CHAPITRE PREMIER
k'l'ivbessk des fêtes de la paix, à l'enthouk siasDie des espérances de bonheur, la France et l'Angleterre avaient fait succéder une attitude d'observation intjuiète qui bientôt modifia la joie générale. Les accroissemens considérables de la France, provenant soit de l'incorporation du Piémont et de la réunion de la république italienne sous le mène pouvoir, soit delà médiation helvétique etdes chuigem«is opérés dans la Hollande et dans les républiques d'Ilalie ^ soit aussi de ces immenses travaux qui ouvraient à nos armées les routes du Sim. pion, du mont Genèvre et du mont Cenis, soit enfin d* ce Concordat qui iKiosommait la dépendance de ritaHe , en donnait au premier Consul l'ascendant
d'une nouvelle puissance morale sur les États catholiques du continent : toutes ces prospérités inattendues, sorties du traité de Lunéville, devinrent, aux yeux du gouvernement anglais , de véritables usurpations sur le terrain où le traité d'Amiens venait d'être assis. Le cabinet de Londres , dont Pitt dirigeait toujours l'esprit sous le successeur qu'il s'était choisi, ne pouvait également ignorer que le premier Consul , empressé de satisfaire pour lui et ses alliés à toutes les clauses du traité, s'alarmait justement de la lenteur plus qu'équivoque que l'on mettait à remettre nie de Gorée à la France , à la répubUque batave le Cap de Bonne-Espérance, enfin File de Malte à l'Ordre de Saint- Jean. Si la république française avait recueilli , depuis la paix d'Amiens , des avantages dès long-temps en réserve et préparés par une politique dont le traité n'avait pu nullement établir la discussion , il n'en résultait pas pour l'Angleterre le droit de crier à la violation , encore moins celui d'arguer du traitédeLunéville,auquel elle avait obstinément refusé d'intervenir. Le point de départ, pour la Grande-Bretagne et pour la France , était la complète et fidèle exécution des stipulations convenues entre elles : or , l'objet le plus important , celui sans tequel jamais la France ne consentirait à poser les armes , la restitution du Cap et de l'île de Malte , paraissait plus qu'ajourné au premier Consul. Son intérêt et son droit lui prescrivaient donc de hâter de tout son pouvoir l'augmentation de sa prépondérance continentale, afin d'y trouver une sorte de balance avec la continuation d'occupation des deux possessions maritimes , que l'Angleterre retenait contre
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la foi récemment jurée. Le champ de la difficulté offrait un cercle vicieux, qui ne pouvait long-temps contenir deux adversaires aussi forts sans se briser sous leurs discussions. L'Angleterre disait : « La France « s'est agrandie depuis notre traité ; » la France disait : a L'Angleterre n'exécute pas notre traité. ï> Un tel procès, dont les parties étaient les seuls arbitres, ne devait se juger que par la guerre. Déjà , depuis les engagemens définitifs, M. Moore , l'un des secrétaires de la légation anglaise à Amiens, avait été envoyé en Suisse pour donner à la diète de Schwitz des assurances positives de la protection britannique contre la France ; bien plus , lord Hawkesbury avait même remis à l'ambassadeur Otto , à Londres , une note par laquelle son gouvernement blâmait l'intervention française dans les affaires de THelvétie. Mais comme les autres puissances , près desquelles la diète de Schwitz avait également député , s'étaient renfer* mées dans un silence presque absolu sur ses réclamations, l'opposition de l'Angleterre ne put empêcher l'acte de médiation donné par le premier Consul à la Suisse, le 19 février i8o3.
Cependant les cabinets de Paris et de Londres avaient recommencé leurs hostilités périodiques dans les journaux, et , malgré l'animosité de ces débats publics, ils reprirent aussi des négociations supplémentaires , en exécution de leur traité. On n'oublia pas non plus un autre moyen de s'entendre , celui d'armer à outrance ; et les deux nations marchaient tellement d'intelligenceavec leurs gouvememens, que l'enthousiasme de la guerre avait , peu de mois après la signature du traité d'Amiens , rendu aux esprits la
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même «xâipérâtion qu'avant la paix. L'arène cfes jouraaux, où malheureusement le premier Consul ne dédaignait pas de descendre lui-même , offrit un échange perpétuel d'offensantes personnalités, poussées à un tel point de TÎolence de la part des écrîvaina anglais'^ que , le i6 août, l'ambassadeur Otto présenta une note ofifteielle dans laquelle il était de^ mandé fue VAngietem défendit tout ce qui sentit défendu en Fiance par rapport aux intérêts réeiproques des deux nations. Cette note réclamait aussi réloignement des émigré» de Vile deJersejr; VexpMêl^ sion de F Angleterre des éréques de Metz et de Saint- Polj la d^ortation au Canada de Georges et de ses adhérenSf et le renuoi de tous les Français qui par-teraient en Angleterre les décorations de taneienne monarchie* Enfin , par une autre prétentlosL bien remarquable à une pareille époque , surtoiy: en raison de la catastrophe qui frappa le duc d'Engfaefai l'ânuée suiiiante^ le premier Consul exigeait encore que tous les princes de la fnaison de Bourbon fussent re* ^uis de se r e ndr e à Varsos^ie près du chef de leurfa^ mille. C'était à peu de chose près proposer à la Grande-Bretagne le saetifice de sa Constitution, que de hoî demander la vioîbtiaR des deux garanties, fbn^ damënisées les ptua chères k toute nation libre , ceUe de la pvesse et celle de Yhabeas corpus. Une telle exigence devenait souverainement itnpoUtiquedelapiart du premier Goonsu), en ce qu'elle derait le rendre ddieuÉ k tout le peuple anglais. Il pouvait parlerait»! aux répfibhqifes qu'il venait de reconstituer , nais avec l'Angleterre il fallait un tout autre langage; et , bien cpte ce langage ne fût que l'expression de la
désunion qui existait déjà entre les deux gouverne* mens, la prudence défendait de la faire connaître à la France et au reste de l'Europe. Le cabinet de Londres annonça qu'il répondrait à cette note pat son ambassadeur. Lord Witbworth partit pour Paris j et le général Andréossy vint remplacer à Londres M. Otto 9 appelé à la mission des États-Unis^.
Le traité d'Amiens portait : « Art. 6. Le part du Cap <c de Bonne-Espérance reste à la république batave « en toute souveraineté. — Art. 8. Les territoii*es^ a possessions et droits de la Sublime Porte sont a maintenus dans leur intégrité , tels qu'ils étaient « avant la guerre. — Art. 10. Les îles de Malte ^ de (K Gozo et de Comino seront rendues à l'Ordre de « Saint-Jean<le-Jéru6alem. Les forces de S. M. Bria tannique évacueront l'île et ses dépendances pen- « dant les trois mois qui suivront l'échange des rati- « fications.... S. M. Sicilienne sera invitée à fournir « deux mille hommes natifs de ses États, pour servir « de garnison dans les différentes forteresses desdites <c iles. — Art. 12. Les évacuations, cessions et resti- « tutions stipulées seront exécutées..., pour le conti- <c nent et les mers d'Amérique et d'Afrique y dans les « trois mois »
Les ratifications avaient été échangées à Paris , te 1 8 avril , et six mois après , le 1 6 octobre , le général anglais Stuart , sommé, en Egypte, par le colonel Sébastiani, d'évacuer la ville d'Alexandrie, lui déclar rait quil n avait aucun ordre de quitter cette place^ et qu'il comptait même y passer Vhiver. La même conduite eut lieu pour Malte , dont le gouverneur J. Bail répoildit, le 2 mars i8o3, au commandeur
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de Bussy, chargé des pouvoirs du grand-maitre^^f^e du moment où il se croirait autorisé à remettre le gouvernement j il lui en donnerait connaissance. Quant à la remise du Cap de Bonne-Espérance aux troupes bataves, elle devait être effectuée le i^ janvier i8o3; mais le 3i décembre, pendant que les Anglais s'embarquaient , Tarrivée d'une frégate anglaise changea tout à coup leurs dispositions ; ils rentrèrent dans les forts, à la vue de la garnison et de la flotte hollandaise, dont les chefs furent obligés, pour constater ce manque de foi, de souscrire une capitulation. Une capitulation en temps de paix î s'écrièrent avec raison les journaux français; et cette étrange violation devint un nouveau sujet de plainte contre l'Angleterre. Il en avait été de même pour la restitution à la France de l'île de Gorée , sur la côte du Sénégal. Du 3o octobre au 3o janvier, le général Blanchet ne put parvenir à décider le colonel anglais Fraser à évacuer ce poste important.
Voilà comment l'Angleterre exécutait le traité d'Amiens. Il n'en fallait sans doute pas davantage pour déclarer des deux côtés ce traité rompu par le fait. Aussi les journaux des deux nations se livrèrent aux plus violentes hostilités. Dans ceux de la Grande- Bretagne , les passions ministérielles s'exprimèrent sans ménagement; un procès public y fut instruit contre l'ambition du premier Consul. On n'oublia aucune récriniination ancienne , aucun grief récent; on invoqua le traité de LunévîUe en condamnation des envahisseraens politiques et territoriaux de la France. Le itfbmtewr répondit que l'Angleterre, ayant refusé de reconnaître lés républiques helvétique,
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italienne, et ligurienne, et le roi d'Étrurie, n'avait pas le droif d*arguer de ce traité. Les relations de la France et de T Angleterre^ disait le Moniteur, sont le traité d'Amiens y tout le traité d'Amiens^ rien que le traité d Amiens Au reste , le peuple français demeurera constamment dans cette attitude
que les Athéniens ont donnée à Minerye^ le casque en tête et la lance en arrêt..,.. Les débats du parlement mirent bientôt à découvert cette grande question, que le journal officiel de France venait de simplifier par un défi.
La séance du 9 novembre i8o3 présente un intérêt tout-à*fait nouveau dans les fastes de la législa* ture britannique. Le célèbre Fox, qui arrivait *de Paris, où il avait reçu le plus brillant accueil du premier Consul , des membres du gouvernement et de la société de la capitale , prit hautement dans la Chambre la défense de la France. On ne pouvait rendre un plus bel hommage à cette liberté politique dont l'Angleterre s'enorgueillit à si juste titre. La franchise de Fox portait en outre un caractère de courage, par la fermeté qu'il osa opposer à l'irritation de la grande majorité de l'assemblée contre le premier Consul. Cette animosité y fut si peu déguisée, que cet illustre orateur subit ce jour-là une sorte d'enquête sur le motif de son voyage en France. Son discours ajouta un nouvel éclat à la tribune britannique; mais le parti Grenville dominait, et la guerre était presque proclamée par le Parlement.
D'un autre côté, le Moniteur accusait les ministres diplomatiques Drake et Wickam , agens du dernier ministère Pitt et Grenville , de semer la dis--
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corda enire tous les memàres de lu famille occidentale. Cette expression toute paternelle annonçait assez que cette famille devait bieptot obéir à un chef. Alors avait eu lieu la mission patente du colonel Sébastian! en Egypte et en Syrie. Cet officier fut plus heureux auprès des pachas pour leur faire reconnaître ia puissante bienveillance du premier Consul, qu'auprès du général Stuart pour obtenir l'exéGUtioq du traité d'Amiens ; il trouva l'Orient encore lout rempli de la grandeur du conquérant de TE-
gypte.
Bonaparte mettait en œuvre toutes les ressources de ^ politique pour démasquer ou effrayer FAngletefre. Il chercha à renouer cette ligue maritime du nord , rompue par la mort de Paul I®'. Il envoya à Berlin le général Duroc, à Saint-Pétersbourg le colonel Auguste Colbert. Mais l'empereur Alexandre et le roi de Prusse s'étaient vus à Memel , l'année précédente, et avaient contracté ensemble des engagemens qui firent avorter cette démarche. Cependant cent vingt mille conscrits répondaient à l'appel du Sénat. Les troupes hâtèrent leur marche vers les rivages des deux mers : l'Italie , comme la Hollande, voyait arriver de nouveaux bataillons; les constructions se pressaient dans tous les ports; Flessingue s'élevait sur d'imposantes fortifications, comme le grand arsenal du plus formidable des armemens. En France et en Angleterre tout respirait la guerre : il n'y avait de paisible que la diplomatie des deux nations. Les conférences se succédaient à Paris entre le ministre Talieyrand et lord Withworth avec une extrême sérénité de part et d'autre^ mais sans rien ré-
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soiidre, Mallieureuâeroent le premier Consiol s'impatienta des délais britanniques 9 et crut pouvoir les terminer en appelant lui-même à une entrevue particulière Fambassadeur anglais. Voici lesprincipauK trait» de cette audience diplomatiquie , qfui d^r^ deux
heures a La paix ^ dit Bonaparte » n'a uniquement
«produit qu'une jalousie et une méfiaiice conti- « nuelle ; cette méfiance est aujourd'hui si maniles- « té^t qu'elle a am^ené les choses à un pqint oii il f( faut néoesaaîrement en finir.. i.. Aucune eonsidératf tion sur la terre ne pourrait me faire acquiescer à « ce que vous gardiez Alexandrie et Malle ; et s'il fal- « lait opter entre ces deux alternatives , j aimerais « mieux vous voir en possession du/aubourg Sai/if-
« Jntoine que de Malte Chaque vent qui souffle
« (l'Ai^gl^^^i'^^ n'apporte que haine et inimitié contre « moi.,. Une descente est le &eul moyen oifensif que « j'aie contre aile, et je auis déterminé à me mettre « moi-ménie à la tête de l'expédition. Mais comiment <« peut-on iiupposer qu'après m'étre âevé à la hauteur « où je me trouve, je voulusse risquer ma vie et ma « réputation , à mains d'y être contraint par la né- « cessitéy lorsqu'il est probable que moi et la plus « grande partie de l'expédition nous irons naus per^^ « dre au fond d^ la mer ? Il y a mille à parier contre ff un que je ne réussirai pas, mais je n'en suis pas « moins décidé à tenter cette descente , si la juerre « doit être la conséquence de la discussion actuelle. « Mes troupes y sont tellement disposées , qu'on n'aua rait pas de peine à trouver une armée pour en
« remplacer une autre 3 'aurais pu m'emp^er de
«l'Egypte, depuis plus d'uu mois, en envojrant
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« vingt-cinq, mille hommes à Aboukir... ; mais je ne tf le ferai point, parce que TÉgypte ne vaut pas la « peine d'une guerre qui m'exposerait à perdre plus « que je ne pourrais gagner, puisque tôt ou tard « V Egypte appartiendra à la France^ soit par la a chute de F empire turc , soit par quelque arrange- « ment avec la Porte... Deux, puissances telles que la « France et l'Angleterre, en s'en tendant bien , pour- « raient gouverner le monde , mais elles pourraienl « aussile bouleverser dans leur lutte. .. On en est arrivé ce aujourd'hui à décider la grande question de la « guerre ou de la paix. Pour conserver la paix , il a fallait remplir le traité d'Amiens... Voulait-on la « guerre, il ne fallait que le dire ou refuser de « remplir le traité.... Je n'ai pas châtié les Algériens « pour ne pas exciter la jalousie;... mais /espère que « r Angleterre , la Russie et la France , sentiront un « jour qu^ elles ont intérêt à détruire un pareil nid de « brigands... Mais vouloir parler du Piémont et de «i la Suisse , ce sont des bagatelles. D'ailleurs vous « auriez dû le prévoir lorsque la négociation était « encore pendante ; vous n'avez pas le droit d 'en parler ,« à cette heure... » Cette conférence, dont le premier Consul fit à peu près tous les frais, passa la mer, le aa février i8o3, dans la dépêche de lord Withworth.
A quelques jours de là, Bonaparte reçut une réponse à une démarche tentée auprès de Louis XVIII, à Varsovie. Il parait qu'il avait offert à ce prince une indemnité considérable, soit en propriétés, soit en argent, s'il voulait renoncer à ses droits sur la couronne de France. Quoi qu'il en soit, on publia
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cet extrait de la réponse de Louis XVIII : « Je ne w confonds point M. Bonaparte avec ceux qui l'ont « précédé : j'estime sa valeur, ses taleus militaires, «je lui sais gré de quelques actes d'administration... « Mais il se trompe , s'il croit m'engager à renoncer « à mes droits : loin de là , il les établirait lui-même , *ï s'ils pouvaient être litigieux, par les démarches « qu'il fait en ce moment.... »
Cependant , le 8 mars , le roi d'Angleterre annonça, par un message à la chambre des Communes :« Qu'en « raison des préparatifs considérables qui se faisaient « dans les ports de France et de Hollande , il jugeait « convenable d'adopter de nouvelles mesures de « précaution pour la sûreté de l'État ; et que , bien « que ces préparatifs eussent été présentés comme « ayant pour but des expéditions coloniales ( entre « €mtres celle de la Louisiane par le général F ictor)^ « comme il existait actuellement avec le gouverne- « ment français des discussions d'une grande impor- « tance dont le résultat demeurait incertain , S. M.^ <( faisait cette communication à ses fidèles commu- « nés..., et comptait qu'elles la mettraient en état « d'employer toutes les mesures que les circonstances « paraîtraient exiger pour l'honneur de sa couronne « et les intérêts essentiels de son peuple. s>
Tel fut le résultat de la conférence du premier Consul avec lord Withworth. Les paroles royales eurent une influence magique sur l'Angleterre : le lendemain la presse commença à Londres ; les amiraux partirent pour les ports militaires ; Nelson prit le commandement général des forces de la Méditerranée ; trois escadres mirent en mer sous les ordres II. i3
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dea amiraux Sidoey Smith, Saumarez et P^ew. Ub autre message auccéda rapidement au premier, et ardonnait une augmentation dans les troupes de terre et de mer* Jamais l'axiome si vU paeem para b^Uum^ n'avait été suivi des deux côtés avec plus d'ardeur. Mais on jugeait Êicilement, par la fidélité à exécuter le traité , lequel des deux adversaires j»réparait réellement la guerre.
C'était l'argument de position du premier Consul t qui y ainsi que ses alliés , avait rempli toutes les obligations stipulées à Amiens. Le même fond d'idées composait une note très - péremptoire de l'ambassadeur Ândréossy, en réponse à celle du i5 mars de lord Hawkesbury. Cette note , arrivée de Paris, ne laissait aucun doute sur son auteur... «Le « premier Consul sait , et par ses propres sentiiqens, ff et en jugeant des autres peuples par le p^ipk « français, qu'une grande nation ne peut jamais ^re m effrayée.. « On peut tuer un grand peuple , mais non « l'intimider... Ici l'appel a éclaté avant qu'on pût • savoir qu'il y avait lieu à mésintelligence; on a si- « gnalé la fî.n des discussions avant qu'elles fussent « commencées ; on a déclaré l'issue d'une discusûon n difficile avant qu'elle eût été élevée... Aussi leprea mier Consul» quels qu'aient été l'éclat, l'activité, « les provocations de guerre qui ont eu lieu depuis «c ce message en Angletiorre, n'a donné aucun ordrf, € n'a fait aucime diq)osîjtion , aucun préparatif. Il « met toute sa gloire, dans une affaire de cette m- « tiu*e, à être pris au d^ourvu... Quant aux plaintes « portées relativement aux publications qui peuvent « avoir eu lieu en France , elles sont d'un ordre trop
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# fieco&daitepour ^uvoir influer sur Une telte déci- « éicuii. Serionâ-nous donc revenus au siède destour- « nois? Des motifs decettenaturepouvaientaiatoriBery « il y a quatre ceuts ans , le combat des trente ; mais « iJ« ne iiauraieat être aujourd'hui une raison de « guerre entre les deux pays... Peu de jours après la t rat^cation de la paÎK^ un des ministKS de S. M. B. « déclara que Tétat de paix de^éiit être considérante. •> La Dote dénonce ensuite les outrages commis par les journalistes^ « et la tolérance, plus in^ccmsabley « éprouvée par des brigands couverts de crimes 5 et «méditant sans cesse des assassinats 9 tels que « Georges , qui continue encore de demeul«t à Lon- « dres^ protégé et Jouissant d'un état considérable^ k> La note demandait aussi réciprocité poilr la répression de la presse; ce qui était inadmissible, parc^ qu'en Angleterre, la liberté delà presse est un droit national et tout-à*fait indépendant , tandis qu'alors, en France « cette liberté captive était entièrement entre les mains du gouvernement. « En nésumé, le a soussigné est chargé de déclarer que le premier «Consul ne veut point relever le défi de la guerre « que l'Angleterre a jeté à la France; que quant à « Malte , il ne voit aucune matière de diadusstoii , lé « traité ayant tout prévu* »
Peu de temps après , le premier Consul interpelk vivement l'ambassadeur d'Angleterre à une audience diplomatique : « Vous êtes décidés à la guerre*«««, « vous voulez la guerre* Nous l'avons faôe pendant * quinze ans ; vous voulez la faire encore quinse « années et vous m'y forcez. » Puis se tournant vers le comte de Marko£f , ambassadeur de RiMsie : «ILes
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« Anglais veulent la guerre , dit-il ; mais s'ils sont les « premiers à tirer Tépée , je serai le dernier à lare- « mettre dans le fourreau; ils ne respectent pas les « traités , il faut dorénavant les couvrir d'un crêpe « noir... Si vous voulez armer, j'armerai aussi; si vous « voulez vous battre , je me battrai aussi. Vous pour- « rez peut-être tuer la France^ mais jamais Tintimict der. Malheur à ceux qui ne respectent pas les « traités! ils en seront responsables devant toute cr l'Europe. » Cette allocution motiva , le j4 mars, une dépêche de lord Withworth à son gouvernement.
Bientôt une conférence eut lieu entre M. de Talleyrand et lord Withworth, qui reçut de sa cour Tordre de demander : 1** Que S. M. B. conservât ses troupes à Malte pendant dix ans; a"" que l'île de Lampedouze ( qui appartenait au roi de Naples ) lui fût cédée en toute propriété; 3° que les troupes françaises évacuassent la Hollande.... £n d'autres termes, la Grande-Bretagne nous déclarait la guerre. On donnait sept jours pour admettre cet ultimatum; faute de quoi l'ambassadeur était rappelé. En réponse à ces propositions inexécutables ^ M. de Talleyrand déclara que le premier Consul consentait que Malte fût remise aux mains d'une des trois puissantes garantes, la Russie, l'Autriche ou la Prusse; que si l'on rejetait cette modification, il ferait un manifeste qui prouverait que l'Angleterre n'avait jamais voulu exécuter le traité. La réponse du cabinet de Londres fut: i» Que le gouvernement français ne s'opposerait point à la cession de l'ile de Lampedouze par le roi de Naples; a^ que S. MB.
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resterait en possession de Malte , jusqu'à ce que l'ile de Lampedouze pût être établie comme port militaire; 3* que la Hollande serait, ainsi que la Suisse, évacuée par les Français ; que l'Angleterre reconnaîtrait le roi d'Étrurie, et les républiques italienne et ligurienne. Un article secret portait que S. M. B, ne serait requise par le gouvernement français d'évacuer Malte qu'au bout de dix ans. Dans cette circonstance, ce n'était plus sept jours que l'on accordait pour accepter ces violentes conditions, c'étaient trente-six heures! Jamais il n'y eut de défi plus injurieux, plus directement contraire à l'honneur d'une nation. Mais une autre iniquité entachait encore cette dernière communication : le ministère anglais disait, dans sa note, que l'empereur de Russie refusait de se prêter à l'arrangement proposé par le cabinet de France, de remettre Malte aux mains d'une des puissances garantes, tandis qu'à Paris le comte de Markoff venait de renouveler , à cet égard, les intentions de sa cour. Le j2 mai, lord Withworth reçut ses passeports qu'il avait demandés trois fois, tant l'Angleterre redoutait de laisser échapper le fléau de la guerre. Le général Andréossy s'embarqua à Douvres le 18. Le 16, un message du monarque avait osé dire aux deux chambres : « C'est une consolation pour S. M. de « réfléchir qu'il n'a manqué aucun effort de sa tf part pour conserver à ses sujets les bienfaits de la ff paix... »
L'amirauté expédia des lettres de marque et de représailles, fit sortir de ïorbay lord CQrnwallis avec dix vaisseaux et trois frégates, et envoya le commo*
dore Saumarez stationner à Jersey et Guemesey. Le cabinet de Londres publia les pièces de la négo« ciation , ainsi qu'un manifeste jésuitique , en apologie de sa conduite. Ce manifeste avançait : « QtCilya ce une loi générait des nations qui est antérieure à là « loi conventionnelle , et que c'est à cette ïoi , ou règi^ « rie conduite^ que les souverains ont coutume « d*appe!er, lorsquHi est reconnu que la loi conven- « tionnelle se tait. » Cependant cette loi parlait asse» hîitit et assez clairement dans le traité d'Amiens, quand elle disait : « L^ile de Malte sera rendue à a l'Ordre de Saint- Jean y elle sera évacuée par les « troupes anglaises trois mois après rechange des ce ratijlcaeions » La doctrine sophistique du cabinet de Londres formait depuis long*temps le langage naturel de la violence qu'il exerçait sur cette autre loi générale, également antérieure à la loi conventionnelle , sur le droit des nations qui ont des rivages, droit antérieur à Finjuste prétention du droit de visite , élevée par le peuple qui possède le plus de vaisseaux. Le cabinet des Tuileries donna aussi son manifeste, sous k forme d'une note que M. de Talleyrand adressa à lord Withworth : cette note est un chef-d'œuvre de dialectique, de clarté, de raison , d'honneur politique :
«....Jamais, dit-elle, la France ne reconnaîtra « dans aucun gouvernement le droit d'annttler, par « un seul acte de sa volonté, les stipulations d*ufl « engagement réciproque. Si elle a souffert que, «r sous des formes qui annonçaient lia menace, on lui «( présentât un ultimatum verbal de sept J€F»rs^, un « uitètnatuntàt trente*six Ijieures, et de» traités con^
DE WAï^otiON. igg
« Citté àVâiit d'être iiégdélés , elle tt'âpu àVôilr tràutre « objet que de ràttiéner lé gouvertiéfiient brîlan- « nique par l'e^êmplé Ae là modération... »
Cependant la rupture n'était pâà officiellement déclarée; mais l'agression eut lieu de la part de l'Angleterre : deux bàtimens français furent capturés dàlis la baie d'Audierne. Alors les représailles de la France éclatèrent , et lé premier Consul déclara prisonniers de guerre tous le^ Anglais âgés de dix-huit à Sôixafite ans alorâ en France, pour répondre des Français qui auraient été pris avant la déclaration de guerre. Le parlement avait reçu le message royal ; le Sëtiat reçut le message consulaire; il se terminait aiMi ! «...Le gouvertiemeilt s'est arrêté à la ligne cr que lui ôtlt tracée ses principes et ses devoirs : les c( négociations sont interrompues y et nous sommes « nttaqués. Du mdius nous combattrons pour maind tenir b foi des traités et pour Thonneur du nom 4t français. »
La France répondit aux hostilités màritinles de TAngleterre par des attaque^ territoriales. Le a4 niai c5ônimença la promenade miUtaire du général Mortier, qui j arec une armée de quinze mille hommes qu'il commandait en Hollande, entra dans l'Électorat de Hanovre. Une proclamation du roi d'Angleterre , du f6, ordonnait la levée en masse dé ses sujets allennands, ^oai freine de perdre leurs biens et le dtùit et hériter^ et annonçait le duc de Cambridge^ qftri venait se tnefttre 4 leur fête. Cette proclamation servi! plus tard de modèle Aux Russes pour soulever, en 181 5, toute rAllemagne contre Napoléon. On e« fort de neptoCher attï barbares du lî'ord feur
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proclamation ; elle était , comme leur confédération, de fabrique anglaise. Mais , malgré la press^te in* vitation de Georges III à ses fidèles sujets du Hano-» vre, elle n'empêcha pas Mortier d'être le % juin à Sûlilingen, après avoir culbuté Tennemi près de Borstel , et de menacer la tête de pont de Nienbourg sur le Weser. Le géneVal avait aussi répondu par une proclamation à celle du roi d'Angleterre, et déclaré aux Hanovriens, qui ne comprirent rien à cette compensation, que les Français s'emparaient de leur pays parce que l'Angleterre gardait Malte contre la foi des traités. Le 3, le général Dulauloy se mit en marche avec ses dix-huit pièces d'artillerie pour aller canonner la tête de pont , qui en comptait soixante. La régence avait déjà fait une démarche inutile pour éviter J'armée française; elle envoya une seconde députation aux avant-postes, et sollicita une suspension d'armes, annonçant en même temps des propositions avantageuses. Mortier répliqua qu'il n'accepterait que l'occupation immédiate de l'Électorat et la remise des places fortes. Pour obéira cette demande, on livra tout le pays aux Français, ainsi que les magasins militaires et les revenus de l'État, Le 5, Mortier entra à Hanovre, où il recueillit, ainsi qu'à Nienbourg, Hameln et Zell , d'immenses approvisionnemens de guerre. Cinq cents bouches à feu , quarante mille fusils , et les fonds pour la solde de l'armée , furent les fruits de cette campagne de dix jours. Deux divisions eurent l'ordre de s'emparer des bâtimens anglais qui pouvaient se trouver sur TEIbe et sur le Weser. Le duc de Cambridge s'embarqua en toute hâte , avant que le ^énérî^l Frère W
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rendit maître des Boucher de l'Elbe. Le général Walmoden , ayant remplacé le duc de Cambridge au commandement en chef , était allé attendre au delà de TElbe, à Lawembourg, avec la régence, la ratification de la convention de Sûhlingen.
Cependant l'invasion du Hanovre donna lieu à une lettre par laquelle M. de Talleyrand ouvrait encore à l'Angleterre une facilité de rétablir la bonne harmonie ; il y était dit : Que le premier Consul ri avait eu en vue que éC obtenir des gages pour V évacuation de Malte j et de travailler à accomplir T exécution du traité d^ Amiens^ et qu'il attendait la ratification du roi d'Angleterre pour ratifier la convention de Siihlingen. Lord Hawkesbury déclara avec hauteur que le roi , en sa qualité d'Électeur de Hanovre , en appelait à l'Empire, qui avait garanti sa neutralité. Ainsi c'était encore par la guerre que répondait le cabinet britannique. Alors le général Mortier écrivit au feldmaréchal Walmoden que le 3o juin l'armistice serait rompu , à moins que l'armée hanovrienne ne mit bas les armes, et ne consentit à être envoyée en France comme prisonnière de guerre. Walmoden refusa ces humiliantes propositions, et les hostilités recommencèrent. L'Elbe, qu'il fallait franchir, était maintenant le champ de bataille. Les Hanovriens se fortifièrent sur la rive droite , et Mortier fit rassembler un grand nombre de bateaux pour effectuer le passage du fleuve. Le 4 juillet, au moment où nous allions le tenter, une nouvelle négociation vint prévenir l'effusion du sang. La modération du général français honora son caractère ; il respecta l'honneur (Je l'armçe h^novrieqne : la dissolutioa dç ce corpa
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éut Heu; mais ses armes furent remises par leâ officiera kux autorités civiles; leâ soldats devaient fôticber leur solde pendant un an , sous la condition de ne point servir durant toute fa guerre ; ce qu'ils désiraient par*dessus tout. Cette capitulation fut nrrétée, et signée dans un bac, au milieu du âeuve, par les généraux en chef, k L'armée hanovrienne <f était rédtiite au désespoir , écrivit le général Mor- <« tier au premier Consul ; elle implorait votre clé- « mence : j'ai pensé qu^abandonnée par son roi, vous <r Voudriez la traiter avec bonté... »
Ainsi finit la campagne de Hanovre; 'elle dura du 26 mai au 5 juillet i8o3; mais FAngleterre avait repris les armes, qu^elle ne devait plus déposer qu'après la ruine de son ennemi , dut teuf lutte bouieçerser le monde !