne comptait déjà plus pour rival que Rigaud , chef des mulâtres ; il le poursuivit à toute outrance et le força de s'embarquer. Il régnait sur la colonie, lorsque la révolution du 1 8 brumaire appela au con-
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de Gascogne, se voyait menacée sur plusieurs points : le général Kerverseau eut mission de s'emparer de Santo-Domingo , le général Rochambeau. du fort Dauphin, et le général Boudet du Port-au-Prince. Ces expéditions partirent pour leur destination du rendez-vous de Samana. Le général Leclerc se cliargeait de l'attaque du Cap, dont la passe devait être forcée si Toussaint s'opposait a la descente. Le 3 février , un capitaine de frégate , porteur d'ime lettre du premier Consul pour Toussaint , et d'une proclamation du gouvernement, se présente k la passe avec trois bâtimens ; mais les balises avaient été enlevées , les signaux de reconnaissance restèrent sans réponse , et le fort Picolet envoya des boulets rouges au cutter qui pénétrait dans la passe. Ainsi donc plus d'incertitude sur les résolutions de Toussaint ; <*ependant la flotte ayant dérivé, l'on ne pouvait songer pour ce jour à assaillir les forts. Par une imprévoyance que rien ne justifie, Villaret avait négligé d'emmener avec lui des pilotes pratiques de la baie du Cap ; cependant le capitaine du port vînt à bord de l'amiral lui déclarer qu'il attendait les ordres du général Toussaint pour laisser entrer la flotte. Alors le général Leclerc écrivit à Christophe, qui commandait au Cap : l'officier chargé de cette lettre revint avec un refus positif. A défaut de pilotes pour nous guider , l'amiral résolut de se servir du capitaine du port du Cap, qu'il avait retenu ; mais ni prières, ni argent, ni menaces, ne purent l'y décider. C'était un mulâtre nommé Sangos. On lui offrit 5o,ooo fr. ; on lui mit la corde au cou : il resta inébranlable. Une telle résistance prouva l'empire de
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Toussaint sur son armée. Bientôt après , une dépu* tation accourut supplier le général Leclerc de ne point tenter le débarquement au Cap , si l'on dési* rait de ne pas donner le signal du massacre des blancs et de l'incendie de la ville. Le projet de Christophe à cet égard était connu. Un temps précieux s'écoula en vue du Cap , où nous avions précédé de quarante-huit heures l'arrivée de Toussaint. Le cutter ayant passé, les deux frégates auraient pu le suivre et la flotte suivre les deux frégates : le général Leclerc et l'amiral Gravina le voulaient. Une mésintelligence éclata entre l'amiral Villaret et le général en chef, qui tous deux se prétendaient maîtres d'ordonner le débarquement.
Enfin , ce moment étant manqué , le général leclerc se décida à opérer sa descente plus à l'ouest ; il commanda d'embarquer six mille hommes, malgré la violence de la mer. La tempête fut si forte, que le vaisseau le Patriote perdit une partie de sa mâture. A l'entrée de la nuit, les troupes montèrent les canots, et le lendemain matin, au jour, le général en chef prit terre à leur tête auprès de Liml)é ; il força tous les postes et arriva le soir au bourg du Haut-du- Cap , qu'il trouva incendié et d'où il chassa Christophe. Peu d'instans après le départ du général Leclerc , la flotte avait vu une épaisse fumée sillonnée d'étincelles s'élever au-dessus des rochers qui couvrent les rivages de l'ouest. Elle entendit d'affreuses détonations; et le ciel enfin chargé de flammes ne laissa plus douter que Christophe n'eut exécuté son fatal arrêt contre la malheureuse ville du Cap. La nouvelle de la prise du fort Dauphin par le général II. II
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Rochainbeau, et sa marche sur le Cap^ pouesèrenl Chrisliophe à efTectuer sea menaces ; ou plutôt, pour donner un vécit v^itable, au troisième ordre^eTeossaint, son lieutenant avait dû obéir sous peine de mort. Le lendemain matin , le vent étant devenu fiivorable , la flotte avait suivi les vaisseaux le Scipion et le Patriote , de 74 9 ^i se présen4fèrent à la passe et répondirent au feu des- forts. On franchit la passe^ et le débarquement des équipages de la marine eut lieu y sous la conduite du général Kumbert, sur le sol embrané du Cap. La jonction se fit au Baut-dur Gap avec le général Leclerc. De huit cents^ maison», à peine soixante échappèrent à Tincendie. Tous les magasins ayant été brûlés, on sévit obligé d^ tirer des vaisseaux les provisions de la marine pour nourrir l'armée. Ainsi fut inaugurée cotte Ssitale eiH pédition.
Ije gouveitnement français» eut beau prodamer » Saint-Domingue le principe* de la liberté , le fonm* dabla armement de l'expédition annonçait par lui" même plutôt une conquête qu'une simple* occupa*tion nationale. Il semblait que les noirs eussent' découvert les instructions données, au capitaine^éné^ raL LeuF& dernièves' dispositions* prescrivaiepit a» général Leclere le- rétablissement de Fesdavagei à» Saini-^Domingue ; maie cette opération dëvenaiJf difficile à exécuter^ non-^seulement en raison- de larésistance qu'élis produirait nécessatcemenr pavmr leSâ noivs^, maiS' auseLen' raison des^ opinioni» à^ l'ar^ mée expéditionnaire elle-même. En effet, jamais^ armée plus républicaine ne mourut pour une cause* plus antipathique à se& idées.
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Cèpei^nf le généra) Kerrerseuu prit ^M peine pMses^ion de la partie espagriole et de la viHe de Sutito-Dofntitigo ; Paul LouTerture, frère de Tôqsèaint, qtû y commandait, offiit sa soùmi^ott api^ tm nfinufecre de défense. Le général €Iaparèdé 6eèupa aussi Sant-Tago , éracué par le mulâtre (3efvaux. Le fort Daupfain opposa une vigdûi^éii^ ^é^i^tance : il fallut un assaut pour qtie \k fof tétéisie ^ rendit au généra! Rochambeau. On y fro^a cent tin<juanfe pièces de canon. Le géinéral Brttnfet ^ t& t â ' nandânf ravânt-^afdé , dtit aussi enlevef de vive fofee les forts de l'Anse et de la Bouque. lié ^étiêrsA Hùmbert attaqna le Port-de-Paix ; fe géÉiëi^l ndhr Maurêpa^ , ne poavant s'y maintenir, y mit le fèâr; retranché dans uiie position très-fotte, ce' chef repoussa Humbert, qui ne put opérei" sa joofetioti aux Gonaives avec la division Boudet : c'était un vérita- ^t échec. Le môle Saint-Nicolafs céda à Tapparitioû éPune frégate. Le 4 février, Famiral Latoûébe , dont Feseadre portait la division Boudet , parut en vtie di Poft-au-Printe. Le commândarnt étaifl un blânè nommé le général Agé. 11 reçut bien Toffifei^èr qui lui apportait une lettre du général Boudel et là proclanfatioii du gbuvérnemetit cènsulaire , Aiâi^ saf gâr«mson se révolta. Sle retint l'aide-dé-canip d^ Béudei, destitua tous les fonctionnaires français , fit arrêter tous les blancs , et expéctta , pour le consulter, uni oftcier au noir Dessaiines, chef militaire de la parole del'Ouest , k Saint-Marc. Cehn-ei se hAta de dédarer cjùe si Tescadre française entrait dans le port, te ville dtrPort-au*-Prince serait l>ralée et tes bknoA
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massacrés. £n conséquence , le 6 , le général Boudet débarqua 9 tandis que l'amiral Lâtoucbe menaçait avec ses vaisseaux la plage et le fort Bizoton, qui couvrait la ville. Mais , par une faveur de la fortune bien inattendue, ce fort important, qui obéissait au mulâtre Bardet , se soumit sans résistance avec sa garnison. Alors le général Boudet s'était rapidement porté sur la ville , afin d'en prévenir l'embrasement. L'escadre aussi pénétra brusquement dans le port. Sommée de se rendre, la garnison répondit par un feu très-vif, et l'escadre foudroya la ville , oii se précipitèrent les grenadiers français. Ou se battit avec acharnement dans les rues. Enfin la valeur de nos soldats enleva le fort Saint- Joseph , et à sept heures du soir nous étions maîtres du Port-au-Priace. Dessalines se disposait à marcher de Saint-Marc avec tous les blancs pour défendre le Port-au-Prince; quand il apprit la victoire de Boudet, il fit livrer Saint-Marc aux flammes, égorger les blancs, et se retira sur le bourg de La-Petite-Rivière, par les Yerrettes et l'Artibonite, semant partout le massacre et l'incendie.
La soumission du Sud suivit la conquête de l'Ouest. Le noir Laplume, qui commandait aux Cayes, se mit avec ses troupes sous les ordres du général Boudet. Sa conduite fut imitée à Jérémie par le noir Domage. Eu dix jours, l'armée expéditionnaire, qui occupait dans le Nord la ville du Cap , le fort Dauphin , le môle Saint-Nicolas, occupa aussi la partie espagnole , le sud et l'ouest de Saint-Domingue. 11 ne resta plus à atteindre que Toussaint Louvertut^
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Dessalines y Christophe et Maurepas, qui tenaient les positions de l'intérieur et empêchaient les communications du Nord avec l'Ouest.
Le général Leclerc, avant de marcher contre Toussaint y lui envoya ses deux fils avec une lettre du premier Consul , qui le nommait lieutenant du capitaine-général, et accompagnés de M. Couanon, principal du collège où le gouvernement les avait fait élever à Paris. Toussaint vit ses enfans , les embrassa, et les chargea de dire au général en chef qu'il lui demandait un délai pour se déterminer. Les enfans revinrent porter à leur père la réponse du général Leclerc, qui accordait quatre jours: ce terme s'étant écoulé sans expHcation nouvelle , et les fils de Toussaint n'étant pas revenus , le général Leclerc proclama la rébellion de cet ennemi caché , qui n'attendait que le moment d'éclater. Peu de jours après, du la au i5 février, les escadres de Toulon et de Cadix débarquèrent au Cap trois mille huit cents hommes , et le 27 , à la tête de treize raille hommes , le général Leclerc ouvrit les hostilités. Toutes les divisions se mirent en mouvement. Le général en chef partit du Cap avec la division Hardy ; le général Rochambeau, du fort Dauphin; le général Desfourneaux, du Limbe; le général Debelle, du Port-de-Paix. Les positions réputées inexpugnables du Dondon et de la Marmelade, de la Ravine-à-Couleuvres et du canton d'Ennery, résidence habituelle de Toussaint, furent emporiées pour ainsi dire à la course par les troupes françaises, et la guerre se transporta dans l'Ouest. Pressé de toutes parts, Maurepas, après avoir réclamé et obtenu le
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bénéfice de la proclamation , avait réuni ses forces k la division Pebelle. Le 24* le quartier^énéral était aux Gonaîves , d'où le général en chef 9'eI^T baiK(ua pour le Port-au-Prince , dans l'intention d'y régler avec Boudet des affaires d'ordre public re^^ tées en suspens diepuis la prise de cette ville par CQ général.
P^ins les premiers jours de mars , con^me dAP$ toutjs cette terrible campagne, l'armée fut éclairog pendant sa m^^rcbe par d^s incendies , et arrêtée par le^ massacre^ dont la férocité de Dessa}ines surtout; avfiit piiarqué sa fiiite. Sur le théâtre même iM ^^ barbaries, ce monstre se vit poHrsuivre par le géi^é^ rai Debelici qui le poussa jusque da^s le fprt et^an^ 1^ bois de la Créte^rPierrot. D'après cette poubelle, le général en chef, quittant le Port-au-Prince avec la faible escorte qui l'av^^it suivi des Gonaîves , alla rer joîpdre ta divisioif Boudet, qu'il avait dirigée du PortraurPvipç^ sur le Mirebalais. ]L.e 3 mars, cette division enleva avec une rare valeur le post^ retr^nc|ié de Tn^^on, et arriva aux bourgs du ]\f ir^baUi^ et d^ Verrettes, incendiés par Des^alines, qui v^nair de faire égorgef la population blanche , au ifiQUibre de douze cents individus. Aux Verrettes , le général en chef ordonna une seconde attaqua sur k| Créte-à-Pierrot. Pessalines y avait rallié les délms et les réserves de l'armée noire. Le mulâtre Lamartir nière y cosimandait. L'assaut eut lieu , malgré le feu terrible de la place ^ et sans artillerie, par les divisions Boudet et Dugua 1 sous les ordres du général en chef Les deux généraux y furent blessés; l'armét pendit six eentiî bommûs* et l'qn parvînt MÇQra k
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nejeltt* las notrs duas letirs retranobemei]^. Mak vm recoanut ^de œ fort ne poorfaît être «emporté ^'avec le secours de l'artillBrie. La prise «ck la Crèteà-Pierrot, véritable phlladium de cette guerre, était de la plus haute importance.
Le générai en cb^ transféra son quartier^général à Saint-Marc y en attendant l'arrivée de l'artillerie et les diviiôoifts Hardy et Rochambeau. Le at mars, ces généraux étaie&t sur l'Artibonite , devant la Ci*éte-à Ptemot Deasalines l'avait quittée la nuit même et se voyait coupé du fort par le général Hardy; il se retira sur les Hauts-Mornes. Quant à Rochambeau, après avoir battu Toussaint à la Ravine-*à-€ou)euvres, il venait de le mettre encore dans une déroute eomplète sur la chaîne des €ahos , qu'il avait fran* cbie pour déboucher aussi sur le Mirebalais. Le laéme jour, ai mars^ l'artillerie se trouva réunie. Le a3, l'attaque fut opérée par les divisions Rodiambeau, Boudet et Hardy. Le chef de bataillon fiourke^ aide de camp du général en chef, comman* dait la réserve ; cet officier avait sous ses ordres le chef de brigade Pétion , mis à la tête de la 1 3e demibrigade c<^ontale : ce même Pétion , porté depuis par ses services et ses talens à la présidence de Saint* Doraingue, eut l'honneur de fonder la république d'Haïti. Mais les noirs, assiégés de toutes parts, évacuèrent silencieusement le fort dans la nuit du 14 AU ^5. On y trouva quinze pièces de canon , deux mille 6isils et une foule de cadavres. Le jour même^ ce fort fut rasé et désarmé.
Il ne restait plus aux noirs aucune position pour continuer la guerre dans la partie de l'Ouest. Le gé^
néral en chef retourna, pour organiser l'administration I au Port-au-Prince , où il se fit précéder par la division Boudet, qui battit, chemin faisant, le noir Belair. Rochambeau marcha sur les Gonaîves pour établir les communications avec Plaisance, et Hardy se porta sur le Cap , dont la faible garnison pouvait à peine résister aux attaques continuelles de Christophe. Hardy dut forcer encore les positions formidables du Dondon et de la Marmelade, et n'arriva qu'en combattant sans cesse jusqu'au Cap, où la division batave de notre flotte débarqua , le 5 avril , deux mille cinq cents hommes. Hardy voulut avec ce renfort reprendre le Dondon sur Christophe, qui y avait concentré ses forces; mais il dut renoncer à son entreprise, afin de ne pas répandre inutilement le sang européen, qui devenait de jour en jour plus précieux. Vers le milieu d'avril, le général Leclerc revint au Cap. Le général Rochambeau remplaçait dans l'Ouest le général Boudet, parti pour les lles-du-Vent. Enfin décidés , soit par l'exemple des généraux Paul Ix>uverture, Clervaux, Maurepas, Laplume, qui jouissaient de leur grade et de leur traitement, soit par la terreur des armes françaises, soit aussi peut-être par les instructions cachées de Toussaint, Christophe et Dessalines présentèrent également leur soumission. Elle devança, comme une sorte de manoeuvre politique, la soumission de leur chef, qui, conformément à la volonté du général Leclerc, vint se rendre au Cap avec son état-major et sa compagnie des Guides, hommes choisis et éprouvés, dont le dévouement lui re^ta fidèle jusqu'au dernier mo» ment. ^
Après une longue conversation secrète, où Toussaint n^opposa aux reproches du général Leclerc, sur sa rébellion , que le silence ou la dénégation, ce dernier lui offrit de servir dans nos rangs comme un de ses lieutenans, avec le grade de générai de division. Mais Toussaint refusa, plutôt par calcul que par fierté ; il demanda à se retirer dans le domaine d'Ennery, dont il avait fait son apanage. Sa demande lui flit accordée. Toutefois, les généraux Brunet et Thouvenot eurent ordre de surveiller le repos de Toussaint Louvertûre.
Ainsi , en cinquante jours, Leclerc avait terminé par une campagne générale une guerre d'extermination dont il sut borner la durée ; il avait triomphé de la force et de la ruse de ses ennemis , ainsi que des obstacles de la nature : mais il allait avoir à combattre d'autres fléaux plus redoutables , et les trahisons qui marchèrent à leur suite. Un des grands désastres de Thistoire moderne , aussi meurtrier dans ses proportions que la retraite de Moskou , est réservé à cette glorieuse armée , l'une des plus braves qui aient jamais illustré le nom français.
Après la pacification^ le général Leclerc s'étudia et parvint à en assurer les résultats , en inspirant de la confiance aux généraux noirs; il sentait bien qu'il ne pouvait réussir sans eux , et que sa position le contraignait à se servir de leur entremise pour rappeler les noirs à la culture et les désarmer. En adop. tant ce parti indispensable , le général devait mettre de l'abandon dans ses relations avec ces hommes dangereux , de peur de réveiller cette méfiance inhé- , rente à leur race. Cependant le succès passa ses es-.
féranœg. £timtophe, Cler^aux, Desstlines, Manrepas , Tivalisèrent ée eèle pour rern^ir ies iatentions •du générai «n chef ; par leurs seins une armée noire ae rassembla ; trente mille fusils &irent recueillis dans le département du Nord et emmagasinés au Gap. Le général «n chef se i4t même obligé de réprimer l'ardeur de ces généraux , qui , fidèles aux habitudes d'une anciense Cérocité, tuaient ou faisaient tueries *M»rs encore munis de leurs armes. Si cette cruauté eHYers leur espèce provint d'un calcul de leur diast* mutation , comme il y eut bien lieu de le «croire j on p«ut ae faire l'idée de la déplorable position où se trôofrait le capitaine-général Leclerc.
Maifi la sage«se même des mesures qui venaient de laire suooéder tout à eoup les bienÊtits de la couct»de a la guerre ^ à la destruction , devait creuser un abtme plus profond sous les pas de l'armée ex* péditiomiatre ; déjà afiaiblie de moitié, il lut fallol recevoir dans ses cadres des noirs portés au désordre et k Tindiseiplitie : ce recrutement ofi&ait un péril auquel l'e^iistenee de l^armëe ne pourait se soos^ traire^ Cependant l'organisation coloniale marchait du «n^e pas avec Torganisation militaire. Par la plus heureuse io^ration , k général en chef, parti de France avec troia cent mille francs seulement , dont une partie appartenait à la marine , reconnut les avantages des réglemens que Toussaint avait établis; il confirma les baux à ferme de toutes les propriétés vacantes qui jamais ne furent aliénées; il consacra le servage de la glèbe pour les cultivateurs , à qui on allouait le quart des produits ; il ouvrit les ports de la eolmii« à |ocis las paviUonasasts prëftrence : atrssit
en peu de temps ^ h £lap &e releva de s^ cendres , ainsi qijue la plupartxles villes inçeadiées; jbeaacoup de colons revinrent ; les ports se remplirent de batimens de coniooi^roe français et étrangers; U- per^çep»tioa des fermages et des droits à l'iinportiition eit i l'exportation assura le service de T^dministratio^ et de r^rmée; des traites , dont avant le dépfir|: d^ l'expédition le gouvernen^nt français av^it pre^ic^it eJt garanti rémission , passèrent en paiement mu Qpm^ merçe , pour le^ subsistances , pour l'entrietien des hppitauiç^ ppur tous les besoins de la colonie, he^ Américains se distii^uèrent par l'activité de leur$ transport^ en tput g^^re et par 1^ plus honorable désintéressement, A^c^^n d'entre eux j ni le gouverr nemenf: colonial luiriueme, ne soupçonnaient quelç^ traites douuiées et reçues pour le salut de Saint-Do'iningqe et 4u soldat seraient rejetées par le gouv^nement irauçai^? et qu'uqe odieuse banqueroute de^ viendrait le prix d'une confiance aussi gén^reuse^ Le gép^ral I^eclerc, qui ne pouvait prévoir un tel ui^nque de fpi , obtint par tous ces nioyens y après I9. plus nrillaiite campagne, les plus*beau>: résultats d'nm graude pacification civile : l'abpnd^nc^ et 1^ sécurité. Dans la vue d'assurer de tels l^ie^fait^ , il içfV^s^ un fiQus^il de notables pris dans les trois races d'bal)itans ; attentif k intéresser ainsi les trois ÇQU^ le^rs au maintien de l'ordre étal^li, il cans^qra, par de nouvelles nominations aux fonctiq^s ju<Uçiwï'W et municipales^ et à celles d'inspecteur^ des çnltHre^ |ej| cl^oi^ fj^its pa^r Toussaint , avec ui\e i^efveilleu^^ ^9%^4f}ii^ fi^ruxi les boiQUi^s l^pluf recpmRia&dsiblet ^^ la Si^ïofi?.
Mais, par un rapprochement fatal, le 7 mai, qui jivait signalé à Saint-Domingue la soumission de Toussaint Louverture, vit débarquer à la Pointe-à-Pitre , à la Guadeloupe , trois mille cinq cents hommes arrivés de Brest. A la fin de l'année précédente le mulâtre Pelage avait proclamé l'indépendance de la Guadeloupe, et embarqué sur un bâtiment neutre le capitaine-général Lacrosse, surpris et enlevé au moment où il visitait ses avant-postes extérieurs. Bientôt les noirs s'étaientemparés de la révolution de Pelage; et ce fut contre eux que le général Richepahse, qui commandait cette expédition , aidé des secoursde Pelage, dut employer une valeur tant illustrée à la bataille deHo henlinden. Après avoir anéanti la rébellion, Richepanse succomba , dans les premiers jours de septem • bre, à ce terrible fléau dont le retour périodique , silencieusement attendu par les noirs de Saint-Domingue, devint tout à coup, ce même mois, le signal d'une fermentation sourde dans les ateliers et dans les bataillons coloniaux. On cessa de rendre les armes; on les cacha avec soin; des insurgés, sous le nom de nègres marrons, se rassemblèrent sur les mornes aussitôt que la 6èvre jaune reparut. Ce redoutable auxiliaire de l'affranchissement du sol d'Haïti , tel que Toussaint l'avait conçu primitivement avec Jean François , c'est-à-dire de l'empire noir sans mélange, moissonna avec une effrayante rapidité, et dans une proportion plus effrayante encore , la brave armée qui n'eut bientôt plus pour caserne que les hôpitaux, que la mort vidait chaque jour. Le général en chef était allé, avec sa femme et son fils, respirer pendant quelque temps l'air salubre.de l'île de la Tortue, où
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il avait fait établir un hôpital de convalesoens; un impérieux devoir le rappela au Cap au commencement de juin, à lepoque où la maladie régnait dans toute sa violence ; il voulut assister à l'ouverture de cette assemblée de députés formée pour devenir une sorte de conseil central et consultatif des intérêts y des besoins et des ressources de la colonie.
Peu de jours après , la surveillance exercée sur
Toussaint s'alarma d'une certaine agitation autour du bourg d'Ennery , tandis qu'une insurrection ouverte réunissait un grand nombre de nègressur les mornes appelés ia Montagne noire. Toussaint , au lieu d'aller lui-même apaiser ces mouvemens, suivant sa promesse au général Leclerc, se contenta d'armer , pour sa sûreté disait-il , des nègres cultivateurs , dont les Français arrêtèrent un détachement. On sut bientôt que Toussaint se réjouissait des ravages de la fièvre jaune, et qu'il répétait sans cesse : « Je compte sur LA Providence » , nom du grand hôpital du Cap, Enfin , quelques-unes de ses lettres interceptées ne laissant plus de doute sur sa connivence avec les insurgés, le général en chef ordonna de l'arrêter. Toussaint , appelé aux Gonaïves par le général Brunet, s'y rendit pour éviter les soupçons, et tomba dans le piège qu'il voulait tendre lui-même; il fut mis à bord, conduit en France, et transféré au fort de Joux , où il mourut déiix ans plus tard. On a re^ proche amèrement l'arrestation de Toussaint au général Leclerc, tandis que c'était l'expédition contre Toussaint qu'il eût fallu reprocher au gouvernement. La position du capitaine-général , ses obligations envers la métropole et son armée, lui prescrivaient d'agir
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toixsme Û V$f feit. Du tn^«M«Yi« où TôuaiMdut refu^ak ^ coopéra4!km à vos troupes , il devenâtt redoutable ; M t^ul do«Fte qtie si on lui de rimait le texups ée %ot6t 4a rôle tfin^rtie qu'il avait adopté , c'en étai* fiiitde k raee bidvitotie et de Fautorité de la Ffâmce àSsdtef DomiDgtie*. Jamaîs plus ferrible htsSifè ne pe^ M un homme' iwvestr du pouvoir militaire et cWl. lyailkfui^sr le gétiéi»al ert chef se conformait à ses inst¥u€t;ioi)9. Au res^e^ l'effet que la déterminàfieiicïe Leélerc produisit suf les noifs, à qui Toussaiéf , donfrme ttïi itiaitre invisible, comntmndait o«f de se révolloi* ou de fléchir , jmsrtifia bientôt le moyeûi et saluf ktïposé par la pol^tiqu^ et la nécessité.
(i^rles BiBlaîFy neveu de lotussaint, avait retevé Téfendard de Fitisurrection- : elte prit bientôt un éSHtaetèrfe phis grave , quoique revenue encore de cettt pirudenee impénétrable qui voile les complots db âègrei^i Les généraux noirs qui ftiafrchaient avec les généraux français contre les insurgés dont ils fomett^ traient la rëbelHon, poussèrent fe' perfidie au porrrt àt tuer ces ms^heureux de leurs propres matns. Pâor voi^ atroce application^ de cet irtFernal syst^e , Des^ sfilÂes ayai^t affrété Belair , le fit juger et condamner à mort par une commission militaire que présidait le raoïlàrre Clervaux , qui peuf de jours après s^itt- Mi^ea Im-na^me. Ainsi^ non-seulenaent la soumius^ 9ton> des noi¥s , mais leur obéissance et jusqu'à leuf fidélité y offraient quelque chose d'autant phis d* frayant que la durée n'en pouvait pas- être calculée. Cette extraordinaire inquiétude assiégeait toujours kl pensée du^ général en chef. Il s'en vit bientôt délivré par une eirconstanee qu'il avait prévue , mais
livré par une eiroonrtanee qu'il avait prévïie, mais
!;tî8îï.1F)Bl)!MlE.
DE RAPOLBOir. t^b
Mu^e laqueye toute préparatiou était inutile. A la fin de juin, ks lettres de la Guadeloupe arov^ Tèrent. On a^rit le débarquemeot du général Rickepanse^ la dé&ibe des noirs y rexpuldion des^ nègres efc des mulâtres dies rang» de Tarmée françaisev le retour du capitaine^général Lacrosse, et le rétabUssemeitt. de Tesclavage : eetl^ nouvelle, s^bitemeot répandue parmi les noirs du Cap , les frappa d'une convulsicmi éllEictrique. La race noire et la race mêlée de Saint- Domingue eurent le dpoit dé manifeateir une méfiance* publique; ce qui venattd'avoip lieu, à la Guadeloupe légitimait rinsurreetîon des Moiuies, Le gouverne^ ment avait , au^ mois, de novembre 1 8of , publié cette déclaration : <i A SaimihDamihgue et à la Guéode^ toupe il ri est plus d/escha^eSé ToittjrestlibrBytouty nestêr» libre* » A» peine on» eoi^nut le cruel démenti donné par la^ coutne-révolutioiii de la- Guadeloupe à un engagement si solennel, qu'une aonspiratiom s'é<« tendit 9or toute- ta> colonie; C'était bien assez, sans doute ponr le goaverneme^t^colonial de voir chaque jour décimer, depuis tnoi» moisi, pavl«i^ maladie, > ce qui restait de l'armée blanche; la révolte dès Morne» et la trahison prochaine des tvoiipes noires^ pnésen«* taientau capitaine^^général^uffie combinaisonî depérila contre lesqfuels le cxmrage fran^^i» ne pouinailî luttoD long*temps. L'invasion- de tant de' fléaux et leur pro^ fonde impression sur L'armée formaieivt un teirrible contraste avec le bonheur dontla sig^nature de la pai£ d'Amiens , si tristement accueillie par les mourans de Saint Dbmingue , comblaiti Pams et la France». £nfin', le capitaine-général , pressé par tant d'adversités , devait à sonihonnenr- et à l'espoir de conservée
un peu de sécurité , de déchirer le premier pacte de confiance qu'il avait fait avec les noirs.
Comment supporter davantage l'anxiété de voir au milieu de ses bataillons , éclaircis par la fièvre jaune, les bataillons intacts des ennemis qu'il fallait crain* dre encore une fois? Leclerc hâta le désarmement de tous les noirs casernes au (^ap , et prévint ainsi un des dangers qui le menaçaient; car, le la septembre , Clervaux et Pétion , qui commandaient au Hautdu-Cap y passèrent aux rebelles avec trois régimens; le 169 ils attaquèrent le Cap-Français. Un avant-poste fut forcé par cet assaut imprévu autant qu'impétueux; mais le général en chef, accouru avec cinq cents soldats et mille hommes de couleur , repoussa les révoltés 9 auxquels Christophe et PaulLouverture se réunirent le lendemain. Ainsi reparut la guerre à mort entre les deux races; mais quelle disproportion effrayante offraient les forces opposées ! La population noire était de quatre à cinq cent mille individus, et l'armée ne comptait pas dans toutes les places de la colonie plus de huit mille hommes au drapeau. I^a garde nationale du Cap servit et se battit comme la troupe de ligne : elle mérita des armes d'honneur que lui donna le général en chef. La concentration des troupes qui survivaient à la fièvre jaune devint indispensable. Le capitaine-général fit évacuer sur le Cap la garnison du fort Dauphin et du Port-de-Paix ; celle des Gonaïves se retira sur le Port-au-Prince, après s'être défendue contre Dessa- Unes qui dirigeait l'insurrection dans l'Ouest.
Un autre malheur attendait l'armée expéditionnaire et les habitans de Saint-Domingue : dans la
nuit du I" au a novembre, le général Leclerc mourut de la fièvre jaune; nouveau sujet de deuil ajouté à toutes les douleurs. La perte du général Leclerc fut même, dans la situation désespérée de la colonie, un désastre politique. Aucun souvenir, aucun engagement ne liait plus à la cause de la métropole un seul des individus de la race africaine : que ne devait-on pas craindre d'une telle désunion ,*" qui nous mettait à la merci de la puissance du nombre, et des passions les plus exaltées ?
M. Daure , ordonnateur en chef de la colonie, qui, depuis la mort de M. Benezech , remplissait aussi les fonctions de préfet colonial , exerça alors l'intérim du capitaine-général jusqu'à l'arrivée de Rocbambeau , alors au Port-aU'Prince. Le seul noir Laplume, commandant de la partie du Sud, ne trahit pas son serment; ce périlleux dévouement doit honorer à jamais la mémoire de ce général. Le mulâtre Lamartinière, qui avait si vaillamment défendu la Créte-à- Pierrot , demeura également fidèle au drapeau français, et périt par les mains de ses soldats, qu'il voulut empêcher de se joindre aux révoltés.
L'armée avait perdu en neuf mois, c'est-à-dire de février à novembre , le général en chef et douze officiers supérieurs , parmi lesquels les généraux de division Dugua, Hardy, Debelle; les généraux de brigade Pambour, Tholozé, Saint-Martin, Ledoyen, Pampierre, Desplanques, Meyer, Wonderweit, Jablonowski; mille cinq cents officiers, sept cent cinquante officiers de santé, vingt-cinq mille soldats; huit mille de la marine du commerce ; deux mille employés civils; trois mille blancs venus deFra«ce. II. la
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Sur cette masse efiErayaate, cinq mille hommes e&tiron succombèrent dans la guerre; la fièvre jaune dévora tous les autres. A la mort du général Lederc, il restait neuf mille cinq cents hommes, dont sept mille aux hôpitaux. Le total des forces débarquées à Siaint-Domingue, jusqu'à cette époque, montait à trente-quatre mille hommes. Les états de l'armée rapportés en France furent des registres mortuaires. Ainsi, sur cinquante mille individus delà race blanche importée, il survivait deux mille cinq cents valides et sept mille malades , dont les deux tiers moururent. Les neuf dixièmes de la population française périrent à Saint-Domingue. Il n'y a pas d'exemple dans l'histoire moderne d'une destruction aussi grande en raison du temps et du nombre. Quant au massacre des colons par les noirs , il ne peut être calculé !
Aussitôt que Rochambeau eut pris le commandement général, il lui fallut soutenir la vive attaque des insurgés , qui s'emparèrent des montagnes autour du Cap ; mais une batterie qu'il fit placer sur une habitation plus élevée les força à la retraite. Ce succès lui inspira la mauvaise pensée de suivre une marche différente de celle de son prédécesseur; au lieu de continuer à se Concentrer dans l'enoeinte du Cap , la ville la plus au vent de la Fcanœ, et la véritable position militaire de la «colonie révokée, h qaupiinxud'^mértl voulut reprenddre le fort Dauphin et le Port-d^*Paix ; le général Clauzel se chargea de cette entreprise, qui réussit. Leclerc avait ^ par uiie raison éclairée, traité constamment av-ec une distinctioo particuUère la race mulâtre, dont la parité
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française, nnteUigenee, ta bravoure , et la baine poor krace noire, lui faisaient une alliée Raturelle; Roohambeau la persécuta : plusieurs braves officiers de cette couleur , qui dominait dans la partie du Sud , et entre autres le commandant Bardet , qui , en remettant le fort Bizoton au général Boudet, avait sauvé le Port-au-Prince de Tincendie y et les blancs de l'sissassinat, furent proscrits. Dès ce moment , la Tengeance la plus acharnée réunit les noirs et les mulâtres; ces derniers exercèrent dans le Sud d'horribles représailles pour satisfaire aux mânes de leurs chefs si barbarement immolés.
Rochambeau ajouta une faute bien grave à ces cruautés : il transportai au Port-au-Prince le siège du gouvernement , et laissa le général Clauzel , avec une faible garnison , chargé de la défense du Cap. Bientôt un nouvel ennemi se joignît à ceux que le général en chef venait de susciter contre son armée ; cet ennemi, le Redoutable appui des noirs, était la Grande-Bretagne. I-e traité d*Amiens allait être rompu. Alors Tinsurrection générale , fortifiée par les secours qu*ellé reçut des Anglais, en armes et en munitions , pressa plus vivement ses opérations offensives , de sorte qu*en peu de jours toutes les positions de rOuest et du Sud tombèrent au pouvoir des insurgés. Le général Laplume tint jusqu'au der^ nier moment ; mais depuis la proscription des mulâtres, les hommes de cette couleur s'étaient rassemblés dans le Sud , sous les ordres d'un nouveau chef nommé Ferou, qui combina avec les généraux noirs l'expulsion des Français. Ne pouvant résister à tant de forces conjurées, le général Laplume dut se réfii-
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gier au Port-au-Prince , et de là il s'embarqua pour l'Espagne , où il mourut. Le Sud une fois occupé par l'ennemi y les subsistances manquèrent totalement au Port-au-Prince; la famine à sou tour jeta le désespoir dans cette malheureuse ville de l'Ouest , la seule où les Français se maintinssent encore , à la veille d'être assiégés par les armées noire et mulâtre réunies , quand Rochambeau reçut l'ordre impératif de France de revenir au Cap, et d'y établir le siège du gouvernement. Il arriva le a4 juin i8o3 dans cette place , où il se trouva bloqué par une croisière des Anglais qui cernèrent également les villes de Port-au-Prince et des Cayes. Les garnisons françaises, éparses sur le littoral du Sud et de l'Ouest, traitèrent ou avec les Anglais, ou avec les noirs, et de préférence avec ceux-ci , qui , à la honte de la politique britannique, imposaient toujours des conditions moins dures. Le général Lavalette, resté au Port-au-Prince pour l'évacuation,* capitula avec Dessalines; mais tous les navires sur lesquels s'entassa la population blanche de cette ville, furent pillés en mer par les Anglais , qui violèrent ainsi la convention émanée de leurs nouveaux alliés. Le général Brunet remit les Cayes aux Anglais ; Saint- Marc s'était rendu ; Jérémie avait été abandonné par le général Fressinet. La métropole ne possédait plus que le Cap et le Môle, quand, le i8 septembre, une armée de quinze mille hoqimes, soutenue par le blocus d'une escadre anglaise , assiéga le Cap. Les notables engagèrent le général en chef à s'entendre avec Fescadre ; mais les propositions du commodore furent si exagérées, que Rochambeau aima mieux
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avoir affaire au barbare Dessalines. Celui-ci lui donna dix jours pour se retirer. Cependant l'espoir qu'avait Rochambeau de pouvoir tromper la poursuite des Anglais à la faveur du gros temps s'évanouit, et il se vit forcé, à l'expiration des dix jours, en raison de l'état de la mer , de se mettre à la discrétion de la flotte anglaise, ainsi que l'immense quantité de bâtimens qui portaient tout ce qui survivait de l'armée expéditionnaire et de la population blanche.
Toutefois une action brillante honora la retraite de la malheureuse armée française. Le général Noailles, ancien membre de l'Assemblée constituante, commandait le môle Saint -Ni colas; voulant partir sans capitulation et éviter de négocier avec les Anglais qu'il connaissait bien , il fit embarquer sa garnison, et au passtage de l'immense convoi du Cap, il se mit à sa suite, sans être observé par la croisière ennemie : arrivé à une certaine distance , il quitta la flotte avec les sept voiles qui l'accompagnaient , et les conduisit dans un port de l'île de Cuba. De là il se rendait , sur un brick armé et monté par des troupes , à la Havane, où il esipérait rejoindre le général Lavalette , qui venait de périr dans la traversée de la Havane à Saint-Domingue , lorsqu'il fut rencontré par une corvette anglaise qu'il prit à l'abordage avec ses grenadiers. Dans le combat terrible qui s'engagea , ce brave général reçut plusieurs blessures, dont il mourut à la Havane le 9 janvier i8o4 , après toutefois y avoir fait entrer le bâtiment anglais sur lequel flottait le pavillon de la France. La gloire nationale s'empressa de recueillir le dernier exploit
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échappé à ce griuid naufrage d'une des plus valeureuses armées ique la république eût munies sous ses drapeaux.
FIN DU LIVUE SlXltl^E.